19/11/2015

Emissions religieuses : le flambeau est à prendre

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Sur le vif - Jeudi 19.11.15 - 16.28h

 

Il ne s’agit pas ici de défendre un pré carré. De plaider pour les catholiques. Ou pour les protestants. Ou pour les juifs. Ou pour qui vous voudrez. Il s’agit de savoir si le géant de l’audiovisuel suisse, financé par la redevance, disposant d’un budget qui demeure incroyablement confortable, avec un nombre exorbitant de chaînes radio et TV dans toute la Suisse, entend encore assumer cette fameuse mission de service public, par lui-même rabâchée comme blason.

 

Les émissions dites « religieuses » à la RTS ont considérablement évolué ces dernières décennies. Quand j’étais enfant – nous les écoutions assidument – elles étaient vraiment la voix des différentes paroisses, principalement catholiques ou protestantes. Chacun y plaidait pro domo, c’était d’ailleurs présenté comme tel, on les écoutait comme on va à la messe, ou au culte. Et puis d’autres, bien sûr, ne les écoutaient pas : chacun fait ce qu’il veut du bouton de son transistor ou de son poste TV.

 

Mais depuis, quel changement ! Pendant toutes mes années à la RSR, j’ai vu ces émissions évoluer. Ce qu’elles ont perdu en vocation missionnaire, en parfum d’encens, elles l’ont infiniment compensé en curiosité, en ouverture, en pluralité, en rigueur d’information. Bref, de « porte-parole » des différentes communautés religieuses, elles sont progressivement devenues de remarquables émissions d’information, ouvertes, pointues, renseignées, sur les différents courants spirituels, philosophiques, de la planète. Ainsi, par exemple « Hautes Fréquences », le dimanche soir, en radio. En clair, en quelques décennies, ces émissions sont passées du stade du catéchisme à celui de l’information sur le « fait religieux », dont on parle tant pour les écoles. Qui s’en plaindra ?

 

Pressée par des besoins financiers, la RTS s’apprête à les supprimer. Elle a tort. Sur le fond, comme sur le signal. La mission de la SSR est de refléter la Suisse dans toute sa pluralité, ses composantes, sa savoureuse et magnifique complexité. Les différentes facettes de l’engagement spirituel en font partie. Au même titre que la vie politique, sociale, culturelle, économique, sportive, etc. Vous connaissez ma passion pour l’Histoire suisse, à laquelle j’ai consacré, à la RSR justement, tant de séries : je souhaite bonne chance à toute personne entendant empoigner l’Histoire de notre pays en prétendant faire l’impasse sur la Réforme, les Guerres de Religion, les grands conflits confessionnels du dix-neuvième, l’invention du radicalisme et du Freisinn, celle (en réaction) de la démocratie chrétienne, le Sonderbund, le Kulturkampf, etc. etc. etc. Et je ne parle ici que de questions internes au christianisme. Nous avons, dans notre pays, d’importantes communautés juives, musulmanes, et autres : elles constituent une part inaltérable de notre construction commune.

 

Et puis, nous avons des athées, des agnostiques. Nous avons des philosophes, des historiens des religions (dont une école remarquable, depuis des décennies, à Genève, celle des Rudhardt et des Borgeaud), qui constituent un pôle d’excellence dans la réflexion sur ces questions. Nous avons, à Genève, Lausanne et Neuchâtel, la grande tradition des penseurs issus de la Réforme. Nous avons, à Fribourg, une école dominicaine de pointe, nous avons les Revue Choisir, Nova & Vetera (fondée par le futur Cardinal Journet). Nous avons des pôles d’étude sur l’islam, le judaïsme, les religions antiques. Sur tout ce superbe faisceau d’énergies, il faudrait soudain faire silence ? Pour ma part, je dis non.

 

Je dis non comme citoyen. Je dis non comme auditeur, téléspectateur, lecteur. Je dis non, au titre des antennes de nos consciences. Je dis non, au nom de l’ouverture. Ces émissions, la SSR ne veut plus les assumer ? Soit ! Eh bien il appartient dès aujourd’hui au monde du privé de ne pas demeurer inerte. Montrer, comme il le fait si bien des années pour la politique, qu’il est, lui aussi, parfaitement capable de produire, sur ces questions-là, du « service public ». Je dis cela, et entame dès aujourd’hui une réflexion, comme entrepreneur, sur la part que je pourrais apporter dans ce domaine. Parmi d’autres, bien sûr. En partage, en partenariat avec d’autres. Après tout, nous avons sous la main les compétences. Nous avons le réseau. Nous avons, immensément, l’envie. A partir de là, attaquons. Nous ne laisserons pas tomber la réflexion sur les questions spirituelles, au sens large. Nous ne tomberons pas dans le piège de les évacuer pour des raisons économiques. Au contraire, nous allons ouvrir un chantier. Ne pas le faire, ce serait laisser aux orties une part constituante de notre identité suisse. Dans sa pluralité. Dans la mutualité du respect. Dans la petite magie, toujours si fragile, et justement fascinante, de ce pays que nous aimons.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

16:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Monsieur Décaillet, vous est-il arrivé de parcourir simplement les blogs de la TBG avec commentaires des lecteurs avides de démolir toute trace, tout signe de religion? Courriers de lecteurs d'autres journaux, dès 2010, environ, ne publiant plus nos lettres parlant éthique ou religion? Hommes et femmes d'Eglise, aujourd'hui, l'aspect vocation réelle, sincère de leur engagement?
A part l'aspect salaire confortable assuré? Tristesse des Anciens Protestants qui ont connu les temps heureux de l'Eglise libre non inféodée à l'Etat? Défaillances en paroisses, mésententes, arrogance, "superbe" ou compétition entre pros: jalousie des uns, à la longue lassitude des autres dont les pros de la religion (voyez-vous, Monsieur Décaillet, Jésus être un "pro" de la foi, de l'amour du prochain?? vous apprennent que ces soi-disant déçus ne s'intéressent qu'au plan matériel désormais?
Vous avez raison, quelle démission d'autant plus incroyable qu'elle intervient, ses multiples manifestations, en même temps que l'islam progresse à grands pas... à pas de géants sans avoir en face d'autres croyants pour dire, "professer": nous respectons ce que nous pouvons de l'islam... en ce qui nous, chrétiens et juifs, ou autres... nous concerne faites de même sans quoi...!

Il y a quelques années un jeune protestant m'a dit qu'il allait devenir pasteur: "je vais devenir théologien, je vais bien gagner.. avoir une bonne situation! J'attendais la suite... hélas... en vain.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/11/2015

P.S. J'ajoute Monsieur Décaillet que les émissions religieuses ont le problème qui est le même pour tous les groupes politiques ou autres: perte de contact avec la rue, le quotidien, les êtres vivants.

Soucis et problèmes, coups au cœurs, insécurité ou précarité, familles éclatées, enfants perturbés, (une cantine scolaire, la meilleure cantine scolaire est-elle cette "maman" qui attendait son ou ses enfants à midi?) que les représentants de l'Eglise à l'antenne ne vivent jamais... exactement comme les politiciens, eux-mêmes.

Deux grands problèmes de notre époque - solitude et maladies - à aborder en cessant de jouer aux autruches. Aux dernières nouvelles mais pas mal d'eau a coulé depuis: les visite pastorale aux malades ne figurerait plus au *cahier des charges*!
Il n'est plus possible, selon mes sources, d'acheter le Psautier des cantiques le plus récent aussi bien chez Payot qu'à la Fnac

Difficile d'être fonctionnaires d'Etat et pasteur/es!

Écrit par : Myyriam Belakovsky | 19/11/2015

Excellente idée.
J'étais également très fâchée lorsque j'ai entendu cette intention. A l'heure où les questions philosophico-politico-religieuses ne cessent de faire la une et prennent de plus en plus de place dans nos horizons...
Un manque absolu de feeling et d'analyse.
Pour la forme : une université genre de celle que Michel Onfray a mise sur pied ? Collaboration avec les université ?
Pour le fond : pourquoi ne pas se baser sur un fond participatif ?
Avec mes meilleurs messages.

Écrit par : (Jeannet J.) Gigi | 19/11/2015

Espérons que l'émission "Faut pas croire" du dimanche midi ne disparaîtra pas ou que quelqu'un prendra la relève. C'est, c'était, un espace de libre parole comme on n'en voit pas, animé par le tact infini d'Aline Bachofner. Une vision de l'humain à conserver à tout prix.

Écrit par : Michel Piccand | 20/11/2015

A force de s'ouvrir à tous le monde y compris aux ennemis de la démocratie et des libertés on finit par disparaître. En faire le constat c'est bien agir c'est mieux.

Écrit par : norbert maendly | 20/11/2015

Depuis Jean Paul II on a noté la fin des débats tant en ce qui concerne la théologie que le statut des femmes ou le célibat des prêtres et déploré une faille protestante trop à tu et à toi avec les catholiques. Très bien d'être tolérants mais tout en respectant les limites sous peine de perdre ce qui faisait la force des protestants à commencer par le libre-arbitre.

