31/01/2017

L'hystérie anti-Trump

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Sur le vif - Mardi 31.01.17 - 14.59h

 

L’hystérie absolue. Ils se croient en Allemagne, au soir du 30 janvier 1933. Ils se prennent pour Thomas Mann, ou son frère Heinrich, ou Klaus. Ils se prennent pour des héros, les seuls clairvoyants, nous serions les aveugles, les croûteux. Ils veulent nous faire croire que Donald Trump, c’est le Mal incarné, la plus grande erreur de casting depuis 84 ans. Et qu’il relève d’un impératif moral de le combattre par tous les moyens. Hurler à chacune de ses décisions. Caricaturer l’homme, même physiquement, lui qui n’a pas la chance de séduire comme le danseur félidé qui le précédait, oh il y aurait tant à dire sur l’infinie convenance des « humoristes » et caricaturistes, leur alignement sur le camp du Bien, leur moralisme de pacotille, leur inféodation aux forces de l’Argent, oh oui certaines forces, très précises.

 

Toute cette hystérie, contre qui ? Un vieux potentat, qui blanchirait depuis des décennies sous le harnais ? Un Castro ? Un Mugabé ? Un Kim, nord-coréen ? Un apparatchik biélorusse, en fonction depuis Brejnev ? Non : tout cet océan de vomissements est dirigé vers un homme au pouvoir depuis – à l’heure où j’écris ces lignes – 10 jours et 21 heures. C’est peu. Après 10 jours et 21 heures, Obama n’avait encore rien fait, George Bush Junior non plus, ni Clinton, ni George Bush Senior, ni Reagan, ni Carter, ni Ford, ni Nixon, ni Johnson, ni même l’autre danseur de rêve, JFK.

 

Je ne prétends pas ici que toutes les premières décisions du nouveau Président me ravissent. Je n’ai, à part Charles de Gaulle ou Pierre Mendès France, rarement été « ravi » totalement par une quelconque figure de pouvoir. Créon, par définition, se salit les mains, souvent les ensanglante, seule Antigone est pure. Je préfère Créon, il relève de l’Histoire. Mais enfin, où donc peut-il être question d’oser un quelconque bilan à l’issue de… 10 jours et 21 heures ? Vous vous rendez compte que certains, comme un célèbre site en ligne, d’audience mondiale, évoquent déjà, après 10 jours et 21 heures, l’opportunité d’actionner le célèbre « Impeachment », version américaine de la destitution. Ce fameux spectre, oui, que l’on brandissait en 1974 à Richard Nixon, pour cause de Watergate : mais enfin, cet infortuné (et brillant) Président, acculé au départ le 9 août, avait tout de même passé cinq ans et sept mois au pouvoir, et pas… dix jours et 21 heures !

 

Ce qui se déroule, en fait, c’est une exceptionnelle mise à l’épreuve de la communication. Le nouveau Président ne passe plus par les médias traditionnels, il décrète et se fait photographier en décrétant (image archaïque, un homme, un siège capitonné, un bureau années vingt, une plume, du papier, le cabinet debout autour, qui regarde). Cela donne une impression de solitude, de début du vingtième siècle, de toute-puissance, comme si s’existait aucun contre-pouvoir. Cette image, dûment préméditée, reprise en boucle par les caricatures, ne doit rien au hasard. Elle impose autant qu’elle provoque, nargue autant qu’elle interpelle. Le caricaturiste, qui croit être premier à tenir l’idée, Trump le précède : d’avance, il sait là où il sera tourné en dérision, livre volontairement du fourrage à son bourreau plumé, il a toujours une longueur d’avance.

 

Voilà. Nous pourrions aussi dire un mot de l’indécence d’Obama, qui, à moins de onze jours de son départ, n’a même pas l’élémentaire devoir de réserve et de silence qui a toujours été de mise. Nous pourrions donner la liste des dix pays, dont le Liban et l’Algérie, interdisant l’entrée à tout détenteur du passeport israélien, sans que cela ne fût jamais condamné par nos belles âmes. Nous pourrions rappeler la part du Mur déjà décidée sous Obama, ainsi que les milliers de tonnes de bombes larguées, en huit ans, dans le plus pur silence médiatique, par ce charmant prédécesseur, ce félidé, ce danseur.

 

Mais nous nous en tiendrons là. Nous avons face à nous la même cohorte, cette fois revancharde, que pendant la campagne. La même unicité de pensée. La même captation du Bien, pour mieux diaboliser la cible. Cela, nous ne le changerons pas. C’est le terrain de bataille. Simplement, de notre côté, sans adouber toutes les décisions du nouveau Président, loin de là, nous demeurerons dans l’exercice critique des vagues de gémissements. Et s’il faut déplaire, eh bien nous déplairons.

 

Pascal Décaillet

 

 

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30/01/2017

Hamon et les lapereaux aux mines blanches

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Sur le vif - Lundi 30.01.17 - 07.06h

 

Benoît Hamon m'inspire beaucoup de respect. Je ne partage pas ses idées, mais il émane de cet homme la profondeur d'une conviction et d'une sincérité. Je répète ici que son débat face à Manuel Valls, il y a quelques jours, a été, grâce à l'un comme à l'autre, l'un des meilleurs de ces cinquante dernières années. Le socialisme français n'est pas mort. Ceux qui veulent l'enterrer, se trompent. Le parti d'Epinay (1971), en tant que structure, se meurt sans doute ces jours. Le parti, mais pas le socialisme.

 

Avec Hamon, voilà un homme dont le style rappelle la rigueur et l'austérité de l'une des plus grandes figures républicaines françaises, Pierre Mendès France. Oui, j'ai du respect pour Hamon.

 

Voilà un homme qui dégage d'autres valeurs que celles de l'Argent, du clinquant et de l'arrogance. Il ne cherche pas, lui, à faire moderne, et son archaïsme même pourrait un jour se retourner en sa faveur. La France n'aime ni les libéraux, ni les zombies, ni les modernistes, tout au plus leur donne-t-elle, comme en cyclisme, le rôle du lièvre. Les lapereaux aux mines blanches.

 

Laissons Hamon faire campagne, avant de déclarer en boucle sa mort clinique. Cet homme de valeur prend date pour tenir un rôle signalé, là où il sera, dans la prochaine législature.

 

Inutile de vous dire que le zombie Macron, chouchou des sondages et tutoyeur du Nirvana, ce Macron qui croit bon, comme Giscard en 74, de s'exprimer en anglais et se vautre dans l'européisme, ce libéral oui, ne m'inspire pas exactement les mêmes sentiments.

 

Pascal Décaillet

 

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27/01/2017

Décaillet assume et signe

 

Sur le vif - Vendredi 27.01.17 - 19.50h

 

Depuis plus de trente ans, je milite pour la souveraineté de chaque nation, contre le multilatéralisme, pour le protectionnisme économique (j'ai tenu cette ligne, très seul, pendant toutes les belles années d'argent facile de la bulle spéculative et la folie libre-échangiste), pour un État fort, solidaire, avec des assurances sociales qui tiennent la route, comme l'est notre fleuron, l'AVS, depuis 1948. Pour la régulation des flux migratoires.

