22/10/2015

EWS : l'heure de l'addition

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Édito publié ce matin, en italien, en première page du Giornale del Popolo - Jeudi 22.10.15


 
29,5% ! Un résultat incroyable. Beaucoup plus fort qu’en 2007, car à l’époque, l’UDC comprenait encore les voix du futur PBD. La Suisse qui vire à droite : toute la barre à tribord, comme on dirait en termes de marine ! Cela, pour des raisons profondes, bien au-delà de la seule « peur des mouvements migratoires » mise en avant par de timides – ou perfides – analystes.
 


C’est un véritable changement de paradigme pour notre pays, une mutation politique, mais aussi sociologique, culturelle même ! Sans doute, cette fois, enfin, l’adieu à Mai 68, à une toute une génération née de cette idéologie. Nous entrons maintenant dans autre chose. Une autre époque, qui rejette autant les rêves libertaires que le libéralisme financier sans entraves. Nous assistons au retour de valeurs traditionnelles. Le retour, aussi, puissant, de l’idée de frontière. Celle qui, à l’intérieur, protège le faible, le fragile, le chômeur, contre la concurrence trop facilement importée de l’étranger par certains employeurs hélas bien peu patriotes, ne voyant que leur profit immédiat.


 
Face à l’étendue de cette mutation, face à l’importance du message délivré par l’électorat le dimanche 18 octobre 2015, je vous dirai franchement que le sort de Mme Widmer-Schlumpf m’est parfaitement égal. Elle peut rester au Conseil fédéral, partir, retourner respirer l’air (tellement plus sain !) des Grisons, cela n’a aucune importance. Et la focalisation des esprits, dans toute la presse suisse, sur le destin de cette dame révèle davantage les préoccupations de sérail de toute une génération de journalistes anti-Blocher, tellement heureux de son départ en décembre 2007, qu’ils ont passé huit ans, dans leurs circuits fermés, en adoration devant une ministre qui ne présente pas, en réalité, tant d’intérêt. Elle a peut-être fait de bonnes choses, et puis peut-être pas : cela n’a aucune importance !


 
Pourquoi ? Parce que tout l’épisode Widmer-Schlumpf est né d’une trahison. A Berne, à l’approche du 12 décembre 2007, le socialiste Christian Levrat, le Vert Ueli Leuenberger, le PDC Christophe Darbellay ont aiguisé leurs poignards. On est allé chercher, à Coire, une ministre cantonale des Finances qui faisait sans doute du bon boulot, on l’a mise au parfum, elle est partie dans la combine, et au final le putsch anti-Blocher a pu se produire. Eh bien huit ans plus tard, Madame la Grisonne, voici venue l’heure de l’addition. Si, par hasard, elle devait s’avérer salée, je n’en serais, pour ma part, pas exagérément malheureux. Ai-je été assez clair ?


 
Mais il y a maintenant, fin 2015, un tout autre son de cloche que celui de l’automne 2007 : il ne s’agit plus de Christoph Blocher. Elle s’est éloignée, l’ombre du Commandeur ! Au point qu’une nouvelle génération UDC, cella de sa fille Magdalena, par exemple, celle du brillant patron de la Weltwoche, Roger Koeppel, occupe maintenant la scène. Dès lors, l’ambiance entre l’UDC et les autres partis gouvernementaux paraît moins dramatique qu’il y a huit ans. L’UDC a gagné les élections, elle a réalisé son meilleur résultat historique, elle est en force, en puissance. C’est cela qui compte, et non le petit bal des prétendants au Conseil fédéral.


 
Mieux que moi, mes confrères tétanisés pas le sérail de la Coupole fédérale vous diront tout de même qu’il y a un calendrier : 31 octobre, Assemblée générale du PBD, où Mme Widmer-Schlumpf pourrait nous éclairer sur ses intentions. 13 novembre : délai pour les candidatures des sections cantonales UDC pour un éventuel deuxième siège. 20 novembre : décision des groupes des Chambres fédérales. Enfin, mercredi 9 décembre, Jour J : réélection complète, comme tous les quatre ans, du Conseil fédéral.


