30/11/2016

Ca n'était qu'une primaire de la droite

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 Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.11.16

 

D’abord, ce scandale, déjà relevé ici la semaine dernière : les grandes chaînes nationales françaises nous ont couvert cette « primaire de la droite et du centre » avec la même liturgie, la même débauche de moyens, les même ridicules « envoyés spéciaux au QG du candidat », pour nous dire qu’il « va arriver d’une seconde à l’autre », que s’il s’était agi du premier ou second tour de la présidentielle. Lesquels n’auront lieu qu’en avril et mai 2017. Tout cela, pour quoi ? Pour l’immense marketing de cette famille politique, profitant ainsi des canaux nationaux pour un processus privé de désignation interne. Juste pour les taux d’audience : le processus de l’élection républicaine, la seule qui vaille, organisée par l’Etat, a été mimé par des privés, à leur profit.

 

Reste qu’il en émerge un homme de valeur. C’est du moins l’image qui émane de François Fillon, vainqueur de l’exercice. Je dis bien : « l’image ». Car au fond, que s’est-il passé ? Par ses qualités, bien réelles, la rigueur, la simplicité, la sobriété, l’ancien Premier ministre a touché les votants. C’est maintenant clair, on préfère l’austérité d’un notaire de province, surgi de Balzac ou de Mauriac, voire de Chabrol, à l’insupportable cliquetis de nouveau-riche associé à l’image de Nicolas Sarkozy. Dont acte. Mais ça n’est, toujours, qu’une image ! Ça définit un style, très français au fond. Mais ça nous renseigne encore assez peu sur la configuration politique du Monsieur.

 

Cette dernière est complexe, et, je l’affirme, contradictoire. Nous avons affaire à la fois à un conservateur, sur des questions de société, et à un libéral, voire un ultra, sur le plan économique. Du jamais vu depuis longtemps dans l’Histoire de France : Pompidou n’était pas si conservateur, ni si libéral ; de Gaulle n’était absolument pas libéral ; il faudrait peut-être voir du côté de Tardieu, ou Guizot, mais c’est bien lointain. Surtout, la Vieille France, provinciale et contre-révolutionnaire, qui n’a cessé d’exister en plus de deux siècles, n’est certainement pas celle du libre-échange économique, loin de là. Chez ces gens-là, on est autoritaire, mais social ; traditionnaliste, mais attaché à la cohésion. Singulier pays, passionnant, pétri d’Histoire, riche de ses contradictions : peut-être la personne complexe de François Fillon résume-t-elle quelques-unes des saveurs multiples de la France profonde.

 

Terminons par un coup de gueule. Contre la presse. Les moutons, toujours recommencés, comme la Mer, chez Paul Valéry. Pendant des semaines, ils ne juraient que par Juppé. Ce dernier s’effondre, et retourne gérer la ville de Montaigne : voilà qu’ils ne jurent plus que par Fillon, nous assurant déjà qu’il sera en mai 2017 à l’Elysée. En vérité, nul n’en sait rien ! Tant de choses, en six mois, peuvent encore se produire : que va-t-il se passer à gauche, que va faire le Front national, quelles secousses telluriques vont, peut-être, ébranler l’électorat français ? En résumé, Fillon émerge. C’est bien. Mais ça n’était qu’une primaire de la droite. Rien d’autre.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

« Tant de choses peuvent encore se produire ». En effet... Sarkozy ne va peut-être pas pouvoir se retenir de se présenter comme indépendant, divisant ainsi la droite, et Hollande serait réélu. Cela se produira-t-il ? Je l'ignore absolument !

Écrit par : Eugen Billard | 30/11/2016

Vraiment excellent. Mais les Français n'ont pas cpmpris

Écrit par : lecouvey | 30/11/2016

La primaire de la droite et du centre visait deux objectifs en parallèle. Au premier tour, éjecter Sarkozy. Mission accomplie. La droite et le centre français ne veulent plus d'un nabot people, agité et vulgaire, à l'Elysée.

Le second tout était différent. Il s'agissait de désigner delui que l'on voulait, que l'on envisageait de voir à la présidence de la république. Le choix était assez simple à faire, entre un Juppé somme toute très chiraquien et un Fillon discret, travailleur, et ferme sur ses positions.