 

Depuis plus de trente ans, je milite pour une défense nationale forte, indépendante et crédible : dans ce domaine, nous ne devons compter que sur nous-mêmes : nul ne sait ce que nous réserve l'avenir.

 

Depuis plus de trente ans, je milite pour une économie de proximité, au service de l'humain et de son épanouissement, et je dénonce sans la moindre ambiguïté la primauté des financiers. Je suis moi-même, depuis onze ans, un petit entrepreneur, je sais de quoi je parle.

 

Depuis plus de trente ans, je milite pour une agriculture dynamique, inventive, protectrice de l'environnement, soutenue par l'Etat, épargnée de la férocité de la concurrence mondiale. Ce que nous pouvons produire chez nous, nous n'avons aucune raison de l'importer du bout du monde. Je suis favorable à la souveraineté alimentaire.

 

Depuis plus de trente ans, je milite pour la priorité à l'éducation. Et le retour sur les errances liées à Mai 68.

 

Tel est, en quelques mots glissés ici en trois ou quatre minutes, sans prétention exhaustive, le socle de mon positionnement politique. Dans ces choix, vous reconnaîtrez des valeurs de droite. Et aussi, sur l'aspect social et l'Etat fort, des valeurs de gauche. Je ne suis assurément ni un libertaire, ni un libéral.

 

Voyez, je suis clair. J'annonce la couleur. Je suis un homme libre, entrepreneur indépendant, ça me coûte assez cher, mais j'y tiens. Je ne rends de compte à personne. J'assume mes positions.

 

Je suis un homme seul. C'est ma faiblesse. Et c'est ma force.

 

Je vous souhaite une excellente soirée.

 

Pascal Décaillet

 

20:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |

Dany qui fait boom

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Sur le vif - Vendredi 27.01.17 - 16.35h

 

Inimaginable que le 19.30h TSR ait cru bon, hier soir, de donner la parole, pour la 1637ème fois, à Daniel Cohn-Bendit. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? En vertu de quelle sagacité qui serait sienne, plus qu'un autre, face aux élections françaises ?

 

Pourquoi tout cela, je vais vous le dire. Parce qu'il existe, dans les rédactions, tellement conformistes, de Suisse romande, depuis des décennies, à vrai dire depuis 49 ans, un automatisme Cohn-Bendit : "Tu as vu, Dany est de passage à Genève, ça vaut le coup de le faire venir !".

 

Dany par ci, Dany par là, conformisme de la révolte, posture de la transgression, tentative sans fin de réinventer l'esprit de Mai, qui a tant pesé sur la société, l'éducation, les sciences sociales, la culture, pendant des décennies. Au fond, ces nostalgiques de 68 sont des Docteurs Faust, ils nous imposent leur quête d'éternelle jeunesse. Entre-temps, Marguerite a vieilli, Méphisto a capitulé face au Bien, le "Mehr Licht" de Goethe mourant s'est fondu dans l'éternelle nuit du suivisme.

 

Dany par ci, Dany par là, Dany partout. Dany face à Darius, Dany dans la Julie, Dany qui fait boom, Dany qui meurt et resurgit, Dany qui passe les murailles et se rit des frontières, Dany qui reprend la Sorbonne, Dany réveilleur de jeunesses perdues, Dany le sale gamin, Dany l'éternel Gavroche.

 

Le problème, ça n'est pas Dany. Le problème, et en même temps la vraie, la seule raison de la mort des journaux, c'est le conformisme.

 

Pas celui de Dany. Celui des journalistes.

 

Pascal Décaillet

 

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26/01/2017

Valls - Hamon : bravo Messieurs !

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Sur le vif - Jeudi 26.01.17 - 06.41h

 

Benoît Hamon, Manuel Valls : j'ai assisté hier soir, entre ces deux hommes, à un débat d'une rare qualité. Sur la forme, une tenue impeccable. Sur le fond, la connaissance profonde des dossiers (en allemand, on dirait Gründlichkeit), la précision ciselée de deux programmes antagonistes dans leurs nuances. Deux hauteurs de vue.

 

On ne cesse de nous dire que le socialisme français est aux abois. Peut-être. Mais nous eûmes là, c'est un FAIT, la démonstration intellectuelle du contraire. Qu'on partage ou non leurs analyses, un sens aigu de l'Etat habitait cet échange. Voilà un demi-siècle que je suis les débats français : ce fut hier soir l'un des meilleurs.

 

Les revanchards orléanistes de l'ère Sarkozy, cette droite de l'Argent si peu dans la tradition française, destructrice d'Etat, n'ont peut-être pas encore gagné la bataille ! J'ai senti, en écoutant ces deux hommes, austères et rigoureux, planer l'ombre d'une grande conscience de la gauche française, un homme d'Etat qui fait partie de mon panthéon personnel, et qui s'appelait Pierre Mendès France.

 

Pascal Décaillet

 

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25/01/2017

Naturalisations : le droit de dire non

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.01.17

 

Le 12 février, nous nous prononcerons sur la naturalisation facilitée des étrangers de la troisième génération. Il ne s’agit pas de l’octroyer de façon automatique : les jeunes concernés devront en faire la demande, avoir moins de 25 ans, être nés en Suisse, y avoir fait cinq ans d’école ; l’un des parents devra avoir passé au moins dix ans dans notre pays ; l’un des grands-parents, être né en Suisse ou y avoir obtenu un droit de séjour.

 

Sur cet objet, comme sur toute votation qui lui est soumise, chaque citoyenne, chaque citoyen de notre pays a totalement le droit le dire oui. Et, tout aussi totalement, celui de dire non. Il n’appartient à personne de faire régner, dans un sens ou dans l’autre, un climat de pesanteur et de menace morale. Par exemple, en traitant de xénophobes les partisans du non. Les citoyens ne se laisseront pas impressionner par ce genre d’intimidations, d’ailleurs largement contre-productives : chacun d’entre nous, de Genève à Romanshorn, de Bâle à Chiasso, votera en conscience. Nul n’a de leçon à recevoir de quiconque.

 

Dans mon émission « Les Yeux dans les Yeux », sur Léman Bleu, j’ai donné la parole aux deux camps : la Verte Lisa Mazzone pour les partisans ; l’UDC Éric Bertinat pour les opposants. Chacun avait des arguments valables, méritant d’être pris en considération. Il nous appartient de les écouter, eux et les autres, puis, en totale liberté citoyenne, de faire notre choix. Les partisans nous disent que, de facto, par leur intégration, ces jeunes sont déjà quasiment des Suisses. Les opposants nous rappellent que la naturalisation doit se mériter, et qu’il n’y a pas de raison particulière de la « faciliter » pour une catégorie, plutôt qu’une autre. Fort bien. Encaissons tous ces arguments, brassons cela, réfléchissons, et… décidons.

 

Mais décidons souverainement. En nous demandant, chacun d’entre nous, quelle solution sera la meilleure pour notre pays, sa cohésion, son tissu social. Et non en nous laissant diaboliser par un camp, qui s’érige, on se demande bien en quel honneur, en défenseur du Bien et de la morale. On a le droit de dire oui. Et on a celui de dire non. Comme nous avions ces deux droits, en parfaite égalité, le 6 décembre 1992, sur l’Espace économique européen ; comme nous l’avions le 9 février 2014, sur l’immigration de masse. Nous sommes des citoyennes et des citoyens libres. Nous n’avons de mot d’ordre, ni de leçons de morale, à nous faire asséner par personne.

