29/11/2015

Palavie, ou la langue retrouvée

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Sur le vif - Dimanche 29.11.15 - 16.52h

 

C’est l’histoire d’un enfant muet, déraciné, qui ne retrouve sa langue qu’à la fin. Il s’appelle Nadji, il est Algérien, exilé en Suisse, avec sa mère, qui l’a rebaptisé « Jean-Paul ». Mais comme il rejette ce prénom, il sera « Pas Jean-Paul », fils de « Pas-la-Mère », dans « Pas la Vie ». C’est cela, l’histoire écrite par Valérie Poirier, qui confirme ici ses talents de plume : l’histoire d’un fils avec sa mère. Ou plutôt sans sa mère, soit pour cause de mort et qu’il doit disperser ses cendres (sous un cyprès, en pleine forêt de sapins, en altitude !), soit (pire) lorsque vivante, exilée avec lui, elle l’abandonne le soir pour courir les amants. Un texte sur la mère et l’absence de la mère. Quelle mère ?

 

J’ai pensé, hier soir, au Théâtre du Grütli, à ce superbe livre de Jules Roy, « Adieu ma mère, adieu mon cœur », l’un des plus beaux sur le déracinement des Pieds Noirs. Je m’attendais à une pièce sur l’exil, j’ai davantage découvert une plongée dans la complexité du roman familial. Lequel ? Le leur, à la mère (superbement incarnée par Marie Druc) et à ce fiston délaissé, « Pas Jean-Paul » (Frédéric Landenberg). Le leur, mais aussi le nôtre à tous : qu’est-ce qu’un fils, qu’est-ce qu’une mère ? L’écriture de Valérie Poirier oscille entre humour et désespoir, drôlerie et nostalgie, avec de saisissantes percées de lumière, lorsque est évoqué le pays, celui des racines, l’Algérie. Elle en rajoute, la mère, mythifie ses jeunes années, se décrit comme ayant été, là-bas, une grande dame, son père à elle, à Oran, aurait travaillé dans des ministères. Elle baratine, mais ça lui fait du bien. Jusqu’à ce que tout ce fatras s’en vienne fondre, comme un rimmel. Et là, dans les scènes finales, elle n’est jamais aussi juste, Arlette, la mère, que dégrisée.

 

Je m’attendais à une pièce sur l’exil, ce fut un texte sur la langue. Celle qu’on perd, qu’on oublie, celle qu’on retrouve, celle qu’on garde pour soi comme forme de résistance. « Il est muet, l’enfant », se gausse l’un des amants d’Arlette (David Marchetto). Et le silence de « Pas Jean-Paul » aura (presque) raison des efforts de Madame Giauque, la logopédiste (Anne-Shlomit Deonna). Oui, le texte de Valérie Poirier tourne autour de la parole et du silence, du pays perdu et du pays retrouvé, de l’exil et de la Terre promise. Il y a un désert à traverser, je crois qu’il s’appelle l’enfance.

 

La mise en scène est signée Julien George. Il y aussi Hélène Hudovernic, François Florey et Nicole Bachmann. Les acteurs sont magnifiques. Le texte, troublant, énigmatique. C’est au Théâtre du Grütli jusqu’au 5 décembre.

 


Pascal Décaillet

 

 

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26/11/2015

Serge Dal Busco : rigueur et détermination

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.11.15

 

Dans l’actuel bras-de-fer entre gouvernement et Grand Conseil autour du projet de budget 2016, un homme mérite notre respect : Serge Dal Busco, conseiller d’Etat chargé des Finances. Attaqué de toutes parts. Pour toutes sortes de motifs, dont aucun n’est justifié.  

 

D’abord, on l’accuse de ne pas écouter suffisamment les députés. C’est faux. M. Dal Busco assume son rôle de conseiller d’Etat, suit l’objectif fixé par le collège, avance. On ne va tout de même pas reprocher à un ministre sa fibre exécutive ! La ductilité, la combinazione, c’est pour les parlementaires, le maintien d’un cap, c’est pour le magistrat.  

 

Ensuite, il y a cette insupportable comparaison, récurrente, avec David Hiler. Faut-il rappeler que le ministre Vert a traversé, en matière de conjoncture, de fort belles années, alors que son successeur doit essuyer la tempête ? Faut-il rappeler l’état de la caisse de pension du personnel de l’Etat, son coût pour des décennies, les milliards de dettes en plus ? Tout cela, que je sache, est largement antérieur à l’actuel ministre des Finances. Ce dernier, irréprochable de collégialité (y compris par rapport aux équipes précédentes), en assume le legs, dans la totalité. Il ne bronche pas.  

 

Alors oui, respect pour un conseiller d’Etat qui ne passe peut-être pas le plus clair de son temps à chercher à plaire aux parlementaires, ou à boire des verres avec eux. Mais qui fait son boulot. Et tient la ligne. Par les temps qui courent, il faut du cran pour ne pas craquer. Et il en a. Je lui dis bravo.  

