31/10/2015

Le diable est-il collégial ?

2178229-meph.jpg 

Sur le vif - Samedi 31.10.15 - 18.48h

 

Les journalistes SSR, les journalistes Ringier, les journalistes Tamedia, ainsi que 95% de mes chers confrères de ce pays, s’égosillent à nous brosser hargneusement le portrait-robot du deuxième conseiller fédéral UDC, à partir du 9 décembre prochain. A les lire, ou les entendre, ce futur élu doit certes venir des rangs de l’UDC (ils sont déjà bien gentils d’en convenir), mais à un détail près : sur le fond, il doit être tout, sauf UDC !

 

Ils ne cessent de nous répéter, ces chers éditorialistes, que la perle rare doit être « collégiale ». Argument singulier. Car enfin, que la personne soit « collégiale » ou non, c’est l’affaire de qui ? Du collège ! C’est un critère totalement interne au fonctionnement du septuor, lequel, croyez-moi, relève d’une chimie tellement aléatoire qu’elle ne dépend jamais d’un seul facteur.

 

L’argument « Blocher pas collégial » a été lancé, placé sur orbite marketing, rabâché en boucle, dans la législature 2003-2007, par l’entourage d’un conseiller fédéral radical valaisan pour qui il y avait, dans la cour, un coq de trop. C’était cela, tout le monde le sait, le vrai problème. Il fallait cet échauffement des esprits, pendant des mois, en amont du 12 décembre 2007, pour donner une assise de justification à l’éviction du Zurichois.

 

Oh certes, Blocher n’était pas un homme facile au sein du collège. Mais enfin, vous pensez que Couchepin en était un ? Ou Mme Calmy-Rey ? Ou, plus tôt, Mme Dreifuss ? Ou Jean-Pascal Delamuraz, admirable, quand il combattait la loi sur le travail, qu’il jugeait trop libérale ? Ou M. Stich ? Et puis, dans tous les cas, cette histoire de « collégialité », c’est une affaire interne à la chimie du collège : les proportions que l’argument prend chez les commentateurs trahit en fait leur haine totale, qu’ils feraient mieux d’avouer franchement, du premier parti de Suisse.

 

Du coup, sous le prétexte de « collégialité », la grande masse des commentateurs du pays n’en peut plus d’exiger, pistolet sur la tempe du parti qui vient de sortir premier des élections (donc, de recevoir un signal fortement positif de l’électorat), que l’heureux élu du 9 décembre soit tout, sauf UDC. Il faudrait qu’il soit ouvert à la libre circulation, alors que le credo de son parti dit exactement le contraire. Il faudrait qu’il se montre souple, arrangeant, sur la mise en application du 9 février 2014, alors qu’il provient du parti qui a remporté cette votation. Il faudrait, en un mot, qu’il abdique le sens de son engagement politique jusqu’ici, et s’aligne immédiatement sur les positions des cinq non-UDC du Conseil fédéral.

 

Cette exigence, face à un parti qui vient de remporter un résultat historique aux élections, est tout simplement surréaliste. Elle révèle, dans l’univers médiatique suisse, une mortifère tendance au déni volontaire de réalité. Une preuve de plus que le champ journalistique du pays doit, lui aussi, évoluer. En laissant vivre, éclore et s’exprimer, en Suisse romande notamment, une ligne de pensée capable de traduire les préoccupations du tiers de l’électorat pour qui le vote conservateur n’est pas nécessairement le diable. D’ailleurs, le diable est-il collégial ? Vaste question, non ?

 

Pascal Décaillet

 

18:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/10/2015

EWS : la récré est finie

La%20consigliera%20federale%20Eveline%20Widmer-Schlumpf 

Sur le vif - Jeudi 29.10.15 - 15.47h

 

Huit ans pour ça ? Huit ans c’est long, l’équivalent de deux mandats complets d’un président américain. Huit ans, à cause du coup de force de quelques-uns, le pronunciamiento d’une poignée de chefs de parti, qui avaient ourdi, et d’ailleurs s’en étaient ouvertement vantés. Huit ans d’une anomalie dans la composition du notre Conseil fédéral. La formule du 17 décembre 1959, ce grand jour qui vit arriver Tschudi, c’est deux conseillers fédéraux pour les trois premiers partis, un seul pour le quatrième. C’est cela, et non la contorsion. Cela, et non l’atteinte à l’esprit.

 

Mme Widmer-Schlumpf fut-elle tout de même une bonne conseillère fédérale ? L’important n’est pas là. Il réside dans le parfum de trahison des origines, largement de quoi entacher d’un péché originel la légitimité de la Grisonne. Elle est la seule conseillère fédérale, depuis des décennies, que je ne connais pas. Je ne l’ai jamais rencontrée, jamais interviewée. Tous les autres, y compris les anciens, je les ai connus. Mémorable moment que ce jour du 12 septembre 1998, celui du 150ème anniversaire de la Suisse moderne, où nous avions reçu, en compagnie d’Uli Windisch (que j’avais invité dans cette émission un peu folle), en direct sur la Place fédérale, tout un après-midi, debout dans la foule, l’intégralité des conseillers fédéraux encore vivants (à part deux, trop malades pour venir), à la retraite ou en exercice. Eux, oui, je les ai tous approchés. Mme Widmer-Schlumpf, jamais.

 

Sur son œuvre ministérielle, je ne me prononce pas ici. Ce qui est sûr, c’est que dans les médias aussi, il y aura un avant et un après-EWS. L’arrivée aux affaires, dans les circonstances qu’on sait, de la parfaite inconnue (mais ô combien consentante) qu’était encore, au matin du 12 décembre 2007, la patronne des Finances grisonnes, a ouvert une ère, de huit ans, celle des journalistes EWS, en pâmoison devant elle. Toute une génération de confrères, principalement sous la Coupole, sanctifiant la ministre, au seul réel motif, non de ce qu’elle était, mais de ce qu’elle représentait : puisqu’elle incarnait la chute de l’homme tant haï, elle ne pouvait être qu’excellente. Reprenez Shakespeare, « Jules César », discours de Marc-Antoine sur Brutus et Cassius, juste après l’assassinat, pensez à Marlon Brando qui l’incarne dans le film inoubliable de Mankiewicz en 1953, vous aurez tout compris. Rien d’autre à dire.