 

Quant aux petits prédicateurs de pacotille qui croient impressionner le citoyen en traitant de « xénophobes », voire de « racistes » les partisans du non, ils pourraient bien, au soir du 12 février, en être pour leurs frais : le corps électoral suisse, adulte, mûr et vacciné, rompu comme nul autre à l’exercice de la démocratie directe, déteste ce genre d’insultes et de pressions. On lui pose une question. Il a le droit de dire oui. Et il a le droit de dire non. C’est ainsi. Et c’est tout.

 

Pascal Décaillet

 

   

 

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24/01/2017

Suisse romande : l'autre regard

 

Sur le vif - Mardi 24.01.17 - 06.33h

 

Défense de l'indépendance et de la souveraineté de notre pays, mais aussi du corps social, de la solidarité interne, contrôle des flux migratoires, protection de notre agriculture, souveraineté alimentaire, respect de l'environnement, défense nationale forte et indépendante, combat pour des assurances sociales puissantes, solidaires, selon le principe de mutualité, en matière notamment de retraites et de maladie, priorité à l'éducation, lutte pour une économie au service de l'humain, de son épanouissement, non pour nourrir le Veau d'Or financier, priorité au suffrage universel, prise en charge du destin par le corps des citoyens, démocratie directe renforcée, avec de nouveaux outils, élus au service du peuple et non l'inverse, amour partagé du pays, désir impérieux de le construire ensemble, encore et toujours. Passion pour la connaissance, la transmission. Passion pour la culture.

 

Et nous n'aurions pas de valeurs, pas de programme ? Il nous faut juste organiser l'espace commun où ces idées, en Suisse romande, puissent être défendues.

 

Les autres, en face, les mondialistes, les européistes, les libre-échangistes, les immigrationnistes, les soixante-huitards, vous croyez qu'ils se sont gênés, depuis des décennies, pour les créer, les outils de leur idéologie ? On a vu le résultat. Il faut aujourd'hui d'autres outils, d'autres espaces, pour l'émergence d'une autre parole, d'une autre vision.

 

Non pour les remplacer, ces autres : qu'ils demeurent ! Mais pour les défier, les contrer, les combattre. C'est cela, la diversité. C'est cela, la démocratie.

 

Pascal Décaillet

 

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22/01/2017

Trump : le week-end noir de la presse romande

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Sur le vif - Dimanche 22.01.17 - 16.06h

 

Trois jours entiers, passés à vomir sur un homme. Vendredi, samedi, dimanche. Trois jours à déverser son fiel sur le nouveau locataire de la Maison Blanche, entré en fonction vendredi, 18h. Trois jours, pour couronner des mois de démolition systématique du candidat, puis du Président élu. Contre le candidat, on encensait sa rivale, Mme Clinton. Comme l’élu, on chantait le panégyrique de son prédécesseur, Barack Obama, l’élégant danseur. Mais là, ces trois derniers jours, la hargne versée sur le nouveau Président a littéralement dépassé toutes les bornes. A la RSR, au Temps, à la Tribune de Genève, au Matin dimanche, Donald Trump fut constamment conspué, insulté, vilipendé, sans que jamais la parole ne fût donnée à ses défenseurs. Week-end noir. Week-end de la honte pour la presse romande. Pour la pluralité d’expression en Suisse romande.

 

Au matin de l’intronisation, le rédacteur en chef de la Tribune de Genève nous gratifiait déjà d’un édito en forme de démolition systématique d’un homme qui n’avait même pas encore commencé à exercer le pouvoir. On aurait cru lire le service de presse du Parti Démocrate, dont les représentants ont tant d’influence, dans le petit monde qui gravite, comme une armada d’éphémères, autour de la « Genève internationale ». On pense démocrate, on respire démocrate, on danse démocrate, on se nourrit des grands journaux démocrates et cosmopolites de la Côte Est, ceux qui ont eu la peau de Richard Nixon, pas uniquement pour des motifs de politique intérieure, en août 1974.

 

Quelques heures plus tard, l’intronisation elle-même. Je vous passe les commentaires de la plupart de ceux qui en rendaient compte en direct, où la plus extrême des perfidies le disputait à la pire des mauvaises fois. Le lendemain, samedi, édito du Temps, titrant sur un « discours populiste et de repli », passant au napalm le nouveau Président, quelques heures à peine après son entrée en fonction. On aurait cru lire, là, le service de presse de M. Soros. Le Temps, quotidien démocrate de la Côte Est, édité par la Côte Est, porte-parole de la mondialisation vue par la Côte Est, du clan Clinton, de Barack Obama, de Mme Obama, il ne manque plus à ce journal que prendre son siège social à New York, et nous livrer ses articles directement en anglais, la langue du Maître.

 

Mais le sommet de l’hystérie anti-Trump, pendant ces trois jours qui furent comme une Passion de noirceur et de haine, c’est la RSR qui l’a atteint. Dans le 12.30h de samedi, on nous annonce dans les titres que « Donald Trump met sa première menace à exécution ». Diable, qu’a-t-il fait, le forcené ? Réponse : il s’est permis de tenir sa parole de candidat en entamant le retour sur l’Obamacare. Bref, il a juste pratiqué l’alternance démocratique pour laquelle il a été élu. RSR toujours, samedi 18h : gros plans sur les manifestations anti-Trump, nulle parole donnée aux partisans du Président, non, uniquement à la représentante des Démocrates à Genève. Les Démocrates, les Démocrates, toujours les Démocrates.

 

RSR enfin, troisième exemple : dans le 12.30h de ce dimanche, Trump traité de successivement de « menteur », et de « criminel ». Un « chercheur en sciences sociales » pour l’attaquer, puis une philosophe pour juger « criminelle » sa supposée politique climatique. Tout cela, sans la moindre contradiction, ne serait-ce que dans les questions, de la part des intervieweurs, et surtout sans le moindre invité pro-Trump, dans le journal.

 

Le record ? Il a été atteint par le Matin dimanche, en pleine et perpétuelle guerre des sexes, qui ose titrer, sur toute la première page : « Un mâle au pouvoir ». Imaginez, en cas d’élection de Mme Clinton, un quelconque journal osant « Une femelle au pouvoir ». Assurément, un tel journal devrait, sous l’hystérie des huées, présenter des excuses sans tarder.

 

A l’heure où j’achève de rédiger ces lignes, dimanche 16.06h, c’est un week-end de honte pour la presse romande qui se termine. Cette presse, pendant les quatre ans qui viennent, va continuer de s’en prendre systématiquement, avec acharnement, à cet homme qu’elle ne peut tout simplement pas supporter. Il est impératif de l’équilibrer par l’émergence, puis la montée en puissance, d’une autre presse en Suisse romande. Qui, sans défendre systématiquement M. Trump, puisse illustrer les grands thèmes que sont, par exemple, le protectionnisme économique et la volonté très ferme de réguler les flux migratoires. Faute de ce contre-pouvoir, c’en est fini de la diversité d’expression, en Suisse romande.