Le résultat est là, d'une clarté cristalline. Petit A, pas plus qu'on ne voulait du Sarkozy 2.0, on a refusé le néo-chiraquisme. Petit B, Fillon s'est imposé d'emblée et très simplement, somme toute. Cela en fera-t-il pour autant le vainqueur en 2017? La seule chose que l'on peut affirmer à cet instant est que le chemin sera long et difficle. Mais pourquoi pas?

Quant à la presse, elle n'a été en rien différente de ce qu'elle est d'habitude. Servile, basse et, en finalité, sans intérêt ni valeur ajoutée. Pour autant pas de quoi se poser des questions sur la corporation à la quelle vous apparenez, tant elle est semblable, normée et sans relief, partout, y compris en Suisse.

En conclusion, sous forme de calembour, après le glabre, le goût Fillon.

Écrit par : Déblogueur | 01/12/2016

Tout à fait d'accord avec vous. La victoire de Fillon et surtout la manière de l'analyser me laisse songeur. L'élection présidentielle demandera probablement aux environs de 20 millions de voix pour être élu au deuxième tour. Là Fillon a rassemblé le noyau "dur" de sa famille politique et la droite qui a participé à la primaire le 1/5 de ce qu'il faudra rassembler en mai prochain. Non, comme vous le dites, on ne sait rien encore de l'évolution des avis, des ressentis, des convictions du corps électoral. En voyant le battage médiatique - par une télévision publique (!) - autour de ce pseudo-événement, je me suis demandé ce qu'aurait fait la même télé publique dans le cas d'une primaire MLP - Filipot (pour prendre un exemple). Je doute que les moyens mis en jeu, l'attention médiatique, eussent été les mêmes. Enfin, à écouter les spécialistes il semble évident que les sondeurs et autres analystes n'aient pas du tout fait leur auto-critique , pas plus qu'il n'ont assumé quelque imperfection de leur part. Seul le résultat de mai 2017 apportera la réponse et elle sera façonnée dans les urnes par les électeurs et par personne d'autre.

Écrit par : uranus2011 | 01/12/2016

Plus je retourne la chose dans ma tête, moins je peux m'imaginer que François Fillon peut gagner cette élection.

Je fais un pronostic. Fillon ne sera pas élu. Il sera au 2ème tour contre Marine Le Pen, et elle le battra sur une ligne de gauche sociale pour laquelle elle est crédible.

Elle a compris que le 2ème tour se jouera à gauche. Elle est très maligne avec un "gut feeling", un instinct très fort. Elle ne pourrait jamais gagner à droite car jamais la droite libérale bourgeoise n'osera faire l'union avec les fachos. Trop lâches pour ça! Et elle a compris ça. A mon avis c'est ça son coup de génie qui l'a opposée à son père et qui a déçu beaucoup de gens dans son parti. Mais c'est ce qui la fera gagner l'élection.

Elle pourra rassembler presque tout l'électorat populaire des ouvriers et employés de gauche, les vrais prolos, qui en ont plus que ras le bol des sociaux-traîtres socialos qui ont détruit leurs existences. Et ces gens là ne vont quand même pas voter pour un libéral thatchérien comme Fillon.

En plus elle aura pour elle les vrais fachos aussi, car quand même ça existe. Et ils ne pourront pas voter pour quelqu'un d'autre.

Et surtout, c'est son joker, elle aura en plus l'électorat Soral-Dieudonné des banlieues que personne d'autre ne pourra avoir. Ça fait beaucoup, beaucoup de beurs et beurettes. Selon moi ça représente au bas mot un million de voix. Ca pèse dans une élection.

Sur quoi je me base? Le site de notre compatriote Soral a plus de huit millions de visiteurs uniques par mois ( https://resistanceauthentique.net/2016/10/26/les-trente-sites-politiques-francais-ayant-le-plus-daudience-sur-le-web/ )

Elle aura contre elle les bourgeois convenables qui voteront Fillon, les évêques, qui feront voter Fillon, les soi disant antiracistes, les loges (mais le Grand Orient combien de divisions?) la Licra, les médias et les soi disant humanistes qui lisent Libé et Le Monde. Mais les médias, c'est partout pareil, même en Suisse ont perdu leur pouvoir de prescription, ou plutôt ils l'ont toujours, mais à l'envers: ce que disent les médias, désormais, les électeurs s'empressent de faire l'inverse, et pui Libé et Le Monde ça ne pèse pas lourd face à la fachosphère. Donc ce front républicain hétéroclite ne fera pas une majorité.

