01/02/2017

L'éternité du monde

arton7812.jpg?1317844692 

Sur le vif - Mercredi 01.02.17 - 08.56h

 

En politique, je ne crois pas à l'homme nouveau. Je ne veux pas y croire. Il ne m'intéresse pas.

 

J'aime, au contraire, l'homme ancien. Avec un passé, des cicatrices, des souffrances, une histoire. L'homme qu'on aurait déjà aimé, naguère, puis détesté. Il aurait dû se battre, défricher le chemin d'initiation dans une épaisse forêt, hostile. Ça laisse des traces, ça salit les mains, ça expose à la tentation, ça s'appelle la vie.

 

C'est pour cela que j'étais pour François Mitterrand, en 1981. Il avait été, après l'Observatoire (1959), l'homme le plus haï de France. Pendant des années, au fond jusqu'en 1964, il avait été un homme totalement seul. Il avait tenu la ligne, continué le combat.

 

J'aime ça. 22 ans après l'Observatoire, après deux échecs à la présidentielle (65, 74), le 10 mai 1981, il parvenait au pouvoir suprême. Il avait 65 ans, et avait été traité sept ans plus tôt (1974) "d'homme du passé" par Giscard.

 

De même, en juin 1958, j'aurais tout donné pour voir revenir Charles de Gaulle, après douze ans et quatre mois de traversée du désert. Mais en juin 1958, faute d'assister à une résurrection, je naissais. Dans le désordre et le fracas du monde, on fait ce qu'on peut.

 

J'aime les hommes du passé. J'aime les revenants, les archaïsmes, la poussière des archives, le parfum de tombeau des vieux livres, le son des instruments anciens, les traces de l'Histoire.

 

Je n'aime pas les hommes nouveaux, les candidats aux dents blanches. D'ailleurs, aucun homme n'est nouveau. Chacun de nous, complexe et multiple, porte en soi l'éternité du monde.

 

Pascal Décaillet

 

16:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Un beau soir l’avenir s’appelle le passé.

C’est alors qu’on se tourne et qu’on voit sa jeunesse.

Aragon

Écrit par : Aragon | 01/02/2017

Bonjour Monsieur Décaillet qu'il fait bon lire un texte reliant tous les anciens à notre génération
Pouvoir se remémorer le passé est une cure de jouvence .On ne se sent jamais aussi jeune qu'après avoir partagé des souvenirs durables avec d'autres
Ce monde d'hommes manque à beaucoup je pense aux nombreuses confréries masculines et non religieuses qui avaient à cœur de voler au secours des plus démunis
Mais ces confréries avaient un avantage qui a disparu ,à notre époque tout e monde connaissait tout le monde et ce même d'un canton à un autre
Les gens n'avaient pas besoin d'un écran ou d'un natel pour cacher leur vraie personnalité
Alors merci et bonne journée

Écrit par : lovejoie | 02/02/2017

"il avait tenu sa ligne..." drôle de ligne en effet qui n'a visé qu'à la conquête d'un pouvoir que les institutions - qu'il n'avait cesse de critiquer - lui ont offert sur un plateau et dont il a usé et abusé pour éliminer, dénigrer , détruire ceux qui l'entouraient. Autant j'admire votre culture politique et vos analyses souvent fort pertinentes autant je ne comprendrai jamais votre admiration illimitée pour un tricheur professionnel qui aura berné pratiquement tout le monde. A propos de passé, est-ce le F.M. de la francisque qui vous fascine ? c'est vrai qu'il était profondément de droite. Et puis, tout coule , rien n'est jamais vraiment la même chose. Au germaniste émérite que vous êtes j'adresse cette pensée de Goethe "Ecrire l'histoire est une façon comme une autre de se libérer du passé".... et l'histoire est parfois écrite par des hommes nouveaux.

Écrit par : uranus2011 | 02/02/2017

Il y a comme le cours de l'histoire, le cours du fleuve.
S'inscrire dans l'histoire, c'est comme s'inscrire dans le fleuve.
Sans la force éternellement renouvelée sa source, le fleuve n'existe plus.
Sans la force éternellement renouvelée de sa jeunesse, l'homme n'existe plus.
Sans l'apport de ses nombreux affluents, le fleuve s'appauvrit.
Sans l'influence de ses multiples cultures, l'homme s'appauvrit.
Comme le fleuve devenu puissant, l'homme devenu roi ou président finit sa course dans la mer, le rendez-vous de tous les fleuves, de toutes les cultures.
Toujours nouvelle, l'eau du fleuve n'existe que dans la durée de son histoire.
L'homme nouveau n'existe que dans la durée de sa mémoire...

Écrit par : Philippe Le Bé | 04/02/2017

Les commentaires sont fermés.