 

Oui, il y a eu, pendant huit ans, toute une cour de journalistes dans la célébration sémantique et rhétorique de Mme EWS. Les mêmes, dans l’après-midi du 18 octobre, refusant de prendre la mesure du message du jour, l’incroyable percée de l’UDC, tellement riche pourtant d’enseignements sociologiques sur l’évolution de notre pays, n’avaient en tête que le destin d’Eveline Widmer-Schlumpf. Moi, je dis que cette génération des journalistes EWS, on en a maintenant soupé. Chez Ringier, c’était même devenu une religion que de défendre la Grisonne. Alors oui, maintenant, la récréation est finie. Il y a une révolution politique à faire au Conseil fédéral, en octroyant enfin à l’UDC les sièges qui sont les siens. Et puis, Mesdames et Messieurs, il y a une révolution médiatique à opérer, en laissant éclore de nouveaux espaces d’expression, où la Suisse conservatrice ne soit pas systématiquement bafouée.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

15:47 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/10/2015

Etre Romand n'est pas un but en soi

palais_federal_conseil_des_etats.jpg 

Sur le vif - Mardi 27.10.15 - 16.11h

 

J’ai vécu, et couvert en direct, comme journaliste de nombreuses élections au Conseil fédéral. C’est un rituel. Une liturgie. Avec un chapelet d’actions très précises, par exemple les vingt minutes entre deux tours, le temps pour les scrutateurs de compter, le suspense entretenu par le président, nombre de voix reçues, valables, nulles, éparses, etc. J’ai vécu aussi de mémorables Nuits des long Couteaux, la veille, jusque tard, à travers les bars bernois, le Café fédéral, le Schweizerhof, et toujours pour finir le Bellevue.

 

Une mythologie, ces petits meurtres de la dernière heure ? Oui, non, c’est selon : assurément le coup monté par Jean-Noël Rey, secrétaire du Groupe socialiste en décembre 1983, contre Lilian Uchtenhagen, et pour placer Otto Stich, était bien réel, et je sais maintenant qu’il fut en effet peaufiné dans les ultimes moments. Et puis, la réélection du Conseil fédéral, c’est toujours en décembre, dans une Vieille Ville de Berne chaleureuse, magnifique, avec décorations de Noël, ambiance de Fêtes. Oui, j’ai aimé ces moments, ils font partie de notre tradition politique fédérale.

 

Une autre coutume, à laquelle je me suis maintes fois prêté comme éditorialiste, c’est qu’un journal, dans un commentaire fracassant de première page, prenne parti pour un candidat. Il est d’usage, et ma foi bien compréhensible, que le quotidien local, celui de tout un canton, soutienne « son » poulain. Il s’affirmera ainsi comme le journal du canton, celui qui en défend les intérêts supérieurs. Admettons.

 

Pour autant, l’édito de 24 Heures de ce matin, également dans la Tribune de Genève, me laisse sur ma faim. Faut-il à tout prix, en 2015, soit 167 ans après l’élection du premier Septuor, attacher tant d’importance à l’origine cantonale d’un candidat au Conseil fédéral, gouvernement de notre pays, chargé de défendre les intérêts vitaux de la Suisse tout entière ? A cette question, au risque de choquer la Romanité de certains, je réponds non.

 

Pourquoi ? Parce que j’estime qu’être Romand n’est pas un but en soi. Il y en a déjà deux au Conseil fédéral, MM Berset et Burkhalter, je ne vois pas exactement l’urgence ethnique d’en ajouter un troisième, il faudrait plutôt s’interroger sur la question de la Suisse italienne. Et puis, voyez-vous, je connais très bien l’Histoire suisse, celle de nos conseillers fédéraux notamment, depuis 1848 : eh bien là aussi, au risque de heurter, je compte sur les doigts d’une main les très grands conseillers fédéraux romands. Et même en tenant compte du prorata de la population, désolé, mille fois pardon, mais je recense beaucoup plus d’hommes d’Etat chez les Suisses alémaniques que chez les Romands. Avec, bien sûr, d’inoubliables exceptions : je pense en premier lieu à Jean-Pascal Delamuraz, avec émotion, nostalgie. C’était un tout grand.

 

Dès lors, l’engagement éditorial de 24 Heures (et, par reprise, la TG) au nom du Vaudois de service, parce qu’il est le régional de l’étape, et pour cela seulement, m’apparaît comme un peu dépassé. Un peu provincial. Dans un enjeu aussi important, il faut une approche nationale. Il faut aller chercher l’intérêt supérieur du pays. Et puis franchement, fin 2015, je trouve carrément ringard de s’imaginer qu’un conseiller fédéral, comme au temps des diligences, « représenterait » son canton. Il n’est d’ailleurs, statutairement, pas là pour ça. Donc, voilà, cet édito ne m’a pas convaincu. J’ignore absolument qui sera élu au Conseil fédéral le 9 décembre. Je souhaite à tout prix, simplement, qu’il s’agisse d’une personnalité puissante, inspirée, cultivée. A partir de là, le canton d’origine m’est parfaitement indifférent. Nous sommes tous Suisses. Tous, filles et fils de ce même pays, dont le charme pluriel façonne le miracle des équilibres. Enrichissons-nous les uns les autres, lisons les auteurs alémaniques, n’oublions jamais la partie italophone. Et, pour une élection au Conseil fédéral, laissons un peu les attachements de clochers.

 

Pascal Décaillet

 

16:11 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/10/2015

La gauche, la morale, l'imitation des Clercs

images?q=tbn:ANd9GcRRa8phJJ67g1JMFN1ozaf0-m45YFdUBurZAmmZL8fhmiL637lYIg 

Sur le vif - Dimanche 25.10.15 - 18.09h

 

Une partie de la gauche, en Suisse, ne fait plus de politique, elle ne fait plus que de la morale. Sur les migrants, elle nous fait la morale. Sur notre manière de voter, elle nous fait la morale. Sur la notion de frontière, elle nous fait la morale, nous conspuant de ne pas partager sa vision planétaire, ou mondialiste. Sur l’usage que nous faisons de notre liberté d’expression, elle nous fait la morale : si nous abondons dans son sens, c’est bien, si nous plaidons contre ses idées, c’est mal.

