24/03/2017

Bravo, Madame Angot. Continuez.

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Sur le vif - Vendredi 24.03.17 - 17.12h

 

Hier, sur le coup de 22h, Christine Angot a déboulé. Elle a surgi dans un univers qui n’est pas le sien, dans lequel elle n’avait rien à faire, où il était totalement inopportun, voire franchement manipulateur, de la part de David Pujadas, de l’inviter.

 

Une émission politique – je crois savoir de quoi je parle – doit demeurer, dans la Cité, un lieu d’échanges rationnels. On s’affronte, pourquoi pas violemment, le ton monte, aucun problème. Mais tout cela, au nom d’antagonismes dans l’ordre des idées. La gauche contre la droite, le souverainisme contre l’interdépendance, le libre-échange contre le protectionnisme, etc.

 

Si j’avais un jour M. Fillon face à moi, j’aimerais tant comprendre, par exemple, d’où lui vient, lui naguère proche du gaulliste social Philippe Séguin, cette voracité libérale que je rejette depuis toujours. L’explication serait dure, mais franche, correcte, respectueuse. Elle tournerait autour d’un thème, non d’une personne, en tout cas pas sa vie privée.

 

Mais ce monde-là, celui des antagonismes rationnels d’une émission politique, est à des millions d’années-lumière de celui de Mme Angot. Jamais je n’ai entendu cette dame, depuis quelque vingt ans qu’elle sévit sur les plateaux, tenir un discours argumenté, nourri d’Histoire, de culture politique, sur les intérêts supérieurs de la Cité. Non. Toujours la vie privée. J’ai pensé, hier soir, au malaise légitime qui avait été nôtre, il y a plus de trente ans, lorsque la grande Marguerite Duras, au nom de l’instinct, s’était permise une piste autour de l’affaire du Petit Grégory, un meurtre d’enfant, terrible, dans les Vosges. Cette intime conviction, jetée en pâture à l’opinion, était insupportable.

 

Hier soir donc, Mme Angot a surgi. Elle avait préparé son petit numéro, qui n’avait pas à être un dialogue, elle l’a précisé. Elle avait concocté son réquisitoire, autour d’une histoire de bracelet et de costumes, évidemment passionnante dans une émission politique, à quelques semaines de la présidentielle. Elle avait pris soin d’assaisonner sa diatribe de la bonne vieille morale des écrivains de gauche, donneurs de leçons. Quelques semaines plus tôt, elle avait publiquement demandé à François Hollande de revenir sur sa décision, et se présenter tout de même. Son camp, au moins, est clair.

 

Elle avait amoureusement préparé son petit numéro. Hélas pour elle, après huit minutes de honte télévisuelle dont M. Pujadas devrait avoir à répondre, elle est sortie en lambeaux. Elle a trouvé, face à elle, un homme admirablement maître de lui, demeurant courtois alors qu’il était légitimé à l’étriller. A ce moment, face aux Français, ceux qui l’aiment et ceux qui le détestent, François Fillon a montré qu’il avait la distance et la stature présidentielles.

 

Mme Angot, hier, s’est calcinée en direct. Par son exceptionnelle contre-performance, elle a ridiculisé plus d’un siècle de tentatives, rarement heureuses, des écrivains de se frotter aux politiques. Elle a insulté le Zola du 13 janvier 1898, celui de l’Aurore, mais aussi Gide et Malraux, Duras, Sartre, et tant d’autres. Elle a rabaissé le champ d’action de l’écrivain, dont on se demande d’ailleurs à quel titre, sous prétexte de ses qualités de plume (je ne juge pas ici celles de Mme Angot), il aurait plus que d’autres, au fond, le droit à l’expression sur la Cité.

 

Mais enfin, ce droit étrange, une vieille tradition française le lui concède. Hier, toute seule, en huit minutes d’autodafé que personne ne lui demandait, Mme Angot a ruiné, pour longtemps, le crédit des auteurs à venir publiquement se mêler de politique. Son suicide télévisuel entraîne dans les abysses la corporation des siens.

 

Bravo, Madame. Continuez.

 

Pascal Décaillet

 

17:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Le parallèle avec Duras est bien venu.
Tant de nos intellectuels français sont si assurés de détenir la vérité. Si enclins à prêcher et si conformistes. Toujours à la poursuite de la mode qui trotte.

