23/09/2016

Le National méprise le peuple

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Commentaire publié ce matin en première page du Giornale del Popolo - Vendredi 23.09.16.

 

En français ou en italien, peu importe : aucun mot n’est assez fort pour qualifier ce qui s’est passé ce mercredi 21 septembre au Conseil national, dans le débat de mise en œuvre de l’initiative du 9 février 2014, sur l’immigration de masse. Aucun mot, si ce n’est « hold-up » (mais c’est de l’anglais !), forfaiture, mépris du suffrage universel. Aucune attention n’a été prêtée, comme il l’aurait fallu, aux souffrances des populations de certains cantons frontaliers, on pense en priorité au Tessin et à Genève. Sous prétexte de ménager les « réactions de l’Union européenne » (comme si c’était là l’impératif premier !), on a littéralement vidé de sa substance le texte voté par le peuple et les cantons en 2014. Dans la version finalement adoptée par le National (98 contre 93), on cherche vainement les contingents, pourtant stipulés par le texte constitutionnel de l’initiative. Tout cela, suite à un arrangement entre le PLR et le PS.

 

L’impression est terrible, et de nature à ruiner le crédit du Parlement lui-même. Lorsque le peuple et les cantons ont accepté une initiative, il appartient aux autorités fédérales, exécutif et législatif, de la mettre en œuvre. Sans jouer au plus fin. Déjà pour l’initiative des Alpes et celle de Franz Weber, cela n’a pas été fait. Mais le peuple n’est pas dupe : il a des antennes, puissantes, instinctives, pour repérer toute tentative de défaire sa volonté, clairement exprimée un dimanche de votations. Or, c’est cela, hélas, qui s’est produit au National : sous prétexte de sauver le principe de libre circulation, en effet contradictoire avec le texte du 9 février 2014, on a purement et simplement jeté aux oubliettes l’essentiel de ce dernier : le principe de contingents. Étrange jugement de Salomon, où on tue un bébé pour sauver l’autre. Hold-up, oui, sur le suffrage universel de ce pays, cette démocratie directe qui est le cœur battant de notre système.

 

En décembre, le Conseil des Etats se saisira du dossier. Et en février 2017, la Suisse devra avoir trouvé une solution. Dans cette affaire, le Parlement n’est pas seul responsable : où est le Conseil fédéral ? Que fait-il ? Quelle direction politique donne-t-il à l’affaire ? Entre Mme Sommaruga, M. Schneider-Ammann, M. Burkhalter, où est la vision ? Où est la clarté d’ensemble ? Où est l’impulsion ? Craindre les « réactions de Bruxelles », ou de M. Juncker, est-ce là la seule ambition de notre pays ? Bricolage politique ! Règne des partis ! Petits arrangements de Coupole. Le peuple et les cantons, le 9 février 2014, avaient délivré un message clair. Les « institutions » officielles nous l’enfument ! Les autorités fédérales suisses ne sortent vraiment pas grandies de l’exercice.

 

En attendant, il y a dimanche. Une bonne partie de la Suisse va suivre attentivement le résultat de vos votations cantonales, au Tessin, notamment celui de « Prima i nostri ». Votre canton pourrait bien, après-demain, donner au pays une leçon de démocratie. Quel que soit le résultat des urnes, le Tessin aura au moins fait l’essentiel : donner la parole au peuple. Lorsque les Parlements deviennent des machines à fabriquer des écrans de fumée, le recours au suffrage universel nous amène ce dont notre pays a le plus besoin : clarté, courage, détermination.

 

Pascal Décaillet

 

12:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Excellent billet et ce qui est relaté permet de comprendre pourquoi on entend de plus en plus et à nouveau ,de toutes manières pourquoi aller voter à Berne on ne tient pas compte des décisions du Peuple

Écrit par : lovejoie | 23/09/2016

"Le National méprise le peuple"

Ah bon ?

Écrit par : Juarez | 23/09/2016

"de toutes manières pourquoi aller voter à Berne"

Et ce d'autant plus qu'on peut voter chez soi !

