04/03/2017

Non aux obsédés du marché !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.03.17

 

Pourquoi refusent-ils d’admettre, simplement, qu’ils se sont trompés ? Il y a dix, quinze, vingt ans, ils n’en pouvaient plus de nous administrer la leçon sur les vertus incomparables de l’échange. Libre circulation des personnes, des capitaux, des marchandises. Négociations multilatérales d’accords commerciaux, sous le haut arbitrage de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce, siège mondial à Genève). Disparition des frontières physiques. Abolition des taxes douanières. Liquéfaction progressive des Etats et des nations, pour se fondre dans d’immenses conglomérats, comme l’Union européenne, ayant la taille du continent, pouvant ainsi « rivaliser avec la Chine ». Pour y parvenir, délégation de souveraineté des nations à ces grands ensembles. Il fallait penser grand, global, continental, planétaire.

 

Le moins qu’on puisse dire est qu’on est revenu de cette idéologie. Les nations ne sont pas mortes. Les frontières sont vivement souhaitées par les peuples, demandeurs de contrôles beaucoup plus importants. La régulation des flux migratoires (qui n’est pas une fermeture des frontières) est, de plus en plus, exigée par la base. Les thèmes de la préférence nationale (ou, en Suisse, cantonale) ne sont plus du tout de l’ordre du tabou. L’idée, totalement vilipendée pendant les années 1990 et 2000, de protectionnisme, avance à grands pas. En matière agricole, où le niveau de vie des paysans atteint hélas des seuils catastrophiques, elle apparaît même comme une évidence. Bref, un peu partout dans nos pays, Suisse, France, Angleterre, sonne la fin d’une ère. Peut-être pas du libéralisme, grand mouvement de pensée politique, né des Lumières, parfaitement respectable. Non : plutôt la fin de l’acception « ultra » du terme, cette vague née des années 80, qui prétendait tout emporter sur son passage, pour le seul culte du libre-échange et du profit.

 

Personne ne nie les vertus de l’échange. Le problème, c’est qu’au lieu de le tenir pour ce qu’il est, un moyen d’action, on l’a purement et simplement sanctifié. Jusqu’à favoriser exagérément, dans la politique économique suisse, le commerce extérieur par rapport, notamment, à l’agriculture. On a tout misé sur les uns, quitte à laisser tomber les autres. Car enfin, à quoi riment les paiements directs, s’ils ne s’inscrivent pas dans une volonté politique affirmée de promouvoir nos terroirs, nos produits, notre agriculture ? Pour suivre depuis plus de trente ans le dossier agricole, l’avoir couvert déjà du temps de Delamuraz, je puis affirmer que la Suisse, aujourd’hui, n’a plus de vision claire, offensive, dans ce domaine.

 

De quoi avons-nous besoin ? De quoi, si ce n’est de nous sentir, ensemble, dans des réseaux de solidarités. En allemand, cela porte un beau nom : « Gemeinschaft », « communauté ». Cette intimité du lien entre les humains d’un même lieu, le libéralisme ultra, avec son exaltation de l’échange, et ses rêves mondialisés, a bien failli la casser. A nous de la reconstruire. La politique est une affaire d’hommes et de femmes, unis dans la citoyenneté. Ne la laissons pas aux obsédés du marché.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

"...Cette intimité du lien entre les humains d’un même lieu..."

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Il ne suffit pas d'être "au même lieu" pour partager la même civilité.

Écrit par : Paul Bär | 04/03/2017

Bonjour Monsieur Décaillet l'article repose sur un bien fondé cependant réseaux sociaux parlant si vous permettez nous avons de plus en plus de doutes quand à leur réelle efficacité
En effet quand on voit le nombre de jeunes recrutés pour aller engraisser des ONG qui ont besoin de faux orphelins pour donner l'impression à tous de faire de l'humanitaire alors qu'en Suisse on en aurait aussi besoin désolée mais en 2009 nous étions déjà nombreux à penser que c'est une entourloupe et rien d'autre , l'émission Envoyé Spécial l'a confirmé
Y'a pas meilleur réseau social que le bouche à oreille surtout de nos jours ou tout le monde ou presque peut se prétendre ceci ou cela
L'informatique malgré tous ses avantages a permis grâce à ces réseaux de construire un monde de plus en plus flou ce qui n'est pas rassurant pour nombre de gens
Très bon dimanche pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 05/03/2017

Entretien très intéressant avec Yves-Marie Adeline...

https://www.tvlibertes.com/2017/02/27/15263/france-guerre-interieure-politique-eco-124-yves-marie-adeline

... "il y a déjà deux peuples" et inutile de rappeler que les utopies du "vivre-ensemble" ne tiennent pas deux secondes face à l'étude de l'histoire, histoire qui nous a montré si souvent que deux peuples sur une même terre, ça ne va pas, ça n'a jamais été et ça n'ira jamais.

Écrit par : Paul Bär | 05/03/2017

Mais les mêmes se trompent encore aujourd'hui je vous rassure! Deux grands exemples, jacques attali et alain mink qui ne disent que des bêtises et qui sont quand même en permanence sur les plateaux de télé!

Écrit par : Dominique Degoumois | 06/03/2017

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