30/12/2015

Moritz pète un tube, Pascal surgit

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Sur le vif - Mercredi 30.12.15 - 19.00h

 

J’ai connu Moritz Leuenberger et Pascal Couchepin bien avant qu’ils ne devinssent conseillers fédéraux : le premier a accédé à ce poste en 1995, le second en 1998. Je les ai fréquentés alors que j’étais à Berne, ils étaient conseillers nationaux, tous deux brillants dans cette fonction. Et puis, ils ont siégé à peu près en même temps au Conseil fédéral, ils sont comme deux compères, ils se connaissent.

 

C’est peut-être pour cela qu’aujourd’hui, tels deux diables, à quelques heures d’intervalle, ils ont surgi de la boîte. Quelle boîte ? Mais celle du silence, parbleu ! Cette chape de zinc et de titane qui voudrait qu’après avoir siégé au Conseil fédéral, on entre dans le reste de ses jours comme en Carmel. Il faudrait ne rien dire, jamais, raser les murs, faire comme si on n’avait jamais existé. Certains y parviennent à peu près. D’autres, jamais. Moritz et Pascal sont de cette seconde catégorie.

 

Mais le plus drôle, c’est que la RSR, parce que Moritz s’est permis une appréciation sur le second tube routier du Gotthard, donne la parole à qui ? A Pascal, of course ! Pour disserter sur ces anciens conseillers fédéraux qui parlent trop, elle invite le recordman toutes catégories (principalement, d’ailleurs, avec la complicité de la … RSR) de la parole post-pouvoir. Littérairement, cela s’appelle une mise en abyme. Chez les amis des animaux, on dira que le serpent se mord la queue et qu’au pays des couleuvres, les vipères sont reines.

 

On peut dire ce qu’on veut, qu’ils parlent beaucoup trop, qu’ils feraient mieux de respirer l’air de la vie. C’est possible. Pour ma part, une journée de brume avec l’évocation de Moritz et de Pascal me rajeunit. Elle me rappelle deux hommes de valeur. L’un, lunaire. L’autre, comme une moraine, à l’orée du glacier qui gronde. L’un et l’autre, bien au-delà de leurs options, de leurs actes, ont marqué leur passage au Conseil fédéral. Des tronches. Des personnages. De l'autre côté de la grisaille.

 

Pascal Décaillet

 

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29/12/2015

Yves Laplace, élévation et solitude

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Sur le vif - Mardi 29.12.15 - 17.47h

 

C’est en 1982, dans la Revue Furor, que j’ai commencé à lire des textes d’Yves Laplace, couronné hier par le Prix suisse de littérature. Jusqu’à cette date, je n’avais jamais entendu parler de ce contemporain, né comme moi au printemps 1958. Très vite, le sentiment d’avoir affaire à un écrivain. Sans tarder, au fil des années 80, la première impression se confirme, avec la lecture de « Sarcasme » puis « Fils de perdition », et surtout une pièce dont j’ai souvent parlé, tant elle m’a marqué : « Nationalité française », publiée au Seuil en 1986, et mise en scène par Hervé Loichemol à la Salle Patino, en 1989. Aujourd’hui encore, ce texte si troublant sur les Français d’Algérie, avec notamment le souvenir d’une Anne Durand saisissante, est l’un de ceux, dans l’œuvre de Laplace, qui me retiennent le plus.

 

Dans « Nationalité française », comme plus tard dans « Nos Fantômes », ou plus encore « La Réfutation », ou son tout dernier texte « Plaine des héros » (autour du fasciste genevois Georges Oltramare), j’aurais envie de dire, en « première lecture », que c’est le thème qui me retient. Mais le disant, je sais déjà que c’est faux, ou tout au moins largement insuffisant. Car Laplace n’est ni journaliste, ni historien, bien qu’il eût pu devenir l’un comme l’autre. Mais dès ses premiers textes publiés, à la fin de l’adolescence, c’est une autre voie, un autre chemin vers le réel, que choisit le jeune homme.

 

Oltramare a certes bien existé, les guerres des Balkans aussi, ou la fin si douloureuse de 132 ans de présence française en Algérie, oui tout cela est bien palpable, vérifiable, dans les archives du réel. Mais la relation qu’en donne Laplace, c’est autre chose. Cela passe par une forme immatérielle de magie, qui s’appelle l’écriture. C’est là qu’il existe, là qu’il crée la différence, là qu’il finit par nous offrir « autre chose » que la simple chronique du temps qui passe. Entreprendre une lecture critique de l’œuvre d’Yves Laplace, ce serait peut-être tenter de montrer comment l’art du récit, tout trempé qu’il apparaisse dans le réel, prend corps et distance, par un procédé d’écriture d’une rare finesse.

 

Avec Laplace, pas davantage qu’avec Cingria ni d’ailleurs aucun auteur, une œuvre ne peut ni ne doit se réduire à des thèmes. Pour l’aridité – parfois bienvenue – de ces grilles de lecture, on ira s’en référer aux « Que sais-je ? » ou aux encyclopédies. Mais enfin, tout de même, parler d’Yves Laplace sans évoquer le sujet de la filiation (dans « La Réfutation » comme dans « Fils de perdition »), c’est sans doute passer à côté de quelque chose d’essentiel dans la relation de l’auteur avec son texte.

 

Le Prix suisse de littérature n’est de loin pas le premier que reçoit Yves Laplace. Mais il tombe rudement bien, à une époque où la valeur d’un livre se soupèse en fonction de ses seules vertus marchandes. J’ai parlé de Cingria, dont le style éblouissant n’a certes rien à voir, mais qui, lui aussi, étincelait dans l’art de la chronique. Autres mots, autres sources, autres ancres. Mais là aussi, la troublante perpétuité d’un décalage. Il ne serait peut-être ni vain, ni indifférent que la littérature en Suisse romande soit un peu mieux perçue, reconnue, identifiée, du vivant de ses auteurs. Nous en avons beaucoup, dans ce coin de pays. Des femmes, des hommes, des talents. Parlons d’eux pendant qu’ils sont encore de ce monde. Et, très accessoirement, pendant que nous le sommes aussi.