Problèmes des EERV avec le synode. pasteurs ou prêtres homosexuels, etc., refroidissement général qui ne peut pas ne pas déteindre sur des émissions à l'occasion passablement langue de bois.

Exactement comme partout ailleurs.

En outre, il ne faut pas sous-estimer en son temps l'impact avec ses effets du Da Vinci Code. Jésus marié, éventuellement, n'est plus le même.

Le coran qui affirme que le même Jésus n'a pas été crucifié (à sa place le malheureux Simon de Cyrène)... change la donne.

Demeure la belle Parole: "Là où est ton coeur là est ton trésor"!


Tout change, pourquoi pas une Eglise invitée à "évoluer"?!
Donc... pas forcément présentement échec de l'Eglise.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 20/11/2015

Il y a énormément d'émissions religieuses sur la RTS, et sur la plupart des chaines, mais il faut pour cela tenir compte que la nouvelle religion à la mode c'est l'écologie ! ;-) Chacun peut constater que dans les médias grand public nous sommes inondés jour et nuit d'émissions qui sont là avant tout pour véhiculer l'idéologie écologique. Je pense que dans notre société matérialiste, qui a rejeté en grande partie les religions traditionnelles, le message écologique a pris le relais.
Je suis un amoureux de la nature, et j'y trouve une très grande source de plaisir et de détente, mais je ne me retrouve pas du tout dans la nouvelle idéologie qu'est devenue l'écologie. En effet celle-ci voit l'homme comme le mal absolu et la nature comme le bien absolu. Ce n'est pas pour rien que les disciples de cette religion espèrent souvent la disparition pure et simple de l'espèce humaine. Pour bien influencer, voire même manipuler les esprits, celle-ci nous promet une apocalypse imminente si nous ne suivons pas toute leurs recommandations.
Peut-être que mon message semblera à certains hors-sujet, mais je pense que la disparition programmée des émissions religieuses sur la RTS n'est pas étrangère au phénomène que j'ai décrit, car elle est symptomatique d'un changement de valeur dans notre société.

Écrit par : Philippe | 20/11/2015

En tous cas, moi, je ne vais pas les regretter ces émissions.

L'émission "Faut pas croire" tout particulièrement m'a toujours débecté. Car son titres est à prendre au pied de la lettre. Ce titre est excellent, il trahit parfaitement l'intention. C'est une émission dont le but est de tuer la foi. "Faut pas croire". C'est ça le but de l'émission.

On y parle des religions, mais seulement au pluriel. C'est à dire qu'en aucune façon on ne fait de l'apostolat pour notre religion chrétienne, même pas dans un sens oecuménique Vatican II, non, même pas des religions du livre: chrétiennes juive et musulmane, Non, n'importe quelle religion est présentée comme si c'était un choix indifférent entre des marques de lessive. On propage l'indifférentisme et le nimportequisme. C'est une manière discrète et perverse de propagande antichrétienne, au fond.

Si ces émissions religieuses étaient encore ce dont nous parle M. Décaillet, celles qu'il écoutait assidument dans son enfance, alors je m'opposerais à ce qu'on les supprime. Car ces émissions là se proposaient encore de propager la foi. On n'était pas d'accord entre protestants et catholiques. C'est égal: au moins chacun parlait de sa foi. On n'était pas dans l'esprit "Faut pas croire". Je me demande si à l'époque on y parlait de religion juive ou musulmane. Probablement pas. Mais tant pis. Après tout la Suisse est un pays chrétien: point barre. Le fait de réserver les émissions religieuses aux confessions chrétiennes existantes et constitutives de l'identité du pays, me parait en soi normal et nullement une discrimination envers quiconque.

En revanche je ne trouve pas du tout que l'évolution observable depuis quelques décennies soit un progrès. C'est un progrès de la déchristianisation. Oui. On est passé d'émissions chrétiennes sincères, même si elles étaient un peu gnangnan peut-être, à une propagande maçonnique officielle pour une fusion de toutes les traditions spirituelles quelconques. C'est à dire le programme maçonnique en matière de religion. C'est l'esprit EMBIRO. C'est infect.

Donc je ne regretterai pas ces émissions.

La seule chose qu'on peut regretter c'est qu'au moment où la SSR est contestée et qu'elle doit faire des économies, elle choisit de sabrer justement dans ce domaine là. C'est bien dans la manière de cette institution déplorable.

