09/12/2015

Tiens, une élection normale !

keystone_parmelin.gif 

 

Sur le vif - Mercredi 09.12.15 - 14.34h

 

 

Les six conseillers fédéraux sortants réélus sans problème, le septième choisi dans le trio proposé par l’UDC, nous venons d’assister à une forme d’événement que nous avions un peu perdue de vue, depuis deux décennies : une élection normale. Prélude, peut-être, à une législature apaisée, en tout cas sous la Coupole fédérale, entre l’UDC et les autres partis, notamment le PLR, ce que nous annonçons ici depuis des semaines.

 

Une élection normale ? C’est loin d’être toujours le cas ! Et il n’y a pas à mythifier un passé, qui aurait été plus sage : le grand Tschudi, socialiste bâlois élu en 1959, n’était pas le candidat officiel des socialistes (c’était Bringolf) ; le radical vaudois Georges-André Chevallaz, lui aussi, avait grillé la politesse en 1973 au Genevois Henri Schmitt ; le socialiste bâlois Otto Stich à la Zurichoise Lilian Uchtenhagen en 1983; sans parler de la tragi-comédie Brunner-Matthey-Dreifuss en 1993; les exemples sont nombreux.

 

Élection normale : pour la première fois depuis la montée en force de l’aile Blocher, l’Assemblée fédérale fait l’économie d’un psychodrame : en 1999, Christoph Blocher, non élu, cite Plutarque, et nous donne « rendez-vous à Philippes ». En 2003, il ravit la place de Ruth Metzler, en 2007, c’est la conspiration autour de Mme Widmer-Schlumpf, en 2011 la Grisonne est réélue, donc pas de deuxième conseiller fédéral UDC.

 

Élection normale : l’heureux élu, Guy Parmelin, n’est autre que le premier conseiller fédéral vaudois non-radical depuis Henri Druey, dans la toute première équipe de 1848. Il est aussi le premier UDC romand à occuper un tel poste. C’est important, pour la progression du curseur, au sein des familles de droite, dans notre vie politique suisse. Cela parachève l’ancrage de l’UDC en Suisse romande, lui donnera des relais, permettra d’éviter l’immense erreur de la lecture ethnique : « UDC = Suisse alémanique ». En clair, comme parti national, ayant été capable de présenter des candidats dans trois régions linguistiques de notre pays, l’UDC s’affirme non seulement comme le premier parti du pays, mais commence à étendre ses réseaux avec un œcuménisme qui rappelle les très riches heures du Grand Vieux Parti.

 

Élection normale : nous sortons de l’ère d’une double opposition qui a trop longtemps plombé les esprits. La première, sémantique, fondamentale, sur le degré d’ouverture du pays, entre Jean-Pascal Delamuraz et Christoph Blocher, scellée par le verdict du 6 décembre 1992. La seconde, chaotique, clochemerlesque, entre deux coqs de combat, Pascal Couchepin et Christoph Blocher.

 

Élection normale : à supposer qu’en plus de ce pas franchi, le PLR et l’UDC parviennent, dans la législature 2015-2019, à entrer ensemble, par des concessions mutuelles, dans le fond du dossier de la mise en application du 9 février 2014, alors, comme ils sont d’accord sur quasiment tout le reste, nous aurions là le début d’une normalisation fructueuse, au sein de ces deux grands courants de la droite suisse. Une telle perspective fait blêmir de peur la gauche : elle pourrait en effet la mettre en minorité, sur les principaux sujets de législature fédérale, pour les quatre ans qui viennent.

 

En attendant, même si le nouvel élu n’est pas Merlin l’Enchanteur, souhaitons-lui bonne chance. Il en aura besoin.

 


Pascal Décaillet

 

 

14:34 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Un feuilleton de très mauvais goût vient de se terminer dans la politique suisse fédérale.

Remercions toutes et tous les électeurs de Suisse pour leur aimable soutien.
Il faut maintenant se retrousser les manches et commencer à travailler.