 

Yves Laplace, cet écrivain si particulier, cette solitude si fièrement dressée, mérite infiniment le Prix suisse des écrivains. Plus encore, il mérite qu’on lise ses livres, sans tarder. Tant que la vie est encore là.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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28/12/2015

Pierre-Alexandre Joye (1959 - 2015) : chaleur et lumière

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Sur le vif - Lundi 28.12.15 - 17.08h

 

Un être pressé, angoissé, joyeux, toujours palpitant de la vie qui va. Un être de lumière, même au cœur de la brume. Un être de culture – immense – qui semblait comme arraché aux fragments de cette vie originelle, cet Âge d’Or, propulsé dans les aléas d’une modernité à laquelle il n’avait rien demandé, même pas l’asile. Juste jeté là. Riche de sa seule mémoire, infinie. Pierre-Alexandre Joye, qui vient de nous quitter, beaucoup trop jeune, faisait partie de ces quelques compagnons, si rares, avec lesquels l’appétit du temps présent s’aiguise d’Histoire et de nostalgie. Comme si vivre, c’était tenter de restaurer une grandeur perdue.

 

Je l’ai connu il y a plus de 32 ans, dans le cadre de l’armée, lors d’un paiement de galons commun. Nous parlions de Barbara, de poésie, et surtout de musique. Ses connaissances, dans ce domaine, surtout dans le registre romantique, étaient époustouflantes. En sa compagnie, il n’y avait plus ni pèlerine, ni pluie, ni boue, ni guêtres crottées, tout cela allait s’abolissant, laissant place à l’évocation d’un trio, d’un oratorio, d’un sonnet. Impatience, essoufflement, tambourinement du sang dans les artères, prunelles envoûtées par le désir de vivre, mais aussi puissance d’évocation. Donc, capacité d’extraction de la pesanteur terrienne. Vers la paix des galaxies. Ou la guerre des étoiles.

 

Puis, des années de complicité dans les couloirs du Palais fédéral. Puis d’autres, dans les mêmes médias, la RSR notamment. Pierre-Alexandre Joye, c’était une plume de chroniqueur, un style, un humour, un regard. Lors d’un reportage commun à Weimar, en juillet 1999, nous avions visité ensemble pendant trois heures, sans un seul mot, le camp de Buchenwald, situé – terrible ironie – sur l’une des très belles collines boisées de Thuringe. Le soir ou le lendemain, je ne sais plus, nous étions allés au concert, en plein air, dans la ville de Bach, de Goethe et de Schiller. De ces quelques jours passés avec lui dans le cœur battant de la culture allemande, je garde un souvenir inoubliable.

 

Journaliste, Pierre-Alexandre Joye a aussi été enseignant, notamment professeur de français à l’Ecole supérieure de commerce de La Neuveville. Tiens, je me souviens maintenant de nos conversations sur Racine. Il aimait la musique, la poésie, la politique, mais aussi une impressionnante quantité d’autres choses, il était toujours en quête d’élargissement de son savoir, non pour cumuler, mais pour éclairer, trouver un chemin d’initiation. Dans les brumes des campements militaires, en 1983, il n’était pas difficile d’entrevoir chez ce camarade de régiment joyeux, et si pressé de vivre, tellement ailleurs, un rapport à la lumière capable de transformer le réel. Le transfigurer, peut-être, en une forme supérieure de chaleur. Je ne l’oublierai pas.

 


Pascal Décaillet

 

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22/12/2015

La vie qui va, en cinq actes

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Sur le vif - Mardi 22.12.15 - 14.51h

 

Initiative "de mise en oeuvre" de l'UDC sur le renvoi des criminels étrangers : déjà, il est tout de même hallucinant qu'un parti, ayant été approuvé par le peuple et les cantons, doive lancer une "initiative d'application", parce que le Conseil fédéral ne fait pas son boulot.

 

Mais au delà de cette incongruité, revoilà, pour la énième fois, Mme Sommaruga en position défensive. Résumons, en cinq actes :

 

Acte 1 : l'UDC lance une initiative, récolte les signatures, le chef du DJJP prend la parole à Berne pour dire qu'il ne faut surtout pas la voter. Et il fait l'ouverture des journaux SSR.

Acte 2 : l'UDC, un beau dimanche, avec cette initiative, gagne devant le peuple et les cantons.

Acte 3 : le Conseil fédéral entreprend toutes choses pour freiner (voire annuler) la mise en oeuvre de ladite initiative. Ce qui est totalement contraire à notre ordre constitutionnel.

Acte 4 : l'UDC lance une "initiative de mise en oeuvre", pour que sa première initiative soit acceptée.

Acte 5 : le chef du DFJP, récupérant dans une corbeille le brouillon de la première intervention, prend la parole à Berne pour dire qu'il ne faut surtout pas voter cette "initiative de mise en oeuvre". Et il fait l'ouverture des journaux SSR.

 

Vivement l'initiative de mise en application de l'initiative de mise en oeuvre. Vivement l'invitation de Mme Sommaruga à ne surtout pas la voter. Vivement les ouvertures, pour relayer la conseillère fédérale, de tous les journaux SSR.

 

Et vive la vie. La vie qui palpite. La vie qui va.

 

Pascal Décaillet

 

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21/12/2015

A propos de l'art et de "l'alternatif"

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Sur le vif - Lundi 21.12.15 - 15.42h

 

« Culture alternative » : que signifient ces deux mots ? La culture n’est-elle pas, par essence, le lieu d’une alternance, d’une transgression du convenable ? On saccage le Grand Théâtre, parce qu’il serait le temple de la culture bourgeoise, chouchouté par ceux qui stipendient, épargné par ceux qui coupent. On s’en prend à ses murs, on les peinturlure, on les profane. Bref, on défèque sur l’institution. Mais quid de l’essentiel, les œuvres ?

 

Entre Wagner composant la Walkyrie, ou Strauss travaillant sur un livret d’Hofmannsthal, ou Britten, ou Bartók, dans l’incroyable aventure de leur invention formelle, quel point commun ? Lequel, si ce n’est d’avoir, chacun face à l’ordre de son temps, face au registre du convenable dans sa génération, permis l’éclatement d’une forme, son évolution vers « autre chose ». Nous invitant au voyage vers l’alternance, ne sont-ils pas ontologiquement « alternatifs » ?