 

 

Cette gauche ne livre plus combat, la bonne vieille bataille sociale, ô combien nécessaire, pour que les plus faibles, les plus fragilisés, nos chômeurs, nos personnes âgées, nos malades puissent vivre mieux. Non, elle nous fait la morale. Dépourvue de son ancestralité guerrière, celle de la Grève générale de 1918 ou des grands mouvements de masse, elle n’a plus pour discours que de brandir le Bien. Elle n’est plus combattante, mais cléricale.

 

 

Prenez l’affaire des migrants. Des dizaines de milliers de personnes, venues de Syrie ou d’ailleurs, viennent frapper à nos portes, oh pas seulement celles de la Suisse, celles des pays d’Europe qui nous entourent, l’Allemagne principalement. C’est un phénomène de masse, assurément capital, il s’agit de lui donner une réponse politique. Personne, ou presque, ne prétend qu’il faille rester sourds, et fermer les frontières. Très peu, en revanche, plaident pour l’ouverture totale des vannes, sans discernement, au nom du poids total d’une misère du monde, que nous Suisses (on se demande bien en vertu de quelle singularité, quelle élection) devrions porter en absolue priorité. La réponse sera donc quelque part entre deux. Accueillir oui, le Refuge oui, c’est chez nous une tradition, mais recevoir tout le monde, non.

 

 

Si vous dites cela, qui est de l’ordre du curseur et de la négociation, toutes choses inhérentes à notre manière de faire de la politique en Suisse, la gauche moralisante viendra tout de suite vous faire la leçon. Elle vous traitera d’égoïste, vous brandira les pires heures de la Seconde Guerre Mondiale, le « J » sur les passeports, la circulaire Rothmund, la fermeture des frontières. Elle fera de vous un collabo en puissance, elle vous fera miroiter le risque de devenir un salaud. Cette gauche-là (qui n’est certes pas toute la gauche de Suisse), au lieu d’entrer, par la dialectique, dans le combat pour placer le curseur du nombre d’admissions au mieux de ce qu’elle souhaite, règle le problème dès le départ, en diabolisant ceux qui ne partagent pas son rêve d’ouverture totale. Vous êtes le Mal, elle est le Bien.

 

 

Elle a tort. Parce qu’en Suisse, les gens en ont marre. Ils en ont plus qu’assez. Alors que tout, dans notre Histoire démographique, montre notre très grande ouverture à l’Autre, malgré les théories du début du siècle sur l’Überfremdung, malgré les années Schwarzenbach, et aujourd’hui encore, il faudrait que les gens qui sont déjà ici, ceux de l’intérieur, Suisses ou étrangers peu importe, bref les résidents, se sentent immédiatement coupables de vouloir réguler les phénomènes migratoires (dont l’asile ne représente d’ailleurs qu’une faible proportion). La gauche moralisante a tort : plus on fera aux gens la leçon morale, plus ils se braqueront. Et ils auront la raison : la politique, ça n’est pas la morale. Ca n’est certes pas, non plus, l’absence de morale, ou l’immoralité. Les deux domaines doivent faire l’objet d’une constante dialectique, se nourrir mutuellement d’arguments. Mais non se confondre.

 

 

Pour décidément ne pas comprendre cela, la gauche moralisante ne cesse de perdre des voix. C’est dommage : la Suisse a impérativement besoin de mouvements de pensée qui se mobilisent pour défendre la dignité du travail, celle de ceux qui en cherchent, parfois désespérément, mais aussi celle des laissés pour compte. C’est cela, la grande vocation de la gauche. Et non de nous brandir quotidiennement le Bien. Comme si, le Clergé ayant perdu toute son influence dans nos villes et nos campagnes, il eût à tout prix fallu que de grandes âmes profanes en prissent le relais. C’est un tort, une erreur : la politique n’a besoin ni de prêtres ni de pasteurs, ni de confesseurs ni de pourfendeurs, ni de promesses de salut ou de damnation. Elles a juste besoin de combattants compétents, concrets, constructifs. Ce sont eux, depuis les pères fondateurs radicaux de 1848, qui font avancer notre destin fédéral commun.

 

 

Pascal Décaillet

 

18:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

23/10/2015

C'est ça, le scrutin majoritaire ?

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.10.15

 

Enfant, puis adolescent, j’étais un fervent partisan du système majoritaire. Notamment l’uninominal à deux tours des législatives françaises, depuis la Cinquième République. C’était sous de Gaulle. Dans ce mode électoral, j’admirais la clarté du choix, puis la cohérence des décisions prises à l’Assemblée.

 

Eh bien cette admiration, c’est du passé. Quand je vois ce qui se passe chez nous, tiens par exemple à Genève pour le second tour de l’élection au Conseil des Etats, tout ce jeu de dupes, tout cet incroyable maquignonnage, toutes ces chutes de masques, me donnent la nausée. A moi, comme à l’immense majorité de l’électorat.

 

Au premier tour, Mme Maury Pasquier et M. Cramer sont en tête. L’élection est à deux tours, et les autres (Entente, Nouvelle Force) ont bien sûr le droit de recomposer leurs forces, c’est le jeu. Mais il y a la manière ! Ces présidents de partis qui disent blanc un jour, noir le lendemain, oui avec la tête, non avec le cœur, devant un public qui n’est évidemment pas dupe, quelle image de la démocratie ?

 

Alors voilà, j’ignore qui sera élu aux Etats. Mais je préfère désormais la bonne et brave simplicité du scrutin proportionnel : ceux qui arrivent en tête sont élus. Ça nous évitera la vanité des paroles, le piment sucré des contradictions, la dissolution du politique dans l’illisible, le règne du trompe –l’œil et des salamalecs.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

15:00 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/10/2015

EWS : l'heure de l'addition

images?q=tbn:ANd9GcSZDsWDgir-CWAZSEEvVC4n5YvBavvY4fMcMVfKquS7xJgyKGjJrA 

Édito publié ce matin, en italien, en première page du Giornale del Popolo - Jeudi 22.10.15


 
29,5% ! Un résultat incroyable. Beaucoup plus fort qu’en 2007, car à l’époque, l’UDC comprenait encore les voix du futur PBD. La Suisse qui vire à droite : toute la barre à tribord, comme on dirait en termes de marine ! Cela, pour des raisons profondes, bien au-delà de la seule « peur des mouvements migratoires » mise en avant par de timides – ou perfides – analystes.
 


