11/01/2016

UDC : une nouvelle ère commence

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Éditorial publié ce matin en première page du Giornale del Popolo, sous le titre "L'UDC, l'inizio di una nuova era".

 

Toni Brunner, Christoph Blocher : en l’espace de deux jours, deux démissions au sommet de l’UDC suisse. Toni Brunner, le président. Christoph Blocher, officiellement vice- président, mais surtout âme fondatrice, figure tutélaire, l’homme sans qui rien, dans l’ascension du parti ce dernier quart de siècle, n’aurait été possible. Une double déflagration dans le ciel politique suisse de ce début d’année, d’autant moins attendue que le parti obtenait, le 18 octobre dernier, en tutoyant les 30%, son meilleur résultat historique au National.

 

Il est certes toujours préférable, pour des généraux, de se retirer au lendemain d’une victoire qu’à la suite d’une défaite. Mais il y a autre chose, de plus fondamental : l’UDC suisse, premier parti du pays, se trouve à un tournant de son Histoire. Elle entre dans une période nouvelle. Moins fracassante, sans doute, que les temps héroïques des premiers conquérants (Blocher, Maurer, Brunner), mais plus gouvernementale, plus responsable. La parenthèse Widmer-Schlumpf (2007-2015) est maintenant fermée, l’UDC a deux conseillers fédéraux, le nouvel élu (Guy Parmelin) faisait partie du ticket officiel, bref le temps des psychodrames doit laisser la place à celui de la gestion du pays.  

 

On notera tout de même que Toni Brunner, comme son prédécesseur Ueli Maurer, a fort bien fait son boulot : le Saint-Gallois comme le Zurichois (aujourd’hui conseiller fédéral, et nouveau ministre des Finances), ont patiemment prolongé l’œuvre de croissance et de conquête entamée pas Christoph Blocher lors de la campagne du 6 décembre 1992, sur l’Espace Economique Européen. Un quart de siècle d’expansion ! Aujourd’hui, l’UDC est partout. Elle a deux conseillers fédéraux, de deux régions linguistiques différentes, elle domine le National, le parti est incontournable.

 

La succession Brunner, le 23 avril à Langenthal, semble déjà jouée, puisque la direction du parti propose le conseiller national bernois Albert Rösti (le nom ne s’invente pas !) pour succéder au vaillant paysan saint-gallois. Il faudra aussi repourvoir le secrétariat général du parti : Martin Baltisser, lui aussi, s’en va. Plus qu’une valse de personnages dans le palais, c’est bel et bien une page qui se tourne dans l’Histoire de l’UDC.

 

Pour aller où ? La réponse est multiple. Globalement, il faudra gouverner le pays, en phase notamment avec le PLR, mais en sachant qu’entre ces deux partis de droite, malgré de nombreux horizons communs, il y a la dissension fondamentale sur la libre circulation des personnes. Quelle application pour le 9 février 2014 (initiative sur l’immigration de masse) ? Quels rapports avec le patronat ? Quel discours face à l’Union européenne ? Il y a du pain sur la planche !

 

La nouvelle direction du parti devra briller dans l’art de la politique, avec au programmes des exercices d’équilibrisme : demeurer le « parti du peuple » (Volkspartei), avec ses composantes telluriques, colériques, capables de secouer l’establishment, tout en participant de manière compétente et responsable au plus haut niveau de gestion. « Responsable », cela ne signifie pas renoncer à ses valeurs en matière de libre circulation (pourquoi l’UDC devrait-elle reculer, et pas le PLR ?). Non, cela signifie continuer à défendre son point de vue, mais avec des tonalités adaptées à la rhétorique fédérale. A Berne, il faudra se montrer ferme, mais courtois. C’est parfaitement possible.

 

Et puis, d’autres hommes arrivent. Dans toutes les parties du pays. En Suisse romande, des figures conservatrices émergent, dont on va beaucoup parler ces prochaines années. A Berne, mon confrère Roger Koeppel, meilleur élu de l’Histoire suisse le 18 octobre dernier, apparaît déjà comme l’un des hommes forts de l’UDC nouvelle. Ses tonalités à lui, lisibles tous les jeudis dans la Weltwoche, nous ouvrent des horizons intellectuels et culturels qui ne se limitent pas, allez disons-le comme cela, au simple cercle de sciure d’une Fête de lutte. Eh oui, la pensée conservatrice, en Suisse, est en marche. Et ses outils d’approche vont en surprendre plus d’un.  