Écrit par : Patatra | 23/09/2016

Je ne suis pas certain que nos dirigeants politiques tiennent particulièrement à ce que le peuple vote. Surtout s'il ne suit pas leurs consignes.

Écrit par : Mère-Grand | 23/09/2016

Ce ne serait pas la croix de Savoie Pascal??? Pour les animateurs culturels de la Romandie regroupés autour de Ramuz, la nation c'était le royaume de Bourgogne, c'est à dire la Savoie.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/09/2016

Pascal Decaillet, vous êtes dans le vrai dans tout ce que vous écrivez - surtout ces derniers temps - dans GHI et ici. Genève a besoin d'un homme politique de votre trempe pour contrer les fossoyeurs de notre démocratie directe et de nos valeurs.

N'y avez-vous jamais pensé ?

Écrit par : Patoucha | 23/09/2016

J'aimerais juste dire ici que petit à petit, c'est du dégoût que j'éprouve pour ce pays complètement bouffé par l'immigration. Ils vont pas arriver à nous contenir bien longtemps encore.

Écrit par : JDJ | 23/09/2016

On a tous un peu de vieille vaisselle à la cave ou dans un réduit. Je propose que l'on organise des parties de scène de ménage devant le parlement lors de la prochaine prestation de serment.

Bon... le prochain "couvert" c'est dans quatre ans... si on est que quatre milles à mettre de côté chaque mois une assiette et deux sous-tasses (500 g), ça ferait pas loin de 96 tonnes de briques éparpillées devant le palais fédéral...

Pour le transport de la "munition" jusqu'au lieu de la réjouissance, on va bien trouver moyen de s'organiser.

Écrit par : petard | 24/09/2016

D'un côté le peuple (tout au moins une petite majorité) veut limiter l'émigration de masse (quelle détestable expression) et de l'autre le peuple veut sauver les accords bilatéraux.
Dès lors, le Parlement se trouve devant un problème cornélien car aucune des solutions qu'il pourra trouver ne sera à même de régler nos rapports à l'Europe : soit nous renonçons aux contingents, soit nous renonçons aux bilatérales. La Suisse peut, bien entendu, faire ce qu'elle veut et tourner le dos à Bruxelles à condition d'accepter les conséquences qui en découleront.

Les leçons de démocratie directe que vous semblez vouloir donner relèvent d'une vision purement intellectuelle de la question. Mais le pragmatisme appartient aussi à la politique. Je me demande d'ailleurs souvent pourquoi le peuple vote si mal quand il choisit ses représentants...Depuis le temps que le Parlement trahit son peuple, ce dernier devrait avoir compris. Mais non, il s'obstine à envoyer à Berne des pro-européens...

Écrit par : Michel Sommer | 24/09/2016

A première vue vous avez raison. Mais ce n'est pas le cas.
Les suisses ont voté auparavant pour les bilatérales.
Il a fallu tenir compte notamment de ce fait, ce qui a impliqué un grand écart.

L'UDC a mis la charrue avant le bœufs.
La vrai questions qu'il fallait poser concernait les bilatérales et ensuite lancer l'initiative.

Faire sauter les bilatérales de manière indirecte est une manière que l'UDC utilise pour ne pas respecter le vote des suisses.

Or on ne peut pas admettre qu'une votation qui a des conséquence indirecte puisse primer sur une votation précédente qui elle votait directement sur le sujet.

On ne devrait pas accepter des initiatives qui remet en cause indirectement ce qui a été voté. Ce n'est pas honnête.

Les choses doivent se faire dans l'ordre pour être certain de respecter le vote des suisses. Dans ce cas, l'UDC doit lancer une initiative sur les bilatérales et ensuite sur l'immigration.

