30/03/2017

Plafond de verre, ou Ligne Maginot ?

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Sur le vif - Jeudi 30.03.17 - 16.57h
 
 
Je ne crois pas une seule seconde à la théorie du "plafond de verre" concernant Marine Le Pen à l'élection présidentielle française.
 
 
Cette théorie part d'un principe : Marine Le Pen serait qualifiée pour le second tour, puis, comme en 2002, il y aurait, dans tous les cas, face à elle, un "regroupement de forces républicaines", comme en avril 2002, pour soutenir Chirac II contre Le Pen Père.
 
 
Passons sur le mot "forces républicaines", que je récuse absolument. Le Front National, qu'on l'aime ou non, fait partie du champ républicain. Sinon, qu'on essaye de l'interdire. Bonne chance.
 
 
L'idée du "plafond de verre", c'est qu'en vertu de ce "regroupement républicain", qui avait bien marché en 2002, Mme Le Pen ne pourrait en aucun cas accéder à l’Élysée.
 
 
Je conteste absolument cette thèse. Parce qu'elle ne relève que de la simple arithmétique, et pas des dynamiques telluriques potentielles que le champ politique, parfois, peut libérer.
 
 
La thèse du "plafond de verre" me rappelle une époque que j'ai étudiée de très près : la très grande confiance de l'état-major français, à l'approche de la Guerre de 40, dans la Ligne Maginot.
 
 
J'ai lu les textes : les officiers généraux les plus célèbres expliquaient que le système de défense mis en place, de Bâle à la frontière belge, fortifié comme jamais depuis Vauban, était de nature à empêcher mathématiquement les Allemands de pénétrer sur territoire français. Tout l'effort militaire, depuis la fin des années vingt, avait été investi dans cette colossale stratégie défensive : la Ligne Maginot.
 
 
La suite, on la connaît. Le 10 mai 1940, les Allemands déclenchent l'offensive. Ils se désintéressent totalement de la Ligne Maginot, et réussissent une percée absolument géniale dans les Ardennes, avec franchissement de la Meuse. Ils ont opté pour la guerre de mouvement, la stratégie de l'offensive-éclair, alors que les Français raisonnaient encore avec les critères de guerre de position, de tranchées, de 14-18.
 
 
Le rapport avec la théorie du "plafond de verre" ? C'est que cette dernière s'inscrit dans une trop grande confiance par rapport à un événement passé (le second tour de 2002), comme l'état-major français était incapable de sortir intellectuellement du modèle de la Grande Guerre.
 
 
 
Je ne crois pas au "plafond de verre". Ce qui va se passer, je suis incapable de le prévoir. Ou bien Mme Le Pen bénéficie d'une dynamique puissante en sa faveur, et tout est possible. Ou bien ce n'est pas le cas, et son résultat sera bien plus bas qu'on ne l'imagine. Dans les deux cas, nul modèle mathématique ne fonctionnera. Mais de surgissantes verticalités venues d'en bas, dans les tout derniers jours. Ou non.
 
 
 
Une présidentielle française demeure totalement imprévisible jusqu'au dernier moment. Mme Le Pen peut faire un très bon résultat, ou au contraire très décevant. A ce jour, personne n'en sait rien. Et les critères de ce qui se produira ne sont aucunement à chercher dans des modèles calqués sur le passé. Mais justement dans la puissance démoniaque de l'imprévisible.
 
 
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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29/03/2017

Le Coup de Grâce

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Sur le vif - Mercredi 29.03.17 - 15.01h

 

Il y a eu les partisans de Jaurès et ceux de Jules Guesde.

Il y a eu le Congrès de Tours, en décembre 1920.

Il y a eu l'assaut décisif et somptueux de Mitterrand sur une SFIO à bout de souffle, au Congrès d'Epinay, en juin 1971.

Il y a eu la détestation et le mépris de Mitterrand pour "l'autre gauche", celle de Rocard.

Il y a eu la foire d'empoigne du Congrès de Rennes, en mars 1990.

Il y a eu la troisième place de Jospin, le 21 avril 2002.

Il y a eu tant de césures, de fractures, de cicatrices, de trahisons.

Et puis, il y a eu, voici quelques heures, le coup de poignard de Valls contre Hamon, un homme que je considère comme infiniment respectable, pour se rallier au candidat de la Banque centrale européenne et de la Côte Est américaine. Le candidat des dents blanches et de la modernité. Le candidat qui distribuera les maroquins.

Le socialisme français, ce grand mouvement qui a produit des hommes d’État, mettra des décennies à se remettre de cette campagne 2017.

Pour peu qu'il s'en remette jamais.

 

Pascal Décaillet

 

 

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La libre expression, notre bien le plus cher

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.03.17

 

Sommes-nous bien conscients de ce privilège ? En Suisse, chacun d’entre nous est libre d’exprimer publiquement son opinion. Vous pouvez être de gauche ou de droite, protectionniste ou libre-échangiste, pour ou contre l’armée, la libéralisation du cannabis, le suicide assisté, l’euthanasie, vous êtes libre de le dire. C’est un trésor de notre démocratie, dûment et lourdement conquis au fil des générations qui nous ont précédés. Tous les pays du monde, de loin, n’ont pas cette chance. Bien sûr, cette liberté n’est pas absolue, aucune ne l’est. Elle doit respecter les lois de notre pays, notamment en matière de racisme. Elle doit aussi s’abstenir d’attenter à l’honneur des gens, par exemple en les diffamant. Mais enfin, ces restrictions posées, la marge de liberté est immense. Utilisons-la ! La liberté de pensée, contrairement à certaines piles, ne s’use que lorsqu’on ne s’en sert pas.

 

La liberté d’expression est souvent invoquée par les seuls journalistes. C’est une aberration. Elle s’applique à tout le monde, entre autres les journalistes. Ces derniers peuvent s’en réclamer, mais ni plus ni moins que n’importe qui. Nous avons tous le droit d’exprimer ce que nous pensons. Mieux : avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun peut se ménager un espace, un chez-soi, où il est totalement libre de tenir son journal, commenter l’actualité, partager l’information. Vous vous rendez compte de la révolution que cela est en train d’engendrer ? Chacun peut mettre en forme. Chacun peut éditer. Chacun peut publier. J’ai beau chercher, je n’entrevois pas, depuis la découverte de l’imprimerie par Gutenberg, ou la traduction de la Bible en allemand moderne par Luther (1534), de révolution plus fondamentale dans la diffusion des idées.

 

A nous, dès lors, de nous montrer dignes de cet exceptionnel progrès. Ecrivons, partageons, critiquons. Ne ménageons ni nos joies, ni nos colères. Mais, je vous en supplie, en respectant la sphère privée, en se gardant de toute diffamation, bref en respectant tout simplement la loi. Pour ma part, je n’en demande pas plus : la loi, toute la loi, rien que la loi. La loi, et pas la morale dominante. La loi, et pas le carcan que voudraient nous imposer toutes sortes de pouvoirs. A commencer par le plus insupportable : celui des médias. En clair, on a le droit d’être pour Trump, contre Mme Merkel, pour Fillon, pour Poutine, pour Erdogan. Et on a, tout autant, celui de les combattre. Si on doit s’abstenir de toute diffamation, on ne doit aucunement, en revanche, se sentir lié par des confluences de pensée majoritaires, étouffantes, celles hélas que la majorité des médias tentent de nous imposer.

