05/04/2017

Réhabilitons la politique, l'urgence est absolue !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.04.17

 

Ce qui se passe en France, dans cette présidentielle 2017, est tout simplement catastrophique. Nous sommes à un peu plus de deux semaines du premier tour, et on n’a pas encore parlé de l’essentiel : l’avenir de la France. On a parlé de la vie privée des candidats, d’emplois fictifs, de costumes. On a laissé débouler sur le plateau d’une émission politique, face à François Fillon, une écrivaine, spécialiste de l’intime, venue non pour dialoguer, mais pour exécuter en direct le candidat. On a sorti des « affaires » dont la plupart n’en sont pas. On a confondu rectitude morale et capacité à tenir le pays. On a laissé faire des médias irresponsables, juste avides d’audience. Mais des choix fondamentaux qui attendent la France, Europe ou non, euro ou non, protectionnisme ou libre échange, contrôle des flux migratoires, destin des agriculteurs, on n’a pas parlé. On a ruiné la politique. Il est urgent, en France comme ailleurs, de la réhabiliter.

 

Car la politique est une grande chose. Je pense, chez nous, à ces centaines de conseillers municipaux, de députés dans les Grands Conseil cantonaux, à tous ces conseillers généraux en France, ou régionaux, anonymes, bosseurs, dévoués, qui sacrifient leurs soirées à plancher sur le destin commun. Rien que pour eux, ces hommes et ces femmes admirables, notre foi dans l’action publique demeure intacte. Car la politique, ça n’est pas se pavaner chez Ruquier, ou chez les bien-pensants de BFMTV. C’est donner une partie importante de son temps, donc de notre capital humain le plus précieux, à la collectivité. Ces gens, qui s’engagent, méritent mieux que le discrédit. Pour eux, il nous faut œuvrer à la reconquête d’une confiance commune.

 

La politique est quelque chose de sérieux. Certains des hommes que j’admire le plus, dans cet art, de Pierre Mendès France à Willy Brandt, me fascinent par leur puissance de solitude, leur rigueur, leur lucidité, leur vision. Ainsi, Brandt jette les bases de l’Ostpolitik à la fin des années 60, seul contre tous, désavoué par « l’allié américain ». Mais il persiste, tient tête, s’agenouille devant le Ghetto de Varsovie, ouvre une ère nouvelle dans l’Histoire de son pays. Oui, la politique vaut mieux que les quolibets des humoristes de pouvoir, des chroniqueurs salariés par le Réseau dominant, que la traque – sous prétexte « d’investigation » - de paparazzi sur leur vie privée. Nous les journalistes, les médias, les éditorialistes, il nous appartient de replacer l’action politique dans la hauteur qui doit être la sienne, plutôt que de la reléguer dans la fange et le caniveau.

 

Cela passe par des entretiens politiques qui portent sur l’essentiel, le fond. Et non par ce mélange, de plus en plus fréquent, entre vie privée, hobbys, sous prétexte « d’humaniser » la personne politique. Non, non et non ! L’humanisme oui, mais ça passe par la qualité de la parole, dans l’échange. Sans concession, certes, et même durement s’il le faut. Mais dans le respect des personnes. Sinon, c’est la mort de l’âme.

 

Pascal Décaillet

 

12:47 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Décaillet, l'homme du passé. C'est presque un compliment, en l'occurrence.

Écrit par : Jean Modal | 05/04/2017

A propos d'"humaniser" la personne politique ne devrait-on pas pouvoir compter sur elle (élue, "élite") pour humaniser voire éduquer civiquement citoyens et citoyennes?

Comment le faire autrement que par l'exemple... affirmait le pince-sans rire, sans doute, François Fillon?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 05/04/2017

Un temps, une époque à jamais révolue? les grands personnages naissent et grandissent dans les périodes de luttes, d'incertitudes, réclamant vision et courage. Nous avons là les politiciens issus des 30 glorieuses, période à jamais passée, période heureuse où tout - ou presque- a été si ce n'est facile, du moins possible. Oui la génération des enfants gâtés, du tout tout de suite et on voir où on en est ! Mais les temps durs reviendront et avec eux les nouveaux 'personnages' qui feront avancer la politique au lieu de s'en servir et d'en abuser.