 

Alors, les casseurs s’attaquent aux murs, les profanent. On prouve quoi ? Sa colère, son dégoût, sa révolte. On se met à dos l’ensemble du corps social, modérément porté sur ce genre d’éruption. On n’aura réussi qu’à salir des édifices, se faire haïr du badaud, retourner contre soi la violence engendrée. Mais on n’aura touché ni à Wagner, ni à Bartók, ni à Britten. Dans l’ordre de « l’alternance », cette irruption de l’inattendu dans les matrices, on ne se sera signalé que par la capacité à salir. C’est peu.

 

Que fait la bourgeoisie, depuis deux siècles ? Elle a tendance à rejeter, de leur vivant, les créateurs qui font vraiment évoluer la forme. Puis, ces derniers disparus, ayant pris conscience avec une ou deux générations de retard de leur génie, elle brille dans l’art de les récupérer. Alors, dans des écrins de luxe, elle les enferme, les illumine, tente une œuvre de résurrection. Les saccageurs, samedi soir à la Place Neuve, ont attaqué l’écrin. Rien d’autre. C’est peu. C’est dérisoire.

 

Oui, la bourgeoisie récupère. On lit maintenant Genet, Koltès, Heiner Müller, Paul Celan, avec les élèves, on ne les lisait pas tant de leur vivant. On emmène des classes écouter les ultimes Quatuors de Beethoven, considérés comme dissonants par ses contemporains. On lit Rimbaud dans toutes les écoles francophones du monde, on ne le lisait guère entre 1870 (ses premiers poèmes) et sa mort, en 1891.

 

Et les lieux officiellement intitulés « alternatifs » ? Nous préparent-ils ce qui, demain, par d’autres qui aujourd’hui les méprisent et les rejettent, sera mis en écrin ? C’est possible. Pour ma part, en tout cas, je leur en donne volontiers crédit. Mais ne soyons pas dupes : la transgression, dans l’ordre de l’art, ne provient ni de l’étiquette « alternative » d’un local, ni d’une ambition révolutionnaire sociale, ni d’ailleurs conservatrice : elle ne surgit que d’un travail sur la forme, puissant, ancré, propre à chaque destin de créateur. La matrice politique, sur ces enjeux-là, n’a qu’une influence modeste, pour peu qu’elle en ait une.

 

Alors, si « l’alternatif » ne se démarque pas sur son efficacité dans la transgression formelle, quel sens peut-il avoir ? Ne pas dépendre des forces de l’Argent ? Noble ambition. Mais dans ce cas, pourquoi s’en aller quérir les fonds publics ? Si on se met à devoir sa survie, peu ou prou, à ces derniers, on doit aussi accepter les obligations qui en découlent : celui qui paye commande, c’était valable au temps des mécènes, ça le demeure en celui de la citoyenneté bourgeoise, celle qui redistribue l’impôt.

 

Au final, si « l’altérité » ne se révèle que comme une duperie dans l’ordre de la forme, et une illusion d’indépendance dans celui du financement, on peine à percevoir en elle autre chose qu’une singularité auto-proclamée. Ce que chacun d’entre nous, après tout, a bien le droit de faire, si ça l’amuse. Celui qu’il n’a pas, c’est de prendre en otage cette cause pour s’en aller saccager les édifices et les vitrines d’une ville. Cette transgression-là n’appelle qu’une réponse : celle de la loi, dans sa rigueur.

 

Pascal Décaillet

 

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19/12/2015

Motion de censure

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Sur le vif - Samedi 19.12.15 - 18.35h

 

D’abord, l’inculture politique de certains commentateurs : il faut vraiment ne rien entendre de l’organisation de la République, n’avoir lu aucun livre d’Histoire, pour venir parler de « crise institutionnelle » à Genève, sous le seul prétexte que le Parlement a refusé l’entrée en matière sur le budget.

 

En quoi y aurait-il une crise des institutions ? Le gouvernement a proposé un projet de budget. Le législatif cantonal, après un débat parfaitement démocratique, où tous ont pu s’exprimer, a choisi de lui renvoyer sa copie, il refuse l’entrée en matière, c’est son droit le plus strict. Si on soumet aux parlementaires la question « Acceptez-vous l’entrée en matière », ces derniers ont parfaitement le droit de répondre « oui », ou de répondre « non ». Ou alors, autant dissoudre le Parlement.

 

Il n’y a eu au Grand Conseil nul Colonel Tejero, nul Lucien Bonaparte pour troubler les débats : nous sommes dans une situation certes inconfortable, difficile, tendue, mais l’ordre institutionnel n’est absolument pas touché. Prétendre qu’il le serait, c’est confondre « les institutions » avec son confort personnel, celui de son parti, de sa majorité. Ou alors, vouloir que le Parlement ne soit qu’une Chambre d’enregistrement.

 

La tension, même très vive, entre un exécutif et un législatif, celui-ci ayant pour mission de contrôler celui-là, n’a rien d’une « crise institutionnelle » : elle serait même, au contraire, un gage de fonctionnement plutôt sain des institutions. En quoi la vivacité dialectique des antagonismes serait-elle néfaste, sauf à vouloir installer un gentil système de type corporatiste où tout serait mis au point, par accord entre élites, hors de tout contrôle de la représentation populaire ?

 

A cela s’ajoute le mépris de la mission même du premier pouvoir, de la part du président du Conseil d’Etat : « Je relève que la fonction existentielle d’un Parlement est de voter un accord budgétaire, et que celui-ci en est visiblement incapable », ose déclarer François Longchamp à la Tribune de Genève. Et personne, tant le canton est habitué à courber l’échine plutôt que lui dire son fait, ne se lève pour lui rappeler que la fonction première d’un Parlement est de faire des lois, en toute indépendance et en toute séparation de l’exécutif, et aussi de contrôler l’activité – ou l’inactivité – du gouvernement. Ministre par ministre, mais aussi en considérant le collège, dans son ensemble .Le Grand Conseil est le premier pouvoir, il n’est pas la Chambre d’enregistrement de M. Longchamp.

 

Alors oui, à Genève il y a tension. Oui, il y aura des douzièmes en 2016. Peut-être même faudra-t-il passer directement au budget 2017, sur des bases politiques à assainir (on peut rêver) dans les mois qui viennent. Mais il n’y a nulle crise des institutions. Tout au plus pourrions-nous regretter l’absence, à Genève, de ce mécanisme qui aurait, face à un tel vote de défiance du Parlement, été enclenché à peu près sous n’importe quelle autre latitude au monde, et qui tient en trois mots : motion de censure.

