03/11/2015

Dolomites, 1915 : reportage bouleversant

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Sur le vif - Mardi 03.11.15 - 15.17h

 

Avant-hier dimanche, série de reportages historiques sur les combats, en 1915-1916, entre Italiens (qui venaient d'entrer en guerre, l'Intervento du 23 mai 1915) et Autrichiens, dans la région des Dolomites. La guerre de position, en haute montagne, pour quelques centaines de mètres carrés de terrain escarpé, à un point qu'on n'imagine pas.


Ce reportage m'a énormément appris. Ces hommes, des deux côtés, qui se faisaient la guerre dans les régiments alpins, d'un côté ceux de l'Italie, de l'autre ceux de François-Joseph en sa dernière année de règne (1848-1916), se connaissaient avant la guerre. Nombre d'entre eux étaient guides de montagne, ils avaient les uns pour les autres respect et proximité. Au fond, des deux côtés des Dolomites, ils vivaient la même vie. Celle de mes grands-parents. Celle de tous mes ancêtres maternels à Orsières, ou paternels à Salvan.


Le reportage est désespérant. Au sommet de la montagne, une guerre de position plus immobile encore que celle des tranchées, à Verdun ou dans la Somme. On s'enterre dans la roche, on creuse des kilomètres de galeries, mais pas à la dynamite à cause du bruit qui vous fait repérer, on laisse le minimum de fenêtres dans la paroi pour placer une mitrailleuse. Et puis, pendant des semaines, des mois, on attend.



Cette étape de la guerre, malgré l'héroïsme des uns et des autres, n'a servi à rien. Ce que les Italiens ont gagné, ou préservé, ils ont dû le restituer aux Autrichiens après le désastre de Caporetto, en 1917. Et puis, après l'Armistice de 1918, ce sont des accords politiques qui leur ont finalement rendu ces régions.


Ce reportage, visionné avant-hier soir, me poursuit depuis 48 heures. Des hommes incroyablement courageux, réunis dans une connaissance intime de la montagne, menant une guerre oubliée de nos jours, peu connue, sauf j'imagine en Italie et en Autriche. Une guerre d'apparence inutile. Mais des hommes, tout de même, qui se sont battus dans les conditions épouvantables de l'hiver 1915-1916, l'un des plus glaciaux du siècle.



Désormais, chaque fois qu'en Italie, je croiserai un Chasseur alpin (vous savez, avec la belle plume au chapeau), je penserai à ces hommes-là.



Et puis, pendant tout le reportage, diffusé au soir de la Toussaint, à quelques heures du Jour des Morts, j'ai pensé à mon père. Jeune ingénieur, en 1942, c'est lui qui a construit le Fort d'Artillerie de Champex. En préparation du même type de guerre que celle de 1915. Dieu merci, elle ne s'est pas produite.

 


L'Histoire m'habite, jour et nuit.

 

 

Pascal Décaillet

 

15:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

C'est comme ça que je vous aime le plus.

Écrit par : PIerre Jenni | 03/11/2015

Pour les curieux :

Le guide des musées de l'association nationale des Alpins (ci-dessous en pdf)

http://www.ana.it/dotAsset/0585f559-226d-4057-bede-861c1434e629.pdf

Site de l'association nationale des alpins

Associazione Nazionale Alpini

http://www.ana.it/

Pour ne pas manquer les plumes, voir le 89ème rassemblement des alpins, cela se passe les 13-14-15 mai 2016 à Asti, dans le piémont.

http://www.ana.it/pagine/adunate/asti2016.dot

https://fr.wikipedia.org/wiki/Asti

Écrit par : lucignolo | 03/11/2015

Ben après un tel commentaire, moi je dis que Décaillet, il en a une grosse... de cervelle... et un coeur.

Écrit par : La censure nous éradiquera | 03/11/2015

Bel hommage, belle sensibilité. Merci de rappeler ou d'évoquer ici ces pages de l'histoire de l'homme avec toutes ses contradictions. Ces gestes méritent bien mieux que l'oubli trop facile du silence convenu. Oui, il importe que chacun se souvienne que ces paysages, ces frontières, ces habitants ont un passé, une histoire respectables. L'oubli n'est jamais très bon car l'histoire, elle n'oublie jamais et souvent elle nous rattrape.

Écrit par : uranus2011 | 04/11/2015

Il capitano della compagnia
è ferito e sta per morire.
Manda a dire ai suoi Alpini
che si presentino a lui.

I suoi Alpini gli mandano a dire
che non hanno scarpe per camminare.
“O con le scarpe, o senza scarpe,
i miei Alpini li voglio qui”.

“Cosa comanda signor capitano,
adesso che siamo arrivati?”
“E io comando che il mio corpo
in cinque pezzi sia tagliato.

Il primo pezzo alla mia Patria,
il secondo pezzo al Battaglione.
Il terzo pezzo alla mia Mamma
perchè si ricordi del suo figliolo.

Il quarto pezzo alla mia Bella,
perchè si ricordi del suo primo amore.
L’ultimo pezzo alle Montagne
perchè lo ricoprano di rose e fiori”.

L’ultimo pezzo alle Montagne
perchè lo ricoprano di rose e fior!


Evidemment c'est émouvant. Vous avez raison de faire cette évocation. Et c'est impressionnant de constater, dans les commentaires, la popularité de ces troupes de montagne. Les alpini, les bersaglieri, les chasseurs alpins français, les Alpenjäger allemands.... Ces troupes sont toujours aimées.

