29/02/2016

Les Saintes Perruches et la "société civile"

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Chronique bissextile - Lundi 29.02.16 - 13.39h

 

La "société civile" : repris de bec à bec par un piaillement multicolore et emplumé, ce concept, totalement vide de sens en soi, n'a d'autre fonction que de sanctifier la position d'un camp. Dans notre démocratie suisse, chacun a le droit de s'exprimer. Pas de "société civile", mais des citoyennes, des citoyens. Chacun représente une voix, inaltérable, indivisible. Chacun, en fonction de sa liberté individuelle de conscience, se détermine. Nos saintes perruches ne roucoulent la "société civile" que lorsque cela les arrange. Quand elles perdent, elles traitent le même corps électoral de masse manipulée. Et là, d'un battement d'ailes, la "société civile" s'envole. La vie est belle, non ?

 

Pascal Décaillet

 

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28/02/2016

Le vrai vainqueur : la démocratie directe !

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Sur le vif - Dimanche 28.02.16 - 16.01h

 

Le discours politique au soir d’une votation, nous le connaissons tous : si le peuple a voté comme on voudrait, hommage à lui, à son infinie sagesse, son sens de l’humanité, de la mesure. Dans le cas contraire, on dira qu’il s’est fait manipuler par des populistes, par les forces de l’argent qui ont mis tant de moyens dans la campagne, par les arguments de l’émotion, face à la Raison triomphante. Tous les politiciens, de tous bords, tous les dimanches de votations, vous sortiront ces arguments-là, c’est le jeu.

 

Là, pour prendre mon cas de citoyen habitant en Ville de Genève, je fais partie d’un corps électoral qui devait se prononcer sur treize sujets ! Quatre fédéraux, huit cantonaux, un municipal (le Musée d’Art et d’Histoire). Sur treize, on n’est jamais totalement gagnant, ni totalement perdant. On gagne sur cinq ou six, on perd ailleurs, on mélange ses joies et ses peines, c’est la vie. Ainsi va notre démocratie suisse, qui ne rejette pas une moitié du pays pour un élire une autre sur l’Olympe. Non, on mélange. On brasse. Chacun d’entre nous, de Genève à Romanshorn, sera ce soir un peu content, un peu déçu.

 

Pourtant, ce dimanche, il y a un vainqueur : la démocratie directe. Il y a eu des lois votées par des élus, elles ont été attaquées en référendum, outil parfaitement constitutionnel, et de nature à clarifier les choses, puisqu’il propose l’arbitrage du suffrage universel. A part quelques clercs intermédiaires, qui s’en plaindra ? De même, il y a eu des initiatives : dans les cantons, au niveau fédéral, des mobilisations citoyennes, humant un sujet que les élus ne pouvaient ou ne voulaient percevoir, ont réussi à récolter des signatures, et nous ont donné rendez-vous aujourd’hui pour la décision. On a fini par leur dire oui, ou non, ça n’est pas l’essentiel : ce qui compte, c’est que les OUTILS de la démocratie directe ont été utilisés par les citoyens, nous avons eu de vastes débats (au niveau d’une ville, d’un canton, de notre Confédération), tous ont pu s’exprimer, et au final le souverain a tranché. C’est cela, notre recette en Suisse. Cela, notre trésor. A cela, nous nous ne devons en aucun cas toucher.

 

Non seulement la démocratie directe suisse, notamment le droit d’initiative, ne doit pas être revue à la baisse, comme le souhaiteraient tant de clercs et d’élus intermédiaires, mais ce système mérite, dans les décennies qui nous attendent, que les générations suivantes lui inventent de nouveaux modes de fonctionnement. En aucun cas pour virer à la démocratie d’opinion, ou de sondage, où il suffirait à tout moment de cliquer pour décider. Non, bien sûr. Mais d'ici cinquante, cent ans, plus encore peut-être, la mise en réseau des connaissances aidant, on peut escompter une participation accrue du suffrage universel aux décisions de la Cité.

