22/02/2017

Pour une Economie nationale

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.02.17

 

Impossible de ne pas revenir, cette semaine encore, sur le choc constitué par le refus par trois Suisses sur cinq (59,1%), dimanche 12 février, de RIE III, la réforme de l’imposition des entreprises. Comme déjà dit la semaine dernière, les citoyens n’ont pas dit non à un taux d’imposition unifié, mais à l’arrogance de ceux qui leur hurlaient, sous peine de mort clinique du pays, de voter oui. Maintenant, c’est non, sans appel, il faut en prendre acte, et surtout viser l’avenir : au-delà de savoir à quel taux il faut taxer les multinationales, nous devons surtout définir ensemble la forme d’économie que nous voulons pour le pays. Car l’économie, ça n’est pas l’affaire des seuls patrons, mais la nôtre à tous. Je plaide ici pour qu’elle soit au service de l’humain, de son épanouissement. Je plaide, surtout, pour le retour en force, par la grande porte, d’un concept jugé ringard par les années de mondialisation et d’argent facile : celui d’Economie nationale.

 

Depuis une vingtaine d’années, sur l’autel du libéralisme, on a sacrifié l’idée que l’économie était l’une des forces vives – et pas la moindre – de la nation. On s’est pris à rêver d’un Casino mondialisé, une sorte de Jérusalem Céleste du profit, qui transcenderait les communautés humaines, se rirait des frontières. Aujourd’hui, en Suisse comme ailleurs, nous en revenons. Dans l’histoire de RIE III, la fureur du grand patronat et de leurs affidés libéraux à nous mettre le pistolet sur la tempe a montré une chose : l’importance démesurée prise dans quelques cantons, comme Genève et Vaud, par les multinationales. Il ne s’agit pas d’instruire le procès de ces dernières, qui ont bien voulu s’établir chez nous, et comptent pour beaucoup dans notre manne fiscale. Mais il s’agit sans doute de construire, pour notre pays, un avenir économique où, progressivement, nous devenions moins dépendants de ces superstructures volatiles, qui peuvent délocaliser quand elles veulent.

 

Cela passe par une absolue priorité à nos PME, qui constituent les neuf dixièmes de notre tissu économique suisse. Encourager l’entreprise locale, de proximité, celle qui sert l’intérêt direct de la population, engage en priorité les résidents, tisse un réseau de solidarité entre les habitants de notre pays. Bref, l’impérieuse nécessité d’une politique de la petite et moyenne entreprise, en lien avec la formation, l’apprentissage, donc les pouvoirs publics, s’impose. Si nos PME, à Genève, avaient été plus fortes, mieux soutenues, moins dépendantes (par sous-traitance) des multinationales, le débat sur RIE III n’aurait pas atteint cette flamme passionnelle qui a fini par le dévoyer. Et, peut-être, notre canton, qui ne l’a refusé qu’à 52,3%, aurait-il accepté le projet. Je n’ai pas parlé ici de l’agriculture, affaire nationale par excellence, donc à protéger à tout prix de la sauvagerie de la concurrence mondiale. J’ai juste évoqué l’idée, qui m’est si chère, d’une économie au service de tous. Une économie pour la population. Une économie nationale.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

Quand nous étions jeunes, vous et moi (nous avons à peu près le même âge) c'est comme ça que ça s'appelait officiellement: "économie nationale", en allemand "Nationalökonomie". C'est une conception d'origine germanique de l'économie comme un système autorégulé sur une base nationale, certes ouvert aux marchés étrangers, mais où il s'agissait de rester maîtres chez soi.

Il y avait des manuels d'économie nationale, qu'on enseignait dans les écoles de commerce, et à l'Université.

L'économie suisse était extrêmement ouverte sur le monde, une des plus dynamiques et exportatrices qui soient, et en même temps c'était un monde clos, discrètement protectionniste, corporatiste, avec la paix du travail, la convention horlogère, la convention des banques, le secret bancaire, qui générait au moins 200'000 emplois et 12 à 15% des recettes fiscales du pays, n'oublions pas l'armée, élément central du système par ses ramifications industrielles, son soutien à l'économie des régions périphériques, son effet de liant et cohésion nationale, etc. Tout ça baignait dans l'huile. Cela garantissait un haut niveau de salaires (comparativement aux autres pays), la pérennité de l'agriculture, la paix sociale, le plein emploi. Les patrons étaient en même temps officiers dans l'armée. Tous les directeurs de l'UBS, du Crédit Suisse, de la Zurich Assurances, de Sulzer ou de Brown Boveri étaient colonels. Tout le monde se connaissait. C'était le bon temps.