C’est un véritable changement de paradigme pour notre pays, une mutation politique, mais aussi sociologique, culturelle même ! Sans doute, cette fois, enfin, l’adieu à Mai 68, à une toute une génération née de cette idéologie. Nous entrons maintenant dans autre chose. Une autre époque, qui rejette autant les rêves libertaires que le libéralisme financier sans entraves. Nous assistons au retour de valeurs traditionnelles. Le retour, aussi, puissant, de l’idée de frontière. Celle qui, à l’intérieur, protège le faible, le fragile, le chômeur, contre la concurrence trop facilement importée de l’étranger par certains employeurs hélas bien peu patriotes, ne voyant que leur profit immédiat.


 
Face à l’étendue de cette mutation, face à l’importance du message délivré par l’électorat le dimanche 18 octobre 2015, je vous dirai franchement que le sort de Mme Widmer-Schlumpf m’est parfaitement égal. Elle peut rester au Conseil fédéral, partir, retourner respirer l’air (tellement plus sain !) des Grisons, cela n’a aucune importance. Et la focalisation des esprits, dans toute la presse suisse, sur le destin de cette dame révèle davantage les préoccupations de sérail de toute une génération de journalistes anti-Blocher, tellement heureux de son départ en décembre 2007, qu’ils ont passé huit ans, dans leurs circuits fermés, en adoration devant une ministre qui ne présente pas, en réalité, tant d’intérêt. Elle a peut-être fait de bonnes choses, et puis peut-être pas : cela n’a aucune importance !


 
Pourquoi ? Parce que tout l’épisode Widmer-Schlumpf est né d’une trahison. A Berne, à l’approche du 12 décembre 2007, le socialiste Christian Levrat, le Vert Ueli Leuenberger, le PDC Christophe Darbellay ont aiguisé leurs poignards. On est allé chercher, à Coire, une ministre cantonale des Finances qui faisait sans doute du bon boulot, on l’a mise au parfum, elle est partie dans la combine, et au final le putsch anti-Blocher a pu se produire. Eh bien huit ans plus tard, Madame la Grisonne, voici venue l’heure de l’addition. Si, par hasard, elle devait s’avérer salée, je n’en serais, pour ma part, pas exagérément malheureux. Ai-je été assez clair ?


 
Mais il y a maintenant, fin 2015, un tout autre son de cloche que celui de l’automne 2007 : il ne s’agit plus de Christoph Blocher. Elle s’est éloignée, l’ombre du Commandeur ! Au point qu’une nouvelle génération UDC, cella de sa fille Magdalena, par exemple, celle du brillant patron de la Weltwoche, Roger Koeppel, occupe maintenant la scène. Dès lors, l’ambiance entre l’UDC et les autres partis gouvernementaux paraît moins dramatique qu’il y a huit ans. L’UDC a gagné les élections, elle a réalisé son meilleur résultat historique, elle est en force, en puissance. C’est cela qui compte, et non le petit bal des prétendants au Conseil fédéral.


 
Mieux que moi, mes confrères tétanisés pas le sérail de la Coupole fédérale vous diront tout de même qu’il y a un calendrier : 31 octobre, Assemblée générale du PBD, où Mme Widmer-Schlumpf pourrait nous éclairer sur ses intentions. 13 novembre : délai pour les candidatures des sections cantonales UDC pour un éventuel deuxième siège. 20 novembre : décision des groupes des Chambres fédérales. Enfin, mercredi 9 décembre, Jour J : réélection complète, comme tous les quatre ans, du Conseil fédéral.


 
Mais rien de cela n’a de réelle importance. Intéressons-nous aux thèmes ! Le virage à droite du 18 octobre influencera directement l’avenir de nos assurances sociales, celui de nos retraites, nos rapports avec l’Union européenne, notre gestion des flux migratoires, nos décisions sur l’avenir de l’agriculture, de la défense nationale, toutes choses infiniment plus importantes que de savoir « quelle va être la décision de Mme Widmer-Schlumpf ». Ce que l’Histoire politique suisse retiendra de l’automne 2015, c’est le 18 octobre. Avons-nous simplement pris la mesure de ce qui s’est produit ce jour-là ?


 
Pascal Décaillet
 
 

10:43 Publié dans Editos Giornale del Popolo | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/10/2015

Ni "peur", ni "repli", juste l'attachement au pays

 

Sur le vif - Mercredi 21.10.15 - 02.39h

 

Je conteste absolument que la "peur des migrants" soit l'explication principale de la victoire de l'UDC dimanche. Il faut d'ailleurs cesser d'imputer aux "peurs", "crispations", "mouvements de repli", le vote conservateur en Suisse.

 

Il y a quelque chose de beaucoup plus profond : une part importante de nos compatriotes ne veut ni de la gauche, ni surtout de la droite libérale, libre-échangiste à souhait, gommeuse d'identité nationale et de valeurs.

 

Cette droite-là, alliée à certains patrons peu soucieux de notre corps social, immigrationnistes par profit à court terme, adeptes d'une sous-enchère qui n'a absolument pas été contrôlée depuis 2002, régresse face à une autre droite, porteuse d'autres valeurs.

 

Ne sous-estimons en aucun cas l'initiative de Franz Weber, ni celle du 9 février 2014. Sachons en lire les messages : attachement physique, émotif, filial, au paysage du pays, besoin d'équilibre et de régulation des flux migratoires, volonté de conserver une Suisse à taille humaine, où il fasse bon vivre.

 

Il n'y a là rien de xénophobe, aucun abaissement de l'Autre, aucune "peur", aucun "repli". Il y a juste la volonté raisonnée de poursuivre avec simplicité la lente, patiente et magnifique construction de nos ancêtres.

 

Pascal Décaillet

 

 

17:18 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/10/2015

Guignol's Band

11-537594.jpg 

Sur le vif - Mardi 20.10.15 - 19.35h

 

Ce qui époustoufle, dans le Sons et Lumières que vient de donner l’Entente en vue du second tour de la course aux Etats, à Genève, c’est la totale surdité entre les uns et les autres. Oui, l’Entente est sourde. Beethovenienne. Hélas, sans la capacité de nous livrer les derniers Quatuors à Cordes du génial musicien : il les avait conçus en ne les « entendant » que dans la profondeur de son silence intérieur.

