11/01/2017

Obama danse comme un dieu - Et alors ?

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.01.17

 

Le 20 janvier, s’achèveront huit années de l’Histoire américaine. Dans la traditionnelle cérémonie de passation de pouvoirs, Donald Trump succédera à Barack Obama. Au moment du bilan du Président sortant, il est particulièrement savoureux de se remettre à parcourir le chœur d’éloges et de dithyrambes de nos puissants éditorialistes, au moment de sa première élection, en novembre 2008. Un Messie nous était donné. La face du monde allait changer de couleur. Un avenir radieux nous était promis. Un monde nouveau, enfin débarrassé du tragique de l’Histoire.

 

Le résultat, on le connaît : M. Obama a fait ce qu’il a pu. Il n’a peut-être pas été un mauvais Président, le pire ayant sans doute été atteint par son prédécesseur. Mais enfin, il faut le dire haut et fort, il n’a pas non plus été bon. Sur la scène internationale, entre prudence et attentisme, on a surtout eu l’impression d’un homme soucieux, avant tout, de ne pas trop prendre de risques, pour ménager son image face à l’Histoire. Sur le théâtre du Proche Orient, notamment syrien, l’inaction de M. Obama s’est révélée tragique. Il ne faut pas s’étonner, dans ces conditions, que l’autre grande puissance mondiale, la Russie, soit devenue arbitre et souveraine en cette partie du monde.

 

Bref, un Président moyen. Dont l’Histoire jugera les bons et les mauvais aspects. Le problème, ça n’est pas tellement M. Obama : il a fait son possible. Mais des journalistes professionnels, des éditorialistes, des commentateurs de l’action politique, des gens dont la qualité première doit être l’esprit critique, ou la distance face à l’image fabriquée par le pouvoir, qui, pendant huit ans, et jusqu’à aujourd’hui, sont à ce point tombés dans le piège de l’icône. En Suisse romande, les penseurs les plus autorisés de la presse lausannoise, encore le 8 janvier dans le Matin dimanche, nous annoncent que nous allons « regretter » M. Obama. Ah bon, pourquoi ? Mais parce qu’il est beau, pardi, élégant, félin, magnifique danseur. Rend-on hommage à Fred Astaire, ou à un homme politique ?

 

Surtout, c’est quoi, cette manière d’analyser l’action d’un politique ? Sommes-nous dans Gala ? Dans Points de vue et images du monde ? Dans un magazine pour salons de coiffure ? La moindre des choses, quand on prétend commenter la politique, c’est justement de se méfier de l’image. Démonter le mécanisme de création d’une idole. Avec tout ce qu’elle peut avoir d’enrobant, d’édulcorant, d’anesthésiant. Lire, dans le Matin dimanche, la politologue Nicole Bacharan, s’extasier face au « trot » du président, sa « souplesse », sa « classe sexy » quand il descend d’avion, mais où sommes-nous ? Dans quelle presse, quel journal ? Quid de l’Ukraine ? Quid de la Syrie ? Quid de ses lacunes en politique internationale ? Quid de l’endettement abyssal des États-Unis, pour longtemps débiteurs des banques chinoises ? Consœurs, confrères, de grâce, un minimum de sens critique : la pâmoison face au danseur félidé, laissons cela aux groupies.

 

Pascal Décaillet

 

 

11:49 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Vu que plus de nonante cinq pourcents de la presse étaient en faveur de Clinton, rien d'étonnant à ce que les mêmes frolent l'orgasme en titrant le bilan du danseur afro-américain. De toute manière, ce journal crèvera de lui-même, et ses pseudo-journalistes iront grossir les rangs du chômage. Notez que plus personne n'y laisse de commentaires, puisqu'en plus d'une censure à peine voilée, ceux-ci demandent désormais le numéro de portable pour pouvoir laisser un message. A quand le numéro d'AVS ?

Écrit par : Laurent Lefort | 11/01/2017

Grand merci pour ces réflexions ancrées dans le réel plutôt que dans des concepts qui séduisent mais conduisent effectivement à un état politique général très chancelant.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 11/01/2017

Monsieur Décaillet, j'aime bien votre ironie qui fait souvent vaciller nos certitudes. Votre ébauche du profil d'Obama se rapproche étonnamment du portrait qu'Obama lui-même a imprimé dans nos sentiments.
Et donc voici un autre portrait pour lequel j'ai aimé la description de ce qui semble être un rêve les yeux ouvert de Philippe Grasset. Une vraie délectation à sa lecture.
J'avais eu la même impression et je l'avais résumé en quelques lignes en contribution auprès d'un autre blogger hébergé par la TdG: La Présidence d'Obama était une fiction. Une fiction qui a coûté cher aux Américains et aux populations sur lesquelles il a jeté le sort diabolique. C'est l'exhorciste qui accable au lieu de libérer.

http://www.dedefensa.org/article/obama-ou-lelegance-du-diable

A mon avis, les Américains devraient se rendre au Capitole, non pas pour exulter Trump, mais pour réveiller leur administration sous influence et sous hypnose. Trump, hors du sérail et ne faisant pas particule de la cage de verre, a pu la briser et faire tourner la page, ses concitoyens devraient l'aider à réorganiser à la reprise en main du pays en changeant de personnels, les anciens étant irrécupérables, incurables et toxiques encore longtemps après service.
Ils leur faut maintenant vivre le réel et... Parfois le réel est plus supportable et les solutions sont à portée de main. Dans l'irréel, il n'y a aucune solution possible, car le script est déjà bouclé avec ses conclusions absolutiste.

Écrit par : Beatrix | 14/01/2017

" La face du monde allait changer de couleur. "

C'est le moins qu'on puisse dire.....- Je ne parle pas de la couleur de la peau- Et bel et bien depuis son élection!

"Sommes-nous dans Gala ?"

Hé oui, la presse suisse le suivent de partout..... Sa politique catastrophique devait être au diapason avec ce journalisme de gauche.

Écrit par : Patoucha | 23/01/2017

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