 

Pascal Décaillet

 

 

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20/01/2017

Des usines rouillées, comme des pierres tombales

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Sur le vif - Vendredi 20.01.17 - 19.07h

 

Des phrases courtes. Une succession d’indépendantes, scandées, plutôt que l’organisation de principales et de subordonnées, sans doute l’effet Twitter. Un discours tourné vers le peuple, adressé directement au public, sans être lu, ni même peut-être appris par cœur.

 

J’en retiens « des usines rouillées, comme des pierres tombales », l’image est simple et puissante, elle appelle à refaire le tissu industriel du pays. J’en retiens « America first », la priorité au pays, le protectionnisme économique, « le retour des emplois », « le retour des frontières ».

 

Je pense surtout à une chose, incroyable : voilà bientôt un an qu’on nous parle de Donald Trump, et nous, le grand public européen, nous ne l’avons, au fond, entendu que deux fois s’exprimer en public : le jour de sa victoire, au matin du 9 novembre, et là, à l’instant, au Capitole. Nous avions vu des centaines de fois Mme Clinton, mais Trump, nous en ENTENDIONS PARLER, toujours en mal d’ailleurs, on ne nous laissait quasiment jamais le loisir de juger par nous-mêmes.

 

Mais l’essentiel n’est pas là. Il ne réside pas vraiment dans ce discours, qui résume les grandes orientations, protectionnistes et isolationnistes, dûment annoncées par le candidat dans sa campagne. L’essentiel, c’est que la cérémonie de passation de pouvoirs a eu lieu. Tout le monde y a joué son rôle, avec dignité. Emotion, pour un homme de ma génération, qui avait 18 ans à l’élection de Jimmy Carter (1976), de revoir le visage de cet homme, aujourd’hui âgé de 92 ans. Tous les anciens Présidents encore vivants étaient là, à l’exception, me semble-t-il, de George Bush Senior, 92 ans également.

 

Tout le monde était là, l’hymne fut magnifiquement chanté. M. Obama fut parfaitement digne. La transition s’est opérée, dans le plus parfait respect des règles que cette grande nation s’est données. L’ère Trump peut maintenant commencer. Elle sera ce qu’elle sera, je n’en puis rien préjuger, si ce n’est, comme vous le savez, que je suis favorable au protectionnisme économique, à la notion de frontière, à la priorité que chaque pays a le droit d’appliquer à ses résidents.

 

Pour le reste, nous verrons bien. Voilà, comme le furent tous ses prédécesseurs, un homme désormais en totale solitude face à son destin, et surtout face à celui de son pays. Ma très grande admiration pour l’Histoire américaine, mais non pour son impérialisme, m’amènera à juger chacun des actes du nouveau Président en fonction du sens politique profond que nous tenterons d’y décrypter. Et non sur ses qualités de danseur, ni de séducteur.

 

Quant à nous, Européens, entendez habitants du Vieux Continent, prenons nos destins en mains. L’Oncle Sam pourrait bien, dans les années qui viennent, avoir avant tout à s’occuper de ses « usines rouillées, comme des pierres tombales ».

 

Pascal Décaillet

 

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18/01/2017

On vote comme on veut !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.01.17

 

Je vais vous dire une chose : nous sommes des citoyennes et des citoyens libres. Adultes, vaccinés. La politique, c’est nous qui la faisons. Par l’exercice de la démocratie directe, ou en décidant qui nous voulons envoyer siéger dans les Conseils. Les conseillers municipaux, administratifs, les députés, les conseillers d’État, les conseillers nationaux et aux États, c’est nous qui les élisons. Nous sommes la clef de voûte, la pierre angulaire. De nous dépend le destin de nos représentants. Et, beaucoup plus important, celui de nos communes, de nos cantons, de notre Confédération. Ensemble, nous constituons un corps électoral, qu’on appelle, pour faire court, « le peuple ». Il faudrait dire, comme en grec : « le démos ». Entendez le peuple souverain, celui qui vote, qui décide.

 

Je me permets d’insister sur ces points, parce que nous sommes des citoyens, pas des sujets. Ce sont les élus qui ont des comptes à nous rendre, pas le contraire. Et j’encourage chacun d’entre vous à prendre intimement possession de cette parcelle – certes infime, individuellement, mais indivisible – de pouvoir qui est nôtre. Dans cet esprit, il convient de pousser un gros coup de colère face à certaines tonalités, de la part d’élus, pour nous intimer l’ordre de ce qu’il faut voter. Chacun de nous a certes le droit de tenter de convaincre le plus grand nombre. Mais il y a la manière. Ce qui ne passe pas, c’est de nous seriner, à longueur de campagne, sur tel ou tel sujet, qu’il faudrait à tout prix voter dans leur sens, sous prétexte qu’il n’y aurait pas de plan B.

 

Il s’agit bien sûr d’une imposture. Prenez RIE III, l’importante votation fédérale du 12 février prochain sur la réforme de l’imposition des entreprises. La majorité de la classe politique genevoise, qui veut à tout prix (à tort ou à raison) faire passer cette réforme, multiplie de façon vraiment lassante, et sans doute contre-productive, les allusions apocalyptiques en cas de non. Il faudrait à tout prix dire oui, sous peine de fin du monde. Rien qu’à cause de ce ton, certains risquent de voter non. Dans notre système suisse, où les gens sont rompus (beaucoup plus que chez nos voisins) à l’exercice de la démocratie directe, on ne réussira pas à convaincre les citoyens en leur posant un revolver sur la tempe.

 

Non, les Suissesses et les Suisses ont besoin d’arguments, d’intelligence, de respect, de confiance en leur capacité d’entendement. Depuis plus de trente ans, je couvre les campagnes politiques : chaque fois que l’on tente de forcer la main au citoyen, le résultat va en sens contraire. C’était valable le 6 décembre 1992, sur l’Espace économique européen (campagne que j’ai couverte d’un bout à l’autre du pays). Ou encore le 9 février 2014, sur l’immigration de masse. Pour ne prendre que deux exemples. Nous sommes des citoyens. Chacun d’entre nous a un passé, une vision du monde. Chacun est libre de décider comme il l’entend. Chacun vote comme il veut.

 

Pascal Décaillet

 

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17/01/2017

Elbe, 1972 : le chemin de lucidité

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Sur le vif - Mardi 17.01.17 - 16.20h

 

Adolescent, je passais tous mes étés en Allemagne. L’été 1972, je l’ai passé intégralement sur le Mur de Fer, chez un ancien combattant du Front de l’Est (22 juin 1941 – 8 mai 1945), qui me racontait tous les soirs la guerre en Russie. Lui et moi, dans une VW Coccinelle vert bouteille, nous avons parcouru des milliers de kilomètres en Allemagne du Nord, Basse-Saxe, Schleswig-Holstein, Hambourg, Brême, Lübeck. Régulièrement, nous nous rendions sur le « Sperrgürtel » de la ligne de démarcation, cette très large bande de miradors, barrages antichars, fils de fer barbelé, qui séparait l’Est de l’Ouest. Notre lieu de visite préféré était Bleckede, sur l’Elbe. C’est là, un jour, que nous avons rencontré Genscher, alors ministre fédéral de l’Intérieur de Willy Brandt, qui a conversé avec moi, et m’a signé un autographe, que je garde précieusement dans mon Tagebuch.