 

Pascal Décaillet

 

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21/11/2015

Le pouvoir à Genève : oligarchique et familial

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Sur le vif - Samedi 21.11.15 - 18.47h

 

Il faudra bien, quand même, écrire un jour un livre sur la nature et la structure du pouvoir à Genève. Je vous le dis tout de suite : c’est complexe. Je doute qu’il existe, dans notre ville, dans notre canton, une personne qui exercerait, seule, un pouvoir phénoménal. Il y eut certes James Fazy, mais c’était il y a longtemps. Il y eut aussi, dans mes premières années au Journal de Genève, il y a trente ans, Christian Grobet. Fils d’ingénieur, je dois être l’un des rares, dans ma profession, à savoir lire un plan de chantier. Et j’aimais, en ces vertes années, monter chez ce grand homme, au septième étage de la rue David-Dufour : nous n’étions que quatre ou cinq, il déployait ses plans, tel un général à la veille de la bataille, il était à la fois Dieu tout puissant et simple contremaître. Précis, lucide. Incroyablement concret. Oui, j’aimais. Il y eut sans doute, aussi, Guy-Olivier Segond. Et quelques autres. Pas beaucoup.

 

J’ignore si les choses sont différentes ailleurs (mon seul point de comparaison, vraiment professionnel, est la Berne fédérale), mais il me semble que le secret du pouvoir à Genève, c’est d’être partagé avec beaucoup de dilution, de subtilité, comme si des voiles d’opacité devaient atténuer notre perception du réel. C’est l’article de ma consœur Sophie Davaris, dans la Tribune de Genève de ce matin, qui m’a ramené à ce sujet, toujours rampant dans mes préoccupations. Il y est question des HUG, qui auraient mandaté, pour des travaux externes, des gens un peu trop proches de leurs dirigeants, voire l’entreprise de certains de leurs dirigeants stratégiques, elle-même. Légalement, cela pose la question de l’attribution des marchés publics, régie par une loi. Pour ma part, je laisserai cet aspect aux juristes, et reviens à mes perpétuels étonnements face à la structure du pouvoir à Genève : plurielle, décentralisée, associative. Et assurément oligarchique, car on y retrouve, un peu partout, les mêmes personnes.

 

Car le pouvoir genevois, ça n’est pas seulement le Conseil d’Etat. Ni le Grand Conseil. Ni les Mairies, les Conseils municipaux. Ni l’administration, avec ses hautes-fonctionnaires. Ni les pontes des banques, des assurances, du négoce du grain, des multinationales. C’est tout cela un peu, certes. Mais ce sont aussi quelques dizaines (pas plus) de Conseils de fondation, ou d’administration de grandes régies (HUG, TPG, SIG, etc.), qui assurent le pilotage d’importants navires, dotés de beaucoup d’argent, financés par les contribuables, ou usagers, que nous sommes.

 

Or, dans ces Conseils d’administration, ou de fondation, qui retrouve-t-on ? Réponse : toujours les mêmes ! Genève n’a pas son pareil pour distribuer les fauteuils à une petite clique tournante de personnes, qui trottinent, clopin-clopant, d’un Conseil à l’autre, d’une présidence à l’autre. On peut être président de l’un et vice-président de l’autre. On se connaît. On se tutoie. On mange ensemble. On neutralise ses antagonismes politiques par des excursions communes. On s’adoube. On se reconnaît. On s’observe. On se ménage. Tout cela est très associatif, très partagé, un rien bonhomme dans le paraître. Mais ne nous y trompons pas : si peu de gens, individuellement (un ou deux, quand même), exercent un vrai pouvoir, l’ensemble de la structure, dans sa subtilité plurielle, son partage associatif, ses réseaux d’intérêts, constitue bel et bien un redoutable pouvoir.

 

C’est cela, la vraie leçon de l’affaire des HUG. Ou d’autres régies, bien sûr. Ne parlons pas des Conseils de fondation des grandes institutions culturelles, où gravitent aussi toujours les mêmes, ici un généreux mécène, avec eux les représentants des partis, sans oublier les anciens. Ah, les anciens : Genève est sans comparaison dans l’art de dorer d’ultimes lumières le blason de ceux qui, ayant servi, peinent à se résoudre à disparaître. Alors, on les recycle. On les achète, un peu. On les garde avec soi. En compensation, ils s’interdiront de critiquer le pouvoir en place. Et feront bénéficier des mille feux de leur expérience ceux qui leur versent leurs jetons de présence.

 

C’est un peu cela, le pouvoir à Genève. Je laisse à chacun de vous le soin, si ça vous amuse, de coller, ici ou là, comme dans un puzzle, quelques noms sur quelques cases. Très vite, vous verrez qu’il n’y a, pour les postes-clefs, pas tant de noms. Toujours les mêmes. Ils ne sont pas élus par les citoyens que nous sommes. Mais adoubés, entre eux. Comme des Conseils de Sages. Ou de médiévales Bourgeoisies, survivant aux institutions républicaines. Rassurez-vous, rien d’illégal. Juste quelque chose d’infiniment familial. Qui respire le Sud. Mais hélas, pas toujours en été.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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20/11/2015

Ticket UDC : zigzag Zoug !