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, moi journaliste, qui ai consacré plus de trente ans de ma vie à ce métier qui me passionne, j’appelle le public à s’affranchir de la terrorisante tutelle de la juste pensée, véhiculée par les médias. J’invite chacun d’entre nous à penser par lui-même, en se nourrissant des mille sources de la vie intellectuelle. A penser, à formuler ses idées, à les exprimer. Mais, de grâce, dans le respect des personnes. Sinon, il en sera vite fini de cette prodigieuse révolution qui s’offre à nous.

 

Pascal Décaillet

 

 

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26/03/2017

Le glas des invités décalés

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Sur le vif - Dimanche 26.03.17 - 16.39h

 

L’intervention ahurissante, jeudi soir, de Christine Angot sur le plateau d’une émission politique, sonne avec une clarté fracassante le glas d’une mode, surgie il y a vingt ou trente ans, celle des "invités décalés", censés représenter la « société civile », au sein de discussions sur l’avenir de la Cité. On rêve de voir poindre Eckermann face à Goethe, Malraux à la Boisserie, Gide à Moscou : la déception, toujours, est la première au rendez-vous.

 

La « société civile » n’a jamais particulièrement demandé à se faire inviter dans les émissions politiques. Non, c’est juste un truc de journalistes, en mal d’inspiration. J’étais là, dans les séances de rédaction, lorsque cette mode est née, j’ai toujours été contre, toujours trouvé cela faux, démagogique, à côté du sujet. De même, j’ai toujours été contre les émissions mélangeant vie privée et mandat politique, où le violon d’Ingres prend l’ascendant sur la discussion autour de la mission citoyenne confiée à un élu.

 

Remarquez que j’ai été le premier à me faire avoir. Un après-midi de préadolescence, trop fiévreux, j’avais été dispensé de l’école. Alors, avec ma mère, j’ai regardé « Aujourd’hui Madame », une émission en milieu d’après-midi. L’invité s’appelait François Mitterrand, chef de l’opposition. Il a parlé littérature, il a séduit ces dames, et tout autant le gamin malade que j’étais. Et les producteurs ont dû se féliciter d’avoir laissé perler la « dimension humaine » de l'illustre politicien.

 

Lorsque François Mitterrand vient nous parler de Chardonne ou Chateaubriand, ç’est assurément jouissif. Lorsque Christine Angot, spécialiste de la vie privée, à commencer par la sienne, est censée en découdre avec un ancien Premier ministre candidat à la Présidence, et qu’elle s’adonne à une exécution programmée (sur commande du clan Macron ?), ça passe un peu moins bien. David Pujadas voulait faire dans le « décalage » ? Il a été servi ! Disons que nous eûmes, avec trois jours d’avance, un avant-goût de l’heure d’été, sauf qu’au lieu d’avancer la montre d’une heure, on nous a propulsés dans les plus éblouissantes années-lumière du hors-sujet. Mme Angot se voulait impertinente ? Elle fut, tout simplement, non-pertinente.

 

Le responsable, ça n’est pas elle. Elle a répondu à une invitation, celle de David Pujadas. C’est lui qui doit répondre de cette incongruité. Soyons clairs : écrivain de l’intime et la vie privée, n’ayant d’horizon que celui-là, spécialiste du clash sur les plateaux pour promouvoir ses derniers ouvrages, Christine Angot n’avait strictement rien à faire dans une émission politique, à quatre semaines de la présidentielle. Résultat : on ne sait toujours rien, faute d’avoir pu l’établir dans un vrai questionnement de journalisme politique, des paradoxes de la candidature Fillon face, par exemple, à l’ultra-libéralisme, la fonction publique, ou l’Europe.

 

Dans cette lamentable affaire, c’est aux médias qu’il faut en vouloir. Dans cette campagne, on n’a toujours pas parlé de l’essentiel : l’avenir de la France, sa souveraineté, son indépendance, ses assurances sociales, ses réseaux de solidarité pour protéger les plus fragiles, le sort de ses paysans, de ses ouvriers, de ses chômeurs, etc.

 

Non. On a juste relayé, misérablement, la campagne orchestrée par un camp pour avoir la peau d’un homme. Et on a juste essayé de « faire le buzz » avec des invités décalés. Je hais cela, de toutes mes forces.

 

Pascal Décaillet

 

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24/03/2017

Bravo, Madame Angot. Continuez.

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Sur le vif - Vendredi 24.03.17 - 17.12h

 

Hier, sur le coup de 22h, Christine Angot a déboulé. Elle a surgi dans un univers qui n’est pas le sien, dans lequel elle n’avait rien à faire, où il était totalement inopportun, voire franchement manipulateur, de la part de David Pujadas, de l’inviter.

 

Une émission politique – je crois savoir de quoi je parle – doit demeurer, dans la Cité, un lieu d’échanges rationnels. On s’affronte, pourquoi pas violemment, le ton monte, aucun problème. Mais tout cela, au nom d’antagonismes dans l’ordre des idées. La gauche contre la droite, le souverainisme contre l’interdépendance, le libre-échange contre le protectionnisme, etc.

 

Si j’avais un jour M. Fillon face à moi, j’aimerais tant comprendre, par exemple, d’où lui vient, lui naguère proche du gaulliste social Philippe Séguin, cette voracité libérale que je rejette depuis toujours. L’explication serait dure, mais franche, correcte, respectueuse. Elle tournerait autour d’un thème, non d’une personne, en tout cas pas sa vie privée.

 

Mais ce monde-là, celui des antagonismes rationnels d’une émission politique, est à des millions d’années-lumière de celui de Mme Angot. Jamais je n’ai entendu cette dame, depuis quelque vingt ans qu’elle sévit sur les plateaux, tenir un discours argumenté, nourri d’Histoire, de culture politique, sur les intérêts supérieurs de la Cité. Non. Toujours la vie privée. J’ai pensé, hier soir, au malaise légitime qui avait été nôtre, il y a plus de trente ans, lorsque la grande Marguerite Duras, au nom de l’instinct, s’était permise une piste autour de l’affaire du Petit Grégory, un meurtre d’enfant, terrible, dans les Vosges. Cette intime conviction, jetée en pâture à l’opinion, était insupportable.

 

Hier soir donc, Mme Angot a surgi. Elle avait préparé son petit numéro, qui n’avait pas à être un dialogue, elle l’a précisé. Elle avait concocté son réquisitoire, autour d’une histoire de bracelet et de costumes, évidemment passionnante dans une émission politique, à quelques semaines de la présidentielle. Elle avait pris soin d’assaisonner sa diatribe de la bonne vieille morale des écrivains de gauche, donneurs de leçons. Quelques semaines plus tôt, elle avait publiquement demandé à François Hollande de revenir sur sa décision, et se présenter tout de même. Son camp, au moins, est clair.