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 09/12/2015

Je pense que c'est un calcul de l'udc suisse pour augmenter l'influence de ce parti dans la région francophone, lui donnant une aura et une légitimité qui ira en s'améliorant. La gauche en refusant un candidat jeune et brillant (T. A.) a cru 'pénaliser' l'udc or elle lui rend un grand service. Thomas A. a le temps pour lui et il sera le successeur de Maurer avant la fin de la législature.

Écrit par : uranus2011 | 09/12/2015

Parfaitement d'accord avec Uranus2011. Thomas Aeschi sera le successeur d'Ueli Maurer et sera venu le temps du relais aux jeunes. A eux de dessiner le futur de notre pays!

Écrit par : Corélande | 09/12/2015

Le courant paysan de l'UDC a gagné face à l'ultralibéralisme du candidat de Blocher. Probablement que Blocher misait sur le soutien du PLR, et d'un candidat romand inconnu qui pousserait les alémaniques à voter son poulain au CF. Eh bien raté.
Face à un avenir incertain, le choix a été fait sur un candidat qui ne restera pas longtemps au CF vu son âge.

L'alliance PLR-UDC que les UDC souhaitent ne se fera pas, c'est quasi certain. Il se joindront sur certains sujets, mais les divergences sont de loin trop grandes et les compromis espérés ne peut que trahir l'esprit de ces partis.
A l'international, le PLR est pour des accords afin d'accroître les perspectives de l'économie suisse, à l'inverse de l'UDC, qui voit en chaque accord une diminution de l'indépendance suisse. Le soutien des paysans n'est pas du côté du PLR.

La liste est longue comme divergences entre un parti de l'économie, le PLR, et un parti qui inclus le nationalisme dans une vision inconsistante de l'économie hormis les ultralibéraux de Blocher.

Le résultat de la course au Etats a montré que l'UDC, hors de ses militants, n'attire personne. Le PLR peut se droitiser, mais ne peut pas se couper de ses électeurs en se rapprochant de l'UDC.

Quant à la gauche, c'est le dernier de ses soucis. Le PLR et l'UDC ont toujours été des adversaires, et un rapprochement ne changerait en rien le fait que la gauche est minoritaire en Suisse.

Ceux qui peuvent être en souci, c'est le PDC. Si le PLR se rapproche de l'UDC, le PDC n'aurait d'autre choix que de se rapprocher du PS pour exister.

Écrit par : Glob | 09/12/2015

"le nouvel élu n’est pas Merlin l’Enchanteur, souhaitons-lui bonne chance. Il en aura besoin."

N'est-ce pas un peu court comme laudatio, Monsieur Décaillet ?

Écrit par : Zufferey de Cratogne | 09/12/2015

Election normale ? Absolument, ils ont élu le plus grisouille. A ce tarif-là, ils auraient pu nous laisser Eveline Widmer-Schlumpf. Très compétente, EWS, au moins. Il y a déjà un CF UDC très médiocre, Ueli Maurer, qui n'a pas réussi à faire acheter l'excellent Gripen face à quelques gauchistes du GssA et quelques vendus au lobby français du Rafale. L'UDC paiera très cher un second CF incompétent. Et c'est pour ça que Parmelin a été élu. L'UDC s'est fait avoir et il est difficile de comprendre pourquoi ses dirigeants ont présenté de façon autoritaire des candidats aussi médiocres.