 

Le problème numéro un de l’Entente ne réside pas dans les choix des uns et des autres, ces derniers relèvent du droit au suicide, que toute âme plus ou moins humaniste voudra bien tolérer. Non, l’immensité du pataquès procède d’une hallucinante impréparation. Car enfin, en Suisse, le calendrier des élections fédérales est connu des décennies à l’avance. Un mordu de l’agenda, si ça l’amuse, peut parfaitement prévoir la date du dimanche électoral d’octobre 2035.

 

Le président du PLR genevois, celui du PDC, devaient, j’imagine, subodorer quelque peu l’existence d’une échéance électorale nationale le dimanche 18 octobre, puis celle d’un deuxième tour le dimanche 8 novembre. Ces choses-là, y compris dans leur aspect tactique, celui du petit jeu entre partis, peuvent un peu s’anticiper, non ? Or, à quoi venons-nous d’assister ? A une tragicomédie de l’impéritie. A un super Brico-Loisirs de l’improvisation de l’ultime minute. A un dialogue de sourds.

 

Les partis font ce qu’ils veulent. Ils ont le droit de s’allier avec qui ils veulent. Tout au plus pourraient-ils nous épargner les couplets si peu crédibles sur la « morale » et les « valeurs », il y a quand même un moment où trop prendre les gens pour des demeurés commence à présenter un danger de crédibilité.

 

Les puissants esprits de l'Entente genevoise n’ont rien vu venir, ils sont pourtant là pour cela, un peu, non ? Ils n’ont rien anticipé. Ils ont géré un lendemain et un surlendemain d’élections fédérales comme un enfant de chœur dépassé par les palpitations de voir surgir une créature féminine au sortir de la sacristie. Ils ont été totalement dépassés par les événements. Ils avaient pourtant des mois, des années, pour voir venir une échéance parfaitement prévisible.

 

A partir de là, longue vie au duo de gauche au Conseil des Etats. Et vivement 2035.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

19:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/10/2015

Conservateur, lucide et en parfaite santé : mais oui, c'est possible !

Gouvernanz_Ziele-der-Schweiz.jpg&h=190&w=292&zc=1 

 Sur le vif - Lundi 19.10.15 - 14.42h

 

« Vote de la peur », « vote du repli » : encore et toujours, nos belles âmes éditoriales des lendemains d’élections se complaisent dans ce vocabulaire, qui voudrait faire des vainqueurs des citoyens atteints de pathologie. Ils auraient voté, non en adultes, non en connaissance de cause, mais à leur corps défendant : en vertu, au sens médical, de réflexes immunitaires, par conjuration d’une crainte profonde. L’électeur conservateur, en Suisse, ne glisserait pas son bulletin en adulte sain et vacciné, en fonction d’une analyse de la situation, d’une vision de la politique. Non, il n’agirait qu’avec l’infinie faiblesse d’un être apeuré. Le corps électoral aurait « paniqué » face à la vague de migrations, « cédé aux sirènes », perdu les nerfs.

 

Pitoyable analyse. Celle d’une génération d’éditorialistes qui, au moins depuis 1992, veut absolument nous décrire la montée du sentiment conservateur, en Suisse, comme l’atteinte du corps national par une fébrilité maligne, dans tous les sens de cet adjectif, celui de la santé, celui de la possession diabolique. Pour contrer ce phénomène, ils ont tout essayé, depuis un quart de siècle, tous les exorcismes, ils ont diabolisé, démonisé, ostracisé, rien n’y fait : le phénomène demeure, prend de l’ampleur.

 

Ils ont tort. Voter pour une Suisse souveraine, indépendante, régulant ses flux migratoires (et non fermant ses frontières, comme ils l’affirment de façon mensongère et caricaturale), une Suisse préservant son corps social en luttant contre la sous-enchère salariale, une Suisse soucieuse de la qualité de son agriculture, celle de ses paysages, respectant ses animaux, une Suisse qui ne dénature pas son Plateau en construisant tous azimuts, ne relève en rien d’une maladie. Mais d’une série de constats, procèdant de l’exercice civique et de celui de la raison. Il n’y a là nulle fièvre, nulle éruption, seulement un choix politique assumé, articulé autour de l’attachement au pays, oui le patriotisme, le souci d’en préserver les beautés et les équilibres, celui d’un corps social sain et solidaire, dans une démographie dont nous puissions demeurer les maîtres, ce dernier point n’étant pas synonyme de fermeture, mais simplement de contrôle des flux.

 

On a vu ces thèmes dans l’initiative des Alpes (toujours pas appliquée, vingt ans après), et dans le oui au texte de Franz Weber. Et puis aussi, bien sûr, le 9 février 2014. Régulièrement, le corps électoral nous délivre des signaux, que d’aucuns, hélas, refusent de lire. A bien des égards, cette montée du « conservatisme », depuis 1992, en rappelle une autre : l’ascension, dans la résistance, du courant catholique-conservateur, ou catholique-social, ou chrétien-social, de 1848 à 1891, soit entre la toute-puissance radicale née du Sonderbund et l’arrivée, enfin, du Lucernois Joseph Zemp, premier « PDC » (avant la lettre !) au Conseil fédéral, le 17 décembre 1891, l’année de Rerum Novarum, l’Encyclique de Léon XIII sur la Doctrine sociale.

 

Dans les cantons protestants aussi, des courants émergeaient, contestant non le Progrès en tant que tel, mais la foi des radicaux, presque dogmatique, dans une industrialisation trop rapide du pays, effrénée même parfois, à partir du moment où les capitaux s’ouvraient. Aux yeux de beaucoup de nos compatriotes, entre 1848 et 1891, tout allait trop vite, l’Argent-Roi et le profit prenaient trop de place, défigurant la Suisse, il fallait revenir à des valeurs plus solides, fondatrices du pays profond.