 

Elle avait amoureusement préparé son petit numéro. Hélas pour elle, après huit minutes de honte télévisuelle dont M. Pujadas devrait avoir à répondre, elle est sortie en lambeaux. Elle a trouvé, face à elle, un homme admirablement maître de lui, demeurant courtois alors qu’il était légitimé à l’étriller. A ce moment, face aux Français, ceux qui l’aiment et ceux qui le détestent, François Fillon a montré qu’il avait la distance et la stature présidentielles.

 

Mme Angot, hier, s’est calcinée en direct. Par son exceptionnelle contre-performance, elle a ridiculisé plus d’un siècle de tentatives, rarement heureuses, des écrivains de se frotter aux politiques. Elle a insulté le Zola du 13 janvier 1898, celui de l’Aurore, mais aussi Gide et Malraux, Duras, Sartre, et tant d’autres. Elle a rabaissé le champ d’action de l’écrivain, dont on se demande d’ailleurs à quel titre, sous prétexte de ses qualités de plume (je ne juge pas ici celles de Mme Angot), il aurait plus que d’autres, au fond, le droit à l’expression sur la Cité.

 

Mais enfin, ce droit étrange, une vieille tradition française le lui concède. Hier, toute seule, en huit minutes d’autodafé que personne ne lui demandait, Mme Angot a ruiné, pour longtemps, le crédit des auteurs à venir publiquement se mêler de politique. Son suicide télévisuel entraîne dans les abysses la corporation des siens.

 

Bravo, Madame. Continuez.

 

Pascal Décaillet

 

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23/03/2017

Candidat d'Ancien Régime

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Sur le vif - Jeudi 23.03.17 - 07.13h

 

M. Macron, qui veut faire jeune et rénovateur, ce qui est déjà une posture très traditionnelle, à la Kennedy ou Lecanuet, est en réalité le candidat de la conservation.

 

Conserver l'ordre libéral, voire ultra, qui nous étouffe depuis un quart de siècle. Conserver l'inféodation de la France à l'Union européenne. Conserver la vassalité atlantiste. Conserver le libre-échange, érigé en dogme. Conserver le magistère ascendant de l'Allemagne en Europe. Conserver l'ouverture des frontières, donc la submersion sous les flux migratoires.

 

Ce candidat, venu de nulle part, a été construit de toutes pièces, en France et sur la Côte Est américaine, pour affronter et battre Mme Le Pen au second tour. Et ainsi, conserver l'Ordre ancien. M. Macron est, sous le paravent de la jeunesse et de la rénovation, un candidat d'Ancien Régime.

 

Pour installer M. Macron au second tour, il y avait une indispensable première étape à franchir : éliminer François Fillon, obstacle sur le chemin du triomphe. Alors, on a "transmis" à certains journaux certaines affaires. On a secoué, comme un barman, le cocktail de la morale et de la candeur. Le tour était joué.

 

Et le public, illuminé par la grâce narrative d'un roman de gare, a été tout heureux de n'y voir que du feu. Il est vraiment très fort, Hillary Macron.

 

Pascal Décaillet

 

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Coquille vide

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Commentaire publié dans GHI - 22.03.17

 

Un homme charmant, bien coiffé, bien habillé, gendre idéal. Un regard bleu, allumé, en phase avec l’excitation de vivre. Emmanuel Macron, chouchou des sondages, candidat des milieux bancaires, européens, candidat de l’euro, candidat de l’Allemagne, candidat de la Côte Est américaine, candidat de la mode, des médias, des chaînes TV, de la gauche urbaine branchée, a eu l’occasion, lundi 20 mars, de transpercer l’armure du paraître : lors du grand débat de TF1, il a parlé.

 

Je m’en suis réjoui. Pour la première fois, il nous était donné d’accéder, chez ce produit de luxe de la course à la présidence, non à des apparitions de phénix, mais à un discours articulé. Vous savez, des phrases. Avec des sujets, des verbes, des compléments. Et, pourquoi pas, soyons fous, un contenu. Du sens.

 

Las ! L’homme parle. Il est sympathique, c’est sûr. Le regard bleu attire. Il parle, mais ne dit rien. Les mots s’échappent, s’envolent, la parole est ailée, elle glisse, virevolte, chatouille l’entendement, mais personne ne saisit ce que le locuteur a bien voulu nous signifier. Je crois qu’on appelle cela, en linguistique, un discours sans référent.

 

C’est un peu ennuyeux. Non pour le plaisir de l’oreille, encore moins celui des yeux, car l’homme est affable et fort agréable. Mais par rapport à la fonction briguée. Car enfin, il ne s’agit pas d’élire un bateleur aux Arts ménagers. Mais le Président de la République française. Un successeur à des hommes comme Charles de Gaulle ou François Mitterrand. Oui, c’est un peu ennuyeux. Malgré le regard bleu.

 

Pascal Décaillet

 

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22/03/2017

Jacques Nicolet et l'armada des censeurs

 

Sur le vif - Mercredi 22.03.17 - 17.07h

 

Proprement hallucinante, la police de la pensée qui vient de sévir dans le canton de Vaud, autour du candidat UDC au Conseil d’État, Jacques Nicolet.

 

Lundi soir, M. Nicolet vient dans Forum, affronter la socialiste Cesla Amarelle, dans le cadre de la campagne. A l'issue du débat, le candidat (qui n'était pas venu pour cela) se voit poser une question sur la présidentielle française. Il lâche, en guise de pronostic, l'idée que Mme Le Pen pourrait être élue. C'est tout.

 

A partir de là, tollé. Brouhaha. Levée de boucliers. L'armée des belles consciences vaudoises, toute de rectitude vêtue, somme le candidat de se rétracter. Ses alliés PLR s'étranglent. On se croirait au dernier acte, chez Shakespeare, quand tout le monde trépasse.

 

Je ne connais pas M. Nicolet personnellement. Mais je lui dis ici, très clairement, que non seulement il avait le droit de pronostiquer Mme Le Pen gagnante, mais qu'il aurait aussi, tout autant, celui de SOUHAITER cette victoire. Ce qu'il n'a, répétons-le, pas fait.

 

Car enfin, nous avons affaire à un candidat UDC. L'idée qu'il puisse, peut-être, par aventure, se sentir des affinités avec cette candidate-là, n'apparaît pas comme extraordinairement saugrenue.

 

Et puis, disons-le, une fois pour toutes : M. Nicolet a le droit d'être pour Mme Le Pen. Nous avons tous ce droit, si telle est notre sensibilité. Un Français sur trois, peut-être, exprimera bientôt cette préférence politique. Faut-il l'ostraciser ?

 

Il n'y a donc pas d'affaire Nicolet. Il n'y en a jamais eu. Mais il y a un sacré problème avec cette bande de censeurs qui, partout dans l'espace public, entend régenter ce que nous aurions à dire comme citoyennes ou citoyens, sur notre pays, ou sur un grand voisin qui nous est cher.

