16/10/2016

Alain Juppé, le candidat du convenable

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Sur le vif - Dimanche 16.10.16 - 15.25h

 

C’est fait. Plus besoin de suivre le moindre débat, ni de lire le moindre journal, jusqu’en mai 2017. C’est fait : Alain Juppé sera le huitième président de la Cinquième République. Ainsi en ont décidé les médias. La presse française, ou ce qui en tient encore lieu, disons ces fragments blanchâtres de satellites gravitant autour des salons parisiens. Mais aussi, notre bonne presse romande, qui trottine et patine derrière sa sœur aînée, comme une Bécassine, toute heureuse de se rendre aux Comices agricoles.

 

C’est fait : la presse a décidé. Comme elle avait décidé, à l’automne 1994, que le président du printemps suivant serait soit Delors, soit Balladur, et nul autre. Ce fut Chirac 1. Comme elle avait décrété, l’automne 2001, que le président de mai 2002 serait Lionel Jospin. Ce fut Chirac 2. Excitations d’arrière-saison, comme ces rêves de fêtes, dans la grande peinture flamande. Imaginaires de cocagne. Ça vous réchauffe, ça vous fouette l’avenir. A l’approche du Père Noël.

 

Donc, ils ont tous décidé que Juppé serait président. Il gagnerait d’abord les primaires. Puis, serait dans les deux premiers, avec Marine Le Pen, au soir du premier tour, en avril 2017. Puis, en mai, il battrait cette dernière, grâce à un formidable « Front républicain », digne de 2002.

 

Les choses se passeront-elles comme cela ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est qu’Alain Juppé est, en cet automne 2016, le candidat du convenable. Sautant allégrement tous les obstacles à sa place, les observateurs le voient déjà incarnant la dignité des « valeurs républicaines » contre la Bête immonde, au second tour. Comme Chirac terrassa son père, il aurait la peau de Marine.

 

Le candidat du convenable. Je l’ai observé, au débat, l’autre soir. Je l’ai trouvé assurément très présentable, mais complètement éteint. Un discours éthéré, technocrate, énarque années 70, une rhétorique des années Giscard, où les élites politiques nous snobaient avec des concepts inaudibles. Coupé des réalités. Surtout, je ne lui ai pas trouvé beaucoup d’envie.

 

Mais cela n’importe pas : la presse, unanime, dès la fin de l’émission, nous annonçait que Juppé avait gagné le débat. Je crois que ses titres étaient déjà prêts avant. Et même si Juppé n’était pas venu, pour cause de grippe, on aurait quand même titré qu’il avait gagné. Parce qu’à tout prix, il devait l’emporter. Pour que ça corresponde au parfait scénario des journalistes. Ils ont écrit la partition, merci de bien vouloir la jouer.

 

Tout cela est bien beau. Mais une élection n’est pas un train électrique. Nul d’entre nous ne sait ce qui peut se passer, en France et sur la scène internationale, d’ici au printemps 2017. Nul ne possède les vrais éléments d’appréciation pour toiser le véritable état de mécontentement de l’électorat français, face aux partis « traditionnels ». Je vous invite juste à vous reporter, au plus près, aux résultats des dernières communales et régionales. Nul, surtout, ne peut prévoir cette magie des dernières semaines que constitue, sous la Cinquième, la rencontre d’un homme – ou d’une femme – avec tout un peuple.

 

Seulement voilà, il paraît qu’il faut Juppé. Parce qu’il est le candidat du convenable. Parce que même la gauche va infiltrer massivement les « primaires » de la droite pour voter pour le Maire de Bordeaux. Parce qu’on s’entend déjà, à droite et à gauche, pour faire du candidat du convenable (que les socialistes détestaient lorsqu’il était à Matignon, entre 1995 et 1997) le champion de la République réconciliée. Contre la Bête immonde.

 

La France se résoudrait-elle, six mois avant l’échéance, à un président par défaut ? En ces temps extraordinairement difficiles, est-ce vraiment là le destin qu’il faut souhaiter à notre grand voisin ?