J'aimerais qu'à l'occasion vous consacriez aussi un bel article aux fusiliers de montagnes de chez nous. Ils n'ont pas fait la guerre. Ils n'ont pas de plumes au chapeau. Mais les bat fus mont valaisans, vaudois, fribourgeois, c'était de la belle troupe aussi. A mon avis ces soldats étaient les égaux des alpini et des chasseurs alpins, quoique moins romantiques peut-être. La valeur de ces bataillons et leur instruction d'élite en faisait des troupes de premier ordre, bien que de milice.

J'ai fait mon service dans la division de montagne 10, à l'époque du très, très regretté commandant de corps Roger Mabillard. Ca c'était un chef. Avec lui nous avons su que nous sommes un vieux peuple de soldats. Il était très dur, méprisant pour la racaille gauchiste et anti-militaire dominante dans les médias. Mais il était respecté et presque adulé par ses soldats, surtout les Valaisans bien sur. Pourtant il les traitait très durement.

Je ne sais pas si vous avez été aussi vous même dans les troupes de montagnes valaisannes. Mais moi j'y ai découvert cet esprit, et cet esprit de corps des bataillons de montagne suisses.

J'en ai presque les larmes aux yeux quand je pense que tous ces salauds qui nous ont bousillé notre armée, ont aussi détruit cette tradition et cet esprit des troupes alpines qui chez nous était à un très haut niveau. Aussi haut que chez les alpini.

Aujourd'hui, avons nous encore des troupes de montagne dignes de ce nom?

On a eu des traîtres qui ont voulu Armée 21, et que la Suisse aille dans l'OTAN. On nous a parlé de "sécurité par la coopération" et autres foutaises. On a des Maudet ou des Keckeis qui ont osé dire que nous devrions avoir une armée de 10'000 hommes! Quelle honte! A mon avis pour ça ils auraient mérité d'être fusillés ou au moins (pour Maudet) déclaré coupable de haute trahison et donc inéligible à vie.

Aujourd'hui il faut dire la vérité: notre pays n'est plus défendu. Et cela au moment où le risque de guerre en Europe est le plus élevé depuis la fin de la 2ème guerre mondiale. Il faut bien prendre conscience de cette réalité.

L'Histoire vous habite, jour et nuit. Pareil pour moi. Alors vous me comprendrez quand je vous dis que bientôt on aura de nouveau la guerre. C'est certain. Et notre territoire, cette fois, pourrait bien être occupé et non plus sauvegardé comme en 14-18 et 39-45. Car nous n'avons plus d'armée.

Il est plus que temps, et même déjà bien tard, pour entamer enfin la montée en puissance URGENTISSIME de notre armée et pour avoir de nouveau une vraie force de défense territoriale pour parer à toute éventualité. Sinon nous allons connaître des lendemains amers. Et ça viendra plus vite qu'on ne pense.

Je ne trouve pas les mots pour dire la colère contre tous ces salauds qui ont démoli notre armée. Cette armée, du temps de Roger Mabillard, avait atteint sans doute son plus haut niveau de puissance combative dans toute notre histoire. Quel gâchis!

Je ne sais pas si vous avez connu ce chef. Mais moi j'ai été très étonné quand j'ai appris sa mort. Je pensais qu'il nous enterrerait tous. Il avait une telle santé. Je suis convaincu que s'il a eu un cancer c'était de chagrin de voir ces incapables démolir tout ce qu'il avait bâti, ou plutôt rebâti.

Je trouve que vous devriez lancer une campagne journalistique pour qu'on refasse notre armée. On aurait besoin de votre talent pour cette grande cause.

Écrit par : Un officier de la div mont 10 | 04/11/2015

L'ex soldat de la div mont 10 que j'étais compatis avec "Un officier de la div mont 10", mais je crains qu'il ne soit beaucoup trop tard. Notre monde a été changé et tourneboulé de façon irréversible, pas seulement par des socialistes et leur électorat de provenance étrangère pour lesquels l'abolition de l'armée est au programme mais par des partis qui se disaient de centre doit comme le parti libéral radical ou le pdc.

Une des grandes leçons de cet affrontement alpin entre Autrichiens et Italiens est qu'il a fait environ dix mille morts seulement par avalanches.

Géo, ex soldat de la div mont 10 et ex spécialiste en avalanches...

Écrit par : Géo | 07/11/2015

Je ne suis pas d'accord avec vous Géo. Vous êtes défaitiste. Ce n'est pas bien.

Beaucoup a été démoli et la responsabilité du PDC et du PLR sont terribles. C'est vrai. D'ailleurs on ne comprend même pas comment un(e) Suisse(sse) patriote peut encore voter pour ces partis de m... On peut à la rigueur pardonner au GSSA ou au PS d'être contre l'armée, mais les radicaux et les conservateurs, c'est un scandale sans nom. Pourtant rien n'est "irréversible".

Les compétences existent encore. Il faut faire appel à elles. Le soutien populaire est énorme. Il faut s'adresser aux bonnes volontés populaires pour soutenir une politique de reconstitution de nos forces militaires alpines. Organiser des manifestations populaires des troupes de montagnes. Il n'y a qu'à voir l'énorme succès populaire de la patrouille des glaciers pour s'apercevoir que tout est possible.

Mais il faut s'y mettre.

Écrit par : Un officier de la div mont 10 | 08/11/2015

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