 

En clair, si vous n'êtes pas pour Mme Le Pen, dites-le. Si vous êtes pour elle, dites-le aussi. C'est votre droit le plus total. Nul n'a à censurer votre droit à la libre expression de votre opinion politique.

 

Pascal Décaillet

 

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Médias et politique : l'état de guerre est naturel

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.03.17

 

D’aucuns s’offusquent que M. Trump s’en prenne directement à des journalistes, moi pas. J’exerce pourtant cette profession depuis plus de trente ans, je la défends de toutes mes forces. Mais je ne m’étonne pas que certains politiques, lorsqu’ils se sentent violemment attaqués, ripostent directement aux médias. Pourquoi ne le feraient-ils pas ? Pourquoi celui qui a porté l’estocade ne devrait-il pas s’attendre à une contre-attaque ? Au nom de quelle immunité ? Pourquoi une corporation, la mienne, aurait-elle le droit de mener l’offensive, et la personne lésée n’aurait-elle pas celui de se défendre ? Surtout, pourquoi cette tension devrait-elle nous étonner ? Depuis que la presse existe, celle d’opinion surtout, dont je me réclame ici, l’état naturel des relations entre éditorialistes de pointe et politiques, ça n’est pas la paix. Mais la guerre.

 

Lorsqu’une chaîne de télévision américaine a passé des mois, sans discontinuer, à attaquer M. Trump, sous tous les angles possibles, et que cette chaîne a le culot d’envoyer un journaliste à la conférence de presse de la Maison Blanche, elle ne va tout de même pas pleurnicher si le Président n’a pas immédiatement envie de parler à son représentant. Ils ont vomi sur le candidat, avec une violence inimaginable, il réplique, c’est la vie. Et pour ma part, ça me convient très bien. La guerre frontale a quelque chose d’infiniment plus sain, plus vrai, que les ronds-de-jambes de cocktails, les tutoiements sous les lambris, le chuchotement de fausses confidences, la gluance du copinage. Homme politique, c’est un boulot, parfaitement respectable. Editorialiste, ou commentateur, c’en est un autre, qui nécessite l’usage de la lucidité, de la critique, et amène tout naturellement à se faire des ennemis.

 

Un journaliste politique qui n’aurait pas d’ennemi, passerait son temps à frayer avec les politiques comme larrons en foire, serait méchamment de nature à m’inquiéter. Son exigence de lucidité, de vision critique, le courage de dire sa vérité, les a-t-il assumés, ou laissés au vestiaire de la réception mondaine ? Soyons francs : si on prend position, de façon claire et tranchée, dans un commentaire ou un édito, ce que j’appelle puissamment de mes vœux, alors on devient, comme les autres, un belligérant. On en a parfaitement le droit, c’est même indispensable dans une société de libre expression, mais il faut en assumer les conséquences. Je ne vous raconte pas à quelle vitesse le même politique, qui disait encore adorer votre « liberté de ton » la veille, deviendra le premier à chercher, par tous les moyens, à avoir votre peau, si vous l’avez écorné. C’est ainsi, c’est la vie.

 

Je suis un passionné de l’Histoire de la presse. Pour ma Série radiophonique de l’été 1994 sur l’Affaire Dreyfus, j’ai lu des milliers de journaux de l’époque, de tous bords. Ils étaient, les uns envers les autres, d’une violence inimaginable aujourd’hui. L’état naturel, entre presse et pouvoir, et même entre journalistes, c’était la guerre. C’était au moins clair. Plus que tout, j’aime la clarté.

 

Pascal Décaillet

 

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19/03/2017

Le Crépuscule des Parlements

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Réflexion politique - Dimanche 19.03.17 - 17.32h

 

Je l’écris depuis des années, le temps des Parlements n’est pas éternel. Ils sont nés – dans leurs fonctions actuelles – autour de la Révolution française, à vrai dire un peu avant, puisque certains Parlements de Province ont joué un rôle majeur dans la fermentation des idées prérévolutionnaires. Ils ont rempli une mission considérable, pendant plus de deux siècles, dans la vie politique de nos pays. En 1848, en France, en Allemagne, en Suisse, ils étaient au cœur du Printemps des Peuples. Pendant toute la Troisième République française (1870-1940), et même encore la Quatrième (1946-1958), la Chambre était au centre du processus politique. En Suisse, depuis 1848, surtout depuis 1919 (proportionnelle), les Chambres fédérales ont fait avancer le pays. On leur doit l’AVS (1948), les grandes lois sociales, et d’innombrables réformes centrales dans l’Histoire du pays.

 

Mais les Parlements ne sont pas éternels. D’abord, parce qu’en politique, rien ne l’est : qui aurait encore imaginé, dix ans avant 1789, que le système hérité de la féodalité allait se fracasser si vite ? Ensuite et surtout, parce que les temps ont changé, les moyens d’accès à l’information. Il y a deux siècles, l’immense majorité du peuple était analphabète. Mais le système révolutionnaire lui a donné le droit de vote. Avant tout, le droit d’envoyer, dans la capitale du pays (Paris, Berne, ou la Diète de Francfort, puis le Reichstag de Berlin), des gens cultivés, connaissant les lois, des avocats ou des notaires, très souvent. On leur faisait confiance pour la défense de ses intérêts. On se sentait « représenté » par ces éminentes personnalités. On a appelé cela « la démocratie représentative », héritée du système britannique, en avance sur tous, déjà avant la Révolution française.

 

Mais aujourd’hui ? Amis Français, vous vous sentez « représentés » par vos députés au Palais-Bourbon ? Compatriotes Suisses, vous avez toujours une totale confiance dans les 200 conseillers nationaux, ou les 46 conseillers aux États ? Concitoyens Genevois, vous les tenez vraiment pour vôtres, nos 11 conseillers nationaux, nos 2 conseillers aux États ? Vous les percevez vraiment comme plus cultivés que vous, mieux instruits dans l’art de la politique, la perception historique et citoyenne des grands enjeux ? Car aujourd’hui, nous savons tous lire. Nous bénéficions de milliers de sources d’informations. Nos connaissances, par les réseaux sociaux, nous les partageons immédiatement. Nous nous nourrissons de celles des autres. Nous donnons à apprécier les nôtres. Nous nous critiquons mutuellement. Nous nous corrigeons. Nous avons mis en réseau notre accès au savoir, notre dimension critique. Nous percutons nos idées, les unes avec les autres. Il n’y a plus de clerc, plus de grand Sage céleste, dont il faudrait boire les paroles. La parole, nous la partageons.