Tout au plus, actuellement, l'immigration extra-UE peut être stoppé

Écrit par : motus | 24/09/2016

Qui méprise qui ? A l'issue du scrutin, nombre d'électeurs affirmaient avoir été trompés par les initiants. Ils disaient n'avoir pas voté contre l'immigration européenne, mais seulement contre l'immigration extra-européenne. Que ce soit par amour des immigrants européens ou parce qu'ils découvraient qu'affronter l'UE pouvait avoir des conséquences désagréables, ce que l'UDC avait toujours nié ou estimé sans importance...
Vu l'étroitesse du scrutin, si la propagande de l'UDC avait été honnête, l'initiative aurait été refusée sous cette forme. Le National n'a fait que rétablir la justice.

Écrit par : Le Mépris | 24/09/2016

On ne peut qu'être en accord avec le dépôt de Motus (et bouche cousue?). En effet, les dinosaures de l'UDC, dans leur fourberie, n'osent poser directement la question des accords bilatéraux (qui reconnaissent plus qu'explicitement le statut particulier de la Suisse d'ailleurs).

Ils y vont par petites touches, avec l'intention de plus en plus claire de "sortir" la Confédération de l'Europe, le plus possible, dans le plus de domaines possible. Après l'immigration de masse, ce sera les juges étrangers, puis ensuite la dénonciation des accords eux-mêmes, qui seront alors vidés de toute substance.

Ceci est le reflet de leur arrogance aveugle, qui les porte à croire qu'un pays comme la Suisse peut tout faire comme il l'entend, sans avoir, précisément à s'entendre avec ses voisins. Du temps des Waldstaetten, ça avait marché, mais aujourd'hui, vraiment?

Incontestablement, c'est un point de vue. La question est de savoir si ces dirigeants sont des "nationalistes" ou des "patriotes"? Ou plus simplement des passéistes, un peu rupestres, amoureux des montagnes et d'une Suisse de carte postale?

Écrit par : Déblogueur | 24/09/2016

"Qui méprise qui ? A l'issue du scrutin, nombre d'électeurs affirmaient avoir été trompés par les initiants. Ils disaient n'avoir pas voté contre l'immigration européenne, mais seulement contre l'immigration extra-européenne."

Vous avez probablement suivi un reportage de la très objective RTS (Radio Télévision Socialiste suisse)!
Nous verrons demain soir si c'est vraiment le cas. Le Tessin vote justement sur la préférence cantonale, sujet intimement lié à l'immigration européenne.


"Que ce soit par amour des immigrants européens ou parce qu'ils découvraient qu'affronter l'UE pouvait avoir des conséquences désagréables, ce que l'UDC avait toujours nié ou estimé sans importance..."

Vous semblez vous fourvoyer. Que disait, à l'époque, François Schaller?

http://lesobservateurs.ch/2014/11/05/meme-les-accords-bilateraux-suisse-ue-tomabient-ce-pas-grave/

Alors, qui croire? Finalement, qui joue sur les peurs? Ne serait-ce pas ces idolâtres du dieu argent du PLR et des industriels gauchistes (mais pas uniquement eux, à droite aussi on profite de ce juteux marché, d'autant plus que le contribuable en fait les frais) de l'asile?


"Vu l'étroitesse du scrutin, si la propagande de l'UDC avait été honnête, l'initiative aurait été refusée sous cette forme. Le National n'a fait que rétablir la justice."

Bizarre, ce n'est justement pas l'avis du professeur de droit Andreas Auer qui estime que la solution parlementaire proposée "méprise manifestement la volonté populaire."

http://www.rts.ch/info/suisse/8031017-la-solution-parlementaire-sur-le-vote-du-9-fevrier-2014-est-une-tromperie-.html

Écrit par : G. Vuilliomenet | 24/09/2016

quand les genevois s'expriment :
" veut limiter l'émigration de masse " Non, les Suisses aimeraient limiter l'immigration de masses. Mais c'est vrai que la suite logique de la politique des amis de M.Sommer va être une forte émigration des Suisses...
"Ou plus simplement des passéistes, un peu rupestres, amoureux des montagnes" Encore un crétin des plaines qui ne sait pas ce que veut dire rupestre...