 

 

Pascal Décaillet

 

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13/12/2015

Culture en Ville : des priorités, SVP !

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Sur le vif - Dimanche 13.12.15 - 17.26h

 

« Gouverner, c’est choisir », avait dit le seul véritable homme d’Etat de la Quatrième République, Pierre Mendès France. Et choisir, c’est se faire des ennemis. Par exemple, lorsqu’on est magistrat, responsable de la Culture, dans une ville comme Genève, et qu’on tient les cordons de la bourse. L’offre est impressionnante, c’est vrai, mais au fond pourquoi l’est-elle ? Parce que nous serions, à Genève, plus naturellement disposés aux choses de l’art et de l’esprit ? Ou, plus prosaïquement, dans la logique de l’œuf et de la poule, parce que la manne y est répartie plus généreusement qu’ailleurs ? Un peu à tous. La politique de l’arrosoir.

 

Prenez la peine d’observer de près le projet de budget 2016 de la Ville de Genève. Il y règne une grande générosité dans l’ordre de la subvention culturelle. Mais surtout, à l’intérieur de l’enveloppe globale, on est frappé par la multiplication des petits postes. Quelques milliers, voire quelques dizaines de milliers de francs, à chaque fois. Cela n’est certes rien à côté, par exemple, du coût du Grand Théâtre, mais enfin, le tout additionné, on arrive à des sommes importantes. Reconduites d’année en année, sous le lobbying pressant des principaux intéressés, et parce qu’il est préférable de ne pas trop se faire d’ennemis, conserver une clientèle électorale.

 

Cette politique n’est pas la bonne. Gouverner, c’est choisir. Non pas, bien sûr, choisir les programmations à la place des directeurs de théâtres, ni les politiques d’expositions à la place des patrons des musées. Mais établir des choix politiques clairs entre ce que la Ville entend soutenir, et ce que, ma foi, l’enveloppe étant limitée, elle doit se résoudre à laisser au privé. Dans cette optique, il faut accepter de renoncer à des politiques de soutien, pour en favoriser d’autres. Cela fera des jaloux ? Oui. Cela créera des ennemis, des ruminations, des vengeances, des biffages au moment de la réélection ? Oui. Mais gouverner, c’est choisir. Et en assumer les conséquences.

 

Gouverner, c’est choisir. Et pas seulement administrer. Choisir, et pas seulement saupoudrer. Choisir, et parfois déplaire. A cet égard, le magistrat en poste depuis bientôt cinq ans, Sami Kanaan, malgré ses éminentes qualités et sa maîtrise des dossiers, donne l’impression de ne pas suffisamment choisir. On ne peut pas donner à tout le monde, on ne peut pas plaire à tous. Dans la jungle des petites subventions, il n’est pas exclu qu’un ménage s’impose. Opérer des priorités : si le politique s’y dérobe, qui le fera à sa place ?

 

A cela s’ajoute une étrange attitude, hier samedi, face au délibératif. Oh certes, le magistrat avait face à lui une droite élargie (PDC-PLR-UDC-MCG) qui n’était pas disposée à lui faire de cadeaux. Pour l’exécutif, c’est assurément pénible. Mais enfin, c’est le jeu. Et surtout, c’est le reflet de la volonté populaire, au printemps dernier. Dans ces conditions, se braquer constamment face aux élus du peuple, leur faire la morale, leurs asséner de grandes leçons sur leur œuvre de démantèlement, tout cela fait sans doute plaisir au camp du magistrat, qui ne manque pas de l’applaudir, mais ne sert strictement à rien en termes d’efficacité. On a pu avoir l’impression d’un choc frontal mal préparé en amont : en politique, un minimum de ductilité, dans les relations avec l’adversaire, n’est pas inutile.

 

D’un homme qui venait de la haute administration municipale, où il avait, admirablement d’ailleurs, servi un élu princier dans l’art de la politique, on savait que le risque de « rester haut fonctionnaire dans l’âme » existait. Après une première législature d’essai, on s’est dit que la deuxième devait maintenant être celle des choix politiques. Elle ne l’est pas encore clairement. C’est dommage. Pour l’intéressé. Et pour la Ville de Genève.

 

Pascal Décaillet

 

 

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12/12/2015

Hurler au "populisme" ne résout rien

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Sur le vif - Samedi 12.12.15 - 18.52h

 

Les éditoriaux se multiplient, en Suisse comme en France, pour nous donner les recettes visant à "vaincre le populisme". Toujours, le même argumentaire : les partis qualifiés de "populistes" (dont, en Suisse, l'UDC) seraient nécessairement dans un succès provisoire. Il y aurait bien un moment où tout "rentrerait dans l'ordre".

 

Quel ordre ? Celui des partis qui, jusqu'à peu, avaient pignon sur rue. Et qui, aujourd'hui, l'ont un peu moins. Comme si la vague "populiste" (je reprends leurs termes) n'était qu'une parenthèse. Un vilain cauchemar. Et qu'un beau jour, le moins tard possible selon leurs voeux, l'électorat allait bien se réveiller. Revenir dans le giron. Dans l'ordre d'avant. Celui de ces partis "traditionnels". Bref, la Restauration.

 

Je ne partage pas du tout cette lecture. L'Histoire des partis politiques montre que ces derniers naissent, vivent, et meurent, ainsi que des personnes humaines. Regardez, en France, le Parti Radical, qui a dominé toute la vie politique de la Troisième République. Au point qu'un moment, au tournant des deux siècles (j'ai beaucoup travaillé sur cette période), il n'y avait que lui, on ne voyait que lui. Eh bien, ce magnifique parti est mort deux fois : la première en 1940, au moment de la Défaite. La seconde, en 1958, lors du retour aux affaires de Charles de Gaulle. Oh, il existe bien, aujourd'hui, ici et là, quelque Valoisien esseulé, souvent d'ailleurs de riches personnalités. Mais le parti, comme masse, comme machine de conquête du pouvoir, s'est fracassé.