 

Je venais de fêter mes quatorze ans, j’avais déjà fait mes trois premières années secondaires, j’aimais passionnément l’Allemagne et la langue allemande, j’avais découvert Wagner l’année précédente, et vu le « Goetz de Berlichingen » de Goethe à Nuremberg (1971), je connaissais par cœur la Deuxième Guerre mondiale, j’allais à Bleckede, visiter le Mur, comme d’autres vont à la plage : j’adorais ça. Il faut imaginer la propagande de l’époque : nous étions en pleine Guerre froide, on nous présentait ce Mur de Fer comme l’ultime limite, le « limes » (au sens où l’entendait l’empereur romain Hadrien), avant l’autre monde, l’inconnu barbare, l’Empire communiste, celui du Mal.

 

Je n’en croyais rien. J’étais parfaitement conscient que nous n’étions ni sur le Dniepr, ni sur la Vistule, mais au cœur de l’Allemagne, même si ce Mur séparait officiellement deux pays allemands. Bleckede, l’Elbe, c’était simplement la frontière historique entre la Basse-Saxe et le Mecklenburg, donc entre le monde saxon et l’univers prussien. Une vraie ligne de fracture interne à l’Histoire des Allemagnes, beaucoup plus importante que d’avoir été, de 1949 à 1989, un segment du Mur de Fer. Les occupants anglo-américains et soviétiques sont partis, les réalités de la Vieille Allemagne demeurent, les faits sont têtus, les vraies frontières, coriaces.

 

A l’âge de 14 ans, je n’imaginais pas que les Allemagnes se réuniraient un jour (ce fut le cas 17 ans plus tard, en 1989, 1990), mais j’étais parfaitement conscient de me trouver, non pas à la « limite du monde libre » (je n’ai jamais accepté cette expression de propagande américaine), mais au cœur de l’équation historique allemande. Non seulement je n’avais rien contre la DDR, dont nous regardions tous les soirs les émissions, mais je me méfiais du dénigrement systématique de ce pays, autour de moi. Plus tard, j’ai lu les auteurs de la DDR, parmi lesquels certains des plus grands de la littérature allemande : Christa Wolf, Heiner Müller. Jamais, de toute ma vie, tout en étant évidemment critique sur le régime, et le rôle de la police politique, je n’ai porté de jugement à l’emporte-pièce sur ce pays, où je me suis évidemment rendu. Mon rapport à la DDR pourrait même faire, un jour, l’objet d’un livre.

 

On parle toujours du Mur de Berlin, ville que je n’aime pas trop, mais pas des milliers de kilomètres de la ligne de démarcation, entre les deux Allemagnes. Soyons clairs : ces quarante ans de frontière interne étaient aussi artificiels que la ligne entre Zone occupée en Zone libre, entre juin 1940 et novembre 1942, au cœur de la France. Juste une frontière dessinée par les vainqueurs, froide, administrative, avec ses tonnes de barbelés. Je n’ai jamais cru, une seule seconde, à la thèse de la frontière entre le Bien et le Mal, le « monde libre » du beau gosse Kennedy face à la grisaille communiste. J’y voyais simplement ce qu’il fallait y voir : le résultat d’un rapport de forces, d’une défaite militaire, sans dimension morale ni théologique.

 

Ces voyages à Bleckede, tout près d’où nous habitions, ont contribué à forger ma vision des rapports politiques. Méfiance viscérale face aux apparences, aux discours de propagande. Observation du terrain. Entretien avec les témoins. Étude passionnée de l’Histoire. C’est le début, j’en suis intimement persuadé, du chemin de lucidité.

 

Pascal Décaillet

 

 

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13/01/2017

Quelques questions autour de la Pologne

 

Sur le vif - Vendredi 13.01.17 - 16.47h

 

En lecture historique et stratégique des événements, il ne faut pas trop écouter ce que racontent les politiques, mais juger de l'état des forces, l'état du terrain. Suite à la décision américaine, hier, de déployer des blindés en Pologne, quelques remarques s'imposent :

 

1) Barack Obama sait parfaitement que les quelques blindés américains ne seraient d'aucun poids, en cas de conflit conventionnel, face aux divisions russes bien implantées dans la région, depuis l'hiver 1944-1945. Il ne faut pas s'imaginer que ces divisions ont disparu. Les Russes connaissent parfaitement le terrain, depuis au moins deux siècles, les Américains pas du tout.

 

2) Il existe une autre nation qui "connaît le terrain". Elle est aussi voisine de la Pologne, de l'autre côté, et s'appelle l'Allemagne. De nos jours, elle ne manifeste assurément aucune intention belliqueuse sur ses Marches orientales. Mais demain ? Après-demain ? Dans cinquante ans, cent ans? Depuis des années, j'écris que la question des frontières orientales de l'Allemagne n'est pas réglée.

 

3) Cette nation, l'Allemagne, est très doucement, très discrètement, sans faire le moindre bruit, depuis 1989, en train de se réarmer. Aujourd'hui, cela se fait encore dans le cadre de l'OTAN. Mais combien de temps "l'OTAN" va-t-elle tenir en Europe ? Le Président américain élu, Donald Trump, qui entre en fonction dans une semaine, multiplie les signes de repli et de rapatriement de tout ce qui a été engagé militairement sur le continent européen, depuis le 6 juin 1944.

 

4) Le jour où, par hypothèse, les Américains auraient quitté le continent européen, l'ensemble des armements lourds patiemment créés par les Allemands, de façon redoublée depuis 1989, dans le domaine des blindés, de l'aviation et même (tout récemment) de la Kriegsmarine (3 bâtiments, flambant neufs, commandés, dans l'indifférence générale, l'automne dernier), tout cela restera à disposition, sur le terrain européen. A disposition de qui ? Non plus de "l'OTAN", mais de l'Allemagne. La bonne vieille puissance militaire allemande, entamée sous Frédéric II, poursuivie sans relâche par Bismarck, par le Troisième Reich, et... par la Bundeswehr, sous couvert de participation aux forces atlantiques. Remarquable continuité, que la terrible défaite de 1945 a moins touchée qu'on ne pourrait croire. Avec quel matériel pensez-vous que la petite Bundeswehr, autorisée par le Grundgesetz (Loi fondamentale) de 1949, a commencé à se reconstruire ? Réponse : avec celui de la Wehrmacht, de même que l'encadrement en a été confié aux officiers de cette dernière, y compris d'anciens officiers supérieurs et généraux de la Waffen SS. Pourquoi ces réalités-là, parfaitement connues des historiens, ne sont-elles pas enseignées dans les écoles ?

