18/02/2017

Faîtière arrogante et lustrée

 

Sur le vif - Samedi 18.02.17 - 11.13h

 

La première chose que je ne supporte pas, dans EconomieSuisse, c'est ce nom. Il s'agit du patronat, voire du grand patronat de ce pays. Pourquoi ne s'intitulent-ils pas "Grand patronat suisse", ou un truc du genre, un peu franc du collier, au lieu de s'approprier le mot "économie" ? Le plus modeste des salariés, ou des petits entrepreneurs, ou des apprentis-fromagers, la moins bien payée des caissières participent tout autant à "l'économie" que la faîtière des grands patrons. Il y participent bien plus, assurément, que les apparatchiks salariés propagandistes de cette faîtière.

 

La deuxième chose que je n'aime pas dans EconomieSuisse, après leur lamentable défaite de dimanche, c'est qu'ils recommencent à nous mettre le couteau sous la gorge en disant qu'il faut une nouvelle réforme de la fiscalité des entreprises, "le plus vite possible". Non Madame, la Suisse prendra le temps qu'il faudra, et vos histoires d'OCDE et de listes noires ne nous impressionnent pas.

 

La troisième chose que je déteste dans EconomieSuisse, c'est le libellé lui-même de ce nom, cette raison sociale qui ne correspond à aucune grammaire, aucune orthographe, pourtant servilement reprise par les journalistes économiques, les mêmes qui disent "UBS" ou "Crédit Suisse", sans l'article : esclaves de l'effet marketing d'un logo ! Depuis quand n'y aurait-il pas d'espace entre un nom et un adjectif ? Depuis quand l'adjectif prend-il une majuscule ? On se croirait sorti, tout frais et tout sonore encore, tout ébaubi, tout abruti, de l’École de Mme Vallaud-Belkacem.

 

Bref, Mesdames et Messieurs de cette faîtière arrogante et lustrée, vous avez pas mal de chemin devant vous pour reconquérir un peu de crédit auprès du peuple suisse.

 

Pascal Décaillet

 

14:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Tout ça m'énerve autant que vous. C'est évidemment la détestable influence américaine, qui se diffuse à travers les grandes banques : l'UBS et le Crédit Suisse (vous avez bien raison d'insister sur l'importance de l'article) qui ne sont plus des banques suisses mais des banques américaines.

On a pu voir là l'insuffisance (et la suffisance) des élites économiques de notre pays. Si on avait voulu garder une place financière suisse et le secret bancaire, il ne fallait pas aller marcher sur les platebandes de la haute finance américaine. Il aurait fallu prévoir que, le rapport de forçe politique entre les deux pays étant ce qu'il est, c'était dangereux. L'UBS et le CS faisaient la moitié de leurs affaires aux Etats-Unis. Elles étaient devenues des concurrentes réelles, et redoutables, pour J. P Morgan, Citibank, mais aussi pour Goldman Sachs, etc. Elles étaient vulnérables car les autorités américaines pouvaient à tout moment les condamner à mort en leur retirant l'agrément. Attention, je ne vais pas vous infliger le petit laïus moralisant habituel sur le fait d'avoir viole les lois, favorise l'évasion fiscale, etc. Ca c'était parfaitement légal, en Suisse, et conforme aux traditions helvétiques de protection des particuliers contre les vols du fisc. C'est comme ça que ça marche depuis que Genève a été le refuge des épargnants français persécutés par la gabelle, c'est à dire depuis au moins Louis XIV. Il était parfaitement légitime d'étendre ce service humanitaire jusqu'au nouveau monde. Le problème n'était pas là. Il consistait dans le fait d'avoir eu des succursales, pratiquant les affaires commerciales à grande échelle, dans le même pays (les USA) dans lequel on pratiquait l'aide à l'évasion fiscale. Forcément on s'exposait à des rétorsions. Les banquiers privés l'avaient bien compris, eux qui n'avaient jamais de succursales dans les pays de leurs clients.

Il aurait fallu que la Suisse, dans l'intérêt de ses banques, impose une loi interdisant aux établissements actifs dans la gestion de fortune d'opérer a l'étranger. Ainsi l'UBS et le Crédit Suisse auraient pu continuer à faire de grandes affaires de crédit en Amérique, mais elles auraient dû se séparer de leur activité de gestion de fortune, qui aurait été pratiquée par des établissements indépendants, n'ayant des bureaux qu'en Suisse. Ainsi le gouvernement américain, s'il se plaignait que ses contribuables échappent au fisc US en ayant des comptes en Suisse, ces comptes n'ayant pas ouvert dans un établissement actif sur le territoire US, il n'aurait pas été possible de faire chanter l'UBS et le CS, et par conséquent le Conseil fédéral et toute la Suisse officielle.

Mais voilà, on n'a pas eu cette lucidité. On a continué à se jeter allègrement dans la gueule du loup. D'ailleurs si on avait proposé la mesure que je suggère, on peut etre sur qu'elle aurait été refusée par le lobby des banques.

Les Américains ont planifié leur guerre contre la Suisse et l'ont menée impitoyablement contre un adversaire qui n'avait aucune stratégie. Ils ont même pu profiter des bourdes d'idiots utiles comme Marcel Ospel, et d'autres. Ca a commencé sous le prétexte hypocrite de "l'affaire des fonds juifs", imparable comme couverture morale pour un acte vicieux de guerre économique. Et ca s'est terminé tout récemment par la capitulation sans condition de la Suisse, qui s'est complètement sabordée et a même accepté l'échange automatique d'informations.