 

Idem, le MRP, les démocrates-chrétiens français de la Quatrième République. Brillante composante de la Résistance, des hommes-clefs à la Libération, des Présidents du Conseil sous la Quatrième, des Pères de l'Europe. Et aujourd'hui, presque plus rien. D'autres partis sont venus, avec l'Histoire, ils ont balayé ceux d'avant, personne ou presque ne s'en est plaint, le personnel politique s'est reconverti avec une capacité d'adaptation étonnante, et plus personne n'en a parlé.

 

Je ne dis pas ici que les partis "populistes" d'aujourd'hui effaceront les autres. A vrai dire, je n'en sais rien. Mais je ne crois pas une seule seconde à une "rentrée dans l'ordre ancien". Parce que les paramètres qui sous-tendent l'éclosion des partis "populistes" indiquent un profond bouleversement de nos sociétés. En un mot, je pense que la Révolution conservatrice que nous connaissons ne fait que commencer. Pourtant, je ne ne prédis pas, à mon tour, le retour à un ordre ancien. Non, nous allons vers quelque chose de nouveau. Quelque chose d'Autre. Que nul (en tout cas pas moi) n'est capable de prévoir avec exactitude. Il ne s'agit pas de revenir aux temps anciens. Mais les temps nouveaux ne seront sans doute pas aussi "modernes" que ceux dont avait rêvé, dans une Europe opulente et pacifiée, la génération des Glorieuses.

 

Oui, je crois que cet "Autre" vers lequel nous allons sera, pour un sacré bout de temps, imprégné de valeurs plus conservatrices que celles de 1945 à aujourd'hui. Cela, avec ou sans les partis qu'on qualifie aujourd'hui de "populistes". Cette perspective, évidemment, exaspère la génération de Mai 68, elle pulvérise ses grilles de lecture. Alors, ils préfèrent qualifier de "populistes" des mouvements de fond qui leur échappent complètement. Et plus ils usent de ce mot, tellement creux, tellement inapte à l'appréhension des vrais problèmes, plus la réalité leur échappe. Ils vont finir par devenir fous. Non la folie de l'éclair, avec ses fragments de lumière, mais la folie du déni. Celle qui aveugle, celle qui isole.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Conseil fédéral : la vraie nouvelle de la semaine

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Commentaire publié ce matin dans le Giornale del Popolo - Samedi 12.12.15

 

Guy Parmelin à la Défense, Ueli Maurer aux Finances : la voilà sans doute, la vraie nouvelle de la semaine ! Plus importante, pour l’'évolution de notre politique fédérale ces prochaines années, que l’'élection, mercredi 9 décembre, du Vaudois Guy Parmelin, plutôt que le Zougois Thomas Aeschi ou le Tessinois Norman Gobbi. Car enfin, cette élection-là s’'est opérée à l’'intérieur du trio proposé par l’'UDC, il n’'y a eu cette fois ni psychodrame, ni tragi-comédie, ni pleureuses sur la Place fédérale, ni dame en noir faisant ses adieux, ni Blocher citant Plutarque et donnant (comme en 1999) « rendez-vous à Philippes ». Non, rien de cela : l’'Assemblée fédérale s’'est contentée, en toute bonhomie, d’élire un Vaudois pondéré et respectable, travailleur, compétent sur ses dossiers. Un paysan qui creuse son sillon. On aurait pu se croire dans une élection de naguère, presque d'’avant-guerre, à la Minger, lorsqu’'on allait chercher au fond de nos campagnes les pères tranquilles de la nation.

 

Bien sûr, il y a maintenant trois Romands au Conseil fédéral, et… toujours aucun Tessinois ! De Genève, où j'’écris ces lignes, en amoureux des équilibres profonds sans lesquels notre pays n'’existerait pas, je le regrette sincèrement. Il faudra, d'’ici 2019 au plus tard, que cela soit réparé. Et cela le sera, en puisant dans l’'un des grands partis historiques de ce canton : la démocratie chrétienne ou les radicaux. Mais enfin, pour l’'heure, voilà le bon Guy Parmelin au Conseil fédéral. Et le voilà ministre de la Défense !  

 

N’'en déplaise aux beaux esprits de gauche, qui ironisent déjà sur le caractère léger (et peu chronophage) de cette affectation, c'’est une responsabilité importante qui va incomber au Vaudois. J’'écris ces lignes dans une Genève où le « degré de vigilance » a été élevé, jeudi 10 décembre, par les autorités, suite à des renseignements très précis reçus récemment, et cela nous rappelle que toute société humaine, la Suisse comme n'’importe quelle autre, a le droit et le devoir de se défendre, d'’élaborer une politique de sécurité efficace, moderne, adaptée aux nouvelles menaces. C'’est cela, l’'enjeu de M. Parmelin, et ça n’'est pas rien : il faudra bien autre chose que des chars pour inventer la riposte aux dangers d’'aujourd’hui’ et de demain. A cet égard, se montrer plus audacieux, plus inventif, que M. Maurer ne sera pas inutile.  

 

Et puis, l'’autre nouvelle, évidemment plus importante, c’est Ueli Maurer aux Finances. Pour la première fois depuis que l'’UDC siège au Conseil fédéral (Rudolf Minger, 1929), ce parti dirigera ce Département-là. C’'est un tournant important pour notre politique suisse, dans ce qui a longtemps été un bastion radical. Regardez, d’'ailleurs, comme doucement le curseur se déplace : Guy Parmelin est le premier Vaudois non-radical depuis 1848 (Henri Druey) à accéder au Conseil fédéral ; Ueli Maurer est le premier UDC aux Finances. Oui, le curseur bouge : il était après tout normal, suite au verdict sans appel délivré par le peuple le 18 octobre, non seulement que l’'UDC ait deux conseillers fédéraux, mais qu'’un Département-clef lui soit attribué : les Finances, assurément, en sont un.  

 

Il aura du boulot, M. Maurer, dans un Département qui porte la trace de Mme Widmer-Schlumpf. Une femme compétente dans le domaine financier, ancienne Grande Argentière de son canton, mais dont les options internationales ont été, toutes ces années, violemment contestées par l’'UDC. A eux, maintenant, de faire leurs preuves, sur un terrain miné, difficile à l’'intérieur (réforme de l’'imposition des entreprises), comme bien sûr à l’'étranger (relations avec l'’Union européenne). En résumé, la répartition des Départements, annoncée vendredi 10 décembre, parachève l’œ'oeuvre de « normalisation » entamée l’'avant-veille par le Parlement : nous abordons maintenant une législature dans un climat apaisé. Le demeurera-t-il ? Je n'’en jurerais pas. En politique, il est d’'ailleurs préférable de ne jurer de rien.  

