17/03/2017

Populistes ? Et comment !

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Sur le vif - Vendredi 17.03.17 - 17.45h
 
 
L'usage du mot "populiste", à fins péjoratives, donc pour discréditer les personnes qu'on affuble de ce vocable, commence à se retourner contre ceux qui le profèrent. Nous sommes au coeur de ce basculement, sans doute même a-t-il commencé depuis quelques mois, allez disons depuis le matin du 9 novembre 2016, heure européenne.
 
 
Pour ma part, je n'ai jamais perçu ce mot, en soi, comme un insulte. Dans "populiste", il y a "peuple" (au masculin) ou "peuplier" (au féminin), je suis pour le peuple, et j'adore les peupliers.
 
 
Lorsque je dis que je suis pour le "peuple", je précise toujours que je fais allusion au corps électoral, au suffrage universel, et non au peuple qui gueule dans la rue, avec tous les débordements que cela comporte. Pour moi, le peuple, c'est le "démos", pas le "pléthos", j'ai écrit à ce sujet un article dans la Revue Choisir, chez mes amis Jésuites, il y a une quinzaine d'années.
 
 
Je suis pour le démos. Pour le recours, le plus souvent possible, au suffrage universel. Pour la démocratie directe. Celle que nous avons en Suisse me convient fort bien. Non seulement il ne faut pas réduire sa marge de manœuvre, mais je plaide vivement pour qu'on l'augmente.
 
 
Je suis, en revanche, de plus en plus sceptique sur la "démocratie représentative" : le Parlement, en Suisse, s'est considérablement discrédité, ces dernières années. Il a réduit en bouillie l'application du 9 février 2014. Il patine sur l'assurance maladie, patauge sur les retraites. Ou enfante, comme ce matin en votations finales, des solutions totalement insatisfaisantes. Il apparaît de moins en moins comme la locomotive politique de la Suisse. C'est à nous, les citoyennes et citoyens de ce pays, de prendre le relais, par des comités d'initiatives ou de référendums, pour provoquer de grands débats nationaux, avec un beau dimanche un verdict du suffrage universel. Approprions-nous la politique !
 
 
Je reviens à mon propos initial : ceux qui n'ont que le mot "populiste" à la bouche sont en train de perdre la bataille. Les gens commencent à percevoir que ce mot n'est peut-être pas aussi péjoratif que cela. Par son étymologie, qui est belle, et que toute oreille latine saisit d'un coup, sans besoin de grands discours savants. Mais aussi par sa chaleur, sa beauté, sa puissance affective, son appel à la masse d'un corps électoral, tout de même plus légitime qu'un Parlement.
 
 
Je vous le dis, les choses ont basculé. Ils peuvent toujours dire "populiste", avec l'acception péjorative qu'ils escomptent tant du récepteur du message, ils peuvent hurler ce mot, s'époumoner, insulter, ostraciser, rien n'y fera : ce mot est doucement en train de conquérir ses lettres de noblesse. Il faudra qu'ils trouvent autre chose.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

17:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Bien dit, merci.

Et je saisi l'occasion pour un petit hommage a mes amis jésuite aussi (NB je suis athée a 100%) qui ont eu la chance d’acquérir durant leurs études la capacité de dialoguer avec tout le monde sans tomber dans la grossièreté de nos chers bobos avec leurs imparables "populiste", "xeno" et "phobe" en lieu et place de toutes argumentations rationnelles.

Bon weekend

Écrit par : Eastwood | 17/03/2017

À ne pas manquer ce soir sur LCP "LE POPULISME : MALADIE OU REMÈDE.

Écrit par : Patoucha | 17/03/2017

"Le Parlement, en Suisse, s'est considérablement discrédité ....."

Les élus sont trop bien payés et certains de ne pas être démis de leur fonction.......Doc, aucune raison de changer leur ligne de conduite contraire aux espérances du peuple.

Écrit par : Patoucha | 18/03/2017

Bonjour Monsieur Décaillet je suis rassurée car d'un tempérament très populiste j'en arrivais à me faire des cheveux gris pour savoir ou j'avais fauté !
Populiste, populaire plus sociable y'a pas mieux !
Très bonne journée

Écrit par : lovejoie | 18/03/2017

Nous sommes malheureusement dans un monde qui a emprunté au commerce l'amour des étiquettes. Appliqué au monde de la politique, et dans le language des journalistes, c'est évidemment plus grave que pour l'achat des vêtements, où cela peut faire gagner du temps. En politique les choix engagent beaucoup plus longtemps, car on ne peut pas se débarrasser aussi facilement d'un choix que l'on regrette.

Écrit par : Mère-Grand | 18/03/2017

En Littérature, il existe "le prix Eugène Dabit du roman populiste" décerné depuis 1931. Sartre l'a obtenu en 1940 (!) Le comité se présente en quelques lignes soulignant justement la dérive sémantique subi par le mot populiste ces dernières années :
"Décerné pour la première fois en 1931 à Eugène Dabit pour son célèbre Hôtel du Nord, le Prix Populiste a suivi le manifeste qu’André Thérive et Léon Lemonnier consacrèrent, en 1929, à ce nouveau courant littéraire. Il était fort éloigné de la dérive sémantique dont est victime depuis peu le terme « populiste ». Ce manifeste fut écrit en réaction contre une littérature bourgeoise prenant pour cadre unique les sphères les plus fortunées de la société française, privilégiant l’analyse psychologique et les élans nombrilistes au détriment de la subtile relation des faits les plus quotidiens, les plus concrets, ceux d’une vie réelle, drue et vigoureuse."
Vive le populisme !
http://www.prixeugenedabit.fr/

Écrit par : Malentraide | 18/03/2017

Hier le peuple était candide et s'abreuvait à une presse inaudible. Aujourd'hui c'est : andiamo populo !

Écrit par : PIerre Jenni | 18/03/2017

Bonjour Pascal,
toujours un plaisir de lire quelque chose de sensé.

Écrit par : Frank Leutenegger | 19/03/2017

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