Écrit par : Géo | 25/09/2016

@Motus et co

pour invoquer la morale des circonstances entourant la votation du 9 février il faudrait avoir respecté la morale lors de la mise en place de la libre-circulation

or la mise en place de la libre-circulation n'est qu'une suite sur plus de vingt ans de manipulations, dissimulations et tromperies envers le peuple par les pro-européens,

ceci est documenté à raison du droit dans l'essai :

"La croissance économique de la Suisse, un drame politique caché"

disponible en ligne

Écrit par : Michel Piccand | 25/09/2016

le mercredi 21 septembre notre Constitution a été violée d'une manière qu'on n'aurait jamais crue possible

pour éviter toutes les sornettes qui se racontent à ce propos

voir la vidéo de cette violation en live ici :

https://lc.cx/oiAH


la partager le plus possible, nous sommes à un point extrêmement critique de notre histoire constitutionnelle, ns ne devons pas ns laisser faire

Écrit par : Michel Piccand | 25/09/2016

58% de OUI à "primo I Nostri" au Tessin. J'espère qu'au moins vous en parlerez sur lémanbleu, puisque à cette heure (16h) notre minable presse locale de romandie n'en a pas pipé mot!

Écrit par : Corélande | 25/09/2016

Michel Sommer, Motus, Deblogueur, vous tous qui contestez la réalité de cette forfaiture parlementaire impudente, et révoltante, qui s'est faite sous nos yeux avec une effronterie inouïe, vous êtes tous des menteurs, des sophistes et des hypocrites.

Il y a un texte constitutionnel adopté par le peuple et les cantons: l'art. 121. L'adoption d'un texte constitutionnel est, par définition, un acte de souveraineté. Il est donc à la fois déshonnête et puéril de venir sonder les arrière pensées, les ruses de campagne, les mensonges par omission, s'agissant d'un acte de souveraineté et d'un texte constitutionnel. C'est "contempt the sovereignty", et "contempt the constitution".

Un acte de souveraineté s'impose à tous. Si l'un des camps a menti pendant la campagne, il était loisible à l'autre camp de relever ce mensonge. Le débat a eu lieu, loyalement, régulièrement et constitutionnellement. Comme dans toute campagne il y a eu des outrances, approximations, demi-vérités, contre-vérités, mensonges par omission, mensonges caractérisés, etc., prononcés par les deux camps. Chaque citoyen(ne) que vous avez grand tort de prendre pour des polichinelles (car c'est bien ce que vous faites) a pu peser les arguments, les fallacieux et les valables, décrypter les trucs de propagande, il y en a eu de part et d'autre, décrypter les mensonges, les astuces. Tout cela fait partie de la règle du jeu.

Le verdict du souverain est tombé, définitivement, une fois pour toutes. Il ne vous plait pas. Mais vous perdez votre temps à sonder les reins et les cœurs. La Suise a fait son choix, souverainement. Elle a décidé de renégocier l'accord de libre circulation, ou de le résilier. Si Bruxelles ne respecte pas le choix de la Suisse, alors le DEVOIR des autorités est de résilier l'accord de libre circulation. Tôt ou tard le Conseil fédéral y sera contraint.

Il est très pénible pour vous de vous résigner à admettre l'existence de ce rocher de bronze. Mais vous devez vous incliner.

C'est comme dans une vie individuelle: il y a des décisions très importantes qui sont prises avec beaucoup d'hésitations, à une majorité de 50.5% de l'intime conviction d'une personne, dans son for intérieur. Pourtant ces décisions, de changement d'orientation d'une vie, sont DÉFINITIVES autant que celles qui sont prises très nettement et sans hésitations (en politique c'est le cas des décisions prises à une forte majorité, comme celle sur la loi renseignement ce dimanche). Un acte de souverainete passé avec 50.1% de majorité a la même force que s'il avait été pris à 70% de majorité, tout comme dans une vie une décision prise avec hésitation à autant de force qu'une décision prise avec enthousiasme. C'est ça que vous ne comprenez pas.