 

Les Parlements ne sont pas éternels. Rien n’est éternel, ni une vie humaine, ni une dynastie de pouvoir, ni même une civilisation. En France, le vote du peuple, pour une fois consulté, au printemps 2005, sur le Traité constitutionnel européen, a été purement et simplement défait par le Parlement. C’est dévastateur. En Suisse, nous avons eu l’affaire du 9 février 2014. C’est de nature à rompre une confiance. Pire : dans les domaines où, jusqu’ici, le Parlement excellait, la fabrication de nos grandes assurances sociales, les Chambres fédérales ne sont plus capables que de produire de l’immobilité, de l’annulation de forces, de la paralysie. C’est valable pour l’assurance maladie. Ou, on vient de le voir, pour l’avenir des retraites.

 

Les Parlements ne sont pas éternels. Oh, ils ont encore de beaux jours, des décennies, peut-être même un ou deux siècles. Mais le temps commence à poindre, avec la mise en réseau des connaissances et une évolution des techniques qui ne fait que commencer, où le suffrage universel, actionné chez nous par la démocratie directe, va progressivement s’approprier davantage la dimension politique. Pas seulement pour corriger des décisions parlementaires qui lui déplaisent (référendums), mais surtout pour INITIER lui-même les thèmes. Car avec le crépuscule des Parlements, viendra celui des partis, ces groupes de pression nés exactement au même moment (Révolution française), auxquels pourraient bien se substituer, de plus en plus, des comités citoyens thématiques, regroupés sur un objectif politique à atteindre, par exemple faire passer une initiative. Moins de pouvoir pour les apparatchiks, les soldats du réseau, davantage pour les citoyennes et citoyens. La politique, beaucoup plus orientée sur les thèmes, beaucoup moins sur les personnes et les affiches électorales.

 

L’avenir dessiné ici, c’est l’évolution des techniques et la mise en réseau des connaissances, par des moyens que nous n’imaginons même pas encore aujourd’hui, qui va progressivement le dessiner. Dans ce processus, passionnant, la démocratie directe, sous toutes ses formes, y compris celles qui restent à inventer, occupera un rôle central, déterminant. Qui s’en plaindra ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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18/03/2017

Serge Dal Busco, auf deutsch, über Finanzausgleich !

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Kurz und klar - Samstag, 18.03.17 - 16.12 Uhr

 

Für diejenigen, die deutsch verstehen : Serge Dal Busco, Genfer Finanzminister, spricht vom Finanzausgleich (péréquation financière, auf französich), wo ein Kompromiss in Bern gefunden wurde. Serge Dal Busco drückt sich, klar und fliessend, auf deutsch aus, in der Sendung Echo der Zeit (Radio DRS, Audio hier unten).

 

Welcher, unter seinen sechs Genfer Regierungsratskollegen, wäre auch dazu fähig ? Leider ist Serge Dal Busco nicht zur gleichen Zeit Regierungsrat und Ständerat : er könnte Genf ausgezeichnet in Bern verteidigen ! Freilich besser als andere...

 

Fliessend spricht er deutsch, und mütterlich italienisch und französisch : drei von unseren vier Nationalsprachen !

 

Montag werde ich Serge Dal Busco über dieses Thema, Finanzausgleich, in Genève à Chaud empfangen.

 

Pascal Décaillet

 

http://www.srf.ch/play/radio/popupaudioplayer?id=0a95bcb3-f7c4-424f-8adc-7531f07321ac

 


 

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17/03/2017

Populistes ? Et comment !

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Sur le vif - Vendredi 17.03.17 - 17.45h
 
 
L'usage du mot "populiste", à fins péjoratives, donc pour discréditer les personnes qu'on affuble de ce vocable, commence à se retourner contre ceux qui le profèrent. Nous sommes au coeur de ce basculement, sans doute même a-t-il commencé depuis quelques mois, allez disons depuis le matin du 9 novembre 2016, heure européenne.
 
 
Pour ma part, je n'ai jamais perçu ce mot, en soi, comme un insulte. Dans "populiste", il y a "peuple" (au masculin) ou "peuplier" (au féminin), je suis pour le peuple, et j'adore les peupliers.
 
 
Lorsque je dis que je suis pour le "peuple", je précise toujours que je fais allusion au corps électoral, au suffrage universel, et non au peuple qui gueule dans la rue, avec tous les débordements que cela comporte. Pour moi, le peuple, c'est le "démos", pas le "pléthos", j'ai écrit à ce sujet un article dans la Revue Choisir, chez mes amis Jésuites, il y a une quinzaine d'années.
 
 
Je suis pour le démos. Pour le recours, le plus souvent possible, au suffrage universel. Pour la démocratie directe. Celle que nous avons en Suisse me convient fort bien. Non seulement il ne faut pas réduire sa marge de manœuvre, mais je plaide vivement pour qu'on l'augmente.
 
 
Je suis, en revanche, de plus en plus sceptique sur la "démocratie représentative" : le Parlement, en Suisse, s'est considérablement discrédité, ces dernières années. Il a réduit en bouillie l'application du 9 février 2014. Il patine sur l'assurance maladie, patauge sur les retraites. Ou enfante, comme ce matin en votations finales, des solutions totalement insatisfaisantes. Il apparaît de moins en moins comme la locomotive politique de la Suisse. C'est à nous, les citoyennes et citoyens de ce pays, de prendre le relais, par des comités d'initiatives ou de référendums, pour provoquer de grands débats nationaux, avec un beau dimanche un verdict du suffrage universel. Approprions-nous la politique !
 
 
Je reviens à mon propos initial : ceux qui n'ont que le mot "populiste" à la bouche sont en train de perdre la bataille. Les gens commencent à percevoir que ce mot n'est peut-être pas aussi péjoratif que cela. Par son étymologie, qui est belle, et que toute oreille latine saisit d'un coup, sans besoin de grands discours savants. Mais aussi par sa chaleur, sa beauté, sa puissance affective, son appel à la masse d'un corps électoral, tout de même plus légitime qu'un Parlement.
 
 
Je vous le dis, les choses ont basculé. Ils peuvent toujours dire "populiste", avec l'acception péjorative qu'ils escomptent tant du récepteur du message, ils peuvent hurler ce mot, s'époumoner, insulter, ostraciser, rien n'y fera : ce mot est doucement en train de conquérir ses lettres de noblesse. Il faudra qu'ils trouvent autre chose.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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16/03/2017

La France aveuglée

 

Sur le vif - Jeudi 16.03.17 - 09.35h

 

"La France va mieux : elle est scandalisée par sa classe politique". Titre de l'édito de la TG.

 

Je suis en désaccord total avec cet édito. En quoi le fait de s'engouffrer dans les "révélations" d'une certaine presse manipulée par ses chères "sources" serait-il le révélateur d'un quelconque "mieux" ?

 

Je n'ai jamais, une seule seconde, confondu la morale avec la politique. Dans une élection, la seule question qui compte est : "Le candidat a-t-il l'étoffe pour assumer la fonction ?".

 

Pour ma part, je me contrefiche de sa perfection morale, de sa situation conjugale, de sa vie privée. Ses qualités ou ses défauts, je les juge uniquement à son aptitude, ou non, à conduire l'Etat. Si un bateau est dans la tempête, confions le gouvernail au meilleur pilote, c'est tout.