 
Mais rien de cela n’a de réelle importance. Intéressons-nous aux thèmes ! Le virage à droite du 18 octobre influencera directement l’avenir de nos assurances sociales, celui de nos retraites, nos rapports avec l’Union européenne, notre gestion des flux migratoires, nos décisions sur l’avenir de l’agriculture, de la défense nationale, toutes choses infiniment plus importantes que de savoir « quelle va être la décision de Mme Widmer-Schlumpf ». Ce que l’Histoire politique suisse retiendra de l’automne 2015, c’est le 18 octobre. Avons-nous simplement pris la mesure de ce qui s’est produit ce jour-là ?


 
Pascal Décaillet
 
 

10:43 Publié dans Editos Giornale del Popolo | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Vraiment une excellente synthèse.
A laquelle je me permettrais d'ajouter que parmi les comploteurs d'arrière-salle il y avait aussi un certain Alain Berset...

Écrit par : A. Piller | 22/10/2015

IL y a eu à travers les époques des civilisations ou des peuples qui ont accepté et même légitimé dans leurs structures identitaires des pratiques aussi discutables pour nous occidentaux du 21ième siècle que, par exemple, le meurtre, l'inceste ou le vol. En revanche, jamais et nulle part, aucun groupe humain constitué n'a jamais considéré avec bienveillance l'acte de trahison. C'est en effet le seul comportement autour duquel toute l'humanité se réunit dans une unanime réprobation. Honte aux traîtres et aux traîtresses.

Écrit par : Paul Bär | 22/10/2015

Je ne suis vraiment pas du tout d'accord avec vous. En Suisse le premier parti ne fait pas le gouvernement ni la politique. C'est un consensus.

Le vrai vainqueur est le PLR. Les lien avec l'UE sont un consensus entre parti, PLR/PDC/PS/PBD contre UDC (gagnant PLR, perdant UDC). Aucune doute sur l'issue. Il y aura un effort sur l'immigration, c'est certain, mais pas sur les autres thèmes.
Je vois mal l'UDC et ses 30% dicter ce qu'il faut faire aux autres partis.

Sur l'augmentation de l'âge de la retraite, diminutions des assurances sociales, c'est PLR/PDC/UDC contre PS ( gagnant PLR et UDC).

En résumé, le PLR a un boulevard devant lui pour imposer son idéologie.

Le seul terrain où je vous suis, est que ce 18 octobre marquera le début de l'immigration contrôlé. En soit, c'est une date importante.
Pourtant je souhaite plus que tout, comme vous, que cette économie qui vampirise les forces humaines, devienne une économie qui accompagne notre vie. Mais la nature humaine a de l'ambition et n'a que faire d'un monde paisible. Et ce monde est à l'image de l'humain.

M. Décaillet, vous semblez en tant que sympathisant UDC, prendre vos désirs pour de la réalité, la revanche des conservateurs sur les progressistes. Vous oubliez les 70% qui ont voté PLR,PS,PDC,PBD,...
Et puis l'UDC est ultra-libérale, peu compatible à ce retour aux sources

Écrit par : Glob | 22/10/2015

Comme quoi, Pascal ... la vérité ne plait pas à tout le monde, spécialement à ceux qui ne connaissent pas l'Histoire ...

Je salue Glob au passage ...

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 22/10/2015

@Victor-Liviu Dumitrescu
En 1848, la nouvelle constitution a scellé la défaite des conservateurs face aux progressistes (radicaux). Pendant longtemps ces cantons conservateurs ont été à la traîne économiquement, heureusement qu'ils ont été aidé par les autres cantons. Et ces cantons conservateurs ont finalement suivit les cantons progressistes.

2015 est-ce la revanche ? Je n'y crois guère. La peur du chômage est suffisamment forte pour que les gens choisissent une solution pragmatique.

La Suisse idyllique tranquille, beaucoup en rêve, mais la Suisse est lié à un monde économique. La Suisse n'a pas créé ces règles mais doit les utiliser au mieux.

2015, l'utopie des conservateurs suit l'utopie de 1968. Le climat, les énergies, la complexité économique mondial remettra les utopistes rapidement sur terre.

Il serait temps que l'UDC qui se dit libéral, nous détaille sa vision économique, la protection des travailleurs,... Juste pour voir la compatibilité avec la Suisse idyllique.

