29/03/2017

La libre expression, notre bien le plus cher

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.03.17

 

Sommes-nous bien conscients de ce privilège ? En Suisse, chacun d’entre nous est libre d’exprimer publiquement son opinion. Vous pouvez être de gauche ou de droite, protectionniste ou libre-échangiste, pour ou contre l’armée, la libéralisation du cannabis, le suicide assisté, l’euthanasie, vous êtes libre de le dire. C’est un trésor de notre démocratie, dûment et lourdement conquis au fil des générations qui nous ont précédés. Tous les pays du monde, de loin, n’ont pas cette chance. Bien sûr, cette liberté n’est pas absolue, aucune ne l’est. Elle doit respecter les lois de notre pays, notamment en matière de racisme. Elle doit aussi s’abstenir d’attenter à l’honneur des gens, par exemple en les diffamant. Mais enfin, ces restrictions posées, la marge de liberté est immense. Utilisons-la ! La liberté de pensée, contrairement à certaines piles, ne s’use que lorsqu’on ne s’en sert pas.

 

La liberté d’expression est souvent invoquée par les seuls journalistes. C’est une aberration. Elle s’applique à tout le monde, entre autres les journalistes. Ces derniers peuvent s’en réclamer, mais ni plus ni moins que n’importe qui. Nous avons tous le droit d’exprimer ce que nous pensons. Mieux : avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun peut se ménager un espace, un chez-soi, où il est totalement libre de tenir son journal, commenter l’actualité, partager l’information. Vous vous rendez compte de la révolution que cela est en train d’engendrer ? Chacun peut mettre en forme. Chacun peut éditer. Chacun peut publier. J’ai beau chercher, je n’entrevois pas, depuis la découverte de l’imprimerie par Gutenberg, ou la traduction de la Bible en allemand moderne par Luther (1534), de révolution plus fondamentale dans la diffusion des idées.

 

A nous, dès lors, de nous montrer dignes de cet exceptionnel progrès. Ecrivons, partageons, critiquons. Ne ménageons ni nos joies, ni nos colères. Mais, je vous en supplie, en respectant la sphère privée, en se gardant de toute diffamation, bref en respectant tout simplement la loi. Pour ma part, je n’en demande pas plus : la loi, toute la loi, rien que la loi. La loi, et pas la morale dominante. La loi, et pas le carcan que voudraient nous imposer toutes sortes de pouvoirs. A commencer par le plus insupportable : celui des médias. En clair, on a le droit d’être pour Trump, contre Mme Merkel, pour Fillon, pour Poutine, pour Erdogan. Et on a, tout autant, celui de les combattre. Si on doit s’abstenir de toute diffamation, on ne doit aucunement, en revanche, se sentir lié par des confluences de pensée majoritaires, étouffantes, celles hélas que la majorité des médias tentent de nous imposer.

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, moi journaliste, qui ai consacré plus de trente ans de ma vie à ce métier qui me passionne, j’appelle le public à s’affranchir de la terrorisante tutelle de la juste pensée, véhiculée par les médias. J’invite chacun d’entre nous à penser par lui-même, en se nourrissant des mille sources de la vie intellectuelle. A penser, à formuler ses idées, à les exprimer. Mais, de grâce, dans le respect des personnes. Sinon, il en sera vite fini de cette prodigieuse révolution qui s’offre à nous.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

Oui, nous vivons une révolution que peu sont déjà capables d'évaluer. Mais...

- respecter la loi certes, si elle était en phase. Or le législateur, ou le politique en général, ne fait que réagir avec beaucoup de retard et rarement en adéquation avec le problème. Il devient donc sain d'enfreindre un loi obsolète ou déplacée. C'est aussi ça utiliser notre liberté d'expression et les outils actuels qui le permettent. J'adorerais vous entendre un jour sur le phénomène d'ubérisation de la société par la violation systématique et universelle des lois en vigueur.

- penser par soi-même est un voeux pieux qui implique d'abord de la curiosité et ensuite les moyens de se former qui ne sont pas forcément accessibles au plus grand nombre. Demandez à un musulman de penser par lui-même à l'apostasie et vous aurez une mesure qui reflètera assez fidèlement l'ampleur de la question.

- En Suisse chacun est libre d'exprimer son opinion. Oui, mais il parle dans le désert et l'établissement, pour utiliser un terme à la mode, ne s'encombre pas de ces parasites qui ne sont certes pas réduits au silence, mais dont la voix ne porte pas. Et n'allez pas nous sortir encore les merveilleux outils du référendum et de l'initiative, car vous êtes mieux placé qui quiconque pour savoir que très peu d'initiatives sont validées et que les référendums ne permettent que de corriger de manière cosmétique une direction plébiscitée par un peuple sage qui abhorre les remous.

- Quant à la sphère privée, il faudra me l'expliquer et la circonscrire car de nos jours, nous étalons au monde entier chaque petit geste du quotidien pour exister aux yeux des autres à tel point que des mesures d'Etat d'urgence ou de contrôle permanent de tous nos faits et gestes par l'autorité réduit l'affaire des fiches à un gag d'une époque que nous ne saurions plus décrire.

Alors oui, je suis conscient de ce privilège qui ne me sert pratiquement à rien qu'à bêler avec le troupeau ou hurler avec les loups, avec le sentiment d'avoir fait mon devoir civique et de rester en harmonie avec ma conscience.

Écrit par : Pierre Jenni | 29/03/2017

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