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Sur le vif - Vendredi 20.11.15 . 20.25h

 

Un Alémanique, Un Romand, un représentant de la Suisse italienne : qui dit mieux ? Le Zougois Thomas Aeschi, le Vaudois Guy Parmelin, le Tessinois Norman Gobbi. Après les candidatures des années de soufre et de rupture (Blocher en 1999, Blocher en 2003, Blocher en 2007), voici que l’UDC, parti qui vient de triompher au Conseil national (18 octobre 2015), nous invente la perfection d’une triple candidature isocèle. Du raisonnable pur sucre ! On dirait un ticket radical des toutes grandes années, celles où il fallait soupeser le catholique et le protestant, le Vaudois à nuque raide, le Zurichois Bahnhofstrasse, l’urbain et le vilain, le montagnard et l’homme du Plateau, le visionnaire et le raisonnable : Vernunft, pardi !

 

Il y aurait à dire sur le choix romand. Assurément, le groupe UDC, aujourd’hui à Berne, peu amateur de farces, s’est pourtant rabattu sur Maître Patelin. L’autre était-il jugé trop fou ? Il est vrai que sous la Coupole, la folie ne se déguste que parcimonieusement. De toute manière, comme je l’ai déjà écrit, le Romand aura fort peu de chances : il y en a déjà deux au Conseil fédéral, MM Burkhalter et Berset, on voit mal en quel honneur il en faudrait en troisième. Pas facile, non plus (mais on peut toujours se tromper), de donner beaucoup de chances au Tessinois Norman Gobbi : malgré ses qualités, il est tout de même perçu comme l’homme de la Lega, passé miraculeusement à l’UDC comme Henri, roi de Navarre, avait un jour troqué sa religion, au prix d’une messe, pour entrer triomphalement dans Paris, et, le temps, d’un règne exceptionnel, refaire la France.

 

Alors ? Alors Thomas Aeschi ! Ce soir, le Zougois, qui serait le premier du genre après Philipp Etter (1934-1959) et Hans Hürlimann (1974-1982), apparaît comme le favori. Sera-t-il élu ? Impossible à dire ! Pour avoir couvert en direct, pendant deux décennies, les élections au Conseil fédéral, je puis affirmer que, jusqu’au dernier moment (disons jusqu’à 4 heures du matin, le Jour J), tout demeure possible. Y compris l’élection d’un candidat non-officiel. C’est parfaitement possible. Ce fut le cas, en 1959, du grand Hanspeter Tschudi (1959-1973), contre Walther Bringolf, jugé trop à gauche. Ce fut le cas, en 1973, de Georges-André Chevallaz contre le Genevois Henri Schmitt. Ce scénario existe parfaitement dans la liturgie de l’Assemblée fédérale.

 

Le verdict, ce sera le 9 décembre. Jusqu’au dernier moment, tout sera possible. Ainsi va la vie fédérale. Mais enfin, pour le moment, en cette soirée du vendredi 20 novembre 2015, nous retiendrons en priorité la perfection isocèle du triangle proposé. Presque trop sage ! Elle symbolise le retour au calme après les candidatures de combat. Ce soir, l’UDC devient un parti comme un autre. Suisse, triangulaire, responsable. Non, je n’ai pas dit « ennuyeux ». Allez, disons juste « patelin ». Pour la route.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/11/2015

Emissions religieuses : le flambeau est à prendre

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Sur le vif - Jeudi 19.11.15 - 16.28h

 

Il ne s’agit pas ici de défendre un pré carré. De plaider pour les catholiques. Ou pour les protestants. Ou pour les juifs. Ou pour qui vous voudrez. Il s’agit de savoir si le géant de l’audiovisuel suisse, financé par la redevance, disposant d’un budget qui demeure incroyablement confortable, avec un nombre exorbitant de chaînes radio et TV dans toute la Suisse, entend encore assumer cette fameuse mission de service public, par lui-même rabâchée comme blason.

 

Les émissions dites « religieuses » à la RTS ont considérablement évolué ces dernières décennies. Quand j’étais enfant – nous les écoutions assidument – elles étaient vraiment la voix des différentes paroisses, principalement catholiques ou protestantes. Chacun y plaidait pro domo, c’était d’ailleurs présenté comme tel, on les écoutait comme on va à la messe, ou au culte. Et puis d’autres, bien sûr, ne les écoutaient pas : chacun fait ce qu’il veut du bouton de son transistor ou de son poste TV.

 

Mais depuis, quel changement ! Pendant toutes mes années à la RSR, j’ai vu ces émissions évoluer. Ce qu’elles ont perdu en vocation missionnaire, en parfum d’encens, elles l’ont infiniment compensé en curiosité, en ouverture, en pluralité, en rigueur d’information. Bref, de « porte-parole » des différentes communautés religieuses, elles sont progressivement devenues de remarquables émissions d’information, ouvertes, pointues, renseignées, sur les différents courants spirituels, philosophiques, de la planète. Ainsi, par exemple « Hautes Fréquences », le dimanche soir, en radio. En clair, en quelques décennies, ces émissions sont passées du stade du catéchisme à celui de l’information sur le « fait religieux », dont on parle tant pour les écoles. Qui s’en plaindra ?