 

Je le reconnais : je ne tiens pas en très haute estime intellectuelle les gentils moutons qui se laissent avoir au jeu des "révélations", qui prennent des airs effarouchés, "Je n'ai plus confiance en lui", etc. Ils sont à côté du sujet. À côté de l'essence même de la politique. En France, ils pataugent dans la plus crasse méconnaissance de leur propre Histoire : croyez-vous que Mazarin, Talleyrand, fussent des gens irréprochables ? N'ont-ils pas, pourtant, été l'un et l'autre des hommes avec une dimension d'État ?

 

Sans compter que ces "révélations", venues toujours des mêmes journaux, accablent toujours les mêmes, épargnent toujours les mêmes. À cet égard, la singulière immunité dont jouit M. Macron a tout de même de quoi étonner.

 

Non, Cher Confrère de la TG, dont l'édito ressemble à la prédication d'un pasteur scandinave, la France ne va pas "mieux" au prétexte qu'elle s'étrangle d'indignation face à des "affaires" non-pertinentes pour juger de l'essentiel. En quoi est-ce aller "mieux" que de sombrer dans la naïveté collective, la candeur de troupeau, la profonde méconnaissance des mécanismes de l'Histoire ? En quoi est-ce aller "mieux" que se laisser manipuler benoîtement par une presse instrumentalisée par ses "sources" ? Face à l'impératif de lucidité, en quoi la cécité devrait-elle être une vertu ?

 

Pascal Décaillet

 

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15/03/2017

Assurance maladie : la parole au peuple !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.03.17

 

C’est comme en mathématiques : il y a un moment, si on veut résoudre le problème, où il faut simplifier l’équation. C’est dans cette optique, fort saine en politique, qu’il faut considérer les deux initiatives populaires fédérales annoncées samedi 11 mars par la RTS, à propos de l’assurance maladie. Derrière ces textes, on retrouve deux acteurs majeurs en Suisse romande : les conseillers d’Etat Mauro Poggia (GE) et Pierre-Yves Maillard (VD), l’un et l’autre chargés de la Santé. Au-delà du contenu de ces initiatives, c’est un moment fort dans l’Histoire politique de notre pays : deux magistrats exécutifs cantonaux, lassés de l’impuissance du Parlement fédéral, préfèrent saisir le peuple, rendant ainsi un hommage incroyable à notre démocratie directe comme ultime recours, lorsque plus rien n’avance.

 

Le but de cette double initiative, c’est de faire bouger les choses, dans un domaine où l’interminable ping-pong parlementaire fédéral n’aboutit qu’à des matches nuls, accentuant l’image d’une paralysie du système. Avec, aussi, un conseiller fédéral, chargé de la Santé, trop soucieux de ménager chèvre et chou, et dont l’audace visionnaire ne saute pas aux yeux. Assurément, si l’Assemblée fédérale avait placé à ce poste un Pierre-Yves Maillard, comme si elle avait osé le choix de la Saint-Galloise Karin Keller-Sutter, nous n’en serions pas là : la Suisse paie cher le manque d’audace des 246 parlementaires qui choisissent le Conseil fédéral, et préfèrent si souvent, à tort, se passer des caractères trop forts.

 

La première initiative veut interdire aux parlementaires, à Berne, de siéger dans les instantes dirigeantes des Caisses. La seconde, qui reprend l’esprit d’un texte de la FRC (Fédération romande des consommateurs) veut permettre la création d’institutions cantonales – ou régionales – chargées de fixer et d’encaisser les primes. Un projet qui était déjà sur toutes les lèvres, le soir même de l’échec (61,8%) de l’initiative fédérale sur la Caisse publique d’assurance maladie, le 28 septembre 2014. Deux textes forts, donc, puisqu’ils touchent aux collusions d’intérêts, si manifestes sous la Coupole, et à la structure fédéraliste de notre pays. A coup sûr, ces deux initiatives méritent, si elles obtiennent les signatures, un vaste débat national. Avec, un beau dimanche, le peuple qui tranche. Notre politique de santé, beaucoup trop complexe, a besoin de clarté, de légitimité, de courage dans les choix. L’équation a besoin d’être simplifiée.

 

Surtout, l’appel au peuple constitue un signal remarquable. Il montre qu’en Suisse, chacun peut actionner la démocratie directe. Y compris des conseillers d’Etat ! MM Maillard et Poggia sont loin d’être seuls, des gens travaillent déjà dans les comités d’initiative, l’affaire est préparée, elle ne sent pas l’improvisation. Pour la suite, nous verrons. Mais une chose est sûre : lorsque tout est bloqué, lorsque plus rien n’avance, saisir le suffrage universel, en provoquant un grand débat, dans tout le pays, peut être l’occasion d’une délivrance. On ose au moins l’espérer.

 

Pascal Décaillet

 

 

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14/03/2017

Inculpé ? Et alors !

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Sur le vif - Mardi 14.03.17 - 16.06h

 

Inculpé ? Et alors ! Inculpé pour cette histoire d’emploi fictif, avec laquelle on nous pourrit la campagne depuis des semaines. Une certaine presse nous sort ça, personne ne n’interroge sur les sources, personne ne se demande à qui tout cela profite.

 

Inculpé ? Et alors ! Que les juges fassent leur boulot, nous verrons bien.

 

Inculpé ? Et alors ! Là, nous sommes dans une campagne pour la Présidence de la République française. Le peuple de France, consulté par référendum par Charles de Gaulle en 1962, a décidé que cette élection aurait lieu, dès lors, au suffrage universel. Ce fut le cas, dès décembre 1965. Puis, en 1969, 1974, 1981, 1988, 1995, 2002, 2007, 2012. Je les ai toutes suivies, à fond.

 

Inculpé ? Et alors ! Une élection par le peuple n’exonérerait certes pas l’élu de répondre de l’affaire de l’emploi fictif. La loi stipule qu’il aurait à le faire au terme de son mandat, ou de ses mandats.

 

Inculpé ? Et alors ? A part quelques moralistes, principalement issus du camp politique adverse, les gens sont lucides, et font parfaitement la part des choses. Il y a la question de l’emploi fictif, très bien. Et puis, il y a la question de savoir si François Fillon ferait un bon Président. Aucune de ces deux questions n’a à annuler l’autre, nous sommes dans un État de droit, nul n’est au-dessus de lois, c’est entendu. Mais elles sont PARFAITEMENT SÉPARÉES. L’une est d’ordre juridique. L’autre relève du seul ordre qui vaille dans une élection qui engage le destin du pays : l’ordre politique.

 

Inculpé ? Et alors ! Nous n’avons pas étudié l’Histoire de France, lu toutes ces centaines, ces milliers de biographies historiques, de Mazarin à Talleyrand, de Richelieu à Clemenceau, pour nous laisser impressionner par le petit jeu de la morale que cherchent à instiller, pour des raisons d’adversité politique, ceux qui veulent la peau de François Fillon.