En France, il y avait un autre système, beaucoup plus dirigiste et interventionniste. On parlait de "politique industrielle". Cela ne correspondait pas à notre mentalité suisse qui met l'accent sur la liberté du commerce et de l'industrie, depuis 1848. C'était colbertiste. Mais il faut avouer que c'est à ce prix que les Français ont réussi Concorde, puis Airbus, la fusée Ariane, les avions Mirage, et qu'ils ont développé une industrie nucléaire de pointe, le TGV, etc. Il y avait une osmose entre l'industrie et la haute fonction publique. Les hauts fonctionnaires au sommet de leur carrière allaient pantoufler chez Alcatel, Alsthom, au Crédit Lyonnais. On peut critiquer ce système, mais la France n'a plus connu aucune réussite comparable depuis qu'elle a accepté les diktats de la haute finance mondialiste qui a exigé qu'elle renonce à son économie nationale à elle. Et cela s'est passé sous.... Mitterrand.

Il faut bien voir que tout cela est lié avec la question du plein emploi. Il est possible de garantir le plein emploi. Les théories économiques pour cela existe et elles ont été expérimentées avec succès dans des exemples divers dont j'ai cité celui de la Suisse et de la France. On pourrait parler aussi de la soziale Marktwirtschaft allemande, ou système rhénan.

Mais le plein emploi est possible seulement dans une économie nationale, d'un peuple particulier, qui conserve la maîtrise de certains paramètres.

Les principes de l'Union Européenne, qui n'est qu'un organisme visant à intégrer la sous région Europe dans le système financier mondial, et en aucune façon à faire fleurir la civilisation européenne, rendent impossible le plein emploi. Les salaires et les emplois deviennent les variables d'ajustement d'une économie mondialisée, délocalisée, visant uniquement la maximisation du rendement financier des investissements en faisant radicalement abstraction du bien commun des populations concernées.

Nos élites marxistes libérales apatrides savent que la pérennité de leur système globaliste entrainera fatalement le chômage de masse permanent, à un niveau de minimum 20% mais parfois jusqu'à 40%, à vie, c'est pourquoi elles essaient de faire passer actuellement l'idée du revenu universel, c'est à dire un maigre argent de poche pour tout le monde, juste de quoi survivre et continuer à consommer, pour que tout le monde soit esclave de l'état libéral social, sauf l'hyperclasse définie par Jacques Attali, composée des maîtres de cet état libéral social soumis aux multinationales. Avec le revenu universel, un coût supportable pour les multinationales, les profits des multinationales seront maintenus, mais sans explosion sociales car les laissés pour compte pourront vivoter dans leurs HLMs, en se masturbant devant leurs écrans d'ordinateurs et en trouvant des dérivatifs à leur instinct vital naturel: par exemple une "réassignation de genre". C'est à dire un changement de sexe. Ce genre de fantaisies seront encouragées, reconnues comme des droits fondamentaux par la cour européenne des droits de l'homme et financés par ce qui restera de sécurité sociale (si le système dans son ensemble ne fait pas faillite, ce qui est loin d'être certain) car c'est ça le projet: donner ce genre de dérivatifs au lieu du travail et de la dignité que donne le travail dans une société de plein emploi, c'est à dire dans une économie nationale dont le système ne veut pas.

Tout cela a été théorisé, planifié, par des intellectuels comme ceux de l'école de Francfort, Günter Anders, Judith Butler (Dr honoris causa de l'université catholique de fribourg !) et d'autres. Brzezinski, qui bien que techniquement catholique appartient à la même tradition des Lumières, parle de "tittytainment" pour désigner les dérivatifs offerts aux esclaves.

Il faut savoir ce qu'on veut. Si on veut le plein emploi il faudra revenir à une forme d'économie nationale. Si on veut poursuivre l'amère expérience du mondialisme absolu, sans garde fous, on aura cette société de zombies.

Maintenant il faut choisir. Continuer dans l'impasse ou apporter des correctifs au système. Revenir à une certaine forme d'économie nationale.

Écrit par : arrière petit fils de Töpffer | 24/02/2017

Avez-vous noté que le fameux Steve Bannon, conseiller spécial de Donald Tump, qui définit la ligne idéologique de la présidence américaine, et bête noire de l'intelligentsia internationale, est tout à fait sur la même ligne que vous.

Voilà ce qu'il disait lors de la réunion des conservateurs américains aujourd'hui. Le reporter de la RTS y était:

"Le coeur de ce que nous croyons c'est que nous sommes une nation avec une économie, pas une économie dans un monde global, sans frontières. Nous sommes une nation avec une culture et une raison d'être".

Ces propos ont été vivement salués par Donald Trump sous les applaudissements du public.

https://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/conservateurs-americains-trump-invite-a-la-reunion-annuelle?id=8415478

Écrit par : arrière petit fils de Töpffer | 25/02/2017

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