Depuis que nous avons perdu cette guerre l'UBS et le CS sont devenues des banques américaines et des chevaux de Troie de l'impérialisme américain dans notre pays. C'est pourquoi on dit leur nom en américain, sans article, et c'est pourquoi on prononce Youbéesse, et c'est pourquoi il y a cette arrogance du business, qui elle aussi est américaine.

Jean Ziegler avait raison quand il nous disait que ce sont les grandes banques, et non le parlement ni le Conseil fédéral, qui dirigent la Suisse. On aurait pu penser que si c'était vrai la Suisse se serait battue pour défendre son secret bancaire. Et pourtant Jean Ziegler avait raison quand même. Ce sont les grandes banques, usant de leur pouvoir, qui ont exigé, et obtenu, qu'on se couche devant l'Amérique. Il est vrai que Jean Ziegler n'a pas à se vanter dans cette affaire, car le plus grand auxiliaire de l'impérialisme yankee contre notre pays, c'est bien lui, avec tous ces livres qu'il a écrit contre les banques et qui ont donné tant d'armes et tant de munitions de propagande a l'ennemi, dans cette guerre que nous avons perdue.

Écrit par : Rodolphe Toepffer | 18/02/2017

Pour la raison sociale ECONOMIESUISSE, ridicule, vous êtes assez âgé pour vous souvenir qu'autrefois le Spitzenverband en question s'appelait le Vorort. Ca, ça avait de la gueule. Ça faisait allusion au canton Vorort, ou canton directeur, alternativement Fribourg, Berne, Soleure, Zurich où Lucerne où se tenait la Diète. Malheureusement on a bazardé cette appellation bien helvétique, sauf erreur au moment de la fusion avec la SDES, Société de Développement de l'Economie Suisse, sise à Genève et qui était, je crois, une association patronale fondée dans l'esprit corporatiste des années trente. On a voulu faire moderne, et welsche, et on a trouvé cette appellation prétentieuse. Comment peut-on prétendre représenter à soi tout seul toute l'économie suisse? C'est ridicule.

Ce n'est pas le seul cas de cette manie des noms prétentieux tirés des cartons d'agences de communication. Par exemple Alpiq, ça ne veut rien dire. Alors qu'Electricité Ouest Suisse, ça c'était honnête et ça disait bien ce que ça voulait dire. De même Novartis, qu'est-ce que ça veut dire? Il y a vaguement l'idée de nouveauté dans un faux mot latin. Prétentieux et stupide. Alors que les sociétés préexistantes avaient des noms tout à fait probes : CIBA, qui veut dire Chemische Industrie Basel, c'est net, convenable, Geigy et Sandoz, noms de famille des fondateurs. Ca a du sens. Ils auraient dû garder CIBA à mon avis.

Je trouve que ce genre de fantaisies devraient être interdites, de même que les raisons sociales en anglais du genre Global Strategic Financial Services. Le registre du commerce ne devrait accepter que des patronymes : Messieurs Pictet, banquiers, Firmenich, ou alors Perrot-Duval SA, ou des raisons sociales décrivant honnêtement l'activité de l'entreprise, et s'il vous plaît pas en anglais, dans la langue du pays : SIP Société des Instruments de Physique, ou SMG Société des Mouettes Genevoises. Ca, ce dont des raisons sociales!

Écrit par : Rodolphe Toepffer | 18/02/2017

J'aime bien ce billet parce que je pense pareil. Je n'aime pas cette faîtière non pas parce que je n'aime pas les patrons; mais parce que leur communication c'est toujours de la langue de bois. S'ils ne mentent pas, ils déforment la vérité. Leur credo, c'est la menace, faire peur aux gens.

Irrationnellement sans doute, je vote le contraire de leurs mots d'ordre, parce qu'ils m'énervent. Toujours en train de pleurnicher sur leur sort: le franc fort et la main d'oeuvre trop chère, etc.

Les entreprise suisses sont très prospères et leurs patrons sont les mieux payés du monde; alors qu'ils se la coincent, qu'ils fassent preuve d'un peu d'humilité.

Écrit par : petard | 20/02/2017

Le témoignage de pétard est parfaitement éloquent : le temps n'est plus au rationnel mais à l'émotionnel. Il faut qu'économiesuisse se trouve un tribun qui sache parler au petit peuple idiot mais qui a le droit de vote. Un tribun qui vienne nous hurler des slogans bien simplistes et bien débiles pour flatter les couillons. Les Américains l'ont trouvé, en tout cas. Attendons un peu de voir le résultat, si vous voulez bien. Pour ce qui est de moi, les vociférants façon Mussolini, Hitler ou Macron, non merci.

Écrit par : Géo | 20/02/2017

«les vociférants façon Mussolini, Hitler ou Macron, non merci.»

Pas besoin de gueuler ou de débiter des conneries pour être entendu ou respecté.

Moi non plus Mussolini, Hitler ou Mélenchon !

On sait bien que chez nous, ces gens d'economiesuisse qui gémissent sur le franc fort, s'amusent avec l'argent des autres, des épragnants. Si c'était leur fric, il ne serait jamais assez fort !!!

Qui est-ce qui a envie que son pactole fonde comme la neige au soleil.
Faut arrêter de prendre les gens pour des c... !

Écrit par : petard | 20/02/2017

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