01/10/2016

L'ennemi public no 1 : le Parlement !

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Sur le vif - Samedi 01.10.16 - 17.28h

 

Dans les affinités consanguines et tutoyeuses de la Coupole fédérale, on n’est plus capable, en cette fin 2016, de faire avancer la Suisse. Les grands projets, comme la réforme de nos retraites, on les bloque par annulation des énergies. La volonté du peuple et des cantons, souverainement exprimée par l’acceptation d’initiatives, on la jette au panier : initiative des Alpes, Franz Weber, 9 février 2014. Du pays réel (je connais et assume sans faille l’origine de cette expression), on se coupe. Entre soi, on se mure. On n’en peut plus de se tutoyer, de rendre hommage à la « qualité du travail en commission ». Entre soi, on se distribue des fleurs. Entre soi, on vit sa vie.

 

Le Parlement, pourtant, n’a pas toujours été ainsi. Lorsque j’étais à Berne, dans la première partie des années 1990, il était encore capable de débloquer, défricher, semer, donner la vie. J’ai assisté, d’un bout à l’autre, aux débats sur les NLFA (Gothard, Lötschberg), la TVA, ou encore… la LAMal. C’était déjà très dur (cela doit l’être, dans toute négociation), mais cela, après des mois, des années, finissait par enfanter du concret. Et façonner l’avenir du pays.

 

Aujourd’hui, le Parlement bloque. Héritant, dans la réforme de nos retraites (Prévoyance 2020), d’un projet déjà ficelé, moutardé pour la concoction du compromis (immense erreur d’Alain Berset, il aurait fallu PYM), voilà que les élus compliquent encore les choses, s’abstiennent en masse sur des votes majeurs, bref laissent le champ ouvert au référendum. Dont je me félicite, en partisan de la démocratie directe. Mais enfin, dans ces conditions, faut-il à tout prix passer par Berne ?

 

Pire : lors de cette même session de septembre 2016, l’une des plus calamiteuses depuis la guerre, on a vu le Parlement, la semaine dernière, fouler aux pieds la volonté populaire du 9 février 2014, ne retenant même pas le principe de « contingents », pourtant explicitement contenu dans le texte voté par le peuple et les cantons. Initiative des Alpes, Franz Weber, 9 février : le pays légal prend un suicidaire plaisir à se couper du pays réel.

 

Alors ? Alors, ma foi, qu’ils continuent ! A s’admirer, les uns les autres, dans le palais des glaces de leurs tribulations. A se tutoyer. A révérer leur « travail en commission ». A ne pas écouter la souffrance du pays réel. Un jour, ils le paieront. Non tel ou tel d’entre eux, se soumettant tous les quatre ans au verdict des urnes. Non, c’est l’institution parlementaire elle-même qui, à chaque session de ce genre, perd un peu plus de son crédit. Au profit d’une démocratie directe qui, elle, permet aux citoyens d’agir directement, et de provoquer de vastes débats nationaux, à l’échelle du pays tout entier, non de la seule molasse du Palais fédéral.

 

Au reste, mais c’est une autre affaire (j’y reviendrai largement), il appartient au corps des citoyens de s’interroger, dans les décennies qui viennent, sur la pertinence et la pérennité d’un système « représentatif » hérité du temps des lampes à huile et des diligences. Aux débuts de l’institution parlementaire, on envoyait siéger, dans les capitales des pays d’Europe, des gens cultivés, capables de rédiger des lois, alors que soi-même, électeur, on ne savait souvent pas lire, ni écrire. Deux siècles plus tard, les choses ont changé : la partage des connaissances, la mise en réseau du savoir, l’évolution prodigieuse des moyens de communication dans ce sens, tout cela affaiblit les mandarinats de « représentation », calme l’arrogance des clercs et des cléricatures.

 

Il faudra toujours des « représentants » pour rédiger les lois, s’échiner sur les virgules. Mais la politique, elle, en Suisse, appartient à tous. Aujourd’hui déjà ! Si les lois ne nous conviennent pas, lançons des référendums. Mieux : utilisons à fond l’outil, unique au monde, de l’initiative populaire. Elle permet à des citoyens, ou des comités de citoyens, d’être à l’origine des thèmes. Initiateurs, et non suiveurs ! Déterrer les tabous. Exhumer les sujets que les élus voulaient enfouir. Démocratie vivante, vastes débats sur l’ensemble du pays. Et, un beau, dimanche, le souverain tranche.

 

Ce modèle-là, que justement les parlementaires, s’appuyant sur le Clergé défensif des profs de droit, veulent rétrécir, il faut au contraire l’augmenter. Démocratie par les citoyens et pour les citoyens. Démocratie vivace, aérée, sonore, loin du murmure et de la naphtaline de la Coupole fédérale.

 

Pascal Décaillet

 

17:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

La démocratie liquide arrive aussi vite et avec autant de fracas que Uber sur les taxis.
Je me tiens à votre disposition pour en rajouter une couche sur ces fameux travaux en Commissions. Vous pourriez par exemple envisager de m'inviter sur votre plateau avec Jean Romain, rapporteur de majorité de la Commission des transports qui vient d'accoucher de la sixième loi sur les taxis depuis la première en 1978 sous Fontanet.
Je doute qu'il accepte car il en prendra pour son grade. Car, comme d'hab', personne n'y comprend rien et aucun député n'a la moindre connaissance de l'historique récent de notre profession.
C'est ainsi que nous passons d'une libéralisation totale à la création d'un monopole d'Etat en 2014 abandonné aujourd'hui pour revenir avec une plus grande ouverture à la concurrence selon les voeux du magistrat actuellement en charge, M. Maudet. Avec, évidemment, chaque fois des dégâts collatéraux immenses qui ont sonné le glas des entreprises de taxis toutes mises en faillite en raison de l'incurie de nos représentants. Verdict le 13 octobre.
http://heytaxi.blog.tdg.ch/archive/2013/09/30/une-nouvelle-loi-sur-les-taxis-247838.html
http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2015/02/04/limites-de-la-democratie-parlementaire-264296.html

Écrit par : Pierre Jenni | 07/10/2016

Rien à ajouter si ce n'est que j'aimerais retrouver cette lucidité et cette liberté de ton chez les autres "journalistes" des grands titres suisses.

Écrit par : Alexandre Nigg | 11/10/2016

Waouw! Que dire de plus sinon que Berne prend le pas de la France et de la dictature de l'UE: Se servir du peuple puis le mener à la baguette selon son bon vouloir.

Tout de même! N'est-ce pas incroyable de voir ces mêmes conseillers fédéraux réélus?

Écrit par : Patoucha | 17/10/2016

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