 

5) Là où Obama joue avec le feu, outre qu'il offre un cadeau empoisonné à son successeur, c'est qu'il accentue inutilement une tension géostratégique sur une ligne de front qui n'est autre qu'une poudrière. Il vient y semer l'esprit de guerre, alors que les Américains pourraient être amenés à se retirer, dans les années qui viennent, du théâtre d'opérations européen. Mais la tension restera. Et un autre acteur stratégique majeur, totalement invisible aujourd'hui dans l'opinion publique, demeurera. Première puissance économique d'Europe. Première puissance démographique. Et bientôt (cela dépend de la France), première puissance militaire. Cette Allemagne, je le réaffirme, est aujourd'hui un grand État démocratique, dépourvu d'intentions de guerre sur ses frontières orientales. Mais dans cinquante ans, cent ans ? Comment va évoluer, par exemple, sa cohésion sociale interne, élément capital depuis Bismarck ?

 

Lorsque les Américains se seront retirés d'Europe (si cela se produit), la situation d'avant 1945 se décongèlera. Et nous pourrions bien retrouver, sur notre vieux continent, des lignes de front beaucoup plus classiques - comme nous les avons retrouvées dans les Balkans, entre 1991 et 1999 - que la lecture manichéenne de la Guerre froide, avec un monde coupé en deux, les gentils d'un côté, les méchants de l'autre. L'Histoire est coriace, férocement. Je vous invite donc tous à vous renseigner au maximum sur l'état des forces, la nature du terrain, les antécédents historiques, sur la question polonaise. Une poudrière, oui, à deux pas de chez nous.

 

Pascal Décaillet

 

 

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12/01/2017

Loin, les sondages !

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Commentaire publié dans GHI - 11.01.17

 

Ils nous ont annoncé l’élection de Jospin en 1995, puis à nouveau celle de Jospin en 2002, puis la victoire de Juppé aux primaires de la droite en 2016, sans compter celle – éclatante – de Mme Clinton à la présidentielle américaine. Ou encore, la défaite du Brexit, le 23 juin 2016. En Suisse, ils n’ont rien vu venir lors du vote du 9 février 2014, sur l’immigration de masse. Brillants, les sondages politiques.

 

Brillants, et surtout totalement inutiles. Juste bons à faire vivre les instituts qui les sécrètent, et les médias qui passent des partenariats avec eux. De plus en plus à côté de la plaque. Décalés, face au réel. « Cela n’est qu’une photographie de l’instant », s’excusent-ils. Mais diable, qui d’entre nous a besoin de la moindre de ces « photographies » ?

 

Je plaide ici pour une interdiction des sondages politiques en période de votations ou d’élections, en Suisse. Nous n’avons nulle nécessité de ces projections, au demeurant de plus en plus fausses. Dans notre démocratie, le seul sondage qui vaille, c’est celui, grandeur nature, du jour de l’élection, ou de la votation. Le reste, c’est du vent. Du brassage.

 

Citoyennes et citoyens, constituant ensemble le souverain de notre pays, nous n’avons nul besoin de ces « photographies » intermédiaires de campagne. Nous avons besoin de connaître les dossiers. Débattre, entre nous, et pourquoi pas avec vivacité. Nous engueuler, fraternellement. Et prendre acte, ensemble, du résultat, un beau dimanche. Le reste, c’est de l’intox. Nous n’en voulons pas.

 

Pascal Décaillet

 

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11/01/2017

Obama danse comme un dieu - Et alors ?

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.01.17

 

Le 20 janvier, s’achèveront huit années de l’Histoire américaine. Dans la traditionnelle cérémonie de passation de pouvoirs, Donald Trump succédera à Barack Obama. Au moment du bilan du Président sortant, il est particulièrement savoureux de se remettre à parcourir le chœur d’éloges et de dithyrambes de nos puissants éditorialistes, au moment de sa première élection, en novembre 2008. Un Messie nous était donné. La face du monde allait changer de couleur. Un avenir radieux nous était promis. Un monde nouveau, enfin débarrassé du tragique de l’Histoire.

 

Le résultat, on le connaît : M. Obama a fait ce qu’il a pu. Il n’a peut-être pas été un mauvais Président, le pire ayant sans doute été atteint par son prédécesseur. Mais enfin, il faut le dire haut et fort, il n’a pas non plus été bon. Sur la scène internationale, entre prudence et attentisme, on a surtout eu l’impression d’un homme soucieux, avant tout, de ne pas trop prendre de risques, pour ménager son image face à l’Histoire. Sur le théâtre du Proche Orient, notamment syrien, l’inaction de M. Obama s’est révélée tragique. Il ne faut pas s’étonner, dans ces conditions, que l’autre grande puissance mondiale, la Russie, soit devenue arbitre et souveraine en cette partie du monde.

 

Bref, un Président moyen. Dont l’Histoire jugera les bons et les mauvais aspects. Le problème, ça n’est pas tellement M. Obama : il a fait son possible. Mais des journalistes professionnels, des éditorialistes, des commentateurs de l’action politique, des gens dont la qualité première doit être l’esprit critique, ou la distance face à l’image fabriquée par le pouvoir, qui, pendant huit ans, et jusqu’à aujourd’hui, sont à ce point tombés dans le piège de l’icône. En Suisse romande, les penseurs les plus autorisés de la presse lausannoise, encore le 8 janvier dans le Matin dimanche, nous annoncent que nous allons « regretter » M. Obama. Ah bon, pourquoi ? Mais parce qu’il est beau, pardi, élégant, félin, magnifique danseur. Rend-on hommage à Fred Astaire, ou à un homme politique ?

 

Surtout, c’est quoi, cette manière d’analyser l’action d’un politique ? Sommes-nous dans Gala ? Dans Points de vue et images du monde ? Dans un magazine pour salons de coiffure ? La moindre des choses, quand on prétend commenter la politique, c’est justement de se méfier de l’image. Démonter le mécanisme de création d’une idole. Avec tout ce qu’elle peut avoir d’enrobant, d’édulcorant, d’anesthésiant. Lire, dans le Matin dimanche, la politologue Nicole Bacharan, s’extasier face au « trot » du président, sa « souplesse », sa « classe sexy » quand il descend d’avion, mais où sommes-nous ? Dans quelle presse, quel journal ? Quid de l’Ukraine ? Quid de la Syrie ? Quid de ses lacunes en politique internationale ? Quid de l’endettement abyssal des États-Unis, pour longtemps débiteurs des banques chinoises ? Consœurs, confrères, de grâce, un minimum de sens critique : la pâmoison face au danseur félidé, laissons cela aux groupies.

 

Pascal Décaillet

 

 

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08/01/2017

L'homme-dieu, ça fatigue

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Huit ans et deux mois après, je republie le commentaire "L'homme-dieu, ça fatigue", paru ici même, sur mon blog, le 6 novembre 2008, lendemain de la première élection de Barack Obama.

 

A ce niveau-là, ça ne ruisselle plus, ça dégouline. L’omniprésence, sans le moindre bémol, dans la presse romande, les blogs, chez les rédacteurs en chef, de la figure d’Obama en Sauveur, en Rédempteur, en Recommenceur de la vie, a quelque chose qui devient déjà pénible à supporter. Non que l’homme soit dépourvu d’éminentes qualités. Non que sa victoire ne soit pas éclatante, ni qu’elle ne marque un tournant évident, après huit années plombées de médiocrité. Mais une telle unanimité, comme en sectaires pâmoisons, parfois jusqu’à l’hagiographie, dans une profession comme le journalisme où le doute et la discordance devraient tout de même avoir une certaine place, il y a quelque chose qui aiguise l’étonnement.