Écrit par : uranus2011 | 07/04/2017

Trop tard.
Le temps du discours est fini, nous entrons dans le temps de la survie, du combat ou, plus probablement, de la fuite.
Il n'y aura bientôt plus rien à dire.

Monsieur Décaillet, vous vous intéressez à l'Allemagne, vous aimez l'Allemagne. Regardez ceci:

http://www.fdesouche.com/840991-268-000-refugies-ont-le-droit-de-faire-venir-leurs-familles-en-allemagne

Il n'y a effectivement plus rien à dire.
La politique, c'est fini.
On ne débat qu'entre soi.

Comme le disait un ancien premier-ministre singapourien:

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Dans un état multiethnique vous ne votez pas en fonction des idées du candidat mais en fonction des intérêts de votre groupe ethnique. Lee Kuan Yew
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Écrit par : Paul Bär | 09/04/2017

L'urgence est absolue avec

risque de poser la question de savoir au final qui sera élu.

Puisque démocratie parlant qui, des candidats, apporterait l'assurance que l'on retrouverait au Parlement la diversité citoyenne du moment qu'il ne se trouve plus au Parlement aucun représentant ouvrier ou salarié?

Macron, Fillon

voire... Mélenchon?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/04/2017

Cette campagne est pourrie parce que l'establishment n'a pas réussi à avoir ce qu'il voulait: c'est à dire à contraindre les gens à choisir entre Juppé et Valls.

Alors pour se venger les puissances qui contrôlent les médias sabotent la campagne. On sabote la candidature de François Fillon, qui ne leur plaît pas parce qu'il incarne encore une conception de la famille traditionnelle, alors qu'eux aimeraient passer d'un seul coup à l'utopie de la société non "genrée", et en plus il n'est pas d'accord de faire la guerre en Syrie pour Israël. Donc ils essaient de l'éliminer comme ça. Ils arriveront peut-être à l'écarter du second tour, mais au profit de qui?

Ils essaient de gonfler la boudruche Macron, qui est leur petit groom zélé. Mais ça ne prend pas. Macron est plein de vide et les gens le sentent.

Il se pourrait bien que Macron ne soit pas au second tour, remplacé par Mélenchon le rouge, ce vieux briscard des loges. Or Mélenchon ne plaît pas non plus aux mêmes qui ne veulent pas de Fillon. Ce n'est pas pour rien que le CRIF a refusé de l'inviter à son dîner d'allégeance. Donc toute cette campagne dérape du point de vue des manipulateurs, qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Je suis moins pessimiste que vous. Vous croyez que la politique est absente de cette campagne. Croyez-vous que le peuple français n'est plus politique et qu'il ne sent pas les enjeux? Je ne le pense pas. En arrière plan il y a le grand impensé: la question de la nation. On ne débat pas des arguments, c'est vrai. Mais ils sont là en arrière plan. Le vrai centre du jeu, et du débat, c'est Marine Le Pen, qui incarne la nation. Cela pourrait bien être elle qui l'emporte parce que c'est la seule qui fait de la politique. Elle parle souveraineté. Et en dernière analyse c'est de cela qu'il s'agit. "La France vient du fond des âges, elle vit" disait un grand homme que vous aimez. La nécessité vitale pour la France aujourd'hui, n'est ce pas de retrouver son indépendance nationale? La seule qui incarne celà, malgré tous ses défauts, c'est Marine Le Pen. Donc le fond du débat est là: la France veut-elle encore vivre comme nation indépendante? Ou veut-elle mourir? Plus on se perd en faux débats, et plus ce non dit est présent et domine tout le débat même si on n'en parle pas.

Écrit par : Töpffer | 10/04/2017

Selon M. Bayrou le peuple français est crevé.
A perdu toute confiance en lui comme en ses élites.

Fillon ex Premier ministre ne laisse pas un bon souvenir non pas tant aux personnes qui n'apprécient pas l'Eglise, la famille traditionnelle, etc. mais aux ouvriers et salariés qui n'ont rien à attendre de lui de bon "non plus"!

Sans quoi Marine serait aux champs

lon laire... lon la

Écrit par : Myriam Belakovsky | 10/04/2017

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