Il en va dans la vie comme dans la politique. Quand une femme, après avoir hésité énormément, décide de demander le divorce parce que cela est nécessaire pour son avenir et celui de ses enfants, c'est irrévocable. On peut essayer de la raisonner et de la faire changer d'avis. C'est ce que vous tentez de faire avec le peuple et les cantons suisses qui ont pris une décision qui ne vous plait pas. Mais vous n'y réussirez pas. Car une fois prise, même de peu, cette décision est là, et elle a la même force que si elle s'était imposée avec beaucoup d'évidence, du moment qu'elle est définitive. Et une décision devient définitive avec l'écoulement du temps. Ici c'est trois ans, délai prévu par l'art. 121. La Suisse a décidé de demander le divorce en ce qui concerne la libre circulation. C'est définitif maintenant, car il n'y a pas eu de compréhension de la part du partenaire européen au cours du délai de trois ans. L'accord de libre circulation, contraire au nouvel article constitutionnel, est donc caduc.

Les tenants de l'establishment, que vous êtes, pensent que la décision du 9 février 2014 était déraisonnable. C'est votre droit de le penser. Mais vous pensez aussi que la classe politique, le pouvoir, a la possibilité et même le droit d'ignorer la décision souveraine du pays, et de passer outre, puisque cette décision, pensez-vous, est déraisonnable. Et la, vous vous trompez. Je vais vous expliquer pourquoi.

Vous êtes en somme des partisans du despotisme éclairé du XVIIIe siècle, comme Mr Jacques Delors qui employait officiellement cette expression désuète. Vous ne le dites pas clairement car c'est la négation de toute démocratie, et cela vous ne l'assumez pas, mais vous pensez que l'élite éclairée à le droit de s'asseoir sur une votation du peuple, car le peuple n'est pas digne de décider, selon vous.

Vous avez le droit de penser cela. Vous avez le droit d'être antidémocrates. C'est une opinion licite, quoique impopulaire. Là où vous avez tort, c'est que vous pensez qu'en passant outre la décision du peuple et des cantons, le pouvoir va obtenir un consentement par résignation. Que les gens vont se dire, à quoi bon? De toutes façon à Berne ils font ce qu'ils veulent. Inutile de voter, inutile de nous défendre. On est foutus, on sera vendus à Bruxelles quoiqu'on fasse.

C'est cela que vous voulez. C'est votre stratégie. C'est votre calcul. Vous pensez que vous pourrez y arriver, car dans les pays membres de l'Union Européenne, le pouvoir a réussi ce coup là : violer le corps électoral et obtenir la résignation des gens au despotisme éclairé des institutions européennes. Vous savez que le résultat est que ces institutions sont détestées. Elles ont perdu leur légitimité. Vous les savez. Mais ça vous est égal. Seul vous importe le pouvoir. "Qu'ils nous détestent, qu'ils nous méprisent, pensez-vous, peu importe, du moment qu'ils se soumettent." Voilà votre raisonnement. C'est le principe du traité de Lisbonne : holding up illégitime du Pouvoir despotique éclairé sur la souveraineté. Vous vous contentez de ça.

Eh bien moi, je vous dis que vous êtes dans l'erreur. Votre calcul est faux. Cela a pu marcher dans d'autres pays, mais cela ne marchera pas en Suisse. Car nous ne sommes pas dans l'Union Européenne, car nous avons encore une démocratie et les gens y croient encore.

Le résultat sera inverse de ce que vous pensez. M. Décaillet sur ce point, est parfaitement dans le vrai. "...le peuple n'est pas dupe, il a des antennes puissantes, instinctives, pour repérer toute tentative de défaire sa volonté". Voilà une phrase très juste et c'est sur cette vérité que votre (faux) calcul politique se fracassera.

Je vais vous dire ce qui va se passer. Le peuple et les cantons ne se résigneront pas. Ils sont souverains.

Votre tentative de passer en force va les cabrer. Le résultat sera, que ce peuple et ces cantons, qui ne sont pas encore murs pour cela, seront bientôt déterminés à résilier purement et simplement non pas "les bilatérales" dans leur ensemble, même s'ils vont prendre ces bilatérales en grippe, mais certainement le traité sur la libre circulation. Et cela sera la conséquence du hold up de la commission des institutions politiques du Conseil national, et de votre argumentation justifiant la forfaiture.