 

Il n’est pas question ici des foules, qui sont ce que par nature elles sont, invasives et adhérentes comme laves volcaniques. Pas question, non plus, de cette part de rêve et de candeur qui, à différents niveaux, nous habite tous, nous brandit comme un calice l’idée du progrès, nous fait croire au salut par la seule apparition d’un homme nouveau. Comme si l’Histoire était autre chose que tragique, comme si elle était pétrie d’une autre argile que l’archaïque noirceur de nos pulsions de pouvoir, de domination, celles d’Obama comme de Kennedy, de Nixon. C’est à leur capacité à relever les défis de leur temps – et à défendre les intérêts profonds de leur pays – que le temps jugera ces hommes-là. Pas à la part de morale projetée par les foules. Ni à celle de l’éblouissement devant un physique, la symbolique d’une couleur de peau, les capacités rhétoriques, l’habileté de campagne pour actionner la machine à fabriquer des rêves. Que tout cela ait pu, peut-être, relever d’un immense artifice (certes génialement construit, orchestré et mis en scène) ne semble pas, pour l’heure, un thème.

 

A partir de là, Obama sera peut-être un grand président. Et puis, peut-être pas. Nul ne le sait. Après quelques mois d’état de grâce, il prendra ses première décisions difficiles, aura à faire la guerre, se salir les mains, se rendre impopulaire, décevoir, bref faire de la politique. C’est sur ce travail-là qu’il faudra apprécier son œuvre et sa trace, à cette aune-là, celle des réalités, de l’inévitable moisissure des choses du pouvoir, au mieux fermentation, mais où le risque du miasme n’est jamais très loin. Après les rêves de campagne, voici venu le temps du pouvoir. Ancré dans la nature humaine, qui n’est pas exactement celle des anges. Disons, un peu moins volatile. Et un peu plus accrochée aux entrailles de la terre.

 

 
Pascal Décaillet

 

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06/01/2017

Mon soutien à Christophe Darbellay

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Sur le vif - Vendredi 06.01.17 - Jour des Rois - 17.17h

 

Certains voudront y voir une filiation commune dans l’ordre de la Dranse, ou une fascination partagée pour la verticalité glissante des pentes du Catogne. Qu’ils y voient ce qu’ils veulent. D’autres relèveront une complicité dans l’amour du pays physique, ce Valais des sentiers, des sources, de la lumière qui scintille sur chaque pierre, dans chaque âme, chaque cœur. Culture commune, oui. Souches, c’est sûr. Horizons reconnaissables, montagnes nommées, cols, et jusqu’à d’insoupçonnés ruisseaux de montagne, aux patronymes divinatoires.

 

Il y a de cela, certes. La politique est chose complexe, où le rationnel, sans rémission, le dispute à l’affectif. En Valais, j’ai mes racines. Je ne les oublie jamais. Telle vallée, entre les monts, me sera pour toujours maternelle. Telle autre, où le Trient rencontre l’Eau Noire, paternelle. L’Histoire du Valais, en tout cas depuis 1798, je l’ai en moi.

 

Je connais Christophe Darbellay depuis une petite vingtaine d’années. Je l’avais reçu en radio, la toute première fois, à Forum, alors qu’il était numéro deux de l’Office fédéral de l’Agriculture. Très vite, j’ai compris qu’il irait loin. Par son intelligence. Mais aussi, par la rapidité de l’instinct. Depuis longtemps, je connaissais son oncle Vital, un homme admirable, tellement chaleureux, qui présidait le groupe PDC du National quand j’étais correspondant politique à Berne. Vital Darbellay : la sève et le sourire du christianisme social, comme si Rerum Novarum (1891) s’incarnait, renaissant de la poussière. Christophe vient de ce monde-là, c’est important. Cette origine indique d’autres priorités, d’autres références, d’autres valeurs, que la seule arrogance du pouvoir.

 

D’aucuns me disent : « Pourquoi soutiens-tu Darbellay, tu es plus à droite que lui, tu as condamné publiquement (dans l’édito du Nouvelliste) son comportement face à Blocher, en décembre 2007 ? ». Ils ont raison de me poser cette question, je les comprends. Il est vrai que l’ensemble de mes adhésions politiques, constamment réaffirmées, lutte pour la souveraineté du pays, soutien à l’initiative du 9 février 2014, volonté de réguler fermement les flux migratoires, combat pour le protectionnisme, principalement en matière agricole, tout cela me rapproche rationnellement plus de l’UDC que la ductilité du Flandrin des Glaciers.

 

Mais voilà, la politique transcende souvent le périmètre du rationnel. Je ne connais pas personnellement M. Voide, n’ai strictement rien contre lui, ai même entendu qu’il avait fort bien présidé le Grand Conseil, et lui reconnais le droit de tenter sa chance. Mais la méthode, allez disons-le comme cela, ne m’inspire que modérément. J’aime les hommes seuls. J’aime ceux qu’on attaque. J’aime, en chacun de nous, l’ultime carré de fierté face à la mitraille adverse. Voilà pourquoi, étant moi-même fort seul en décembre 2007, j’avais attaqué Darbellay, dans l’affaire Blocher, sur une question de positionnement politique, je n’en renie rien. Voilà pourquoi, aussi, je ne l’ai jamais attaqué sur d’autres terrains, préférant le silence à la meute boulevardière.

 

Le corps électoral valaisan, en mars, choisira-t-il M. Darbellay ou M. Voide ? Je n’en sais rien. Mais j’apporte ici mon soutien au premier des deux, non contre le second, mais parce qu’il me semble que la politique valaisanne, dans cette élection, dispose d’une occasion unique de conduire aux affaires une génération nouvelle. Des hommes qui, avant de se présenter à Sion, ont joué un rôle important à Berne. Le Valais ne pourra que bénéficier de leurs réseaux, de leurs connaissances des arcanes nationales. Dans ces hommes, il y a depuis quatre ans Oskar Freysinger. Il pourrait y avoir, cette année, Christophe Darbellay et/ou Stéphane Rossini. Génération nouvelle, oui, professionnalisée par l’ascèse à la politique fédérale.

 

Comme vous le savez, il m’est arrivé naguère de faire un peu de radio. J’ai lancé, il y a seize ans, la formule actuelle de Forum, une heure entière avec des invités en direct et plusieurs débats, ancrés dans l’actualité du jour. J’ai produit et dirigé cette émission pendant un peu plus de cinq ans. C’était une époque héroïque, où nous lancions sur les ondes, en tout premier, ceux qui allaient faire la politique suisse, dans les années suivantes. Pierre-Yves Maillard, Pierre Maudet, Christophe Darbellay, Oskar Freysinger. Nous n’étions pas, à l’époque, des repreneurs d’informations, nous en étions plutôt les créateurs, à la source. J’ai vu arriver Darbellay au National, en 2003, j’ai vu à quelle vitesse il a pris l’ascendant, je l’ai vu conquérir, puis tenir une décennie le parti. Franchement, au-delà des positions idéologiques, j’étais soufflé par l’animal politique. Je le suis encore.

