10/11/2016

Gilles Marchand, l'homme qui avance masqué

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Sur le vif - Jeudi 10.11.16 - 17.07h

 

Un homme d’une grande intelligence. Un animal à sang froid, calculateur, stratège, toujours courtois. Un sociologue, qui connaît rudement bien son métier, comprend les habitudes de consommation des gens, anticipe leur évolution. Tel est Gilles Marchand, le futur directeur général de la SSR. Le contraste avec son prédécesseur, Roger de Weck, idéologue, missionnaire, pro-européen militant, Croisé anti-UDC, est saisissant. Deux hommes, deux univers.

 

J’écris ces lignes, parce que, dans la guerre, il ne faut jamais sous-estimer l’ennemi. Avec Gilles Marchand à sa tête, la SSR, ce vieux Mammouth encroûté, obtient l’aubaine d’un répit. Oh, elle mourra : nous mourrons tous, c’est sûr. Mais voilà, pour ce consortium rouillé, de type Biélorussie années 50, ou Pologne de l’avant-Gomulka, ou Tchernobyl avant la définition de l’atome par Démocrite, le sursaut de quelques années, encore, à vivre.

 

Il suffit de discuter trente secondes avec Gilles Marchand pour tout comprendre : il vous regarde, vous écoute, vous sourit. Il a de l’humour. Il réussit très vite à vous enrober, laisse croire qu’au fond, nous sommes tous d’accord, allez on déjeune et on en reparle. Sous cette apparence, l’homme est un guerrier : il sait ce qu’il veut, où il va, comment il pourra l’obtenir.

 

Le moins qu’on puisse dire est qu’il a du pain sur la planche. Une frénésie de chaînes de radio et de TV, des appétits insensés sur internet, des alliances publicitaires hallucinantes avec les requins du privé : il leur faut tout, à la SSR : le beurre, l’argent du beurre, la crémière, la redevance, la pub, les séries américaines, de l’argent, encore de l’argent.

 

Ce comportement de prédateur, qui fut celui de Roger de Weck, sera aussi celui de son successeur. Mais, vous verrez, avec moins d’arrogance, voire pas du tout, moins de postures morales, aucune espèce d’obligation missionnaire sur l’idée européenne. Non, notre homme avancera comme il l’a toujours fait : masqué. Mais sachant parfaitement où il va, et pourquoi.

 

Un brillant tacticien, donc. Mais cela suffira-t-il ? Connaît-il le pays ? Parle-t-il l’allemand ? Quelle représentation a-t-il du monde germanophone, ou italophone ? Connaît-il les fragiles secrets de la Suisse ? Entendra-t-il la colère de ceux, toujours plus nombreux, qui ne supportent plus le parti-pris de certaines équipes rédactionnelles, on peut penser à la RSR sur l’élection américaine ? Acceptera-t-il, longtemps encore, que le premier parti du pays, près d’un tiers d’électeurs, soit systématiquement sous-représenté, rabroué, vilipendé sur les ondes SSR ?

 

Surtout, j’invite ici mes amis des télévisions régionales privées à ne se laisser prendre en aucun cas dans le piège du « Nous sommes tous copains, unissons nos forces, le seul ennemi c’est Google », que ne manquera pas de leur tendre cet homme habile, de si bonne compagnie, dans la tiédeur anesthésiante d’un cocktail. La vie, c’est le combat. Dans la guerre, il faut savoir identifier l’ennemi. Ne pas le sous-estimer, surtout dans le cas présent. Mais l’ennemi demeure l’ennemi.

 

Bonne chance, Gilles. Tu es un homme intelligent. Donc redoutable. Nous nous retrouverons sur les champs de bataille.

 

Pascal Décaillet

 

 

17:07 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Je vous aime bien en combattant engagé. Et je soutiens la démarche.
Je viens de faire, à nouveau, l'amer constat d'une information biaisée, à sens unique, lorsque la RTS a fait l'honneur au représentant Romand de Uber de passer quelques minutes en invité du 19.30 sans opposant.
J'ai bien tenté de dénoncer cette vitrine incompréhensible, je me suis vu renvoyer sèchement par les rédacteurs.
Les mastodontes sont condamnés. Les CFF vont bientôt mettre en place des bus sur leurs lignes non rentables. Ils vont même peut-être acheter des taxis pour assurer le dernier kilomètre et offrir à leurs clients des prises en charges globales.
La poste, on connait dorénavant la stratégie. Ce seront des tabacs qui assureront le service au public.
La RTS, eh bien la pauvre elle va ramer. Car les jeunes d'aujourd'hui ne regardent plus la TV depuis longtemps et ils ne vont pas se priver cette fois de cliquer sur leur compte e-demarches pour voter en ligne contre une redevance qu'ils considèrent comme prohibitive, voire confiscatoire, pour un service dont ils en ont rien à battre.
Et puis, si on en a contre Google, il suffit de faire mieux en misant sur la proximité, comme le font les chaînes alternatives, plutôt que se plaindre devant un géant que nos politiques nourrissent quotidiennement et courtisent indécemment par des réductions fiscales contestées.

Écrit par : Pierre Jenni | 10/11/2016

Plus rien m'étonne en Suisse. Comment on peut sortir de l'uni sans connaissance d'un deuxième lange nationale ? Comment on peut travailler dans le journalisme sans maitrise des quelques langues ? Comment la chaîne nationale peut faire que de la propagande ? Je précise que la propagande m'est très familière. Je viens d'un pays socialo-communiste. Jamais au grand jamais j'ai pu penser à arriver à la situation pareille concernant les medias dans un pays occidental libre. La Suisse a beaucoup changé depuis ma venue dans le années septante et pas toujours pour le meilleur.
Ceci dit je suis Suisse maintenant et j'aime ce pays qui m'a donnée toutes les chances pour réussir en travaillant et sans cours d'intégration.

Écrit par : Alicja | 11/11/2016

Sera-t-il capable de stopper net cette folie de construction de studios TV à Lausanne ? Ou bien faut-il contacter directement Mme Rickly pour qu'elle soulève le sujet au National ?

PS pour Alicja: "La Suisse a beaucoup changé, et pas toujours pour le meilleur"... Ma version est différente, elle a changé pour absolument tout, en pire.

Écrit par : JDJ | 20/11/2016

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