 

Pascal Décaillet  

 

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10/12/2015

DIP : Mai 68 à l'envers

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.12.15

 

Avec ses 11'673 employés, le DIP (Département de l’Instruction publique) est le premier employeur du canton. A ce titre, il est, avec la Santé publique, l’un des postes les plus onéreux de l’Etat. Sa tâche est immense, reconnue par tous d’intérêt public, primordial même : former nos enfants dès le plus jeune âge, écoles primaires, secondaires, apprentissage, Université, etc. Transmettre la connaissance, le savoir-faire, la compétence. Des dizaines de milliers d’élèves, donc des milliers de profs, des spécialistes, du personnel administratif : on n’a rien sans rien. On ne construit pas une Ecole de qualité sans un appui massif de la manne publique.

 

Tout cela, sur le principe, l’immense majorité des gens en conviennent. Qui de nous aurait intérêt à un affaiblissement de notre système de formation ? Seulement voilà, le temps est aux vaches maigres. Il faut faire des économies. Et on a clairement signifié au premier poste du budget cantonal qu’il devrait, comme les autres, en prendre sa part. Réduction de 5% de la masse salariale de l’Etat sur trois ans, loi « Personal Stop » qui gèle la création de nouveaux emplois : au sein du DIP, on voit venir ces échéances, même si la seconde est combattue par référendum, et l’inquiétude grandit. D’où la participation, le 10 novembre et le 1er décembre, aux journées de débrayage de la fonction publique. Il y avait du monde dans les rues, c’est vrai, mais n’oublions jamais que les manifestations de la fonction publique, aussi joyeusement organisées soient-elles, sont parmi les moins populaires, aux yeux de l’opinion publique.

 

Pourquoi ? Mais pour mille raisons ! Allez regarder ce qui se passe dans le privé, vous y trouverez une autre précarité ! Pas de garantie d’emploi, pas de travail à vie, pas d’annuité, à moins de bénéficier d’une convention collective qui le stipule. Moins de vacances, de congés. Des boulots plus tendus, liés au rendement. Une participation beaucoup moins généreuse de l’employeur à la caisse de pension. Et en plus, comme contribuable, on doit renflouer le deuxième pilier des employés de l’Etat ! Ça fait beaucoup. Largement assez pour n’apitoyer que très modérément les employés du privé sur le sort de ceux de l’Etat. Ne parlons pas des indépendants, des petits entrepreneurs, qui mettent tout dans leur boîte, craignent de tomber malades, se démènent dans la jungle des charges sociales, etc.

 

Alors voilà, l’esquisse de chienlit (oh, nous n’en sommes pas encore à Massu et Baden-Baden) qui a pu, çà et là, perler cet automne, profs qui débrayent, élèves qui contre-débrayent, ministre qui rompt la collégialité, climat de revanche droitière sur certains bancs libéraux du Grand Conseil, tout cela ne renforce pas l’autorité de l’Etat. Et lorsqu’on voit des élèves faire grève… contre la grève de leurs profs, on se dit qu’on assiste à un étrange Mai 68 à l’envers, où le pire désordre ne provient pas de ceux qu’on croit. Comme si la raison avait sauté une génération. Comme si la République prenait plaisir à nous montrer qu’elle n’est jamais exactement où on croit. Plus forte que les intérêts sectoriels. Mais toujours, du côté du besoin de transmission, de connaissance, en un mot d’élévation. Bravo les jeunes.

 

Pascal Décaillet

 

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09/12/2015

Tiens, une élection normale !

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Sur le vif - Mercredi 09.12.15 - 14.34h

 

 

Les six conseillers fédéraux sortants réélus sans problème, le septième choisi dans le trio proposé par l’UDC, nous venons d’assister à une forme d’événement que nous avions un peu perdue de vue, depuis deux décennies : une élection normale. Prélude, peut-être, à une législature apaisée, en tout cas sous la Coupole fédérale, entre l’UDC et les autres partis, notamment le PLR, ce que nous annonçons ici depuis des semaines.

 

Une élection normale ? C’est loin d’être toujours le cas ! Et il n’y a pas à mythifier un passé, qui aurait été plus sage : le grand Tschudi, socialiste bâlois élu en 1959, n’était pas le candidat officiel des socialistes (c’était Bringolf) ; le radical vaudois Georges-André Chevallaz, lui aussi, avait grillé la politesse en 1973 au Genevois Henri Schmitt ; le socialiste bâlois Otto Stich à la Zurichoise Lilian Uchtenhagen en 1983; sans parler de la tragi-comédie Brunner-Matthey-Dreifuss en 1993; les exemples sont nombreux.

 

Élection normale : pour la première fois depuis la montée en force de l’aile Blocher, l’Assemblée fédérale fait l’économie d’un psychodrame : en 1999, Christoph Blocher, non élu, cite Plutarque, et nous donne « rendez-vous à Philippes ». En 2003, il ravit la place de Ruth Metzler, en 2007, c’est la conspiration autour de Mme Widmer-Schlumpf, en 2011 la Grisonne est réélue, donc pas de deuxième conseiller fédéral UDC.

 

Élection normale : l’heureux élu, Guy Parmelin, n’est autre que le premier conseiller fédéral vaudois non-radical depuis Henri Druey, dans la toute première équipe de 1848. Il est aussi le premier UDC romand à occuper un tel poste. C’est important, pour la progression du curseur, au sein des familles de droite, dans notre vie politique suisse. Cela parachève l’ancrage de l’UDC en Suisse romande, lui donnera des relais, permettra d’éviter l’immense erreur de la lecture ethnique : « UDC = Suisse alémanique ». En clair, comme parti national, ayant été capable de présenter des candidats dans trois régions linguistiques de notre pays, l’UDC s’affirme non seulement comme le premier parti du pays, mais commence à étendre ses réseaux avec un œcuménisme qui rappelle les très riches heures du Grand Vieux Parti.