 

Inculpé ? Et alors ? Sur l’emploi fictif, les juges jugeront. Sur le reste, qui est des millions de fois plus important, le suffrage universel tranchera. J’écris tous cela, d’autant plus volontiers, d’autant plus librement, que M. Fillon n’est pas mon candidat, pour cause de profondes divergences sur les questions économiques. Il est libéral, je ne le suis pas. Il croit encore en l'Europe, moi pas. Mais mon estime, de jour en jour, pour le courage et la ténacité de cet homme, vont assurément en s’accroissant.

 

J’aime les hommes seuls. Et les causes perdues.

 

 

Pascal Décaillet

 

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12/03/2017

La désespérante uniformité de la presse romande

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Sur le vif - Dimanche 12.03.17 - 14.05h

 

Ils disent tous la même chose. Ils vomissent sur Trump, sur Poutine, sur Erdogan, ils ont encensé Mme Clinton, Obama. Ils soutiennent les gentils Kurdes sur la place des Nations, comme ils ont embrassé, jusqu’à l’étreinte, la cause albanaise, dans les années 1990. Ils n’en peuvent plus de défendre l’Union européenne, Mme Merkel, et maintenant Macron, figuré comme l’ultime rempart avant la Bête immonde.

 

Ils disent tous la même chose. Depuis deux décennies, ils ont défendu la libre circulation des personnes, en Suisse. Ils ont sanctifié le flux, diabolisé la frontière, ridiculisé comme des arriérés les partisans des nations. Aujourd’hui, le vent tourne, alors ils commencent à se convertir. Ils avaient vingt ans pour le faire, ne l’ont jamais fait. Quand vous écriviez contre la libre circulation, il y a cinq ans, dix ans, comme je l’ai toujours fait, ils vous traitaient de nostalgique, de xénophobe.

 

Ils disent tous la même chose. Depuis plus d’un quart de siècle, ils conspuent l’UDC. Ils ont combattu férocement l’initiative du 9 février 2014, sur l’immigration de masse, ils ont perdu, ils ont multiplié la hargne pour empêcher à tout prix son application. Ils ont réussi : ce que le Parlement nous propose n’est qu’une soupe, un brouet.

 

Ils disent tous la même chose. Ils adorent le Pape François, si gentil, si moderne, dans la douce tiédeur de son aggiornamento. Ils s’agrippent et s’accrochent à la démocratie représentative, exècrent la démocratie directe, n’ont qu’un mot à la bouche : « populiste ».

 

Ils disent tous la même chose. A commencer par les « humoristes », qui n’ont jamais été autant les suppôts du pouvoir, de l’ordre en place. Eux qui devraient exalter les vertus maléfiques de la Marge, les voilà tueurs du premier venu des marginaux. Niveleurs. Régulateurs. Géomètres du bémol. Laissez-moi rire.

 

Ils disent tous la même chose. Ceux qui meurent, ceux qui survivent. Rescapés, miraculés, ils ne tirent nulle leçon des naufrages. Ils répètent. Ils distillent leurs incantations. Ils prient. Ils ne sont plus dans le discours, mais dans la liturgie. Et leurs syllabes, comme fumée de sacrifice, s’épanchent et se répandent. Elles conquièrent, lentement, inexorablement, leur droit imprescriptible à la disparition.

 

Pascal Décaillet

 

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11/03/2017

L'agenda de M. Plenel

 

Sur le vif - Samedi 11.03.17 - 11.27h

 

La France va mal. Jamais les Français n'ont eu autant besoin qu'on leur parle de leurs vrais problèmes : qualité de vie, santé publique, sécurité sociale, emploi, immigration, pouvoir d'achat, sécurité, formation, etc.

 

Jamais ils n'en ont eu autant besoin. Et jamais, dans cette interminable pré-campagne inaugurée par d'inutiles "primaires", on ne leur en a aussi peu parlé ! Là est le vrai scandale, la nauséabonde disparition des thèmes, au profit des faux scandales autour des personnes, flinguer l'un, mitrailler l'autre, un jour une affaire Fillon, demain une affaire Macron, allez savoir.

 

Le seul moment qui, pour moi, fut de lumière et d'intelligence, aura été le débat entre MM Valls et Hamon. J'y ai senti planer l'âme de Pierre Mendès France, il y avait de la vision, de la précision, de la compétence.

 

Fillon ? Je ne partage en rien ses thèses libérales et européennes, encore moins sa volonté de démanteler la fonction publique. Mais j'aurais bien aimé qu'on en parle ! Autrement intéressant, tout de même, que le roman-fleuve sur le putatif emploi fictif de son épouse.

 

Je vais vous le dire franchement : que Mme Fillon ait eu ou non un emploi fictif, JE M'EN FOUS. Les juges s'en saisiront, c'est leur boulot. Mais, si j'étais citoyen français, et si je partageais les idées de Fillon, cette affaire ne pèserait EN RIEN sur mon vote. Je dis bien : EN RIEN. Je n'ai pas étudié l'Histoire, lu des milliers de biographies politiques, de Bismarck à Mazarin, de Guizot à Willy Brandt, pour me laisser impressionner par des "révélations" manipulées par des sources bien intentionnées, et surtout d'un intérêt totalement mineur. Ce qui compte, c'est la capacité du candidat, ou non, à gérer le pays.

 

Résultat : on approche du terme, on n'a pas encore parlé des thèmes ! L'indépendance du pays. Sa souveraineté. Sa grandeur et son rayonnement dans le monde. Son rapport avec l'Europe. Sa monnaie. La survie de ses paysans. Etc. On n'a fait que suivre, comme des moutons, l'agenda de M. Plenel et de ceux qui l'instrumentalisent. Que surgisse, d'ici l'élection, un homme - ou une femme - capable de parler des vrais problèmes, rompre avec ce cirque et laisser monter le sentiment tellurique du peuple, la victoire sera à portée de sa main.

 

Pascal Décaillet

 

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09/03/2017

Cyril et Benoît

 

Commentaire publié dans GHI - 08.03.17

 

En se déclarant hostile, dans une interview à la Tribune de Genève, à la libre circulation des personnes, le conseiller national PLR Benoît Genecand s’en est-il véritablement pris, comme on l’a dit, à l’ADN de son parti ? A-t-il commis le crime d’attaquer l’Arche Sainte, celle qui porte le dogme, intouchable ?

 

A ces questions, la réponse est non. Malgré toutes les orgues de Staline qu’ont pu lui envoyer, en réponse, les caciques de son parti, le principe de libre circulation n’est, en réalité, qu’une acquisition récente, dans l’Histoire de la structure aujourd’hui appelée « PLR ». Le 6 décembre 1992, Jean-Pascal Delamuraz ne défendait en aucune façon la seule libre circulation des personnes, il se battait pour un ensemble, certes complexe, mais avec une part avant tout législative et institutionnelle. Le tout fut, comme on sait, refusé.