 

Pressée par des besoins financiers, la RTS s’apprête à les supprimer. Elle a tort. Sur le fond, comme sur le signal. La mission de la SSR est de refléter la Suisse dans toute sa pluralité, ses composantes, sa savoureuse et magnifique complexité. Les différentes facettes de l’engagement spirituel en font partie. Au même titre que la vie politique, sociale, culturelle, économique, sportive, etc. Vous connaissez ma passion pour l’Histoire suisse, à laquelle j’ai consacré, à la RSR justement, tant de séries : je souhaite bonne chance à toute personne entendant empoigner l’Histoire de notre pays en prétendant faire l’impasse sur la Réforme, les Guerres de Religion, les grands conflits confessionnels du dix-neuvième, l’invention du radicalisme et du Freisinn, celle (en réaction) de la démocratie chrétienne, le Sonderbund, le Kulturkampf, etc. etc. etc. Et je ne parle ici que de questions internes au christianisme. Nous avons, dans notre pays, d’importantes communautés juives, musulmanes, et autres : elles constituent une part inaltérable de notre construction commune.

 

Et puis, nous avons des athées, des agnostiques. Nous avons des philosophes, des historiens des religions (dont une école remarquable, depuis des décennies, à Genève, celle des Rudhardt et des Borgeaud), qui constituent un pôle d’excellence dans la réflexion sur ces questions. Nous avons, à Genève, Lausanne et Neuchâtel, la grande tradition des penseurs issus de la Réforme. Nous avons, à Fribourg, une école dominicaine de pointe, nous avons les Revue Choisir, Nova & Vetera (fondée par le futur Cardinal Journet). Nous avons des pôles d’étude sur l’islam, le judaïsme, les religions antiques. Sur tout ce superbe faisceau d’énergies, il faudrait soudain faire silence ? Pour ma part, je dis non.

 

Je dis non comme citoyen. Je dis non comme auditeur, téléspectateur, lecteur. Je dis non, au titre des antennes de nos consciences. Je dis non, au nom de l’ouverture. Ces émissions, la SSR ne veut plus les assumer ? Soit ! Eh bien il appartient dès aujourd’hui au monde du privé de ne pas demeurer inerte. Montrer, comme il le fait si bien des années pour la politique, qu’il est, lui aussi, parfaitement capable de produire, sur ces questions-là, du « service public ». Je dis cela, et entame dès aujourd’hui une réflexion, comme entrepreneur, sur la part que je pourrais apporter dans ce domaine. Parmi d’autres, bien sûr. En partage, en partenariat avec d’autres. Après tout, nous avons sous la main les compétences. Nous avons le réseau. Nous avons, immensément, l’envie. A partir de là, attaquons. Nous ne laisserons pas tomber la réflexion sur les questions spirituelles, au sens large. Nous ne tomberons pas dans le piège de les évacuer pour des raisons économiques. Au contraire, nous allons ouvrir un chantier. Ne pas le faire, ce serait laisser aux orties une part constituante de notre identité suisse. Dans sa pluralité. Dans la mutualité du respect. Dans la petite magie, toujours si fragile, et justement fascinante, de ce pays que nous aimons.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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18/11/2015

Ne restons pas inertes !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.11.15

 

La France est atteinte. Meurtrie. Notre grand voisin souffre, et nous sommes en totale sympathie avec lui. Il souffre, et, comme toujours dans ces cas-là, montre une grande dignité dans l’adversité. Il y a le poids de l’Histoire, où le sang a tant coulé (prenez la Grande Guerre : en moyenne mille morts par jour pendant quatre ans, du 2 août au 11 novembre 1918, puis l’autre Guerre mondiale, les conflits coloniaux, leurs conséquences en Métropole, les horreurs de l’OAS), l’attachement aux valeurs de la République, l’impeccable tenue de tous, franchement la France, dans ces moments, nous donne une leçon.

 

Et la Suisse ? Notre Histoire n’a évidemment rien de comparable à celle de nos voisins, nous n’avons pas eu d’épisode colonial, ni le même type d’immigration, ne sommes pas partie prenante à l’affaire syrienne, ce sont des différences majeures. Pour autant, rien ne nous garantit que notre territoire national ne devienne pas, un jour, pour une raison ou pour une autre, une cible. Notre structure de société, fondée sur un Etat de droit, la primauté des institutions, le respect des différences, celui des consciences, des religions, tout cela nous rapproche de la France. Il aura d’ailleurs fallu ces tragédies pour aiguiser notre conscience de cette proximité : depuis le soir du vendredi 13 novembre, nous les Suisses n’envisageons plus la France par ce qui nous sépare (démocratie directe, fédéralisme), mais bien par ce qui nous rapproche, et qui est, au fond, immense. Face à ceux qui planifient ces attentats, veulent détruire nos sociétés, nous faisons naturellement corps.

 

Mais face au drame, la Suisse, à commencer par ses autorités, ne saurait se satisfaire d’émettre de la compassion. Une fois passées les minutes de silence, la coloration du jet d’eau, les messages de sympathie, nous devons très vite passer à une autre dimension : entreprendre toutes choses, oui tout ce qui est humainement possible, pour nous prémunir au maximum du pire. En sachant que même avec toutes les précautions du monde, l’horreur peut encore se produire. Nulle protection n’est absolue, nulle frontière n’est totalement étanche, tout au plus pouvons-nous augmenter au maximum le degré de précaution. Aujourd’hui, nous en sommes loin. Il faut donc agir, sans tarder. Notre ministre cantonal de la Sécurité, Pierre Maudet, qui était, samedi 14 novembre, entre 17h et 18h, sur le plateau de notre émission spéciale, est un homme compétent et responsable. Il est d’une génération capable, mentalement, de sculpter une autre image de l’ennemi que l’arrivée d’une colonne des chars en Suisse orientale, il est doté d’un sens aigu du renseignement, bref il mérite qu’on lui fasse confiance dans ces questions où notre sécurité est en jeu.