 

Élection normale : nous sortons de l’ère d’une double opposition qui a trop longtemps plombé les esprits. La première, sémantique, fondamentale, sur le degré d’ouverture du pays, entre Jean-Pascal Delamuraz et Christoph Blocher, scellée par le verdict du 6 décembre 1992. La seconde, chaotique, clochemerlesque, entre deux coqs de combat, Pascal Couchepin et Christoph Blocher.

 

Élection normale : à supposer qu’en plus de ce pas franchi, le PLR et l’UDC parviennent, dans la législature 2015-2019, à entrer ensemble, par des concessions mutuelles, dans le fond du dossier de la mise en application du 9 février 2014, alors, comme ils sont d’accord sur quasiment tout le reste, nous aurions là le début d’une normalisation fructueuse, au sein de ces deux grands courants de la droite suisse. Une telle perspective fait blêmir de peur la gauche : elle pourrait en effet la mettre en minorité, sur les principaux sujets de législature fédérale, pour les quatre ans qui viennent.

 

En attendant, même si le nouvel élu n’est pas Merlin l’Enchanteur, souhaitons-lui bonne chance. Il en aura besoin.

 


Pascal Décaillet

 

 

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06/12/2015

UDC - PLR : un adverbe pour la réconciliation

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Sur le vif - Dimanche 06.12.15 - 17.09h

 

« Unilatéralement ». C’est l’adverbe qui a frappé, vendredi, tout observateur avisé de la politique suisse, je l’ai déjà relevé dans mon commentaire, le jour même. L’idée que le Conseil fédéral puisse, le cas échéant (si aucun accord « à l’amiable » n’intervient avec Bruxelles), mettre en œuvre « unilatéralement » une politique migratoire suisse, choisie par la Suisse, dans l’intérêt supérieur de la Suisse, fait du bien à entendre de la part de M. Burkhalter, qu’on a connu, disons, plus prudent et plus gentiment multilatéral dans ses tonalités.

 

Cet adverbe est à double usage. Externe : il signifie à l’Union européenne que la Suisse en a assez de se faire mettre sous pression par une instance dont elle n’est même pas membre. Il pose notre pays, face à l’Europe, comme ce qu’il est : un Etat souverain, qui définit lui-même ses orientations politiques, y compris dans le registre migratoire. Et puis aussi, bien sûr, une finalité interne : « unilatéralement », c’est un mot qui sonne plus UDC que PLR, le Conseil fédéral fait de la politique, il tient compte du message délivré par le peuple lors des élections fédérales, le 18 octobre dernier. Il aurait tort de ne point le faire : on ne construit de bonne politique qu’à partir des réalités.

 

« Unilatéralement » : et si nous avions là l’adverbe qui pourrait marquer un début de réconciliation, voire de rapprochement, entre les deux grandes composantes de la droite suisse, l’UDC et le PLR ? Car enfin, il faut être bien jouvenceau, bien novice, dans l’observation de la vie politique de notre pays, pour ne vouloir voir qu’antagonismes entre ces deux partis. Le faire, c’est se rendre captif des psychodrames de caractères des deux coqs de la législature 2003-2007 qu’étaient, dans la même basse-cour, Christoph Blocher et Pascal Couchepin. Ou encore, pour prendre un antagonisme autrement plus sérieux, plus fondamental, demeurer prisonnier du fabuleux combat des chefs de 1992, entre Jean-Pascal Delamuraz (un homme d’Etat) et Christoph Blocher. Conflit tranché, dans le sens qu’on sait, par le peuple et les cantons, il y a 23 ans, jour pour jour.

 

J’invite le lecteur à chausser d’autres lunettes pour considérer, depuis 1929 (Minger, premier UDC au Conseil fédéral) jusqu’à aujourd’hui, plus de 85 ans de coexistence Radicaux-UDC au sein du gouvernement de notre pays. On y trouvera infiniment plus de convergences que de différences. Bien sûr, le parti de Minger est plus proche du secteur primaire, agricole notamment, il veut davantage cadrer et diriger la condition économique de nos paysans, jusqu’au protectionnisme. De leur côté, les radicaux poussent à fond, depuis 1848, les secteurs de l’industrie d’exportation. Le rapport à la patrie n’est pas le même, non plus : émotif, instinctif, chez les uns (UDC), éclairé par les Lumières de la Raison (Vernunft) chez les autres (radicaux), partisans du Freisinn, ce mot très fort de la philosophie politique allemande, qui nous renvoie à la fois au libre arbitre et à la responsabilité individuelle.

 

Mais enfin, avant que les relations PLR-UDC ne se détériorent à partir du titanesque combat de 1992, ces deux partis, avec aussi le PDC, se complétaient admirablement pour composer, dans leur diversité, les gammes de couleurs de la droite suisse. Aujourd’hui encore, à part la question, certes fondamentale, de notre politique migratoire, le champ qui réunit UDC et PLR est infiniment plus vaste que celui qui les sépare. Dans ce contexte, l’usage de l’adverbe « unilatéralement », par le Conseil fédéral vendredi, peut être interprété comme une amorce de main tendue aux vainqueurs du 18 octobre 2015. De la part de M. Burkhalter, c’est habile : c’est avec cette majorité-là, nettement renforcée du côté de la droite souverainiste, qu’il faudra vivre pendant quatre ans.

 

Je répète enfin ce que j’ai annoncé ici avant-hier, juste après la conférence du Conseil fédéral : je ne ferai pas partie des ultras qui, parce que le gouvernement emprunte (assez maladroitement) à la droite économique et patronale, le mot « clause de sauvegarde », refuseraient impulsivement la main que je crois ici tendue. Parce que les enjeux ne sont pas seulement ceux d’une solution à trouver, au sein de la droite suisse, à l’affaire du 9 février 2014. Non, ils vont beaucoup plus loin : en instaurant, peut-être, après l’ère des psychodrames Blocher, une RELATION APAISÉE entre PLR et UDC, une nouvelle tonalité de dialogue, on se dit que cet adverbe, décidément, pourrait marquer un tournant. En filigrane de l’élection de mercredi matin, bien au-delà de savoir qui sera élu, dans le trio ou hors du trio, c’est bien là, l’enjeu structurel des prochaines années : apaiser, normaliser les relations entre deux grands partis de la droite suisse. Qui sont assurément différents, et le resteront. Mais ont sans doute mieux à faire que de se chercher noise à longueur d’année, pour le plus grand bonheur d’un adversaire commun qui s’en frotte les mains.

