03/03/2017

L'homme qui a osé toucher au dogme

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Sur le vif - Vendredi 03.03.17 - 15.45h

 

Depuis des années, ici et ailleurs, dans mes éditos, je plaide contre la libre circulation des personnes. Non pour fermer les frontières, bien entendu, mais pour réguler les flux migratoires. Depuis des années, j’explique les raisons de ma démarche : des vannes trop ouvertes permettent peut-être, dans un premier temps, de faire prospérer une partie de notre économie, mais à terme, c’est le corps social de notre pays qui est blessé, la cohésion atteinte, les équilibres de solidarité, si précieux et si fragiles dans la construction suisse, mis en péril.

 

Et même ce profit à court terme, réalisé dans les années de vaches grasses, à qui a-t-il été utile ? Hélas, à quelques-uns seulement, qui ne se sont pas empressés de redistribuer les gains réalisés. Les fameuses « mesures d’accompagnement », qui ont permis, il y a quinze ans, d’embarquer une gauche bien naïve dans la folle aventure de la libre circulation, personne n’en a vu la couleur. En tout cas pas les plus défavorisés, les travailleurs précaires, les chômeurs. Au Tessin, à Genève, on a vu émerger des mouvements politiques défendant, à juste titre, l’intérêt des résidents. Au niveau suisse, on a enfin commencé à parler de « préférence nationale ». Mais c’était bien tard.

 

La leçon première de toute cette affaire, ce sont ces quinze années de surdité volontaire à une douleur montante, de plus en plus exprimée, jamais écoutée. On l’a vu dans la non-application, totalement scandaleuse, de l’initiative du 9 février 2014, par les Chambres fédérales, aggravée par une totale inexistence du Conseil fédéral dans la conduite politique du dossier. Dans cette surdité, cette insensibilité, ce déni de prise en compte du réel, un parti, en Suisse, devra assumer face à l’Histoire une lourde responsabilité : le PLR. Avec lui, certaines organisations patronales, Economie Suisse, mais pas l’USAM, tellement plus proche du petit et moyen entrepreneur, proche de son travail.

 

C’est dans ces conditions qu’intervient la bombe Benoît Genecand. Ce brillant conseiller national PLR, entré tard en politique, assurément atypique dans son parti, esprit libre et audacieux, explique, dans la Tribune de Genève de ce matin, les raisons de son opposition à la libre circulation des personnes. Dans le parti qui est le sien, c’est une atteinte au dogme. Un peu comme un théologien contestataire allemand, style Hans Küng, qui viendrait tranquillement expliquer au Vatican que, sur telle disposition conciliaire de Nicée ou Latran, ils ont tout faux. Bonjour l’ambiance. Habemus Benedictum. Septimum decimum. Haereticum !

 

Dans la famille PLR, Benoît Genecand n’est pas seul. D’autres langues, sans tarder, ne manqueront pas de se délier. Non pour se convertir à la Révolution prolétarienne, mais parce qu’elles voient bien l’impasse sociale, donc politique, créée par une application aveugle et dogmatique du principe d’ouverture des frontières. Aussi, parce qu’elles sont inspirées par un vrai respect du suffrage universel, et ne sont pas dupes des gesticulations parlementaires, à Berne, pour accoucher de toutes choses, sauf du respect de la volonté populaire du 9 février 2014. Il y a, croyez-moi, rien qu’au PLR genevois, plusieurs importantes figures qui voient les choses comme cela. Dans les jours qui viennent, elles s’exprimeront.

 

Surtout, Benoît Genecand a 100% raison d’empoigner le sujet principal, le seul qui vaille. Cessons de tourner en rond, avec les ineffables « contre-projets du Conseil fédéral à l’initiative RASA », ultimes manœuvres où la Berne fédérale touche le fond. Laissons tout cela, et entamons un vaste débat national, en profondeur, en prenant le temps qu’il faudra, sur le seul vrai thème : la libre circulation des personnes. Moi-même, qui y suis opposé, je ne demande qu’une chose : que le peuple et les cantons, le seul souverain de ce pays, tranchent. S’ils la maintiennent, j’en prendrai acte, et respecterai le suffrage. S’ils l’abolissent, j’en serai profondément heureux, pour les équilibres sociaux internes à la Suisse, auxquels je suis si profondément attaché. Notre pays est une petite fleur fragile. Elle s’accommode mal de déferlements. Elle exige une infinie délicatesse pour faire tenir ensemble, dans le respect et la cohésion, ceux qui, maintenant, l’habitent et construisent son destin.

 

Pascal Décaillet

 

15:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Tout à fait d'accord avec vous, M. Decaillet.

Écrit par : Jean-Michel Esperet | 03/03/2017

Cette "petite fleur fragile, notre pays, exige une infinie délicatesse, (et détermination, également) pour faire tenir ensemble dans le respect et la cohésion ceux qui l'habitent et construisent son destin" est absolument à retenir, Pascal Décaillet, en reliant votre pensée à celle d'un Bayrou qui dénonce la domination PS et LR excluant de la Représentation nationale les autres partis soit plus à gauche "y compris à gauche toute" comme plus à droite "y compris à droite toute"!