 

Au niveau suisse, il s’agira d’augmenter drastiquement les contrôles aux frontières, donner à nos services de renseignements les moyens de leur action, mettre l’accent sur l’informatique et la cybercriminalité, augmenter les effectifs des gardes-frontière. Et, plus que tout, faire front, dans l’opinion publique, pour faciliter le travail des autorités. Nous n’avons rien à craindre, il ne s’agit pas de ficher une nouvelle fois la population. Mais de repérer, cibler, et neutraliser ceux qui, le jour venu, auraient hélas pour dessein de nous détruire. Face à ces enjeux-là, pas d’états d’âme. Il en va notre intégrité à tous, au sein d’un pays que nous aimons.

 

Pascal Décaillet

 

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15/11/2015

La Suisse doit se protéger. Elle en a le devoir.

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Sur le vif - Dimanche 15.11.15 - 16.27h

 

Vendredi soir à Paris, une nouvelle étape a été franchie : on ne cible plus une profession, un acte (caricaturiste), une communauté (juive), non, on commet des meurtres de masse, là où se presse naturellement la foule : une salle de spectacle, un match de football. Le signal est clair : on monte d’un degré dans l’ampleur de l’attaque, et d’ailleurs le nombre de morts est multiplié par dix, par rapport aux attentats de janvier. Alors, terrorisme ou « actes de guerre » ? Franchement, peu importe la nomenclature. Ce qui compte, c’est l’élévation d’un degré dans la conception des attentats, les moyens mis en œuvre, la logistique, la coordination, les transmissions. Le France a affaire à une série d’attaques stratégiquement pensées, avec des buts très clairs. Paniquer la population n’est pas le moindre d’entre eux.

 

Seulement voilà. Il se trouve que la France est un grand pays, et une grande nation. Dans les moments difficiles, ceux où le corps du pays se retrouve meurtri, déchiré, nos voisins ont maintes fois montré, dans l’Histoire, qu’ils savaient faire front. Il y eut, vendredi soir, 129 morts. Il y en eut, entre 1914 et 1918, une moyenne de mille par jour pendant quatre ans, plusieurs milliers lors de pics d’horreur, comme l’offensive sanglante et finalement inutile de Nivelle, au Chemin des Dames. Il y eut la Seconde Guerre mondiale, six semaines d’absolu cauchemar entre le 10 mai et le 22 juin 1040, puis quatre années d’Occupation, les fusillés, les déportés, puis l’Epuration, puis deux guerres coloniales, l’Indochine et l’Algérie. Lors de ce dernier conflit, sur la fin, au moment des attentats de l’OAS, la peur, la mort, étaient partout. Oui, nos amis français savent que signifie la souffrance, le sang, le sacrifice. Et font preuve, depuis vendredi soir, comme en janvier dernier, d’une remarquable tenue dans l’adversité.

 

Et la Suisse ? Sommes-nous exposés ? Nous ne sommes certes pas impliqués, comme la France, dans l’affaire syrienne. Mais notre type de société, fondé sur un Etat de droit, le respect mutuel, la cohabitation des différentes communautés et religions, est, dans les grandes lignes, le même que celui de la France. Rien ne nous garantit que nous ne pourrions pas, nous aussi, un jour, devenir des cibles. Face à cette éventualité, il appartient à nos pouvoirs publics d’entreprendre toutes choses pour réduire le risque au maximum. Pierre Maudet, hier dans notre émission spéciale, a tenu un discours compétent et responsable. Oui, « l’image de l’ennemi » (comme on me le disait toujours, naguère, dans mes 500 jours d’armée) a totalement changé. Oui, les efforts d’adaptation de toutes nos forces de sécurité, coordonnées, doivent s’adapter, plus vite encore, mieux encore, à cette nouvelle adversité. Non, la guerre de demain ne viendra pas d’une invasion de régiments de chars sur le Plateau, par l’entrée nord-est de Saint-Gall. Oui, elle surviendra autrement, de façon perverse, imprévisible, sporadique, comme seule une guérilla peut en avoir le secret.

 

A cela s’ajoute le risque d’un ennemi de l’intérieur. Même si nous ne sommes ni dans les banlieues françaises, ni dans le communautarisme belge ou anglo-saxon. Face à ces menaces, il est très clair que les autorités suisses doivent disposer des moyens de leur action. La loi sur le renseignement, acceptée par le Parlement mais attaquée en référendum, constitue le socle minimum de ces moyens. Si les « services » d’un pays ne peuvent même pas procéder par écoutes téléphoniques lorsqu’il y a soupçon d’actes terroristes, alors autant fermer la boutique tout de suite. J’ai connu l’affaire des fiches, je l’ai vécue au début de mes années comme correspondant au Palais fédéral, je veux bien qu’elle ait constitué un traumatisme pour certains, mais là, la loi sur le renseignement n’a strictement rien à voir, elle doit impérativement être acceptée en votation.