 

Pascal Décaillet

 

15:25 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

A droite, il y a Sarkozy et Juppé. Les autres font de la figuration. Les anciens de l'UMP restent très attachés à leur Nicolas, mais Sarkozy révulse une grande majorité des Français. Alors ce sera effectivement assez probablement Juppé, comme cela a été Hollande : par défaut. C'est le défaut de ces systèmes présidentiels, cela souligne très vite le manque de présidentiables...

Soit dit en passant, Sarkozy contre la Marine au 2ème tour, cela serait chaud...

Écrit par : Géo | 16/10/2016

Si Juppé venait à passer, la France déjà si rance de République passera à République islamique ou Francistan.

Il faut quand même savoir quelles sont les accointances de ce sinistre avec l'islam. Vous avez des doutes?

http://www.dreuz.info/2016/10/15/alain-juppe-derriere-le-mythe-de-lhomme-providentiel-lavatar-dun-systeme-politique-a-lagonie/

http://www.valeursactuelles.com/societe/ces-maires-qui-favorisent-lislam-alain-juppe-aux-petits-soins-pour-les-freres-musulmans

Pour approfondir le sujet des liens troubles de Ali Juppé avec les Frères musulmans

http://islamisation.fr/?s=Jupp%C3%A9

Écrit par : G. Vuilliomenet | 16/10/2016

Pfff, c'est le refoot, pardon, le reboot du Mondial de 1998. Ou l'équipe gagnante est déjà choisie avant le tournoi. La paire Juju-NKM, avec NKM future vice-présidente, pardon future deuxième première ministre.

Écrit par : Chuck Jones | 16/10/2016

Président par défaut ? Que devraient dire les Américains ?

Écrit par : Pierre Jenni | 17/10/2016

A ce sujet:

"Si Juppé venait à passer, la France déjà si rance de République passera à République islamique ou Francistan."



Il y a quelques années, Alain Juppé qualifiait avec bienveillance les Frères Musulmans égyptiens de "sortes de démocrates-chrétiens".

Alain "Ali" Juppé mérite bien son nouveau sobriquet. Il sera peut-être le prochain président, le président de la guerre civile.


PS: Monsieur Décaillet, excellent billet et comme vous avez raison quand vous dites que Juppé était comme "éteint".

A titre de comparaison, regardez ici de la politique vivante...

https://youtu.be/qLVELX7RC70?t=3m50s

... comment cette petite dame qui réagit à 4.18' représente si bien le vrai coeur vivant de la politique, le pouvoir du peuple, par et pour le peuple. C'est de cette façon que les révolutions commencent: quelqu'un se lève, s'avance devant la foule et ensuite tout est possible...

Écrit par : Paul Bär | 17/10/2016

La nouvelle démocratie.

Le choix entre ... un vrai(e) candidat(e) à une élection ... et un faux candidat.

Le tout est de bien le choisir le meilleur candidat entre le faux candidat et le vrai candidat.

Il faut donc bien faire la différence entre le faux candidat et le bon candidat. C'est pour qu'on montre bien les différences. Pour que voter ait un sens pour les zélécteurs.

...
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O.O

Si bien sûr, cela à un sens quelconque d'élire quelqu'un à une fausse élection.

Écrit par : Chuck Jones | 17/10/2016

Juppé, "le meilleur d'entre nous" - en plus de "convenable" - est éteint mais certains papillons, tel Sarkozy candidat aux présidentielles qui le portèrent au pouvoir s'emparent des projets d'autrui, en l'occurrence ceux de Bayrou présentés imprudemment oralement en les présentant comme s'ils venaient, ces projets, d'eux-mêmes!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/10/2016

Ali Juppé est occupé actuellement avec des architectes portugais pour construire la plus grande mosquée d'Europe à Bordeaux. Il sera donc élu avec le soutient des musulmans.

Écrit par : Gedeon Teusmany | 18/10/2016

Cette vidéo...

https://www.facebook.com/VIDEOSdePOLICE/videos/vb.119942756390/10154415467776391/?type=2&theater

... représente également ce qui fait le coeur de la vraie politique.

Écrit par : Paul Bär | 19/10/2016

La présidence "apaisée":

https://www.youtube.com/watch?v=UzXsEFQ0xJE

Écrit par : Paul Bär | 20/10/2016

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