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/12/2015

C'est quoi, Papa, une "clause de sauvegarde" ?

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Sur le vif - Vendredi 04.12.15 - 16.40h

 

D’abord, parlons français. Et soyons clairs. « Clause de sauvegarde », pour 99% des gens, c’est du jargon. Donc, ils ne comprennent pas. Soyons clairs, et le Conseil fédéral, aujourd’hui, le mérite : ce qu’il a annoncé, comme suite à donner au 9 février 2014, il n’a pas à en rougir, ni à le camoufler derrière une terminologie juridique.

 

Une clause de sauvegarde, cela signifie que dans certains cas, une partie peut ne pas respecter un accord. Parce que des éléments d’exception seraient intervenus, mettant en péril des points fondamentaux. C’est un langage d’assureurs. Ou de juristes. Mais ça n’est pas le langage de la population.

 

Soyons clairs, parce que l’affaire du 9 février n’appartient ni aux juristes, ni aux clercs, ni à quelques hauts fonctionnaires de l’Administration fédérale, ni au Secrétaire d’Etat, ni à M. Burkhalter. Elle nous appartient à tous, nous les quelque cinq millions de citoyennes ou citoyens de ce pays. Parce qu’elle est liée à une initiative populaire, qui a fait l’objet d’un vaste débat dans le pays, et qui a été tranché, par un oui du peuple et des cantons.

 

Par respect pour le corps électoral de ce pays, ceux qui ont voté oui, mais aussi ceux qui ont voté non, bref, tous ceux qui ont fait l’effort de s’intéresser au sujet, et ont voté le 9 février 2014, nos autorités d’application nous doivent la clarté.

 

Le message du Conseil fédéral, cet après-midi, où il esquisse les suites à donner à la décision populaire, est-il clair ? Il aurait sans doute pu l’être davantage, mais franchement, il en émerge un ou deux éléments politiques forts, aisément discernables, c’est cela qui compte.

 

L’essentiel, c’est que le gouvernement de notre pays, face à une situation difficile et tendue (à l’intérieur du pays comme avec l’Union européenne), nous dit ce qu’il veut faire. Surtout, il nous dit qu’il le fera de toute façon, soit en vertu d’un « accord à l’amiable » avec Bruxelles, soit unilatéralement. Citoyen de ce pays, attaché à sa souveraineté, cet adverbe, « unilatéralement », me plaît. Venant de la part de M. Burkhalter, qui fait preuve ici de ductilité et d’intelligence, il inaugure une nouvelle ère terminologique : on ne parle plus de « négociations » avec l’UE, on veut bien un « accord à l’amiable ». Mais s’il n’y en a pas, la Suisse appliquera « unilatéralement », sur la gestion des flux migratoires, ce que son souverain (le peuple et les cantons) lui a demandé, le 9 février 2014, d’appliquer.

 

Un langage nouveau, oui, de la part du Conseil fédéral. On sent que le 18 octobre 2015 est passé par là. Et que par rapport à l’opinion publique suisse, il ne sert à rien de contourner, jouer au plus fin. Sans doute, du côté des partisans de l’initiative du 9 février 2014, certains ultras regretteront, dans les heures ou les minutes qui vont suivre, que le gouvernement n’aille pas encore plus franchement dans leur sens. Ou qu’il reprenne servilement un vocabulaire, « clause de sauvegarde », imposé par un patronat suisse qui, en effet, a tout récemment utilisé ces mots-là.

 

De ces ultras, je ne veux pas faire partie. En disant, fort clairement, qu’avec ou sans « l’accord à l’amiable », il élaborera, ENTRE SUISSES, les termes permettant à notre pays de gérer les flux migratoires en respectant la volonté populaire du 9 février 2014, le Conseil fédéral inaugure un nouveau langage. Ou, tout au moins, comme dans un jeu d’orgues, il donne à son discours une nouvelle tonalité. Oui, la possibilité qu’il agisse « unilatéralement » me plaît. J’aime l’entendre. Cela correspond à toute la conception qui, depuis toujours, est mienne, quant à la souveraineté des nations. Mais aussi, ma méfiance viscérale du supranational. Comme je ne suis apparemment pas le seul citoyen de ce pays à voir les choses ainsi, je me sens, aujourd’hui, en tout cas dans l’ordre des mots, un peu mieux compris par le gouvernement de mon pays.

 

Pascal Décaillet

 

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02/12/2015

Halte au climato-matraquage !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.12.15

 

Suis-je un climato-sceptique ? Je n’en sais rien. Mais une chose est sûre : quand bien même en serais-je, j’en aurais parfaitement le droit, et nul n’aurait à m’imposer son dogme. Une autre aussi, certaine : l’ampleur du tintamarre médiatique qui accompagne la Conférence de Paris apparaît déjà comme insupportable.

 

Non seulement, on se dit que la France, pays récemment meurtri dans sa chair par le tragique de l’Histoire, aurait peut-être, ces jours, un autre usage à faire de ses dizaines de milliers de policiers, que de les envoyer protéger au Bourget les grands de ce monde, venus pérorer. Mais en plus, la systématique ouverture, chez nous, à la SSR, de tous les journaux, tous les flashes, dès le lundi 30 novembre, pour nous parler du climat à Paris, a de quoi taper sur les nerfs.

 

Non que la question climatique ne soit pas essentielle, j’en conviens volontiers. Mais là, ça n’est plus le climat, la question : c’est le rabâchage. Le martèlement. La propagande. On nous assène, d’en haut, un dogme du convenable. Le mettre en doute, ou tout au moins le questionner, le passer au filtre de la critique, de l’exercice de la raison, sont déjà interdits ! Et cela, désolé, aussi important soit l’enjeu intrinsèque, ça n’est pas, entre citoyens responsables, une démarche convenable.

 

Comme nous tous, je tiens à ma planète. Je suis prêt à entendre les discours sur ce qu’il faut faire. Mais pas comme cela. Pas avec cette obligation d’adhérer. Relayée de façon insensée, comme un incantation de tamtams, par certains médias qui doivent justifier leurs envoyés spéciaux. A cela, au risque de déplaire, je dis non.

 

Pascal Décaillet

 

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