Écrit par : Géo | 09/12/2015

Johann N. Schneider-Ammann, choix de Parmelin.. le sérieux est de mise

Enfin! fini les courbettes & gambettes contorsionnées
devant tous chefs d'Etat dont français
fin de bal avec l'UE

la Suisse s'est finalement armée d'un pied souverain à l'heure
de négociations courtoises à la suisse - transatlantiques & partenaires

Écrit par : suisse & genevois déshérité | 09/12/2015

Les autorités du canton de Vaud ont décidé de donner congé aux écoliers, gymnasiens, apprentis, vaudois le 17 décembre 2015, l'après-midi, pour l'élection du vaudois Guy Parmelin.

http://www.24heures.ch/elections-federales-2015/parmelin-elu-jour-conge-eleves-vaudois/story/29983500

Mais ce qu'ignorent ces chérubins, et ce que ne déclare pas les autorités vaudoises, c'est que l'UDC Vaud a fait un communiqué de presse le 30 septembre 2015, qui se lamentait par rapport au projet du budget 2016 sur l'augmentation des ETP, Il est écrit : Nous relevons, comme les années passées, une hausse importante et inquiétante des « équivalents temps pleins » (ETP, +163). Si nous saluons l’augmentation des effectifs dans le domaine sécuritaire (+18), nous constatons qu’elle ne représente qu’un 10% supplémentaire alors que la sécurité des Vaudoises et des Vaudois reste parmi les moins sûres de Suisse.

http://www.udc-vaud.ch/pdf/communiques/15-09-30_budget-etat-de-vaud.pdf

Mais dans le budget 2016, sur ces 163 ETP, 113 ETP concernent des postes d'enseignants, voir page 11 ci-dessous :

http://www.publidoc.vd.ch/guestDownload/direct/Budget%202016%20Pr%C3%A9sentation.pdf?path=/Company%20Home/VD/CHANC/SIEL/antilope/objet/CE/Communiqu%C3%A9%20de%20presse/2015/09/529684_Budget%202016%20Pr%C3%A9sentation_20150930_1207314.pdf

Le budget du canton de Vaud a été accepté le 8 décembre 2015.

http://www.24heures.ch/vaud-regions/Le-projet-de-budget-vaudois-2016-ne-fait-pas-un-pli/story/15270871

Il est fort probable que dans son discours à Nyon le 17 décembre, Guy Parmelin va faire mention du congé des écoliers vaudois ce jour-là, mais il est certain qu'il va cacher le fait que trois mois plus tôt, son parti l'UDC Vaud, ne voulait pas d'enseignants supplémentaires pour encadrer ces mêmes élèves, alors que le canton de Vaud connait une forte augmentation d'élèves.

Après les larmes de joies pour ces élèves vaudois qui vont avoir congé, les élèves vont connaître les larmes du désespoir quand ils seront en échec scolaire, car mal encadrés, grâce à la politique de l’UDC si ils parviennent à couper dans les dépenses de l'enseignement.

Mais pas de souci, avec l'UDC, ils seront encadrés plus tard, par des gardiens de prison...

Écrit par : Lucignolo | 09/12/2015

Avec Guy Parmelin, nous avons la version vaudoise d'un Samuel Schmid.
Par contre, Roger Nordmann devrait être content, tout comme Christophe Darbellay, qui garde le huitième fauteuil, celui de chancelier de la Confédération.
Faut-il passer sous silence ce huitième fauteuil ?

J'adresse mes félicitations à Madame Alice Glauser, première des viennent-ensuite au sein de l'UDC vaudoise, entrée au Conseil National.

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 09/12/2015

Je crois qu'on se trompe sur Parmelin. Ce n'est pas du tout un mou. C'est un Vaudois, ce qui est tout différent. Pour moi il ressuscite le style du conseiller fédéral vaudois radical typique, tel qu'on les a connus et appréciés dans les années 50 à 70: Rodolphe Rubattel, Paul Chaudet et on pourrait même remonter un peu loin à Ernest Chuard, dans les années 20. Je parle des radicaux paysans: une race en soi et je laisse de côté les Chevallaz, Pilet-Golaz et autres intellectuels qui sont une autre race. La race des combinards qui vous tapent sur le ventre à la Delamuraz est encore une autre sous race. Parmelin n'est ni un grand intellectuel ni un politicard. C'est un honorable gagne petit de la politique, mais très intelligent qui s'est fait à la force du poignet. Pour moi c'est vraiment un radical mais un radical de la campagne. D'ailleurs le PAI dont il est issu n'est-il pas issu d'une scission du grand vieux parti radical?