 

Reste la frontière. La revoilà ! Cette frontière que des rêveurs, des mondialistes, des utopistes globalisants ont tout fait pour abolir, voilà qu’elle resurgit naturellement, s’impose comme élément de protection de notre communauté nationale. Oui, il faut rétablir et renforcer les contrôles aux frontières, il faut le faire avec la plus grande rigueur. C’est l’un des éléments essentiels de notre dispositif de sécurité. Tout cela, il va falloir l’entreprendre sur une longue durée. Les dangers qui nous guettent ne vont pas s’évaporer par miracle à l’issue des douze jours d’état d’urgence de M. Hollande. Ils pèsent sur nous pour des mois, des années, que sais-je ? En termes de sécurité nationale, nous devons nous montrer fermes, unis, déterminés. Dans nos appréciations des événements, regardons les faits, le terrain tel qu’il est, n’écoutons pas trop les paroles.

 

Pascal Décaillet

 

 

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11/11/2015

Schmidt et l'Amérique : quelques lumières

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Sur le vif - Mercredi 11.11.15 - 10.27h

 

J'ai réfléchi cette nuit à la très grande proximité d'Helmut Schmidt avec le monde anglo-saxon, principalement les Etats-Unis. Connaissant très bien le personnage, ayant à peu près lu tout ce qu'il a écrit, je puis affirmer que cette proximité ne procède pas d'une quelconque obédience atlantiste, encore moins d'une béatitude pour le Nouveau Monde.

 

Simplement, Schmidt, dans la droite ligne de Bismarck, construit l'Allemagne de son temps non à partir de rêves, mais des réalités qu'il a sous la main. Officier de DCA de la Wehrmacht, ayant combattu toute la guerre, dont une partie sur le front de l'Est, décoré de la Croix de Fer, tombé aux mains des Britanniques au moment où son pays est en ruines, et pour des décennies au ban des nations, il sait ce que reconstruire veut dire. Il a connu l'Allemagne, Année Zéro : il a connu le NEANT !

 

Or, dans un premier temps, comment vouliez-vous reconstruire, en RFA, sans passer par l'alliance (celle de la raison, si ce n'est du coeur) avec l'Américain ? Ce dernier a certes bombardé vos villes, avec le Britannique, pendant trois ans, nuit et jour, il n'en est pas moins celui qui va vous aider, financièrement surtout, à refaire le pays. J'étais en Allemagne, dans ces années-là, les années Brandt, les années Schmidt, et moi-même je m'étonnais de la bienveillance des Allemands face aux Américains. Les gens parlaient d'eux comme d'un parapluie, pour les protéger. C'était la Guerre froide.

 

Un autre élément, plus culturel, explique ce qui lie Schmidt aux Etats-Unis : sa parfaite connaissance de la langue anglaise, sa lecture de la littérature américaine, ses réseaux personnels là-bas. Je me suis longtemps dit que cela s'expliquait par le côté hambourgeois, le miracle de ce esprit hanséatique qui ouvre à l'Allemagne les chemins du Grand Large. Du coup, j'ai pensé à Thomas Mann (les Buddenbrooks), et surtout à son frère Heinrich (Zwischen den Rassen). Assurément, un enfant de Hambourg, qui passe sa jeunesse, dans les années vingt et trente, à lire la littérature, jouer du piano et faire des régates, ne peut avoir la même Weltanschauung qu'un fils de paysan, à la même époque, dans la Haute-Bavière, ou un fils de mineur en Silésie.

 

Helmut Schmidt a construit sa relation avec l'Ouest comme l'un des outils de son travail de rénovation de l'Allemagne. Le grand Willy Brandt, natif d'une autre ville hanséatique, celle de Thomas Mann (Lübeck), était naturellement tourné vers l'Est, et son Ostpolitik fut le virage génial de l'Allemagne des années 69-74. Schmidt, lui, a utilisé sa connaissance intellectuelle de la culture anglo-saxonne comme organe de reconstruction. Tel Bismarck, il dissociait parfaitement la fin (refaire l'Allemagne) des moyens (paraître inféodé à Washington).

 

En vertu de tout cela, on peut affirmer que le manque, crasse, de reconnaissance de l'oeuvre de Schmidt, chez nos observateurs qui en général connaissent fort mal l'Allemagne, au profit d'un Helmut Kohl qui a récolté les fruits du labeur de son prédécesseur, doit être relevé. Et dénoncé. Les années Brandt et Schmidt, les années 69-82, sont de très grandes années, où s'est accompli, en pleine Guerre froide, un considérable travail souterrain pour préparer, le jour venu, le retour de l'Allemagne au premier plan des nations. C'est cela, le legs de Schmidt. Il fallait une fois le dire.

 

Pascal Décaillet

 

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10/11/2015

Helmut Schmidt : un très grand Allemand nous quitte

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Sur le vif - 10.11.15 - 16.37h

 

Hambourg, 25 mars 1999 : à quelques heures du début des bombardements de l’OTAN sur la Serbie, l’ancien chancelier Helmut Schmidt (1974-1982), cinquième de la République fédérale à porter ce titre, 80 ans, nous reçoit, mon confrère Pierre-André Stauffer de l’Hebdo, et moi, dans son bureau, au sommet de la tour de « Die Zeit », dont il est l’éditeur. Vue sur le port. Sa ville natale, splendide. Hanséatique. L’une de mes villes allemandes préférées.