Ce sera tout ce que vous, establishment pro européen, obtiendrez avec votre mépris des décisions du souverain. En réalité vous vous agrippez, par solidarité avec les autres représentants de l'establishment libre circulationniste de tous les pays, à une relique: la libre circulation, le dernier mythe fondateur d'une Union Européenne en perte de légitimité. La libre circulation des personnes est caduque. Vous verrez que dans un pays après l'autre elle tombera. Ou alors, les gouvernements qui s'y accrocheront tomberont. Le résultat sera le même.

Continuez, messieurs, dans votre déni de la réalité politique. Je m'en réjouis car plus vous serez obtus dans votre aveuglement plus vite le peuple et les cantons de la Suisse seront murs pour passer par dessus bord ce maudit traité de libre circulation. Et la classe politique sera bien obligée de s'incliner. Enfin. Elle ne réussira pas son "hold up sur la démocratie directe, qui est le cœur battant de notre système" comme le dit très justement Mr Décaillet.

Écrit par : J. V. de Muralt | 27/09/2016

@michel sommer

Vous posez une question intéressante:

"Je me demande d'ailleurs souvent pourquoi le peuple vote si mal quand il choisit ses représentants...Depuis le temps que le Parlement trahit son peuple, ce dernier devrait avoir compris. Mais non, il s'obstine à envoyer à Berne des pro-européens..."

A cette question, et à ce problème irritant, je vois plusieurs réponses et plusieurs explications.

D'abord les candidats mentent effrontément. En paroles ils se disent tous absolument opposés à l'adhésion de la Suisse a l'UE, alors que secrètement ils sont pour. Ou plutôt ils aimeraient que la Suisse y entre subrepticement, par la porte de derrière.

Ces dénégations malhonnêtes suffisent à endormir la méfiance de l'électeur-trice, qui certes est opposé à un rapprochement supplémentaire avec l'Union Européenne mais en même temps a) est de naturel confiant, contrairement à des gens comme moi qui jugent que tous ces petits politicaillons ne sont que des menteurs et des hypocrites auxquels on ne peut accorder aucune confiance. Par conséquent, l'électeur-trice n'ayant pas la preuve qu'on lui ment, croit que les politiciens sont de bonne foi quand ils lui promettent, croix de bois croix de fer, qu'ils sont opposés à l'adhésion.

Dans le même esprit de candeur, l'électeur-trice sous-estime le péril qui existe pour la patrie, et les intentions traîtreuses des politiciens. Il pense que ce n'est pas si grave, qu'il n'y a pas le feu au lac et il est loin de se douter qu'à Bruxelles Calmy-Rey, Couchepin, Burkhalter et les autres discutent depuis des années d'un "accord institutionnel" qui serait la fin de la Suisse, de son indépendance et de sa démocratie directe. L'électeur-trice de base n'est donc pas en alerte permanente comme il faudrait pourtant l'être, ni obsédé par la nécessité de résister à toute force à l'impérialisme européen, comme je le suis moi personnellement, ou comme l'est M. Décaillet.

D'autre part b) l'électeur-trice de base est tout de même passablement intimidé par le rouleau compresseur des médias de propagande (SSR, Tamedia, Ringier) qui mènent une campagne antisuisse et pro européenne massive et insinuante, ne lésinant pas sur les mensonges et nous menacant d'apocalypse au cas où nous ne soumettrions pas fissa aux juges étrangers.

Enfin c) en raison de cette campagne d'intimidation, le citoyen-ne de base a fini par se craindre qu'en effet, il y aurait un danger pour l'économie si "les bilatérales" tombaient. Or il n'en est rien. Mais ça on ne le sait pas encore puisque ces fameuses bilatérales précisément existent encore. Heureusement le Brexit est intervenu et les gens vont se rendre compte que l'économie britannique se portera plutôt mieux d'avoir repris sa liberté par rapport aux carcans de l'UE.