C'est ce qui me frappe le plus. Un parfum de retour au bon vieux temps, qui n'est pas pour me déplaire. J'ai senti ça chez ce Parmelin depuis longtemps et je peux me vanter d'avoir pressenti que c'était de la graine de conseiller fédéral.

Il a un orgueil certain, mais un orgueil modeste si j'ose dire. Il sait qu'il lui manque d'avoir fait de hautes études mais il entend être respecté pour son mérite et sa compétence. Il n'est pas un flatteur électoral et il a un certain sens de sa dignité. Je ne suis pas du tout sur qu'il sera tellement consensuel. A mon "avisse" ce sera un homme assez autoritaire une fois en fonction, rigoureux, inflexible et je crois que si la gauche a espéré qu'il serait malléable elle a fait un faux calcul.

Je pense que, sans se monter le cou, il sera très chatouilleux sur les honneurs dus à son rang. Il sera magnifique pour inaugurer le Comptoir.

Je ne sais pas si le conseiller fédéral Parmelin restera comme un grand homme de l'histoire suisse. Mais je suis certain d'une chose: il va asseoir l'UDC dans le statut de parti national super dominant en en faisant le parti hégémonique en Suisse romande. C'est à dire dans le canton de Vaud car le canton de Vaud est tout de même le centre de gravité de la Suisse romande. Je suis sur qu'il sera très populaire et grâce à lui, tout naturellement, l'UDC prendra la place qui était historiquement celle du radicalisme: celle du grand parti de gouvernement incontournable.

On avait reproché à Guy Parmelin de ne pas avoir voulu se présenter au gouvernement vaudois et donc d'être responsable de la perte du siège UDC laissé vide par Jean-Claude Mermoud. Mais maintenant on sait que c'était parce qu'il visait plus haut. S'il était devenu conseiller d'état il n'aurait pas pu se placer au bon moment pour arriver tout en haut. C'est un tout fin le Parmelin.

Et son accession au sommet des honneurs aura pour l'UDC vaudoise et romande des retombées incomparablement plus importantes que celles qu'aurait eues son accession au conseil d'état vaudois.

Il faut bien comprendre aussi que la conséquence de tout ça sera que l'UDC parviendra à dépasser ce handicap du challenger qui l'empêchait de gagner les élections majoritaires parce que n'ayant aps assez de personnalités consensuelles. Avec le temps ça permettra à l'UDC d'avoir beaucoup plus de sièges au Conseil des Etats.

C'est tout à fait stupide - à mon avis - de voir en Guy Parmelin un Samuel Schmid bis, ni même un Adolf Ogi. Ces deux là s'opposaient à la ligne dure de l'UDC. Ils étaient pour l'Union Européenne. Parmelin a certes été du mauvais côté sur l'EEE mais il l'a regretté. Il a reconnu que c'était une erreur. Ilé est peut-être un agrarien mais il appartient à l'aile droite de l'UDC. Sa rondeur dans le contact ne l'amènera pas à trahir la cause souverainiste mais au contraire la fera mieux accepter dans la politique mainstream.

A tous les points de vue et plus j'y pense plus je suis convaincu que pour l'UDC blochérienne, et pour la Suisse indépendante et neutre, l'élection de Parmelin est la meilleure chose qui pouvait arriver. L'UDC en retirera un profit beaucoup plus grand que si ça avait été gobi ou Aeschi.

Pour moi l'élection de Parmelin marque le début d'une nouvelle ascension de l'UDC vers les sommets et lui permettra de devenir ce que ni le parti radical ni le parti conservateur n'avait jamais réussi à être: le plus grand parti dans toute la Suisse et dans tous les cantons, sans exception.

Écrit par : observateur | 12/12/2015

Les commentaires sont fermés.