Écrit par : Glob | 22/10/2015

Chacun sa vision des choses, Glob, mais à l'approche du 23ème anniversaire du fameux 6 décembre 1992, force est de constater que Délamuraz, tendance radical historique, avait bel et bien tort.

Le Colonel, Christoph Blocher, par contre, lui a bien eu raison de promouvoir le NON à l'actuel Empire.

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 22/10/2015

Oui, EWS restera à jamais celle qui a trahi son propre parti pour accéder au pouvoir. Mais ce n'est pas que lors de l'élection qu'elle a trahi son parti car elle essentiellement fait la politique de ceux qui tenaient les couteaux. Dommage pour elle mais tant mieux pour le pays.

Écrit par : uranus2011 | 22/10/2015

La fille du conseiller fédéral Leon Schlumpf, aurait pu refuser le complot et venir en parler avec la direction nationale du parti.

La Brutus des Grisons déshonore ainsi non seulement sa famille au sens propre, mais aussi au sens figuré, soit les membres de son parti.

Des signes avant coureurs pourtant ont été clairement présents dans son parcours, soutenant l'adhésion de la Suisse à l'O.N.U. ...

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 22/10/2015

Elle va s'accrocher aux branches et y faudra secouer sec pour la faire tomber. Heureusement deux de ses complices ont rendu les plaques, il ne reste plus que le troisième du PS qui doit ruclonner pour trouver d'autres supporters de la machiavélique au sein des partis "tourne veste".

Écrit par : norbert maendly | 22/10/2015

Je partage votre avis. Comme vous, ça m'est complètement égal que Mme Widmer-Schlumpf s'en aille, ou qu'elle reste. La bonne nouvelle, c'est qu'effectivement le Conseil national a hérité d'un sacré poids lourd avec Roger Köppel.

À la limite, je préférerais qu'EWS reste en place. Parce que le tocard que la gauche et quelques "rentiers de situation" essaient de nous parachuter pour la remplacer, ça fait quand-même souci. D'ailleurs l'intéressé se fait déjà pipi parmi de contentement. Car il sait, que s'il "se met à disposition", ben... y'aura pas de bagarre. N'est-ce pas Guy ? Vous finirez bien par l'avoir votre su-sucre... un seul mandat, mais un bon mandat; avec abo général en première classe, chouette ! Hein?

Écrit par : petard | 22/10/2015

Mais qui donc peut trouver ceci normal ?

1 UDC pour 29.4% des voix (Ueli Maurer)
2 PS pour 18.8% des voix (Alain Berset et Simonetta Sommaruga)
2 PLR pour 16.4% des voix (Didier Burkhalter et Johann Schneider-Ammann)
1 PDC pour 11.6% des voix (Doris Leuthard)
1 PBD pour 4.1% des voix (Evelyne Widmer-Schlumpf)

Le 9 décembre prochain cela doit changer.

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 23/10/2015

Et si encore elle n'avait "que trahit sa famille politique! Elle a en plus trahit le peuple Suisse en s'agenouillant devant les amerloques, les européens, signé des accords qui allaient contre la volonté du peuple Suisse.
Si quelqu'un a foutu le bor....au CF c'est bien elle et en aucun cas M. Blocher comme veulent le faire croire les partisans-comploteurs d'EWS!

Jamais si M. Blocher avait été le Président de la Suisse que nous devions avoir en 2008, les choses se seraient aussi mal passées pour la Suisse. Certes nous aurions dû prendre ce nouveau virage.....tellement voulu par la mondialisation....mais nous aurions eu un Président qui aurait expliqué aux prétentieux-prétendants qu'en Suisse c'était le peuple qui commandait, et que sans cet avis, il n'y avait pas d'accord possible.
Nous n'aurions pas eu "la honte" pendant ces 8 ans, et la Suisse aurait su se faire respecter.
Ceux qui se déculottent et sont mieilleux n'inspirent jamais le respect!

Écrit par : Corélande | 23/10/2015

Le 9 décembre 2015, jour d'une addition salée, très salée ...

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 26/10/2015

Corélande, si je peut me permettre ...

"en Suisse c'était le peuple qui commandait"

en Suisse c'est toujours le Peuple Souverain ...

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 26/10/2015

Mais... qu'est-ce que je prédisais ? Je suis tellement benêt que la poisse me colle au corps, nom de nom !