 

Cela, à une impérative condition : que s’élève le niveau de connaissance des citoyens sur les enjeux politiques. Le temps des diligences, des Diètes parlementaires coupées du monde pendant plusieurs semaines, est révolu : le principe même de délégation peut être appelé à évoluer. Mais sans un travail en profondeur sur la connaissance partagée, nulle évolution ne sera possible, ni d’ailleurs souhaitable. Démocratie et compétence, décision et connaissance, ces enjeux se discutaient déjà à l’époque d’Aristote, puis bien sûr dans celle des Lumières, qui précéda et annonça la Révolution française. Là se trouve l’essentiel de notre avenir politique. Encore bien lointain, j’en conviens. Mais il n’est pas interdit, un dimanche de votations, de tenter de se projeter. Hors de la mêlée. Quelque part, dans le champ du possible, et les pistes du destin.

 

Pascal Décaillet

 

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24/02/2016

Humanités

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.02.16

 

L’étude du grec ancien n’est pas un luxe réservé aux enfants des bourgeois. Elle n’a pas à l’être. Pas plus qu’elle ne devrait être une sorte de joyau de préciosité intellectuelle, pas vraiment nécessaire, mais qui sentirait bon l’élite. Voir les choses comme cela, c’est ne rien comprendre à la vraie valeur des études classiques. Et c’est bien mal connaître l’Histoire de Genève.

 

Car la langue et la civilisation grecques exercent sur nous le miracle d’une ascendance maternelle. Elles nous donnent vie, nous nourrissent. Tous ! Et pas seulement les hellénistes. A l’époque de l’humanisme et de la Réforme, au temps des grands imprimeurs, Genève a été, dans le monde, une plaque tournante de la diffusion des textes grecs. Des noms de rues, dans la Vieille Ville, nous rappellent l’apport inestimable de ces grands esprits.

 

Plus tard, au moment de l’indépendance grecque, Genève a su montrer sa proximité avec ce pays en voie d’affranchissement. Plus tard encore, d’immenses professeurs, comme Olivier Reverdin, Jean Rudhardt, mais aussi André Hurst et aujourd’hui leurs successeurs, ont transmis à des générations le goût du grec, via l’École de Genève.

 

Nous voulons dire ici notre solidarité avec ceux qui se mobilisent (parents, enseignants, élèves) pour sauver la peau du grec à Genève. Il ne s’agit pas – il ne doit pas s’agir – d’un luxe, mais d’une part inaltérable de l’identité intellectuelle, spirituelle, littéraire de Genève. Jouer avec cela, c’est tenter l’appauvrissement. Là où nous avons la chance d’être si riches. Par le cœur. Et par l’âme.

 

Pascal Décaillet

 

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07/02/2016

Démocratie et connaissance, même combat

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"Unterwegs zur Kenntnis" - Dimanche 07.02.16 - 15.03h

 

Pas de démocratie sans connaissance. Pas de modernité de la langue allemande sans traduction de la Bible par Luther, en 1523. Pas de diffusion des idées de la Réforme sans essor de l’imprimerie, Genève en sait quelque chose. Pas de Révolution française sans le long travail de préparation, en amont, des Lumières. Sans les Encyclopédistes. Sans les progrès de la science. De la même manière, pas de démocratie directe, ce système suisse unique au monde, sans l'effort individuel de chaque citoyenne, chaque citoyen, pour s’informer.

 

La démocratie n’est pas un loto. Ni un sondage d’opinion. Notre système suisse, avec ses initiatives et ses référendums, demande quatre fois par an au corps électoral de trancher. Il s’agit de le faire en connaissance de cause. Il s’agit que chaque citoyen, en remplissant son bulletin, sache de quoi il retourne. Sinon, c’est la loi du hasard. Ou celle du plus fort. Ou de l’opinion dominante. Ça n’est plus le démos, c’est la doxa.

 

Pas de démocratie sans chemin de connaissance. « Unterwegs zur Sprache », titre Heidegger dans l’un de ses ouvrages les plus pénétrants. « Unterwegs zur Kenntnis », dirons-nous là. En route vers le savoir ! Pas de démocratie sans école, sans liberté de la presse. Pas de démocratie sans responsabilité individuelle.