 

La vraie libre circulation, votée en soi par le peuple le 21 mai 2000, est beaucoup plus récente. Longtemps, les radicaux furent protectionnistes, Delamuraz a même dû les convaincre de combattre les cartels. Et nos libéraux, en Suisse romande, n’étaient pas des ultras, avides de profit instantané. Il n’y a donc rien, dans l’Histoire et la philosophie politique du PLR, qui puisse permettre d’ancrer la libre circulation dans la profondeur des antécédents. Benoît Genecand, puis le député Cyril Aellen, demandent qu’il y ait « au moins débat ». C’est le moindre de leurs droits. Honneur au courage de ces deux personnalités politiques.

 

Pascal Décaillet

 

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08/03/2017

Liberté de la presse : les fausses pleureuses

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.03.17

 

En pleurant, à n’en plus finir, la disparition d’un hebdomadaire, en craignant comme la peste celle d’un quotidien, en répétant à l’envi que « la diversité de la presse en Suisse romande est menacée », que nous révèlent les accents de Requiem et les trémolos de ces voix d’Apocalypse ? Une véritable sensibilité à la pluralité des opinions, dans notre coin de pays ? Ou plutôt, la peur de voir s’évanouir ceux qui furent si longtemps les relais de leurs points de vue ? Ici, un centre-gauche européiste, né de Mai 68, libertaire dans les affaires de société, plutôt libéral, tendance Blair ou Schröder, dans les choix économiques. Là, un centre-droit, également libéral, libre-échangiste, en pâmoison face à l’organisation multilatérale du monde, avec ses armées de journalistes formés à HEI, cette matrice située à quelques mètres du siège mondial de l’OMC, quelques centaines de mètres de l’ONU.

 

Parlons sérieusement. Pour l’immense majorité des gens, un « bon journal », c’est un journal qui pense comme eux. Un « mauvais journal », c’est celui qui leur dit ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. Ils ont évidemment tort, mais c’est ainsi. A vrai dire, il faut déjà une certaine évolution, une certaine connaissance du métier, pour arriver à faire la part des choses, juger en fonction d’une bienfacture, un niveau de professionnalisme, plutôt que du diapason avec ses idées, à soi. Dans ces conditions, rien de pire, dans la vie d’un journaliste, que le paternalisme des politiques, de droite ou de gauche, qui vous veulent du bien. C’est la pire des choses ! Bien pire, encore, que ceux, au moins francs du collier, qui cherchent par tous les moyens à avoir votre peau. Tous ces esprits protecteurs, providentiels, qui surgissent au lendemain de la fermeture d’un titre, déjà suffisamment triste comme cela, pour vous promettre une improbable résurrection, ou réclamer d’urgence une « aide à la presse, de la part des pouvoirs publics ».

 

Ces belles âmes, si pures, eussent-elles fait preuve du même empressement, pour aider à naître  - ou empêcher de mourir - un journal d’extrême gauche, ou alors de la droite conservatrice, anti-libérale, protectionniste, régulatrice des flux migratoires ? La réponse, évidemment, est non. Ce que veulent conserver ces chers politiciens, c’est la caisse de résonance, pour leurs idées à eux, que peut constituer un titre, une antenne, un site. Ils ne s’intéressent qu’à cela. Ce qu’ils appellent « pluralité », c’est la défense de leurs idées, à eux. Dès que vous déboulez avec une autre vision, ils entreprennent toutes choses pour vous réduire au silence. Les mêmes, qui ne jurent que par la « diversité », se révèlent, à la première occasion, les pires censeurs. Je ne leur accorde, pour ma part, aucune confiance. Je préfère encore le rapport de vie et de mort, assez sain finalement, et en tout cas conforme à mon éthique de la guerre, qu’entretiennent de bons vieux ennemis. Allons, selon l’adage, combattre nos adversaires. Mais par pitié, qu’on nous nous protège des fausses pleureuses. Qu’on nous épargne la sollicitude de nos « amis ».

 

Pascal Décaillet

 

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04/03/2017

Non aux obsédés du marché !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.03.17

 

Pourquoi refusent-ils d’admettre, simplement, qu’ils se sont trompés ? Il y a dix, quinze, vingt ans, ils n’en pouvaient plus de nous administrer la leçon sur les vertus incomparables de l’échange. Libre circulation des personnes, des capitaux, des marchandises. Négociations multilatérales d’accords commerciaux, sous le haut arbitrage de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce, siège mondial à Genève). Disparition des frontières physiques. Abolition des taxes douanières. Liquéfaction progressive des Etats et des nations, pour se fondre dans d’immenses conglomérats, comme l’Union européenne, ayant la taille du continent, pouvant ainsi « rivaliser avec la Chine ». Pour y parvenir, délégation de souveraineté des nations à ces grands ensembles. Il fallait penser grand, global, continental, planétaire.

 

Le moins qu’on puisse dire est qu’on est revenu de cette idéologie. Les nations ne sont pas mortes. Les frontières sont vivement souhaitées par les peuples, demandeurs de contrôles beaucoup plus importants. La régulation des flux migratoires (qui n’est pas une fermeture des frontières) est, de plus en plus, exigée par la base. Les thèmes de la préférence nationale (ou, en Suisse, cantonale) ne sont plus du tout de l’ordre du tabou. L’idée, totalement vilipendée pendant les années 1990 et 2000, de protectionnisme, avance à grands pas. En matière agricole, où le niveau de vie des paysans atteint hélas des seuils catastrophiques, elle apparaît même comme une évidence. Bref, un peu partout dans nos pays, Suisse, France, Angleterre, sonne la fin d’une ère. Peut-être pas du libéralisme, grand mouvement de pensée politique, né des Lumières, parfaitement respectable. Non : plutôt la fin de l’acception « ultra » du terme, cette vague née des années 80, qui prétendait tout emporter sur son passage, pour le seul culte du libre-échange et du profit.

 

Personne ne nie les vertus de l’échange. Le problème, c’est qu’au lieu de le tenir pour ce qu’il est, un moyen d’action, on l’a purement et simplement sanctifié. Jusqu’à favoriser exagérément, dans la politique économique suisse, le commerce extérieur par rapport, notamment, à l’agriculture. On a tout misé sur les uns, quitte à laisser tomber les autres. Car enfin, à quoi riment les paiements directs, s’ils ne s’inscrivent pas dans une volonté politique affirmée de promouvoir nos terroirs, nos produits, notre agriculture ? Pour suivre depuis plus de trente ans le dossier agricole, l’avoir couvert déjà du temps de Delamuraz, je puis affirmer que la Suisse, aujourd’hui, n’a plus de vision claire, offensive, dans ce domaine.

 

De quoi avons-nous besoin ? De quoi, si ce n’est de nous sentir, ensemble, dans des réseaux de solidarités. En allemand, cela porte un beau nom : « Gemeinschaft », « communauté ». Cette intimité du lien entre les humains d’un même lieu, le libéralisme ultra, avec son exaltation de l’échange, et ses rêves mondialisés, a bien failli la casser. A nous de la reconstruire. La politique est une affaire d’hommes et de femmes, unis dans la citoyenneté. Ne la laissons pas aux obsédés du marché.

 

Pascal Décaillet

 

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