 

Pendant 90 minutes, au milieu d’une incroyable tabagie, alternant les Menthol et les prises de tabac à sniffer (une vielle habitude d’adolescent marin, ici à Hambourg, nous dit-il), cet homme d’exception, successeur de Willy Brandt (dont il a été le ministre) à la Chancellerie, prédécesseur de Kohl, n’ayant rien à envier à ce dernier, nous promène, avec son allemand qui sent la mer du Nord, dans le prodigieux dédale de l’Histoire de son pays au vingtième siècle, celle qu’évoque Günter Grass dans son livre « Mein Jahrhundert ». Mais Grass est peintre, l’un des plus grands, Schmidt est acteur. Ce siècle allemand, il a contribué à le faire.

 

L’homme qui vient de nous quitter, à presque 97 ans, était né à Hambourg le 23 décembre 1918, un mois et douze jours après l’Armistice, un mois et quatorze jours, surtout, après le début de la Révolution allemande, celle du 9 novembre, celle dont parle Döblin dans son roman « November 1918 ». Il grandit dans la ville hanséatique, fait toute la Seconde Guerre mondiale comme officier de DCA, est décoré de la Croix de Fer, prisonnier des Britanniques en 1945, s’inscrit au SPD (le parti social-démocrate) en 1946, entame une prodigieuse carrière politique, d’abord dans le Land de Hambourg, puis au niveau fédéral (Défense, Finances), avant les huit années de pouvoir suprême.

 

Helmut Schmidt était un Européen convaincu. Mais pas une Europe du cœur, comme son successeur le Rhénan Helmut Kohl. Non, juste une Europe de la raison, avait-il tenu à nous préciser en ce jour de mars 1999, pour que le continent atteigne une dimension critique suffisante pour affronter les grands blocs. On connaît son amitié légendaire avec Valéry Giscard d’Estaing, ils furent, au même titre que de Gaulle-Adenauer et Kohl-Mitterrand, l’un des grands couples de la construction européenne. En 2001, je les avais revus, MM Schmidt et Giscard, à la Fondation Jean-Monnet de Lausanne, j’avais pu mesurer la proximité qui les liait.

 

Ce que les gens, aujourd’hui, connaissent peu en Suisse romande, c’est l’immensité de l’intelligence politique de l’homme qui nous quitte aujourd’hui. Dans la droite ligne de Bismarck, il construit le destin allemand sur le long terme, sans états d’âme, jouant des alliances pour le seul intérêt supérieur de la nation qui lui est confiée. Simplement, ses années de Chancellerie, 1974-1982, sont celles où l’Allemagne, redevenue géant économique, n’a pas encore droit à occuper la même taille en politique. Avec les vainqueurs occidentaux de la Seconde Guerre mondiale, Américains principalement, Schmidt, parfait anglophone, s’entend à merveille. Mais il serait faux de ne voir là qu’une obédience atlantiste : l’homme, patiemment, guette l’heure de son pays. Ce sera son successeur, le Rhénan Helmut Kohl, qui l’entendra sonner, le 9 novembre 1989. Et son prédécesseur, l’immense Willy Brandt, qui aura ce jour-là le mot juste : « Jetzt kann zusammenwachsen, was zusammengehört ».

 

Je ne puis en dire beaucoup plus pour l’heure, mon émission spéciale sur la grève de la fonction publique genevoise m’attend. Mais je tenais, à chaud, à rendre un premier hommage à cet homme tellement allemand, avec sa discipline de fer, son incroyable liberté de parole (il en a usé jusqu’au bout), sa culture historique, sa virtuosité de piano (il avait hésité à en faire son métier). Helmut Schmidt, comme Willy Brandt, est un chancelier profondément allemand. Je crois que Kohl, et même Adenauer, sont des chanceliers européens, au sens le plus noble de ce mot. Mais Schmidt était, dans toutes les fibres, un chancelier allemand. Connaissant à fond l’Histoire de son pays, en tout cas depuis Frédéric II, son équation (comme Willy Brandt) avec la question de l’Est, son intégration provisoire au système atlantique, sa nécessité d’un dialogue constant avec la France. Pour le reste, un esprit totalement libre, un provocateur. L’un des très grands Allemands du vingtième siècle, oui, lui qui naît en pleine Révolution allemande, et qui meurt au moment où Mme Merkel ne sait pas comment se sortir, mise sous pression par le Ministre-Président de Bavière, de la question des réfugiés.

 

Le Grand Refuge, Schmidt l’avait connu, à l’âge de 27 ans : alors que, officier de la Wehrmacht, il tombait aux mains des Britanniques, au moins 12 millions d’Allemands des pays de l’Est, fuyant l’Armée Rouge, déboulaient dans une « mère patrie » en ruines. A partir de là, il a fallu reconstruire. Nous perdons aujourd’hui un incomparable constructeur.