Ce sera comme dans l'histoire de la chèvre de Monsieur Séguin. On a trop crié "au loup! au loup!" comme si Hitler était aux portes. Ca ne prend plus. En 2002 il y a eu des gens de gauche qui sont allés voter Chirac en se bouchant le nez avec des pincettes à linge. En 2017, personne ne fera l'effort de voter Fillon avec des pincettes à linge sur le nez. Sauf évidemment de toutes petites minorités sociales religieuses et philosophiques, mais qui numériquement ne pèsent rien.

Le prolo, le paysan qui souffre, l'ouvrier, même arabe, peut se reconnaître dans une Marine Le Pen. Ça fait du monde. Mais l'électorat qui se reconnaît dans une Nathalie Kosziusko-Morizet, existe seulement dans les beaux quartiers. Et même la bourgeoisie de province qui va à la messe, ça ne fait pas assez de monde pour élire Fillon.

Je peux me tromper, mais je le sens comme ça. La France est un vieux pays qui vient de loin. Il s'est fait humilier depuis des décennies par des gouvernements qui ont cherché à exterminer les Gaulois par l'immigration et le métissage. Ils ont du subir le discours de haine antifrançais de toute l'intelligentsia. Ils ont encaissé sans rien dire. Les Français sont patients, ils ont été bonne pâte. Ils ont d'abord donné une chance à la gauche parce qu'ils ne supportaient plus le progressisme grand bourgeois de Giscard. Il s'en sont vite mordu les doigts. Ils ont repris la droite. Ils ont gardé Mitterrand qui a pu être réélu. Puis ils ont élu Chirac, un rad-soc qui a été un désastre. Il n'a pas stoppé l'immigration. La décadence a continué. Les Français on patienté. Ils ont redonné une chance à la gauche. Il y a eu une nouvelle cohabitation. Ils ont mis Le Pen au deuxième tour en 2002, pour montrer leur mécontentement. Mais ils quand même reconduit Chirac. Ils ont repris la gauche, avec le gouvernement Jospin. A chaque alternance ils ont été déçus. Ils ont fait confiance au rastaquouère Sarkozy, qui a encore aggravé l'immigration. Puis ils ont élu Hollande, uniquement par dégoût de Sarkozy. A chaque alternance, ils ont pu constater que c'était toujours pareil, ou plutôt c'était de mal en pis. Personne ne faisait rien contre l'immigration. Le peuple français est menacé de devenir une minorité en France. L'insécurité est à son comble. La misère atteint des sommets. Maintenant c'est fini. Les choses sont allées trop loin. Ca ne passe plus. Cette fois ci les Français sont à bout. Ils vont casser la baraque. Ils s'en foutent, ils en vu d'autres, comme je l'ai dit. Ils peuvent se le permettre. Ils ont bien eu Napoléon.

Ce sera Marine Le Pen.

Écrit par : Nuance... | 01/12/2016

Enfin, la "droite"...

https://twitter.com/Marion_M_Le_Pen/status/804655874644078592/photo/1?ref_src=twsrc%5Etfw

... le système qui tire ses dernières cartouches; "l'alternance", bientôt ça ne marchera plus.

Vivement que l'on passe aux choses sérieuses, au "tellurique".

Écrit par : Paul Bär | 02/12/2016

on a eu le brexit, puis trump et on aura probablement une autre surprise. Malgré la campagne médiatico-hystérique de la pensée unique dont même l'écho ne suscite plus beaucoup d'attention. Et seul comptera le résultat des urnes.

Écrit par : uranus2011 | 03/12/2016

"Après une période de dix années de prospérité et de prestige retrouvés, la France, que nous aimons paternellement, retournera à ses jeux politiques favoris, à ses obsessions destructrices. Une succession de gouvernements faibles, laxistes, démagogues, laisseront se désagréger le sentiment national et les valeurs élémentaires. Une réaction brutale des forces vives et populaires du pays mettra fin à cette déliquescence voulue par certains, tolérée par d'autres. Pour ne pas sombrer la France changera de régime sans douceur."

Les prophéties du pape Pie XII, Paris, Trédaniel, 1988, ISBN 2-85707-286-6.

Écrit par : Nuance... | 03/12/2016

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