08/01/2017

L'homme-dieu, ça fatigue

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Huit ans et deux mois après, je republie le commentaire "L'homme-dieu, ça fatigue", paru ici même, sur mon blog, le 6 novembre 2008, lendemain de la première élection de Barack Obama.

 

A ce niveau-là, ça ne ruisselle plus, ça dégouline. L’omniprésence, sans le moindre bémol, dans la presse romande, les blogs, chez les rédacteurs en chef, de la figure d’Obama en Sauveur, en Rédempteur, en Recommenceur de la vie, a quelque chose qui devient déjà pénible à supporter. Non que l’homme soit dépourvu d’éminentes qualités. Non que sa victoire ne soit pas éclatante, ni qu’elle ne marque un tournant évident, après huit années plombées de médiocrité. Mais une telle unanimité, comme en sectaires pâmoisons, parfois jusqu’à l’hagiographie, dans une profession comme le journalisme où le doute et la discordance devraient tout de même avoir une certaine place, il y a quelque chose qui aiguise l’étonnement.

 

Il n’est pas question ici des foules, qui sont ce que par nature elles sont, invasives et adhérentes comme laves volcaniques. Pas question, non plus, de cette part de rêve et de candeur qui, à différents niveaux, nous habite tous, nous brandit comme un calice l’idée du progrès, nous fait croire au salut par la seule apparition d’un homme nouveau. Comme si l’Histoire était autre chose que tragique, comme si elle était pétrie d’une autre argile que l’archaïque noirceur de nos pulsions de pouvoir, de domination, celles d’Obama comme de Kennedy, de Nixon. C’est à leur capacité à relever les défis de leur temps – et à défendre les intérêts profonds de leur pays – que le temps jugera ces hommes-là. Pas à la part de morale projetée par les foules. Ni à celle de l’éblouissement devant un physique, la symbolique d’une couleur de peau, les capacités rhétoriques, l’habileté de campagne pour actionner la machine à fabriquer des rêves. Que tout cela ait pu, peut-être, relever d’un immense artifice (certes génialement construit, orchestré et mis en scène) ne semble pas, pour l’heure, un thème.

 

A partir de là, Obama sera peut-être un grand président. Et puis, peut-être pas. Nul ne le sait. Après quelques mois d’état de grâce, il prendra ses première décisions difficiles, aura à faire la guerre, se salir les mains, se rendre impopulaire, décevoir, bref faire de la politique. C’est sur ce travail-là qu’il faudra apprécier son œuvre et sa trace, à cette aune-là, celle des réalités, de l’inévitable moisissure des choses du pouvoir, au mieux fermentation, mais où le risque du miasme n’est jamais très loin. Après les rêves de campagne, voici venu le temps du pouvoir. Ancré dans la nature humaine, qui n’est pas exactement celle des anges. Disons, un peu moins volatile. Et un peu plus accrochée aux entrailles de la terre.

 

 
Pascal Décaillet

 

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Commentaires

< A partir de là, Obama sera peut-être un grand président. Et puis, peut-être pas. Nul ne le sait. > ...écriviez-vous en 2008. Après ses huit ans de présidence, on a maintenant quelques éléments pour savoir, ou du moins se former une opinion. Je suppose que la vôtre est implicite puisque vous n'ajoutez rien à vos remarques de 2008, que vous nous proposez comme base de méditation. Des considérations sur les drones tueurs, sur l'appui indéfectible à Silicon Valley, ou alors sur Obamacare, sur la capacité à "revêtir l'habit", tout ça serait-il trop terre-à-terre pour vous ? Si on peut partager votre critique de l'unanimité bêlante, on peut ne pas vouloir s'en contenter...

Écrit par : Daniel Gubler | 09/01/2017

Pour quelqu'un de féru d'histoire, le simple repost d'un billet vieux de plus de huit ans participe d'une certaine facilité. Car si l'on replace les deux élections d'Obama dans un contexte ne serait-ce qu'un tout petit peu plus large, il apparaît alors clairement:

- qu'Obama a succédé à l'une des plus sombre présidence républicaines - et qu'il précède la suivante, qui sanctionne la victoire d'une certaine manière de faire de la politique aux Etats-Unis
- que contrairement à Obama, l'actuel présient-élu l'a été avec une minorité des votants, grâce à un système électoral proche de celui qui existe en Suisse, qui favorise les états ruraux et peu peuplés
- qu'il est sans doute encore trop tôt pour juger les aspects positifs ou négatifs de la présidence Obama

Une chose est néanmoins plus que certaine: les Républicains vont désormais s'atteler à la tâche de démanteler un maximum des petits acquis d'Obama. En matière d'assurance santé, par exemple, l'Obamacare ferait s'écrouler de rire même les plus fervents partisans de la diminution des prestations couvertes par la LaMal, tant celle-ci est minimaliste et, somme toute, indigne d'un état moderne. Il est donc permis d'imaginer que l'administration du président-élu sera réactionnaire et régressive. Il n'y a rien qui permette de s'en réjouir et, surtout, que l'Amérique en deviendra plus "great".

Écrit par : Nicolas D. Chauvet | 10/01/2017

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