En résumé l'électeur-trice Suisse de base est dans la situation d'un(e) cocu, qui ignore que sa femme ou son mari (en l'occurrence la classe politique) lui ment, le trompe et couche avec l'Union Européenne tout en le niant et jurant ses grands dieux de sa fidélité. Pour le moment le corps électoral cocu n'a pas encore conscience d'être trompé. Il pense que "les bilatérales" sont comme le partenariat enregistré: un moindre mal, une concession ultime, pour conjurer le danger de l'adhésion (ou du mariage homosexuel). Dans les deux cas le corps électoral n'a pas encore compris qu'on lui ment effrontément.

Le politicien PLR et PDC moyen dit : je suis opposé à tout rapprochement avec l'UE, alors qu'il est pour l'adhésion insidieuse, de même que les partisans du partenariat enregistré disaient: promis juré, on ne vous parlera jamais de mariage homo. Si vous acceptez le partenariat enregistré vous éviterez une fois pour toute le mariage homo. Or, on nous dit aujourd'hui exactement la même chose à propos des bilatérales comme rempart définitif à l'adhésion, alors qu'en vérité la classe politique les utilise comme cheval de Troie de l'adhésion insidieuse, rampante, qui ne dit pas son nom.

Il y a peut-être même un peu de vice dans le comportement de l'électorat, qui est beaucoup plus retors qu'on ne pense, au moins une partie de cet électorat. Je pense que pas mal de gens ne sont pas dupes sur leurs élus. Ils-elles votent pour des pro européens, effectivement, en toute connaissance de cause et ils le font contrairement à leurs opinions de citoyen(ne)s, parce qu'ils s'imaginent de manière très finaude, que puisqu'on ne peut avoir aucune confiance dans tous ces gens, il n'est pas mauvais d'élire des fieffés menteurs qui endormiront la méfiance des mannekenpis de Bruxelles en leur faisant croire que les Suissesses et les Suisses sont tous des gros bêtas qui ne comprennent rien à rien. Ils se disent que pendant le temps que tous ces idiots palabrent, on nous fiche la paix. Et l'électeur-trice se dit, rira bien qui rira le dernier. On enfume ces abrutis de Bruxelles, mais nos politiciens qu'on accepte d'envoyer à Berne, et qui nous mentent, et on le sait, on se réserve de les désavouer en votations populaires, s'il leur prenait fantaisie d'abuser de leur mandat pour nous nous vendre à l'UE. Ainsi le citoyen joue au chat et à la souris avec les politicards, les laissant croire qu'il est dupe et les élisant même, mais il les désavoue en votation populaire pour leur rappeler qui est le maître.

Ce comportement, qui a mon avis existe dans une partie de l'électorat est un peu comparable à celui d'un homme qui sait que sa femme couche avec son patron. Il l'accepte parce qu'il n'aime plus sa femme et se dit que tant que ça dure, lui, il garde son poste de travail. Mais il attend le moment où il pourra trouver une meilleure place ailleurs, et régler ses comptes avec cette garce. Ces électeurs se disent : laissons la situation de l'Union Européenne s'aggraver encore plus. Pendant ce temps élisons des faux-culs, comme ça on évite que les pressions de Bruxelles ne deviennent trop dures. On attend simplement que l'Union Européenne soit encore un peu plus discréditée et affaiblie par plusieurs référendums de pays récalcitrants, et donc ne soit plus en mesure de faire les chantages qu'elle fait actuellement. Et alors là on sacquera tous ces faux-culs et on reprendra notre liberté. On a fait comme ça pendant la guerre en attendant Stalingrad et ça nous a bien réussi. La on a déjà réussi à tenir jusqu'au Brexit. On a gagné beaucoup de temps ainsi et pendant ce temps on est encore indépendant. Et le Brexit est un tournant, mutatis mutandis le Stalingrad de l'Union Européenne supranationale.

Je pense que les électeurs font divers calculs très rusés, qui les amènent parfois à élire des pro européens que pourtant ils méprisent au fond. L'électorat est partagé en plusieurs tendances et hésite. Il joue plusieurs cartes à la fois. Le peuple Suisse est très, très intelligent, contrairement à ce que pensent tous ces anti populistes primaires.