A mon avis s'"ils" ont pris la décision de saborder ces émissions c'est parce que qu'"ils" jugent que "leur" but est atteint. J'entends bien: "leur" but qui est la déchristianisation. "Ils" ont réussi à tuer complètement les derniers restes de christianisme radiophonique et télévisuel et à noyer suffisamment la religion dans l'indifférentisme, alors maintenant "ils" pensent pouvoir se passer de cette propagande antireligieuse qui leur coûtait de l'argent. Ca ne sert plus à rien. On arrête. Un peu comme on débranche la perfusion quand le malade est mort.

Pour les croyants, il n'y avait rien à attendre de ces émissions dont l'intention était viciée à la base. Qu'elles disparaissent. On s'en fout. On pense même, je pense: bon débarras.

Il faut espérer que la foi revienne. Mais quand elle reviendra ce sera par d'autres canaux, sans et même contre les médias de service public ennemis de la foi. Peut-être que les gens vont se souvenir qu'ils sont encore chrétiens à cause de la menace d'islamisation. Qui est bien réelle. Ca se passera dans les profondeurs des consciences, mais contre les médias et tout ce qui se cache derrière les médias.

Écrit par : orthodoxe | 21/11/2015

Enfin, Pascal Décaillet!

Je vous invite à il y a une trentaines d'années en arrière.

Après lecture verriez-vous les lignes suivantes au mieux pour la radio ou pour la télévision:

Dans le canton du Valais
il y a deux collines

l'une Valère, avec un orgue fabuleux
l'autre, Tourbillon

Valère, nom d'un personnage valet de l'avare Harpagon pour l'aspect un peu théâtral de l'Eglise

Tourbillon ou "souffle de l'esprit" pour un serviteur de Dieu que l'on pourrait nommer d'après Molière toujours du nom d'un autre valet, rapide: La Flèche

La Flèche pour l'Esprit de vérité, l'Esprit Saint


Notre corps en comprend sept avec, tels les orgues, de multiples jeux: larigot, hautbois, voix céleste, etc.


Il y a une trentaine d'années peut-on à partir de ces lignes préparer une émission religieuse comblant davantage le public qu'une émission radiophonique?

Aujourd'hui Internet, l'ensemble des portables avec en dernier mais non des moindres ses innombrables ardoises "magiques"?

Notre civilisation est celle de l'image.

Celle ou celui aujourd'hui qui entend vivre "activement" l'Evangile choisit-il l'Eglise par force prudente, la politique (de prestige et d'élections en élections) ou le journalisme courageux ainsi que toutes formes d'arts et d'expressions à commencer par ces Arts naturels qui sont ceux de la nature en péril?

De notre nature, de notre espèce, juste après l'abeille au doux nectar, en risque d'extinction ?

Fatalité?

Reprendre le flambeau, certes, mais un flambeau adapté à notre temps.

Plus dégringole l'Audimat... cette "machine" à faire de l'argent... plus rétrécissent les budgets.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/11/2015

Monsieur Décaillet, quant à mon commentaire non publié jusqu'à ce moment, n'aura pas oublié que le récit de la Pentecôte ne commence pas par des lames de feu mais, "tourbillon", par du vent et qu'il est indispensable concernant les religions et ressentis de tenir compte aussi bien des climats que des lieux géographiques, d'une part, et que, contrairement à ce que donnent à penser ses professionnels, de l'autre, Dieu qui est chemin, vie et vérité ne peut, tel un corps gras, être figé en un temps ou en un autre (celui de la Bible étant atemporel)!

Molière, tel Jésus, n'était-il pas "inspiré" aussi bien par un Harpagon que par un Monsieur Jourdain?

Ou par le gens de mauvaise foi: les hypocrites?

Paul n'a-t-il pas précisé que la Bonne Nouvelle qui ne doit pas se vendre ne peut être un gagne-pain?

Il serait regrettable, pas correct! (loyal) de publier ce commentaire sans celui dont il est question pas encore publié évoquant les collines de Valère, son orgue ancien extraordinaire, et de Tourbillon.


Ce que le médiateur de la TDG ne nierait en aucun cas.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22/11/2015

Chiche ! votre appel sera certainement entendu et je me réjouis de vous entendre sur ces questions.
Mais alors il faudra sérieusement revoir le mandat de la SSR et réajuster la redevance à la baisse. A défaut, les subventions deviendront injustifiées et les téléspectateurs migreront vers ceux qui, comme vous, y croient et montrent leur passion.

Écrit par : PIerre Jenni | 27/11/2015

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