M. Bayrou, Résolution française, affirme que la Démocratie pour être une "démocratie" a le devoir d'accorder le droit de parole et de représentation, de "reconnaissance" à chaque parti comme à chaque citoyen lequel doit être représenté dans le respect et la dignité.

La Suisse, Pascal Décaillet, est-elle une petite fleur fragile elle qui se tient toujours "haute et féconde" hors des combats?

La fleur de lotus qui pousse avec vigueur en tous terrains portant son content de graines... sans vouloir vous contredire...
simple miroir-image.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/03/2017

Ce que les mondialistes de droite comme de gauche ne comprennent pas (pour ceux qui ont sincèrement de bonnes intentions), c'est que la nation est la structure intermédiaire, entre le clan et l'empire, qui, seule, permet le déploiement d'une vraie démocratie.
Nos nations s'effritent et l'on voit déjà le repli vers le clan (comme malheureusement aucune solution "impériale" ne semble réaliste pour l'heure).
Mais les mondialistes les moins bien intentionnés ne s'arrêtent pas là. Ils s'acharnent aussi à détruire "le clan", toutes les structures identitaires non conceptuelles.
Très bien, il nous restera la race.
Cela me va.

Écrit par : Paul Bär | 03/03/2017

Il faut oser s'en prendre aux dogmes (y compris religieux) il faut être et se situer "hors les murs"!

Monsieur Benoît Genecand, à l'image, à la photo pourrait bien être un impertinent.

Comme pas mal de monde un "IMPERTINENT PARCE QUE PERTINENT"! ce qui ne fait jamais plaisir à tout le monde.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/03/2017

Il y a peut-être encore quelques personnes du côté de la droite économique qui comprennent qu'un pays bénéficiant de structures ethno-identitaires cohérentes est aussi économiquement plus fonctionnel qu'un pays aux structures ethno-identitaires déstructurées. Ce qu'un Bernard Rüeger, par exemple, n'arrivera probablement jamais à comprendre.

Écrit par : Paul Bär | 04/03/2017

Je poursuis: on apprend à quel point M.Genecand se fait attaquer.
Imaginons un immeuble. Des propriétaires, une gérance.
Des appartements.
Caves.
Les locataires se rencontrent ont entre eux plus ou moins des relations de bon voisinage.
Ces appartements représentent les pays concernés par la libre circulation.
L'immeuble est porte ouverte.
Ainsi on y entre comme on veut, comme on entend et l'on s'introduit dans n'importe quel appartement sans que les personnes concernées n'aient rien à dire. Côté travail, par temps de chômage les gens qui n'ont rien d'autre pour vivre que leurs revenus professionnels redoutent ces gens venus d'ailleurs. Suisse, un pays, responsable d'abord des siens puis des autres ou des autres, qui "nous rendent service, tant pis pour la guerre chez eux,"(la Suisse comprise comme une mère de famille est-elle appelée à nourrir d'abord les enfants des autres ou en premier lieu ses propres enfants?
Il y a plein de places à repourvoir: qualifications professionnelles automatiquement adaptées?

L'immeuble, toujours: on devient de plus en plus nombreux dans un appartement en poussant dehors les locataires.

Dans les caves il grouille de monde.
Des clandestins.

Sans travail officiel.
Sans travail du tout.
Volent et/ou vendent des produits illicites, etc.
Prison. Ressortent toujours sans apprentissage ou formation.
Papiers?

Les dirigeants, en leurs sites réservés résidentiels, en quoi s'ont-ils inquiétés?

Les locataires de l'immeuble ici présenté?

La légitime défense ne s'impose-t-elle pas?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 04/03/2017

Dans dix ans, comme chef d'entreprise, voudrez-vous installer votre activité sur les hauts de Lausanne, zone qui se sera alors définitivement transformé en un mix Bamako-Islamabad (avec tout ce que cela implique) ou dans un quartier calme d'une ville hongroise, bénéficiant d'une population éduquée et formée à l'occidentale ?

https://www.lorientlejour.com/article/1037806/hongrie-orban-vante-lhomogeneite-ethnique-facteur-de-croissance.html

Malheureusement, rares sont les libéraux économiques qui savent penser sur le long terme, qui savent intégrer dans leurs schémas stratégiques le paradigme "Detroit".

Écrit par : Paul Bär | 04/03/2017

Benoît Genecand est un homme courageux et d'une rare intelligence.
Ses propos dans l'article sont plein de bon sens et l'argumentation solide, cohérente, ne souffre d'aucune faiblesse.
Il est particulièrement intéressant de remarquer que ceux qui s'insurgent contre lui (à commencer par le vice-président du PLR Christian Lüscher) ne trouvent aucun argument pour contrer ses thèses mais l'attaquent personnellement et d'une façon superficielle.
Un libéralisme qui s'intéresse au citoyen et non qu'aux grandes sociétés, à l'employé, au travailleur, au locataire, en créant les conditions-cadre qui leur permettront de vivre mieux au lieu de favoriser seulement les super-riches, voici la clé du succès pour ce parti.
Christian Lüscher n'a manifestement pas pris conscience de la gifle prise lors de RIE III, gifle causée par l'arrogance du PLR et des milieux économiques. En faudra-t-il d'autres ?

Écrit par : A. Piller | 07/03/2017

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