 

La victoire historique de l’UDC, hier, et avec elle le glissement à droite sous la Coupole fédérale, ne sont pas une Révolution, mais un sérieux et tangible déplacement du curseur. Pour quatre ans. Il aura des conséquences sur  la mise en application du 9 février 2014, sur l’affirmation de notre souveraineté politique, sur nos tonalités dans les négociations internationales, sur la réforme de nos assurances sociales, sur notre politique énergétique (on va soudain se sentir beaucoup moins pressé de sortir du nucléaire), sur notre soutien et notre valorisation de l’agriculture suisse. Au sein de la famille de droite, particulièrement dans le binôme UDC-PLR, le rapport de forces ne sera pas le même que dans la législature précédente. Sur la question centrale des bilatérales, il faudra bien que certains fassent des concessions. Disons, de part et d’autre. Allez oui, disons cela.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

14:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/10/2015

Pascal aime Eveline - Voici pourquoi...

cupidon.jpg 

Commentaire publié dans GHI . Mercredi 14.10.15

 

« Eveline Widmer-Schlumpf a fait du très bon travail » : propos tenus dans la Tribune de Genève, lundi 12 octobre, par Pascal Couchepin. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’hommage du Valaisan à la Grisonne ne fera pas l’unanimité au sein du parti de l’ancien Président de la Confédération, le PLR. Dans cette formation, de nombreuses voix s’élèvent pour inviter les parlementaires fédéraux à ne pas réélire l’actuelle ministre des Finances au Conseil fédéral, en décembre prochain. On lui reproche sa gestion des conflits financiers internationaux, sa génuflexion devant ses partenaires de négociation, à Paris, à Washington ou à Bruxelles.

 

Dès lors, pourquoi ces mots de Couchepin ? Où en chercher la cause, si ce n’est dans le Péché originel du 12 décembre 2007 ? Entendez, le complot fomenté par un pronunciamiento de parlementaires fédéraux contre Christoph Blocher. Ne pas le réélire. Aller chercher, à Coire, la ministre cantonale grisonne des Finances, comme figure de remplacement. Avec son accord, bien sûr. Et ça a parfaitement marché ! Dans les conjurés, il y avait le socialiste Christian Levrat, le Vert Ueli Leuenberger, le PDC Christophe Darbellay.

 

Et Pascal Couchepin ? Était-il dans le secret des dieux ? Nous n’en saurons rien. Mais le départ de Blocher l’a bien arrangé, il y avait un coq de trop dans cette cour, un coq de combat, comme lui, gênant, rival. Alors, dans ces conditions, Mme Widmer-Schlumpf, on l’aime bien. On sait se souvenir qu’elle a rendu service. Et même si une grande partie du PLR ourdit maintenant contre elle, eh bien, de son promontoire octodurien, on lui demeurera fidèle. La politique n’est-elle pas, ainsi considérée, la chose la plus simple du monde ?

 

Pascal Décaillet

 

 

16:06 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

2015 - 2019 : respecter la décision du 9 février 2014 !

 

Éditorial paru ce matin en première page du Giornale del Popolo - Jeudi 15.10.15


 
Migrations, avenir des assurances sociales, santé économique et financière du pays, conséquences du 9 février 2014, transition énergétique, tels sont quelques-uns des grands thèmes de la campagne fédérale qui s’achève. Ils seront, évidemment, ceux de la législature 2015-2019. Pour ma part, c’est ma huitième campagne nationale comme journaliste. Je dirais qu’elle s’est correctement déroulée, sans éclats, peut-être aussi, hélas, sans grand relief, car les sujets qui touchent les gens de très près, comme celui de la frontière (au Tessin comme à Genève !), des bouchons dans les rues, du logement, de l’emploi, de la formation, sont davantage cantonaux que fédéraux.
 


Au fond, même si le temps des diligences, ou celui des tout premiers trains, le temps de 1848, nous apparaît comme préhistorique, les Suisses continuent de percevoir la Berne fédérale comme lointaine. L’image reste celle d’un beau Palais, avec son austère molasse grise, sa Coupole, ses Messieurs en costumes (oui, des hommes, surtout !), ses huissiers, ses lustres, ses tapis rouges. Bref, l’officialité. Les Suisses, de Chiasso comme de Coire ou de Sion, aiment et respectent ce décorum, avec sa liturgie, ses officiants, ses rites. Plus que tout, ils aiment suivre à la télévision la réélection du Conseil fédéral, en décembre tous les quatre ans (quelques semaines après les élections législatives), n’ayant en général (mais pas en 2003, ni en 2007 !) d’autre suspense que le nombre de voix que fera chaque candidat ! Heureux pays, dont la quiétude semble émerger des aléas du monde, du tragique de l’Histoire.


 
Heureux, oui, en comparaison internationale ! L’un des plus prospères du monde. Avec une paix sociale, des institutions fortes depuis 1848, une culture politique appréciée par les citoyens, une démocratie directe qui leur donne la parole, un fédéralisme qui respecte les différences. Heureux, mais tout de même inquiet face aux grands défis qui nous attendent. Qu’il habite Lugano ou Genève, Neuchâtel ou Saint-Gall, chaque Suisse voit bien la dimension globale, au moins continentale, des vagues de migrations qui déferlent sur l’Europe. Assurément, la gestion de ces flux sera l’un des enjeux de la législature 2015-2019.


 
D’autant que nous avons à mettre en application une décision du peuple et des cantons : le oui du 9 février 2014 (et le Tessin en sait quelque chose !) à l’initiative contre l’immigration de masse. Tant que le Conseil fédéral n’aura pas expliqué comment il entend mettre en application le verdict souverain du corps électoral, nous serons dans le flou, dans l’incertitude, dans l’impasse. Impérativement, dans les mois qui viennent, le gouvernement doit donner une réponse à cette question capitale. Dans cette réponse, il commettrait une faute politique majeure, s’il devait donner l’impression de contourner une volonté populaire clairement exprimée. Ou encore, de sous-estimer la souffrance sociale de cantons-frontières, comme le Tessin ou Genève.
 


Et puis, il y a les assurances sociales, principalement l’avenir de nos retraites, la question de leur financement. Le paquet Berset est mal parti : à force de vouloir jeter des ponts, ménager la chèvre et le chou, il apparaît comme un bric-à-brac de compromis, on élève d’un an l’âge de la retraites des femmes, on baisse le taux de conversion du deuxième pilier, on compense avec de meilleures rentes AVS, bref on donne l’impression de naviguer à vue. En 1947, notre pays a inventé l’AVS, c’est une étape majeure de notre Histoire nationale, la génération de l’immédiate après-guerre a su nous forger un outil social capable de traverser les décennies. Aujourd’hui, il appartient au politique de relever le défi du vieillissement de la population avec une nouvelle donne, oui un « New Deal » qui ressemble à autre chose qu’à un rafistolage. Il le faudra bien, car la question démographique est centrale dans l’avenir de notre pays.


