18/03/2016

Seule la tradition est révolutionnaire

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Vendredi 18.03.16 - 16.04h

 

Depuis tant d'années, je pense - presque tous les jours - à ce moment de mars 1829 où le jeune Felix Mendelssohn, à Leipzig (il n'avait que 20 ans), a ressuscité la musique de Jean-Sébastien Bach. Je tiens cette exhumation de la Passion de Mathieu pour un acte majeur de l'Histoire humaine. Comme si, par la présence d'un manuscrit, le génie du retrouvant et celui du retrouvé, la lumière jaillissait de la lumière. À dessein, j'use ici d'une minuscule, pour ne pas confondre avec l'autre, celle du siècle précédent, la Lumière de l'Aufklärung prussienne, dont le plus éblouissant représentant avait justement été Moses Mendelssohn (1729-1786), émancipateur des Juifs d'Allemagne, et... grand- père de Felix ! On se dit parfois qu'il n'y pas de hasard.

 

Le thème de la lumière, chez moi, est central. Toujours avec une minuscule. Le lumignon d'une chapelle de montagne, à la nuit tombante, m'émeut bien plus que la totalité tentée des Encyclopédistes. Dans le miracle Mendelssohn-Bach, il y a du Champollion. Du cosmique. Quelque chose de l'ordre d'une révélation. Comme si toutes les grammaires du monde, toutes les complexités talmudiques, d'un coup se clarifiaient à nos sens.

 

Lorsque j'étais, en juillet 1999, en reportage à Weimar, avec mon ami Pierre-Alexandre Joye, qui nous a quittés il y a quelques semaines, nous avions passé une demi-journée entière, sans un mot, à visiter le camp de Buchenwald. En fin d'après-midi, retour dans la ville de Goethe et Schiller. Nous tombons sur un musicien de rue, un Juif vêtu et coiffé de façon traditionnelle. Il nous explique qu'il vient de New York, qu'il a perdu sa famille dans les camps, et qu'il a choisi de retourner s'établir en Allemagne. Il nous dit qu'il va nous jouer un morceau de son musicien préféré. Et il attaque un air de Jean-Sébastien Bach.

 

La mode, c'est ce qui se démode. La tradition, au contraire, se joue de la poussière pour retrouver la vie. Elle réinvente et ressuscite. Comme l'a dit Péguy, seule la tradition est révolutionnaire.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:04 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

" la lumière jaillissait de la lumière."

Aujourd'hui il serait plus juste de parler des ténèbres:


Le centre islam et société soutenu


"Suivant l'avis du Conseil d'Etat et de la commission parlementaire, le Grand Conseil fribourgeois a invalidé vendredi l'initiative de l'UDC contre le Centre islam et société, qu'il a jugé inconstitutionnelle. Le peuple du canton ne votera donc pas sur le texte.

Les autorités avaient demandé l'avis de droit de deux constitutionnalistes. Ceux-ci ont estimé que l'interdiction, basée sur une différence confessionnelle et orientée contre les personnes d'une seule religion, était discriminatoire et contraire à la Constitution.

L'initiative voulait créer une base légale pour empêcher la création de cet institut consacré à l'étude de la religion musulmane dans la société suisse."

Les Frères Musulmans font sournoisement leur nid!

Écrit par : Patoucha | 18/03/2016

On hésite, parfois. Lumière avec ou sans majuscule.

En allemand ce serait Licht.
Sauf erreur: das Licht, neutre.

Pour nous "le" soleil, l'Allemagne, "la" (die Sonne).

Soleil Père pour nous, Mère pour les Allemands.

L'image du disciple Jean couché sur le sein du Seigneur ne nous apporte-t-elle pas de la part de "ce" seigneur un substantiel sein maternel...!?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/03/2016

Pascal, Dieu n'est pas seulement dans la tradition et ce qui lie le présent à l'aube des temps, Teilhard de Chardin a bien parlé, lorsqu'il a dit qu'il était aussi à la fin des temps et vers l'avenir. Goethe par exemple le pensait, l'éternel féminin inspirait Faust et le guidait par l'imagination vers un avenir radieux.

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/03/2016

Vous êtes fondamentalement tourné vers le passé avec une vision romanesque du passé. Ce n'est pas une critique, à chacun de trouve son inspiration et ou puiser sa force.

La tradition, vu comme tel à notre époque, a été, avant qu'elle le devienne, un comportement nouveau qui a petit à petit reçu l'adhésion de tous, et s'est construite son image. On peut chercher loin dans le passé, ou plus récemment, le père Noël.

La tradition de demain est celle qui se construit actuellement.

La question est : La société a t'elle la capacité d'inventer des traditions ?
L'incapacité est peut-être un symptôme d'une société malade, qui n'a plus de but et qui manque de cohésion.

Au lieu de se tourner vers le passé, et chercher sa bouée dans une vision romanesque d'un passé qui n'a jamais exister, il vaut mieux nourrir les conditions qui vont faire vivre les traditions et en construire de nouvelles.

Commençons par remettre l'humain dans son humanisme avant les performances.
Les traditions sont avant tout une relation humaine.

Écrit par : Glob | 19/03/2016

@ Glob L'"incapacité comme symptôme d'une société malade":

maladie l'opacité concernant la mondialisation ou stratégie tout sauf innocente?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/03/2016

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