 

 

Pascal Décaillet

 

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08/11/2015

La droite la plus bête du monde

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Sur le vif - Dimanche 08.11.15 - 16.47h

 

Singulière machine que celle du système majoritaire ! Une mécanique pour élire des personnalités, plutôt que des représentants de partis. En reconduisant le duo de gauche pour quatre ans, le corps électoral d’un canton où la droite marque des points (elle l’a encore fait, il y a trois semaines, au National), a-t-il vraiment voté pour une politique socialiste et pour une politique Verte aux Etats ? N’a-t-il pas plutôt accordé sa confiance à une dynamique d’union et de victoire, derrière deux candidats loyaux et en parfait ordre de bataille ? Et du coup, refusé son soutien à un candidat, Benoît Genecand, dont personne ne nie les qualités individuelles (il est l’une des révélations de son parti à Genève, et pour un bout de temps), mais qui incarne, bien malgré lui, la droite de la désunion, celle de la discorde, celle de la pitoyable tragi-comédie du café de 10h le lundi 19 octobre, la droite la plus bête du monde ?

 

En attendant, l’acte est commis. Les Verts, parti qui ne cesse de s’affaiblir depuis des années, au Grand Conseil (2013), au National (2015), parti qui a subi au niveau fédéral une impressionnante défaite le 18 octobre, parti qui a prouvé hier, en Assemblée générale où il s’est permis d’ouvrir le champagne, sa totale incapacité à la moindre autocritique, oui ce parti-là réussit à placer l’un des siens, pour la troisième fois consécutive, à la Chambre des Cantons. Trois semaines après avoir perdu l’un de ses deux sièges au National.

 

Nous voilà partis pour quatre années supplémentaires de malentendus entre la délégation genevoise aux Etats et les tendances profondes de l’électorat genevois. Je veux bien que l’homme soit redoutablement habile, roublard, rusé comme un syndic radical vaudois des années Chaudet, je veux bien qu’il ait réussi, ces trois dernières semaines, à faire oublier son étiquette au profit de sa personne, le résultat est là : quatre ans de décalage, dûment légitimés par l’électorat. Il était permis (mais on ne refait pas l’Histoire) de rêver pour Genève d’une autre représentation à la Chambre des Cantons, avec au moins un représentant pour une droite qui monte, a gagné les élections au Grand Conseil, au Municipal de la Ville, et même au National, où elle a pris un siège. Eh bien non : ce sera, encore et toujours, Robert Cramer.

 

Assurément, les discordances affichées à droite y sont pour beaucoup. En premier lieu, le ton avec lequel le PDC ne cesse de traiter un tiers de l’électorat genevois. Cela n’ira pas sans règlements de comptes, nous verrons. En attendant, la gauche rigole. Quand on a, face à soi, la droite la plus bête du monde, on ne va tout de même pas se mettre à pleurer, non ?

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/11/2015

Dolomites, 1915 : reportage bouleversant

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Sur le vif - Mardi 03.11.15 - 15.17h

 

Avant-hier dimanche, série de reportages historiques sur les combats, en 1915-1916, entre Italiens (qui venaient d'entrer en guerre, l'Intervento du 23 mai 1915) et Autrichiens, dans la région des Dolomites. La guerre de position, en haute montagne, pour quelques centaines de mètres carrés de terrain escarpé, à un point qu'on n'imagine pas.


Ce reportage m'a énormément appris. Ces hommes, des deux côtés, qui se faisaient la guerre dans les régiments alpins, d'un côté ceux de l'Italie, de l'autre ceux de François-Joseph en sa dernière année de règne (1848-1916), se connaissaient avant la guerre. Nombre d'entre eux étaient guides de montagne, ils avaient les uns pour les autres respect et proximité. Au fond, des deux côtés des Dolomites, ils vivaient la même vie. Celle de mes grands-parents. Celle de tous mes ancêtres maternels à Orsières, ou paternels à Salvan.


Le reportage est désespérant. Au sommet de la montagne, une guerre de position plus immobile encore que celle des tranchées, à Verdun ou dans la Somme. On s'enterre dans la roche, on creuse des kilomètres de galeries, mais pas à la dynamite à cause du bruit qui vous fait repérer, on laisse le minimum de fenêtres dans la paroi pour placer une mitrailleuse. Et puis, pendant des semaines, des mois, on attend.



Cette étape de la guerre, malgré l'héroïsme des uns et des autres, n'a servi à rien. Ce que les Italiens ont gagné, ou préservé, ils ont dû le restituer aux Autrichiens après le désastre de Caporetto, en 1917. Et puis, après l'Armistice de 1918, ce sont des accords politiques qui leur ont finalement rendu ces régions.


Ce reportage, visionné avant-hier soir, me poursuit depuis 48 heures. Des hommes incroyablement courageux, réunis dans une connaissance intime de la montagne, menant une guerre oubliée de nos jours, peu connue, sauf j'imagine en Italie et en Autriche. Une guerre d'apparence inutile. Mais des hommes, tout de même, qui se sont battus dans les conditions épouvantables de l'hiver 1915-1916, l'un des plus glaciaux du siècle.



Désormais, chaque fois qu'en Italie, je croiserai un Chasseur alpin (vous savez, avec la belle plume au chapeau), je penserai à ces hommes-là.



Et puis, pendant tout le reportage, diffusé au soir de la Toussaint, à quelques heures du Jour des Morts, j'ai pensé à mon père. Jeune ingénieur, en 1942, c'est lui qui a construit le Fort d'Artillerie de Champex. En préparation du même type de guerre que celle de 1915. Dieu merci, elle ne s'est pas produite.

 


L'Histoire m'habite, jour et nuit.

 

 

Pascal Décaillet

 

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