 
Les autres chantiers, on les connaît : transports routiers et ferroviaires, deuxième tube au Gothard, prise de congé du nucléaire en ayant l’assurance de l’efficacité d’énergies renouvelables, soutien sans faille à nos agriculteurs, optimisation de la qualité de nos produits, encouragement à respecter l’environnement, la qualité de vie animale, autrement que dans des batteries. Enfin, demeurer souverains dans notre politique de sécurité, qui passe évidemment par d’autres outils, en 2015-2019, que seulement par des chars et des canons. Les enjeux ne manquent pas. Puisse la législature à venir nous dessiner une Suisse vivante, fière de ses valeurs, notamment sa culture politique, ouverte au monde. A mes amis tessinois comme à tous mes compatriotes, je dis surtout : n’oubliez pas d’aller voter !

 

Pascal Décaillet

 

09:54 Publié dans Editos Giornale del Popolo | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/10/2015

A quoi sert le Département présidentiel ?

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.10.15

 

Couper des rubans. Prendre de grands airs. Survoler. Ne point intervenir dans les affaires courantes, ou du moins le prétendre. N’être point lié aux contingences concrètes, ou en tout cas le feindre. Glisser entre les dossiers dérangeants. Se faufiler. Savoir se montrer, juste au bon moment, entre deux éternités diaphanes. Prendre la parole, entre deux majestés du silence. Telles sont, grossièrement résumées, les tâches d’un personnage nouveau, fruit de l’imagination fertile des Constituants : le président, pour cinq ans, du Conseil d’Etat genevois. Fonction inédite, à laquelle le premier titulaire, pour la législature 2013-2018, François Longchamp, a su ajouter un rare parfum d’immatériel. Appelons cela, toute grammaire diluée, l’irréel du présent.

 

Car enfin, à quoi rime ce poste ? Nos braves Constituants n’ont pas su, ou pas voulu, trancher. Ils n’ont pas voulu d’un « gouverneur », modèle Guy-Olivier Segond, ni d’un Premier ministre, au-dessus des six collègues, mais dont la responsabilité personnelle serait engagée dans toute affaire liée au collège, dans son ensemble. Il n’ont pas, non plus, voulu du modèle vaudois, fort bon, où le président conserve un Département : les Finances pour M. Broulis, puis la Santé pour M. Maillard. Ils nous ont griffonné, sur quelque trame théorique, une fonction aussi illisible que déracinée. Coupée du réel. De l’administration. De tout lien avec les nécessités concrètes de la population. Un quotidien céleste. Dans la fraternité des nuages. Dans un triangle d’azur où rien ne bouge. La vie, comme le bleu sacré d’une icône.

 

Esthétiquement, c’est intéressant. On nous y peint une forme de théocratie dans la douceur, sans la rudesse biblique, sans élus ni damnés, sans le serpent de l’Apocalypse, le Grand Dragon du Mal. Non, juste la hiérarchie des anges. Avec, tout en haut, une âme d’administrateur, hélas privée d’administrés. Alors, commence à se distiller le péril de l’ennui. Régner, oui régner, mais où sont les sujets ? Briller, dans un Palais des Glaces, Versailles, Soleil, Lumière, mais, hormis l’omniprésence du courtisan, où est passé le peuple ? Nos braves Constituants auraient voulu nous esquisser une fonction de Grand Prêtre, ou d’intangible Vestale, ils ne s’y seraient pas pris autrement.

 

Pourtant, l’Homme parle. Il ne lui déplaît pas, par exemple, de faire la morale au peuple, lorsqu’il estime que ce dernier a mal voté. Par exemple, le 9 février 2014. La Parole, il ne lui déplaît pas de nous la délivrer pour la sainte litanie des bilatérales, l’ouverture des frontières comme dogme. Là, oui, il sort de sa réserve. Indique le droit chemin. D’aucuns l’écoutent avec l’extase de l’ouaille face au pasteur. La Sainte Raison, celle qui monte à l’Autel, allez disons pour une heure, le temps de l’acte. Le reste du temps, la vie du peuple reprend ses droits, avec son cortège de bouchons dans les rues, ces jobs impossibles à trouver, ces taxes qui nous submergent, oui toutes ces contingences de la vie matérielle, loin de l’Encens du pouvoir. Grisée, pour quelques jours. Allez, rien de grave. C’est juste pour cinq ans. Plus qu’une moitié, et c’est fini. Ou peut-être que ça continue. La vie des saints, qui la prévoit ?

 

Pascal Décaillet

 

 

12:38 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/10/2015

Eh oui, la frontière protège le faible !

promenadeGE_600.jpg 

Sur le vif - Dimanche 04.10.15 - 19.00h

 

Un poste de douane, pour le passant, ça n’est jamais très drôle. Il faut attendre, on risque le contrôle, il y a toujours quelques palpitations (même si on n’a strictement rien à se reprocher !), ça bloque la circulation, ça nous met en retard. Alors évidemment, la perspective d’une humanité sans frontières, ça excite le bourgeois. A quoi bon les pays, les nations, soyons tous frères, enfants de la mondialisation post-moderne, abolissons cet archaïsme, la frontière.

 

Le problème, c’est que ça ne marche pas comme ça. Les frontières sont les fruits de l’Histoire, des guerres, des négociations, des traités. Elles sont certes fluctuantes, n’ont rien de définitif, il suffit de consulter de vieux atlas pour voir à quel point elles ne cessent d’évoluer.

 

Elles évoluent, mais ne disparaissent pas. L’actuel découpage des nations, prenons l’Europe, ne doit rien au hasard, il est la résultante de rapports de force, chaque pays s’étant créé par lui-même, et n’ayant pu continuer à exister, à travers les siècles, qu’en versant son sang, ou en négociant durement son droit à arborer son drapeau. L’Histoire est tragique, elle ne fait aucun cadeau, chaque génération doit se battre, rien n’est acquis, jamais. Cette dimension réaliste de l’Histoire, fondé sur une nature humaine prédatrice, quel prof ose encore l’enseigner aujourd’hui ? Les Histoires nationales, avec leurs guerres, leurs batailles, leurs alliances, leurs traités.