Il y a une minorité, de plus en plus insignifiante, qui est pro européenne et qui vote consciemment pour des pro européens. Ensuite il y a une deuxième minorité, forte, qui est très eurosceptique mais qui accepte de reconduire des Fathi Derder ou des Isabelle Moret, en sachant que ces derniers trahiront les promesses eurosceptique faites avant l'élection, mais ils se disent, comme ça on évite des histoires avec Bruxelles. On a fait la même chose avec Hitler pendant la guerre. Il faut survivre, il faut durer et attendre que ça passe pour reprendre notre liberté dès qu'on le pourra. Enfin il y a une troisième minorité qui est eurosceptique aussi mais qui croit naïvement les mensonges des politiciens et qui sera bientôt détrompée.

Mes analyses de la psychologie du peuple suisse vous paraîtront un peu osées peut-être. Mais je crois que nos compatriotes ont une longue expérience historique, ils sont très intelligents et calculateurs. Et ils ont de la mémoire. Pour ma part je vis la situation actuelle comme une réédition de l'époque de la guerre ou nous étions aussi confrontés au danger d'être absorbés dans une grande Europe impériale, et nous avons aussi du ruser car nous ne tenions pas le couteau par le manche. Je suis convaincu qu'une masse de mes concitoyens ressentent les choses comme moi. Ils savent ce qu'ils font et ils sont patients. Ils laissent s'agiter les marionnettes politiques parce que, jusqu'à maintenant ils ont conscience que le peuple est encore le maître et peut donc en tout temps rebattre les cartes et imposer sa volonté. Mais le peuple finasse avec le pouvoir impérial. Il fait ça depuis sept siècles, nota bene, par conséquent il a de l'expérience en la matière.

C'est précisément pour cette raison que quand nos compatriotes et concitoyens vont comprendre que, cette fois il y a vraiment péril en la demeure, parce que les politiciens veulent vraiment nous priver de la démocratie directe, alors les masques vont tomber, et la plaisanterie va cesser. Finita la comedia. Les citoyen(ne)s suisses montreront ce qu'ils veulent vraiment. Et ils ne veulent ni aller plus loin en direction de l'UE, ni se laisser priver de leur souveraineté et de la démocratie directe.

C'est pourquoi la forfaiture en cours, qu'est cette tentative de passer outre à l'exigence de gérer l'immigration de manière autonome par des quotas et dans la préférence nationale, (art. 121 Cst.fèd.) va faire le même effet qu'a sur un mari, ou une épouse cocufié(e) le fait de surprendre son(sa) conjoint(e) en flagrant délit d'adultère et ce, en plus, dans le lit conjugal.

Ceux qui acceptaient d'être cocufiés sciemment, par calcul, vont se dire: Cette fois c'est fini! Ça va trop loin. Je ne suis pas d'accord de perdre la démocratie directe. Et ils vont changer de comportement électoral. Ceux qui étaient naïfs et croyaient les politiciens de bonne foi, vont être horrifiés de devoir prendre conscience qu'ils étaient trompés par ces menteurs. Et ces deux blocs d'électeurs-trices cesseront d'élire des pro européens. Ensemble ils sont potentiellement la majorité. Vous verrez.

D'un seul coup tous les mensonges et les serments d'ivrognes vont apparaître en pleine lumière, et après ça je fais le pronostic que l'état d'esprit dans toute la Suisse commencera à ressembler beaucoup à celui qui prévaut déjà aujourd'hui au Tessin: anti européisme carabiné et méfiance absolue envers les politiciens menteurs.

C'est pourquoi on s'apercevra probablement qu'aux prochaines élections fédérales le peuple élira beaucoup moins de pro européens. Il y aura encore des cocus, qui croiront les mensonges qu'on leur sert, mais il y en aura beaucoup moins.

M. Sommer, on prend les paris ?

Écrit par : J. V. de Muralt | 28/09/2016

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