 

Pascal Décaillet

 

09:49 Publié dans Editos Giornale del Popolo | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

S'agissant du départ de Blocher, on parlera de la fin de l'ère du jurassique.

Écrit par : Déblogueur | 11/01/2016

A mon humble avis, la plus grande difficulté que va rencontrer l'UDC réside dans sa capacité à harmoniser ses deux composantes; libérale et conservatrice.
Un des dossiers emblématique qui fera éclater au grand jour ses dissentions internes viendra avec la ratification (ou non) des accords transatlantiques entre l'UE et les USA (TTIP).
En effet, il sera difficile de défendre une agriculture de proximité incapable de régater avec les mégastructures alimentées à doses massives d'OGM à moins de subventionner lourdement, quelles que soient les excuses avancées, comme l'entretien du paysage, pour ne donner que cet exemple.
La manifestation des paysans contre un prix du lait ne permettant aucun rendement, organisée à Berne sur le pouce grâce aux réseaux sociaux, préfigure bien la donne.
En maîtresse pimpante du PLR plutôt qu'épouse acariâtre, l'UDC ne pourra que constater l'érosion de son électorat. La gauche saura-t-elle en profiter ?
On peut en douter, car elle craint les sujets économiques complexes et sensibles, défendus à grand renforts de millions par des structures telles qu'EconomieSuisse, depuis qu'elle à vendu son âme au libre marché sous Tony Blair.
Et nous ne parlons ici que d'agriculture. Lorsque nous devrons parler développement et croissance, avec la création de l'équivalent d'une ville de la taille de St Gall chaque année sur le plateau, l'aile agrarienne va se fâcher tout rouge.
Paradoxalement, la sortie du ténor libéral de l'UDC et la défaite de son poulain à l'élection du CF, pourrait bien sauver le parti d'un naufrage lent et programmé.

Écrit par : PIerre Jenni | 11/01/2016

L'UDC est encore loin du naufrage bien au contraire. L'immigration incontrôlée les vrais et faux réfigiés le vivre ensemble toujours plus difficile à cause de l’irrespect croissant de la culture et du mode de vie helvétique sont les meilleurs alliés de l'UDC. Tant que la politique suisse n'aura pas pris en compte ces problèmes au niveau qu'ils méritent l'UDC continuera sa progression.

Écrit par : norbert maendly | 11/01/2016

@déblogueur : vous auriez pu écrire, eussiez-vous de l'esprit, fin de l'Albisgütlissique ...car votre 'jurassique' fait un peu vieux jeu. lol

Écrit par : uranus2011 | 11/01/2016

J'espère sincèrement que Guy Parmelin ne réitère pas les erreurs d'Ueli Maurer, notamment celle de déclarer l'Armée Suisse, la meilleure du monde, car se faire défendre par des gendarmes, ce n'est pas du tout drôle.
Imaginez le traumatisme des soldats après ça ...
«L’émotion était grande. Certains de mes gars avaient la larme à l’œil.»


Jamais de toute l'Histoire de l'Humanité, cela n'était pas arrivé, le colonel Jean-François Duchosal, l'a fait.
Non, vraiment pas de quoi le féliciter, le colonel ...
"Le 19 novembre 1995, 600 personnes manifestent dans les Rues-Basses aux cris de «Duchosal, arrête ton char!»."


"Quant à Jean-François Duchosal, il prend sa retraite à la fin de cette même année 1995.
«On ne m’a pas viré, s’amuse-t-il."
Mais combien de temps reste-t-il entre le 20 novembre et le 31 décembre ?
Soyons honnêtes ...


http://www.tdg.ch/societe/histoire/1995-parade-militaire-declenche-grosse-castagne/story/23280149

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 12/01/2016

Deux colonels, deux !
Jean-François Duchosal et Gérard Ramseier ...
Novembre 1995.


http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3435926-tres-mal-vu-a-geneve.html

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 12/01/2016

Et si jamais, un commandant de corps, Jean ABT.


http://www.rts.ch/archives/tv/information/tj-midi/3435925-le-commandant-desole.html

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 12/01/2016

Avec l'UDC il y a de la franchise, que cela continue... (même si certains font la tête !) juste un peu plus de douceur comme mon parti UDF-EDU Genève www.udf.ch

Écrit par : S.RUFFIEUX GUIGNARD | 02/02/2016

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