Merci Monsieur, votre blog est une oasis de bon sens et de courage !

Un lecteur français.

Écrit par : digpan | 24/03/2017

Je partage l'avis donné par E. Zemour : elle a les même qualités oratoires que pour écrire..... Comme vous je pense que la télévision s'est discréditée en donnant la parole - dans un débat - à quelqu'un qui ne voulait pas débattre. L'aurait-on fait pour un autre candidat ? j'en doute.

Écrit par : uranus2011 | 24/03/2017

On ne peut mieux écrire sur Pujadas et cette mégère qui trompe son monde dans ces "romans". Wikipédia nous en apprend des choses sur cette plagiaire qui cumule procès et mise en examen. Moi, de Fillon, je la poursuivrai en justice.
Se permettre de salir les autres quand soi-même on patauge dans la boue? Il faut le faire!

Vivement les élections pour éliminer du paysage ces socialos gauchistes - tous faits dans le même moule - qui ont mis la France plus bas que terre.

Écrit par : Patoucha | 25/03/2017

Quel bonheur de vous lire!

Écrit par : aubert | 25/03/2017

J'ai hate de voir ce que va décider le "Parquet" une fois ces lignes sous son nez:

Écoutes, filatures, surveillance : un livre révèle les manoeuvres de François Hollande (extraits) Valeurs Actuelles

Publié le 24 Mars 2017
Méthodiquement, chaque adversaire politique fait l’objet d’un traitement individuel avec une utilisation systématique de leviers variés : campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle. Les auteurs du livre ne l’affirment-ils pas ? « Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande ».

Alors qu’arrive la fin du quinquennat, les langues se délient. Et les acteurs de la présidence Hollande livrent les secrets les plus inavouables. Déjà, dans l’Élysée off , Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, en 2016, confirmaient : « Oui, il y a bien un cabinet noir à l’Élysée. » Selon eux, les informations collectées transitent par Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Élysée, qui les « distille ensuite au président de la République ».

Sarkozy sous surveillance étroite

Seize mois après avoir quitté l’Élysée, Nicolas Sarkozy a été placé sur écoute. Pendant près d’un an, la police judiciaire a espionné ses conversations. Une première dans les annales de la Ve République. Depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, c’est comme si une malédiction judiciaire s’était abattue sur son prédécesseur. En 2017, cinq ans après sa défaite électorale, ce sont pas moins de treize affaires judiciaires qui empoisonnent Nicolas Sarkozy ou son entourage. Au point que les sarkozystes, prompts à s’afficher en victimes, y voient la main d’un cabinet noir.

“Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat”, d’O. Recasens, D. Hassoux et C. Labbé, Robert Laffont, 264 pages, 19,50 €. (Pas cher là car c'est du lourd!)

PS: Concernant Sarkozy, il n'y avait aucun doute! C'est que l'acharnement est une seconde peau - et pas qu'en France - chez la gôche qui se veut humaniste alors qu'elle est destructrice. L'exemple - là aussi de magouilles - de Oskar Freysinger est frappant: "....Ceux-ci ont été «d'une telle violence» que sa famille et lui-même ont mis quelques jours «pour se retourner», dit-il d'une voix calme."

www.24heures.ch/suisse/mercis-nondits-oskar-freysinger/story/19008512

Écrit par : Patoucha | 25/03/2017

Monsieur Descaillet,
Soi, Mme Angot n'a pas été la meilleure interlocutrice, mais, elle a eu l'audace comme bien des journalistes, de l'affronter.
Froiçois Fillon n'est pas au-dessus de tout soupçon.
Pour mémoire hormis le reste, il est mis en examen entres autres, pour escroquerie aggravée, faux et usage de faux, ce qui constitue une grave accusation....
Visiblement, cela ne vous émeut pas...

Écrit par : Volodia | 25/03/2017

Pascal Décaillet vous êtes excellent à l'aune de mon appréciation.
Christine Angot est entrée dans l'arène, croyant que c'était la mise à mort assurée de Fillon. Elle est ressortie sans la queue ni les oreilles
Marguerite Duras abjecte personne, venir dans les Vosges, "sentir" l'odeur du crime alors que la France entière vivait ce drame...
Que les romanciers et cières restent dans leur fiction et ne se croient pas pouvoir faire ou refaire la vie réelle.

Bonjour bonsoir

Écrit par : Jean-Louis Largey | 26/03/2017

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