26/03/2017

Le glas des invités décalés

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Sur le vif - Dimanche 26.03.17 - 16.39h

 

L’intervention ahurissante, jeudi soir, de Christine Angot sur le plateau d’une émission politique, sonne avec une clarté fracassante le glas d’une mode, surgie il y a vingt ou trente ans, celle des "invités décalés", censés représenter la « société civile », au sein de discussions sur l’avenir de la Cité. On rêve de voir poindre Eckermann face à Goethe, Malraux à la Boisserie, Gide à Moscou : la déception, toujours, est la première au rendez-vous.

 

La « société civile » n’a jamais particulièrement demandé à se faire inviter dans les émissions politiques. Non, c’est juste un truc de journalistes, en mal d’inspiration. J’étais là, dans les séances de rédaction, lorsque cette mode est née, j’ai toujours été contre, toujours trouvé cela faux, démagogique, à côté du sujet. De même, j’ai toujours été contre les émissions mélangeant vie privée et mandat politique, où le violon d’Ingres prend l’ascendant sur la discussion autour de la mission citoyenne confiée à un élu.

 

Remarquez que j’ai été le premier à me faire avoir. Un après-midi de préadolescence, trop fiévreux, j’avais été dispensé de l’école. Alors, avec ma mère, j’ai regardé « Aujourd’hui Madame », une émission en milieu d’après-midi. L’invité s’appelait François Mitterrand, chef de l’opposition. Il a parlé littérature, il a séduit ces dames, et tout autant le gamin malade que j’étais. Et les producteurs ont dû se féliciter d’avoir laissé perler la « dimension humaine » de l'illustre politicien.

 

Lorsque François Mitterrand vient nous parler de Chardonne ou Chateaubriand, ç’est assurément jouissif. Lorsque Christine Angot, spécialiste de la vie privée, à commencer par la sienne, est censée en découdre avec un ancien Premier ministre candidat à la Présidence, et qu’elle s’adonne à une exécution programmée (sur commande du clan Macron ?), ça passe un peu moins bien. David Pujadas voulait faire dans le « décalage » ? Il a été servi ! Disons que nous eûmes, avec trois jours d’avance, un avant-goût de l’heure d’été, sauf qu’au lieu d’avancer la montre d’une heure, on nous a propulsés dans les plus éblouissantes années-lumière du hors-sujet. Mme Angot se voulait impertinente ? Elle fut, tout simplement, non-pertinente.

 

Le responsable, ça n’est pas elle. Elle a répondu à une invitation, celle de David Pujadas. C’est lui qui doit répondre de cette incongruité. Soyons clairs : écrivain de l’intime et la vie privée, n’ayant d’horizon que celui-là, spécialiste du clash sur les plateaux pour promouvoir ses derniers ouvrages, Christine Angot n’avait strictement rien à faire dans une émission politique, à quatre semaines de la présidentielle. Résultat : on ne sait toujours rien, faute d’avoir pu l’établir dans un vrai questionnement de journalisme politique, des paradoxes de la candidature Fillon face, par exemple, à l’ultra-libéralisme, la fonction publique, ou l’Europe.

 

Dans cette lamentable affaire, c’est aux médias qu’il faut en vouloir. Dans cette campagne, on n’a toujours pas parlé de l’essentiel : l’avenir de la France, sa souveraineté, son indépendance, ses assurances sociales, ses réseaux de solidarité pour protéger les plus fragiles, le sort de ses paysans, de ses ouvriers, de ses chômeurs, etc.

 

Non. On a juste relayé, misérablement, la campagne orchestrée par un camp pour avoir la peau d’un homme. Et on a juste essayé de « faire le buzz » avec des invités décalés. Je hais cela, de toutes mes forces.

 

Pascal Décaillet

 

16:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Excellent billet. Le plus drôle, c'est qu'elle est dans la même situation judiciaire que F.Fillon, mise en examen pour diffamation !!

Écrit par : gislebert | 26/03/2017

Bientôt les journalistes, comme les médecins, n'oseront plus aligner une ligne sans s'assurer d'une couverture juridique.
Pujalas a été lamentable à un moment très précis ; lorsqu'il a fait la promotion de l'ouvrage de la dame. Pour le reste, je pense qu'il a réalisé un peu tard à quel point il s'est planté avec cette invitation.
Il a fait dire à une autre ce qu'il aurait rêvé dire. Je doute qu'elle s'en remette de sitôt.

Écrit par : Pierre Jenni | 26/03/2017

On note à propos de M. Fillon, comme d'autres, qu'il n'est pas tant forcément question de politique que de vie privée avec révélations (F.Hollande) ou cadeaux de gains et profits aux intimes et proches... de sorte que la présence de Madame Angot,"écrivain de l'intime et la vie privée" peut, en réalité, ne pas avoir donné à tous un sentiment de décalé.

Pour la vie professionnelles, telle celle de M. Pujadas, il est possible de priver de parole une personne qui en abuse... en donnant simplement la parole aux autres (et, s'il le faut, discrètement hors antenne remettre la personne à sa place).
Il arrive que l'on ait le sentiment d'une complaisance certaine des pros tels, en l'occurrence, celle de M. David Pujadas.
Autres émissions, hélas, de même.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/03/2017

"elle est dans la même situation judiciaire que F.Fillon, mise en examen pour diffamation !!"
Faut pas rêver. La diffamation est punie sur plainte uniquement, alors que Fifi est poursuivi d'office. Ce n'est pas la même ligue. Angot ne s'est pas enrichie par sa supposée "diffamation". Il faut attendre le procès - s'il a lieu - pour savoir ce qu'Angot a dans les poches. Dans le cas de Fifi nous savons déjà, car les faits sont étalés dans la presse et vérifiables.
Sur la prestation d'Angot, que dire? Qu'elle est à la mesure de ses bouquins, imbuvable. Sur la forme. Sur le fond elle a entièrement raison. Car il ne s'agit ici pas de vie privée, mais bien de vie publique. Comment confier la monarchie républicaine à un homme à la langue fourchue? Sa parole ne vaut plus rien. C'est grave pour un pays.

Écrit par : Charles | 27/03/2017

Si l'on prend la peine de regarder et d'écouter 3 fois la scène de 8 minutes . A la troisième fois c'est bien Angot qui a raison !!! C'est elle qui est sincère alors que François Fillon fait son cinéma de pauvre victime.

Écrit par : alladin | 27/03/2017

Lors des précédentes émissions, la personnalité "mystère" était invitée pour dialoguer avec l'homme politique. Cette fois, rien qu'un monologue réquisitoire, sans que le principal intéressé puisse placer un mot. Ahurissant. Pujadas devrait être viré. D'ailleurs, il n'y a que l'élection de Macron qui sauvera sa tête.

Écrit par : petard | 28/03/2017

Avec l'approbation de la PDG de France Télévisions qui roule pour son protégé Macron:

http://www.france2.fr/emission/lentretien-politique/diffusion-du-28-03-2017-20h35

Delphine Ernotte touche le salaire le plus élevé de France Télévisions soit 400.000 euros brut l'an (33.000 par mois)

http://www.programme.tv/news/actu/169812-france-televisions-quel-est-le-salaire-de-la-presidente-delphine-ernotte/

Écrit par : Patoucha | 31/03/2017

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