 

Partisan farouche de la démocratie directe, je relève ici que cette dernière n’a aucun sens, si elle n’est pas portée par l’immense travail de chacun pour accéder aux sujets, parfois difficiles, sur lesquels on lui demande de trancher. Ici intervient la presse, celle que je veux pratiquer depuis trente ans, celle à laquelle j’ai toujours cru : la presse politique, qui certes donne son opinion, mais en même temps accueille tous les courants, les met en débat, montre les antagonismes, les lignes de tension, décrypte les réelles intentions du pouvoir, bref donne à chacun les outils de sa décision.

 

C’est à cette presse que je crois, j’en ai fait la preuve par l’acte. Créé des émissions qui durent encore aujourd’hui. Une presse où il est question de la politique, notre vie commune, notre Histoire, notre destin comme communauté nationale (ou cantonale). De ma vie de journaliste, je n’ai jamais fait autre chose que cela, jamais trempé dans une autre forme de presse.

 

Notre démocratie directe, aujourd’hui, est attaquée de toutes parts, par des cléricatures ou des élites, des juges, des professeurs de droit, des vicaires de la bonne conscience, des parlementaires, des corps intermédiaires, qui prétendent à la place du peuple détenir la souveraineté. La seule réponse que nous puissions donner à tout ce petit monde, c’est le chemin de chacun vers la connaissance des sujets. Et les seuls qui puissent, avec les moyens d’aujourd’hui, aider les citoyens dans cette démarche d’information, ce sont les médias. Journaux, radios, TV, sites. Chacun dans son genre. Chacun avec sa couleur. Mais réunis par l’aspiration à élever le niveau de connaissance.

 

Le vrai service public, c’est cela. Expliquer les enjeux. Monter des débats. Recueillir des témoignages. Travailler sur le fond. Sur la connaissance. Sur le contenu. Unterwegs zur Kenntnis.

 

Je suis persuadé, je l’ai déjà écrit ici, que d’ici quelques générations, disons un ou deux siècles, l’actuel système de démocratie représentative, issu de la fin du 18ème siècle, donc du temps des diligences, aura peu à peu été remplacé par un système de suffrage universel élargi. Mais il est très clair que l’avènement d’une telle révolution ne doit en aucun cas nous conduire vers une démocratie d’opinion, ou de sondage, où chacun voterait par un simple « clic ». Non, le pouvoir de décision accru doit s’accompagner d’un immense chemin du corps des citoyens vers la connaissance. Cela passe par l’école. Et par la qualité des médiateurs.

 

Pas de démocratie sans compétence. En dehors des champs de pouvoirs et d’antagonismes de la société, doivent pouvoir faire leur travail, en toute indépendance, ceux qui ont pour métier, ou mission, de tendre le miroir. A ceux-là, qui bénéficient d’espaces publics pour produire des textes, du son ou de l’image, incombe la responsabilité de ne pas faire n’importe quoi. La Matinale radio est là pour informer, ce que fait fort bien la RSR, et ne font pas, hélas, tous les émetteurs privés, certains sombrant dans le bavardage, entre deux disques, entre soi. La radio, la TV du début de soirée, ont une mission d’information et de mise en débat des sujets politiques, économiques, culturels, sportifs, etc, de la journée, tout ce qu’on veut, pourvu qu’on y apporte du sens. Rigoler entre soi, sur un ton branché et sympa, reprendre les causeries de bistrot pour en reproduire l’impasse, ne relève d’aucune espèce de mission de service public.

 

Pas de démocratie sans école. Sans culture. Sans livres. Sans auteurs. Sans comédiens, Sans metteurs en scène. Pas de démocratie sans solitude. Celle de chacun de nous, nourrissant sa citoyenneté, donc son apport à la société, par un long, un patient, un lumineux chemin vers la connaissance. Comme un élève qui fait ses devoirs, par un dimanche de brume, à la lumière de la bougie. Seul. Inspiré. Heureux, je crois. Unterwegs zur Kenntnis.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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