 

A partir de là, le corps électoral valaisan fera ce qu’il voudra. Et son choix devra être respecté. Mais j’ai tenu, publiquement, à affirmer ici un soutien. Il va à l’homme d’expérience, d’intelligence, et surtout d’un rare instinct. Il va, surtout, à l’homme tout court, pour lequel je n’ai jamais caché ma sympathie. D’aucuns me maudiront d’avoir commis ces lignes. D’autres s’en réjouiront. Cela m’est égal. Je n’écris ni pour plaire, ni pour caresser l’opinion. J’ai des choses à dire, je les dis, c’est tout. Bonne chance au Valais : ce canton d’exception n’a pas fini d’étonner le reste de la Suisse.

 

Pascal Décaillet

 

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05/01/2017

Les aveugles en chemise blanche

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Sur le vif - Jeudi 05.01.16 - 12.39h

 

Nos beaux esprits, qui ont cassé du Serbe pendant toutes les années 1990, et passé une décennie à émettre des jugements à l'emporte-pièce, sans rien connaître à la complexité des Balkans, ni à leur Histoire, auront-ils le loisir de se pencher sur le procès de cet adorable ancien Premier Ministre kosovar, accusé des pires exactions sur des Serbes au moment où il était actif dans "l'Armée de libération du Kosovo", dont tout le monde connaît l'infinie douceur, notamment en matière de trafic d'organes ?

 

Comme le rappelle à l'instant Alain Franco, à la RSR, lors du premier procès de cet individu, peu après les événements, Carla del Ponte avait eu toutes les peines du monde à réunir des preuves contre lui, les services américains ayant tout fait pour éliminer les traces. De nombreux témoins à charge avaient été purement et simplement éliminés. Il fallait accréditer l'idée que le Bien était du côté kosovar, le Mal du côté serbe. Image construite, imposée, par les Américains et les Allemands, gobée avec jouissance et avidité par nos chers intellectuels, eux dont la distance critique devrait justement être le fleuron.

 

Eh oui, les guerres balkaniques des années 1990-2000, que pour ma part j'ai suivies de très près, m'étant rendu sur place et ayant accumulé documents et témoignages, c'était aussi cela. Mais personne n'en parle, ou si peu.

 

L'Histoire de ces guerres demeure totalement à écrire. Pendant dix ans, nos braves intellectuels parisiens, relayés par quelques perruches romandes, n'y ont vu que du feu. Désignant d'emblée, dès l'automne 1990, le coupable et les victimes, le méchant et les gentils, ne voulant décrypter les évènements que par le prisme des "droits de l'homme", refusant de prendre en compte la complexité de l'Histoire balkanique, ainsi que (par exemple) le rôle des services secrets allemands de ce cher M. Kohl, dans l'affaire du Kosovo, et plus généralement dans le démembrement de la Yougoslavie, ces beaux esprits ont fait preuve de l'une des plus grandes cécités de l'Histoire européenne de l'après-guerre.

 

Ils n'ont rien vu. Ni le jeu des Allemands. Ni celui des Américains. Ils ont applaudi, béats, au bombardement de Belgrade, en avril 1999, alors même qu'Helmut Schmidt, ancien Chancelier d'Allemagne fédérale, répondant le jour même à mes questions dans son bureau de Hambourg, les condamnait vivement.

 

Quand je dis que 2017 doit être l'année de la lucidité, c'est contre cet immense cortège d'aveugles en chemises blanc lustré, s'avançant dans un noir d'ébène en psalmodiant la morale, que je veux, plus que jamais, rétablir - là où j'ai les connaissances nécessaires - la vérité des faits.

 

Non pour "réinforner", ce mot nouveau m'insupporte. Mais pour informer, tout simplement.

 

Pascal Décaillet

 

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04/01/2017

Que 2017 soit l'année de la lucidité !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.01.16

 

Du Brexit à l’élection de Donald Trump, en passant par le 9 février 2014, nos belles âmes ne cessent de se repentir : « Nous n’avons rien vu venir ». Que font-elles ? Elles passent leur temps à proclamer leur cécité. Comme si être aveugle était leur nature, inéluctable. Une fois de plus, elles se trompent. En politique, nul n’est certes devin. Mais passer totalement à côté du réel ne relève pas d’une fatalité. Pour lire, décrypter les enjeux, il existe des outils. Pas ceux de la compassion. Ni de la morale. Non.  La lente, patiente, observation du réel, sur de longues années, parfois des décennies, la lecture de milliers de livres d’Histoire, la fréquentation des archives et des témoignages. Cela exige assurément un certain effort, peut-être même une vie d’ascèse. Dans cet ordre d’action, comme dans celui de l’écriture, il ne faut pas être paresseux.

 

Des horreurs, dans ce monde, il y en a. Il y en eut, il y en aura toujours. Le principe de la guerre, avec tout ce qu’il a de mortifère, dévastateur, avec son lot de violences extrêmes, est profondément ancré dans l’espèce humaine. Je doute, pour ma part, qu’on puisse jamais l’éradiquer. De Stalingrad à Alep, de Coventry à Dresde, il y aura toujours des civils sous les bombes, des innocents massacrés, comme dans les Ecritures, et comme « Les Tragiques », ce chef d’œuvre d’Agrippa d’Aubigné, qui nous raconte, en vers, les Guerres de Religion, et notamment la journée sanglante de la Saint-Barthélemy, ce 24 août 1572, où les protestants de France, sous le règne de Charles IX, furent massacrés dans d’atroces souffrances. A l’époque, il n’y avait ni radio, ni télévision, ni même des journaux, ni réseaux sociaux. Mais il y eut le regard de ce grand poète, Théodore Agrippa d’Aubigné, mort à Genève le 9 mai 1630. Comme la Guerre de Troie eut Homère, les Guerres de Religion eurent Agrippa.

 

C’est de cela que nous avons besoin : le regard. Nous n’avons pas le génie du poète, ni celui du romancier, mais il n’est interdit à personne d’entre nous de s’intéresser à la marche du monde. Ce travail, immense et passionnant, ne passe pas par des leçons de morale, mais par l’observation du réel. Je n’invite pas ici au cynisme, fût-il celui, génial, d’un Machiavel, non, nous avons tous le droit de nous émouvoir. Mais je ne pense pas que l’émotion doive primer sur l’impérieuse nécessité de compréhension. Cette dernière implique de s’intéresser à toutes les parties présentes dans des conflits, y compris celles que l’on juge coupables. Elle exige surtout, pays par pays, région par région, une intense plongée dans l’Histoire : que comprendre de l’affaire syrienne, si complexe, sans s’instruire sur le morcellement confessionnel, l’héritage colonial, les rivalités de clans, de tribus, le poids des grandes puissances de la région, comme la Perse, ou la Turquie ? Dans cette optique, j’invite chaque lectrice, chaque lecteur, à ouvrir des livres d’Histoire, en lire cent avant d’émettre le premier jugement. Que 2017 soit l’année de la lucidité ! Je vous la souhaite, à tous, chaleureuse et riche de découvertes.

 

Pascal Décaillet

 

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