24 H de ce jour:

«Guy Parmelin se verrait bien au pouvoir suprême»

«Guy Parmelin sera bel et bien candidat à la candidature au Conseil fédéral. L'UDC Vaud en a reçu la confirmation lundi»

«La section vaudoise a confirmé hier tenir «son» poulain»

« le Vaudois, qui fêtera ses 57 ans dans quelques jours, n’a pas d’ennemi déclaré à Berne»

Ben... la section vaudoise, désormais on sait de quoi elle est capable...
b. de m. ça l'a pas intéressé la présidence de la section vaudoise... c'est trop con, n'est-ce pas ?

Promis, juré si par malheur on avait un 9 décembre noir... avec ce pique-assiette incapable, je ne voterai plus JAMAIS UDC !!!

Écrit par : petard | 26/10/2015

Yes....elle dégage! Prendre une fessée par le peuple c'est tout ce qui pouvait lui arriver! Pas joli mais c'est le juste retour! On ne trahit pas les Siens, ça c'est une règle de vie pour se regarder dans la glace!

Maintenant il faudra faire le bilan de ces 8 années.....pas si joli que ça!

En conséquence, elle pourrait faire comme M. Blocher; renoncer à sa rente c'est juste ce qu'elle peut redonner au peuple de ce qu'elle lui a fait perdre!!!!!

Écrit par : Corélande | 28/10/2015

@Glob

Vous nous sciez la caramelle avec vos commentaires papelards de porte-parole du parti de l'étranger. C'est écoeurant.

Certes l'UDC avec ses 30% ne peut pas dominer à elle seule la vie politique du pays.

L'essentiel est ailleurs: la coalition des euroturbos antisuisses et pro manekenpis comme vous, que l'on trouve du PLR à la gauche, ne peut pas prévaloir contre 80% du peuple qui refuse fondamentalement la soumission de la Suisse à l'UE. Et sans doute il y a une majorité des deux tiers du peuple qui n'acceptera jamais que la juridiction de la cour de justice européenne prenne le pas sur les droits populaires de notre pays.

En plus, vous dites que les forces non UDC pèsent 70%. C'est vrai. Vous oubliez simplement de dire, tant vous êtes de parti pris, que dans ces 70% il n'y a pas la moitié qui sont proeuropéens comme vous. Le reste sont, soit des eurosceptiques, soit des antieuropéens fieffés.

A mon avis dans ces 70% il y a 20% d'antieuropéens, 15% d'eurosceptiques et dans les 35% restant, qui se disent officiellement pour les "bilatérales", ce terme piégé, il n'y a que 20% qui y croient vraiment: les euroturbos, et 15% de gens vaguement pro européens, mais tièdes, tièdes, tièdes à la limite de l'indifférence, disons des attentistes qui finiront eux aussi anti européens enragés dans très peu de temps, face à l'échec évident du projet européiste. Comme les pétainistes qui ont fini par se prétendre gaullistes.

Bref la véritable répartition des sensibilités est la suivante:

Total souverainistes: 65% (30% UDC + 20 antieuropéens non UDC + 15% eurosceptiques non UDC.)

Marais : 15% d'attentistes ("ni pour ni contre, bien au contraire", dont une bonne part va basculer bientôt dans le camp eurosceptique ou antieuropéen.

Euroturbos purs et durs: 20%.

Il n'existe pas une majorité pro européenne, ni dans le peuple, ni même dans la classe politique. Dans la classe politique il y a beaucoup d'hypocrisie. Il y a des proeuropéens honteux, qui désirent l'ahésion ou un accord cadre, mais n'en parlent pas à leurs électeurs, sachant qu'ils risqueraient de ne pas être élus.

Mais il y en a aussi beaucoup qui, en leur for intérieur, sont carrément souverainistes (il y en aura de plus en plus) mais qui mentent à la direction de leurs partis, car ils savent que pour être soutenus par son parti il faut faire croire qu'on est pour un accord cadre et des bilatérales "évolutives". Bref, c'est le bal des faux culs.

A la fin c'est le peuple qui décidera et là on sait qu'il est de plus en plus massivement partisan de conserver la Suisse et la démocratie directe.

Par conséquent arrêtez avec vos manipulations. Vous nous courrez sur le fil.

Écrit par : curieux | 28/10/2015

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