 

Je suis un partisan des frontières. Non pour le plaisir de rencontrer des douaniers, cette jouissance-là est chez moi, comme chez nous tous je pense, assez limitée. Mais parce que je crois profondément que les différentes communautés humaines doivent avoir la possibilité d’embrasser, pour chacune, un destin commun au sein d’un territoire défini, avec des institutions partagées, des valeurs communes acceptées, un système politique, judiciaire, une conception de l’école, de la santé, de la sécurité publique, etc. Chaque nation a son génie propre, ses traditions, son Histoire : on ne fait pas de la politique en Suisse comme en France, on n’a pas construit l’Etat social en Allemagne comme en Angleterre, on ne conçoit pas l’école dans les pays scandinaves comme en Espagne ou au Portugal.

 

Le rêve de mondialisation ne vient pas des peuples. Il serait d’ailleurs très intéressant de consulter chacun d’entre eux, à la manière suisse, en donnant la parole à tous, pour savoir si ça les excite tant que cela, l’idée d’une Europe ou d’un monde sans frontières.

 

Je suis pour la frontière. Cela ne signifie en aucune manière pour leur fermeture. Mais pour un système de contrôles, pour une régulation des flux migratoires, décidée par le corps des citoyens. C’est à lui de prendre les grandes décisions qui engagent le pays, à lui de placer le régulateur, à lui de fixer le nombre de personnes qu’il accepte de faire venir de l’extérieur. Chaque communauté humaine doit avoir ce droit. Or, il se trouve qu’en Suisse, le corps électoral a eu l’occasion, grandeur nature, de prendre une décision de principe sur ces questions-là : c’était le 9 février 2014. Ce dimanche-là, le souverain, peuple et cantons, a tranché. Son verdict doit impérativement, sans jouer au plus fin, sans contourner l’essentiel, être mis en application par les autorités fédérales.

 

Je suis pour la frontière, parce que le corps social de mon pays m’intéresse au plus haut point. Je déteste la loi du plus fort, encore plus celle du plus riche. Et justement, j’affirme que la frontière, parmi ceux qui sont déjà là, à l’intérieur, protège le faible. Comme l’a remarquablement noté Julien Sansonnens, dans un édito récent de Gauchebdo, les personnes les plus fragilisées de notre pays, en termes d’emploi notamment, ne seront pas les premières à applaudir en cas d’une élévation trop brutale de notre solde migratoire. Ces choses-là, dans l’Histoire suisse, sont fragiles, délicates, et ne peuvent en aucun cas être laissées aux mains d’idéologues d’une ouverture totale des vannes. L’effet, dans l’opinion publique, notamment auprès des personnes les plus défavorisées, serait dévastateur.

 

La frontière protège le faible. Elle dessine des horizons communs. Elle n’exclut ni l’accueil, ni l’asile, ni la générosité. Simplement, elle applique des seuils, des limites. Et c’est le corps des citoyens qui doit décider de ces derniers. En se montrant ouvert, ou ferme. C’est selon. En fonction de sa conception, non de la métaphysique ni de la morale, mais simplement de l’intérêt supérieur de la nation à laquelle il appartient. Toute nation, toute communauté humaine, depuis toujours, fonctionne comme cela. Refuser de le voir, au nom d’une idéologie mondialiste ou d’une béatitude universaliste, c’est se condamner à d’amères désillusions, entendez  le pire de tout en politique : la perte de maîtrise sur le cours des événements.

 

Pascal Décaillet

 

 

19:00 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

03/10/2015

L'Adieu au Temps

images?q=tbn:ANd9GcS2XU928KpdmepOTzTRRHzxVgawE662gV8maIhFsTVkRIm5GcmF

 

Sur le vif - Samedi 03.10.15 - 10.53h

 

Il y a quelques jours, j'ai commis un acte majeur dans ma vie de passionné de journaux (depuis l'âge de dix ou onze ans) : je me suis désabonné du Temps.

 

Pour moi, ça n'est pas rien. J'étais un abonné de la première heure, dès le premier numéro. Surtout, en amont de la création du Temps en 1998, j'étais abonné depuis des décennies à son ancêtre, le Journal de Genève, où j'ai d'ailleurs accompli, il y a trente ans, mes premières années de journalisme. J'en garde un souvenir ému.

 

C'est donc avec une partie de ma vie, avec de longues années que j'opère cette rupture. Je ne reproche rien au Temps. Il a parfaitement le droit d'être ce qu'il est. La presse est libre. Je ne vais quand même pas, moi, dire le contraire.

 

Aucun reproche, donc. Sauf que je ne le lis plus. Alors, couper des arbres pour ne même pas lire, c'est dommage. Politiquement, il est devenu le journal du PLR. Le journal de M. Burkhalter. Le journal de M. Longchamp. Le journal de M. Maudet. Le journal du patronat, plus précisément d’Économie Suisse, surtout pas de l'USAM, puisque cette dernière est maintenant présidée par un UDC. Le journal des pleurnicheries post-9-février de M. Aebischer. Le journal de la libre circulation, érigée en dogme. Le journal de la "démocratie représentative" contre la démocratie directe. Le journal du lobby pro-SSR, miroir oblige. Le journal du NOMES. Le journal qui nous ventile l'extase europhile de M. Cherix.

 

Le cahier culturel est illisible. Il ne fait que se greffer sur les dernières promotions des circuits d'éditeurs ou de producteurs de films. Il suinte la mode et les affinités d'un tout petit cercle lausannois. Il n'y a ni choix assumé, ni plumes transgressives. Juste l'élégance d'être dans le courant. C'est tellement confortable, le courant. Pour la culture, s'il faut lire des journaux, je lis Gauchebdo, la Weltwoche, le cahier du samedi de la NZZ, la Frankfurter Allgemeine.

 

Je ne reproche rien au Temps. Tout ce qu'il est devenu, il en a le droit. Les journaux sont libres. Les lecteurs aussi.

 

Le Temps est un journal élégant, mais manque singulièrement de courage. Il me fait penser à ces officiers d'état-major qui, faute d'avoir remporté des victoires sur le terrain, se pavanent dans les salons avec des uniformes trop lustrés pour être vrais. Manque de courage. Manque de solitude. Manque de plumes. Oh, certains ont du style, de belles tournures. Mais où est passé l'engagement ? Celui, par exemple, d'oser parfois la posture minoritaire, la Marge ? Où sont les plumes qui osent affronter la pensée dominante ?

 

Le Temps est devenu le Journal du pouvoir. Il est devenu le média suisse de révérence.


 

Pascal Décaillet

 

 

10:53 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |