30/04/2017

Il m'arrive de dire oui !

 

Sur le vif - Dimanche 30.04.17 - 10.09h

 

Souveraineté nationale. Indépendance. Frontières. Régulation des flux migratoires. Politique agricole active, valorisation des terroirs, respect et protection des paysans. Respect de l'environnement, protection des sites et des paysages. Respect du monde animal. Politique monétaire nationale. Politique étrangère indépendante, ouverte, audacieuse, non-alignée sur les super-puissances de la planète. Refus de toute intégration à un Empire, ou conglomérat. Rejet de l'idée même de supranationalité. Immense effort de solidarité, à l'intérieur du pays, pour favoriser la cohésion sociale. Priorité à l'emploi pour les résidents. Attention de tous les instants aux plus défavorisés. Soins médicaux accessibles à tous. Encouragement à l'industrie, aux PME, à l'invention. Mettre fin au pouvoir mondialisé de la finance spéculative. Remettre la banque au service de l'économie locale. Défendre les services publics, par l'exigence de qualité et non en les mettant sous cloche. Renforcer la puissance de l'Etat, pour le mettre au service des citoyens. Démocratie directe, participative, active, novatrice, imaginative. Démocratie venue d'en bas. Absolue supériorité de l'intérêt général sur la somme des intérêts particuliers.

 

A tout cela, je dis oui.

 

Pascal Décaillet

 

16:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/04/2017

Le pourboire

 

Sur le vif - Samedi 29.04.17 - 09.23h

 

Vous prenez l'électorat de Marine Le Pen au premier tour. Vous lui ajoutez celui de M. Dupont-Aignan. Puis, une part non-négligeable de celui de M. Fillon. Puis une part, qui pourrait s'avérer étonnante, de celui de M. Mélenchon. Vous prenez les ouvriers, les paysans, les chômeurs, les oubliés. Les silencieux, surtout.

 

Vous brassez.

 

Vous multipliez par l'insondable vacuité de M. Macron. Vous élevez au carré par l'éther de l'imprévisible, la noirceur des colères, le secret de l'urne, la revanche du terroir provincial contre les consignes des salons parisiens, le rejet absolu des petits marquis de la morale, qui se prennent pour des directeurs de conscience.

 

Vous ajoutez l'instrumentalisation mémorielle, le communautarisme de la récupération, l'anachronisme des procès d'intention rétrospectifs, la sagesse et le bon sens de l'électorat face à ces ficelles. L'unanimité des médias en faveur d'un candidat, même reconnu comme vide, parce qu'il serait le "moindre mal".

 

Vous prenez tout cela, oui. Vous brassez une dernière fois. Vous laissez macérer. Et, le 7 mai, vous demandez l'addition.

 

Pour le pourboire, chacun est libre.

 

Pascal Décaillet

 

15:54 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/04/2017

Cigales hallucinées

 

Sur le vif - Jeudi 27.04.17 - 12.25h

 

Pour l'élection du 7 mai à la Présidence de la République, les Français ont le choix entre deux candidats, comme il sied à tout deuxième tour depuis décembre 1965. Deux programmes, deux visions pour la France, radicalement différentes.

 

Ils ont parfaitement le droit de voter pour l'un, comme pour l'autre. Chaque citoyenne, chaque citoyen, vote librement. En conscience.

 

Nul n'a à leur faire la moindre leçon de morale sur leur choix.

 

On peut tenter de convaincre le camp adverse, lui prouver à quel point le programme de son candidat, à soi, est meilleur. Avec des arguments politiques. Les champs d'antagonismes, sur le fond, sont passionnants, tant ces deux candidats divergent sur tout, ce qui est très sain, et offre aux Français un vrai choix, entre deux visions du monde. Le 7 mai, pour cinq ans, ils trancheront. Qui éliront-ils ? Je l'ignore absolument.

 

Mais désolé, les "appels républicains" de toute cette coterie d'artistes, de vedettes, de cigales hallucinées de la mondanité parisienne, pour diaboliser l'un(e) des deux candidats, les grandes leçons des Attali, Cohn-Bendit, Jamel Debbouze, BHL, pour nous dessiner l'Apocalypse de l'irréparable, tout cela ira à fins contraires.

 

Cette manière de penser à la place des citoyens, comme aux plus riches heures de Sartre et des Temps modernes, et de leur imposer, pistolet sur la tempe, l'orthodoxie du Bien, n'est absolument plus de mise en 2017, à l'heure de la mise en partage des connaissances et des réseaux sociaux. Nos Frères Prêcheurs se trompent d'époque ! La vérité ne vient plus des Salons de Lumière.

 

Les Français en ont tellement marre des prétentions de cette clique à un quelconque magistère, que chaque leçon de ces moralistes de sunlights amène des milliers de voix au camp adverse.

 

Alors... Alors, quoi ? Alors, qu'ils continuent, pardi ! Et nous verrons bien.

 

Pascal Décaillet

 

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26/04/2017

La convergence des silences

 

Sur le vif - Mercredi 26.04.17 - 08.46h

 

Sur les plans économiques et sociaux, sur la souveraineté nationale, le rapport à l'Etat, la défense des services publics, l'attention aux plus défavorisés, le sort des paysans, des ouvriers et des chômeurs, la question européenne, l'Allemagne, de nombreux enjeux de politique internationale, la démocratie directe, et une foule d'autres sujets, les programmes de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se rejoignent.

 

Ils sont, l'un et l'autre, à des années-lumière du programme d'Emmanuel Macron, pro-européen, pro-américain, atlantiste, inféodé à Mme Merkel et à Bruxelles, pro libre-échange, pro libre-circulation des personnes, pro finance internationale, anti-protectionniste, bref la parfaite continuation des politiques libérales et dérégulatrices, à droite comme à gauche, menées depuis tant d'années.

 

Dans ces conditions de proximité idéologique sur tant de sujets, de silence-tabou sur cette proximité, et d'ennemi commun en la personne du chouchou des médias, des banques, des places financières mondiales, de l'Allemagne et de Bruxelles, le silence de Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir, s'explique et s'éclaire.

 

Une partie de l'électorat Mélenchon, dimanche 7 mai, ainsi qu'une partie de l'électorat Fillon, ainsi que tant d'autres silencieux d'aujourd'hui, voteront pour Marine Le Pen. Que cela plaise ou non à M. Mélenchon lui-même : les voix de ses électeurs du premier tour ne lui appartiennent pas. Aucune voix, d'ailleurs, n'appartient à personne.

 

Pascal Décaillet

 

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France : l'équation s'éclaircit !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.04.17

 

En politique comme en algèbre, il y a des moments devenus tellement complexes qu’il convient de simplifier l’équation. Juste pour y voir clair. Poser les enjeux de façon lisible. Permettre à chaque citoyenne, chaque citoyen, de se forger une opinion sans pour autant devoir pondre une thèse en Sorbonne. C’est ce qu’a fait, ce dimanche 23 avril, le corps électoral français. Non seulement il nous a sélectionné deux finalistes, ce qui était le but de l’exercice. Mais à la réflexion, toutes déceptions laissées en chemin, toute nostalgie bue et digérée, il a fait plus que cela : il se propose à lui-même de retourner dans les urnes, dans deux semaines, avec un binôme parfaitement antagoniste. Deux candidats que tout oppose. Et c’est très bien ainsi : c’est de la dialectique de confrontation, y compris douloureuse, vive, sonore, que procède la démocratie. Et non de combinazione silencieuses, entre clercs. Rien de pire que deux finalistes qui se ressemblent : les « blancs bonnets, bonnets blancs », formule choc et géniale du vieux communiste Jacques Duclos pour qualifier Georges Pompidou et Alain Poher, retenus au deuxième tour en juin 1969.

 

Là au moins, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, les choses sont claires. Ces deux candidats ne sont d’accord sur rien. Ils divergent, de façon diamétrale, sur la notion de la souveraineté nationale française. Mais aussi, sur la continuation de l’intégration du pays à l’Union européenne, dont la France fut, dès 1957, l’un des membres fondateurs. Mais encore, sur l’opportunité de garder l’euro. Sur l’existence même d’une supranationalité européenne. Sur les rapports avec les Etats-Unis d’Amérique. Avec l’OTAN. Avec la Russie de M. Poutine. Avec l’Allemagne de Mme Merkel. Sur la nécessité d’un ordre multilatéral du monde, celui qu’incarnent toutes les organisations internationales sises à Genève. Sur l’Ukraine. Sur la Syrie. Sur le protectionnisme. Sur le libre-échange des marchandises. Sur la libre-circulation des personnes. Sur la notion de frontière. Sur le contrôle des flux migratoires. Sur l’ensemble des questions économiques. Sur le rôle de l’Etat. Sur la fonction publique. Sur l’interventionnisme dans l’économie. Sur l’émergence, en France, d’une forme de démocratie directe. Sur le rôle des places financières mondiales. Sur les rapports entre finance et industrie. Sur la question agricole, dans un pays où, hélas, des paysans en viennent à se suicider. Je n’ai pris, ici, que quelques exemples.

 

Entre ces deux France, les électeurs trancheront. Pour la première fois depuis le suffrage universel, décidé en 1962, appliqué dès 1965, ils auront à choisir entre deux candidats n’émanant ni l’un ni l’autre des grands partis antagonistes de la Cinquième. Mais d’une formation profondément protestataire, et, en face, d’un parti créé tout récemment ! C’est une donne totalement nouvelle, comme aux cartes après le brassage. Les fronts, enfin, sont d’une clarté cristalline. Une nouvelle géographie politique est en train de naître en France, jetant les anciens repères, ceux qui nous guidaient depuis 1958, aux orties. Passionnant pays !

 

Pascal Décaillet

 

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24/04/2017

Entrailles silencieuses

 

Sur le vif - Lundi 24.04.17 - 12.22h

 

Après des mois d'embrouilles, l'équation de la présidentielle française se simplifie enfin : il était temps ! On pensera ce qu'on voudra des deux finalistes, mais il se trouve qu'ils sont là, eux et pas les autres, c'est le corps électoral qui l'a voulu, c'est ainsi.

 

Et au moins, l'équation est claire. Les deux candidats du second tour représentent des univers politiques totalement antagonistes, ce qui est plutôt sain en démocratie. En parfaite connaissance de cause, les citoyens trancheront. Je n'ai fait aucun pronostic pour le premier tour, je n'en ferai pas pour le second, nous verrons bien.

 

Sur la souveraineté de la France, les deux finalistes sont en désaccord total. Sur l'Union européenne. Sur la monnaie qui doit être celle du pays. Sur les relations avec les États-Unis d'Amérique. Avec la Russie. Avec l'Allemagne. Sur la question ukrainienne. Sur la question syrienne. Sur la manière de traiter l'immigration. Sur le libre-échange. Sur la libre-circulation des personnes. Sur le rôle de l'Etat dans l'économie. Sur les relations entre partenaires sociaux. Sur le protectionnisme. Sur le destin de l'agriculture française. Pour ne prendre que quelques éléments.

 

A quoi s'associent des clivages, clairement repérables. Entre l'Est et l'Ouest du pays. Entre les villes et les campagnes. Entre régions nanties et délaissées. C'est sur la base de cette nouvelle carte de la France que s'articuleront les grands débats politiques des prochaines années. Autour de ces axes d'antagonismes, qui en effet pulvérisent les frontalités des soixante dernières années.

 

Bref, une nouvelle ère, quel que soit le résultat du 7 mai. Si M. Macron est élu, il devra considérer, pendant cinq ans, sa rivale du deuxième tour comme la cheffe de l'opposition. Non à l'Assemblée, à cause du mode de scrutin, mais dans les entrailles, jusqu'ici silencieuses, du pays profond. Les prochaines années seront passionnantes. Ce pays n'a pas fini de nous étonner.

 

Pascal Décaillet

 

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22/04/2017

Metin Arditi : le père retrouvé

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Notes de lecture - Samedi 22.04.17 - 18.17h

 

168 pages de douceur et d’intelligence, des mots qui sonnent juste, un homme qui écrit sur son père, disparu il y a vingt ans. Un homme qui écrit à son père. Un pont jeté sur un Bosphore, un lien retrouvé, une langue qui revient, le turc, à laquelle un filial hommage est rendu, page 35. Des souvenirs qui remontent, « en écrivant », le fameux effet palimpseste de la mémoire, décrit simplement, à nu, sans recherche d’effets. Ce dernier livre de Metin Arditi est sans doute le premier. Celui dont tout procède, y compris ce qui fut écrit antérieurement : nul travail de révélation, après tout, n’a de compte à rendre à la chronologie, c’est la puissance et le secret de ces 168 pages, le mystère de cette chambre noire.

 

Est-il possible de raconter son père ? Le faut-il, seulement ? Le narrateur a vécu les sept premières années de sa vie à Istanbul, ville dont il raconte la magie dans la première partie du livre. Le style est simple et clair, les paragraphes courts, aérés, l’écriture est « mise en ordre » de tout un fatras dont elle semble se débarrasser. N’est-il pas question, quelque part dans le livre, de définir « l’esbrouffe » comme l’acte de « s’ébrouer » : éclaircir sa mémoire ? L’enfance stambouliote apparaît comme magique, de l’île des Princes à la bourgeoisie juive, en passant par le « Pitralon », la lotion après-rasage du père, envoûtante pour l’enfant, ou « Madamika », la gouvernante, ou encore le premier contact avec un « Notre Père », dans une église catholique, et la très belle réaction de tolérance du père, quand on lui parle de cette prière, qui n’est pas a priori la sienne. Confluences d’Orient.

 

Puis, onze années d’internat en Suisse. Le père se fait rare, revient parfois, ne s’épanche pas. Le fils l’admire, de loin, pour sa culture, son savoir-faire dans le métier, sa puissance de travail, bref ce qu’on appelle un père : admirable mais lointain. Il y a, quelque part, une « Mademoiselle Meyer », il y a Tüllin, une soeur qui a vécu avant, morte à l’âge de deux ans, et là, soudain, comment ne pas penser à « L’Autre fille », bouleversant récit d’Annie Ernaux, publié en 2011, exactement sur ce thème d’une aînée inconnue, tue par les parents, arrachée à la vie avant l’arrivée au monde de celui qui raconte le livre ?

 

Il y a tant d’autres choses, dans ces 168 pages. Le mystère des « balances analytiques », que le père aurait mises au point, des études de physique, des livres allemands en gothique dans une bibliothèque d’Istanbul, des Jeunesses socialistes autrichiennes, un accident de voiture du narrateur à l’âge de dix ans, à l’internat, un acte manqué entre deux hôtels « Waldhaus » dans les Grisons, le fil d’une mémoire pour tout reconstituer, comme la pelote d’une vie, ou des cailloux semés, dans la forêt. Oui, c’est l’histoire d’un garçon qui s’adresse à son père. Sans le sanctifier, comme dans la prière. Mais dans l’émotion de le retrouver. Par la grâce de l’écriture. A lire, sans faute.

 

Pascal Décaillet

 

*** Metin Arditi - Mon père sur mes épaules - Grasset - Avril 2017 - 168 pages.

 

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21/04/2017

Mon échelle, mes valeurs

 

Sur le vif - Vendredi 21.04.17 - 15.58h

 

D'un bout à l'autre de cette campagne où tout aura été entrepris pour avoir sa peau, François Fillon m'a impressionné. Non par son idéologie (j'ai déjà dit maintes fois mon opposition à son libéralisme économique), mais par son caractère. Contre vents et marées, cet homme a tenu. Je ne l'oublierai pas. J'aime tellement cette solitude de ceux qui se battent, vous ne pouvez imaginer à quel point ça me touche, ce que ça va chercher au fond de moi.

 

Il y a quelques mois encore, ma considération pour François Fillon était limitée. Il avait été cinq ans le Premier ministre de Nicolas Sarkozy, ce qui ne constitue pas, à mes yeux, la carte de visite la plus éblouissante.

 

Et puis, il y a eu cette campagne. Toutes ces "affaires", comme par hasard montées contre lui, et lui seul. Autour de lui, toute l’écœurante immensité de la trahison, ce qu'a également dû vivre Benoît Hamon, autre candidat que je respecte pour son cran et sa résistance.

 

Malgré l'extrême violence de ces vents contraires, François Fillon a tenu. Rien que pour cela, je l'admire. Parce que chez moi, l'échelle des valeurs fait de loin primer le caractère sur l'idéologie. Hier encore, au débat, je l'ai trouvé excellent. Ce matin encore, dans sa déclaration.

 

Alors voilà, je ne suis pas Français, je n'aurai donc pas à me prononcer dans cette campagne. Mais je tenais à dire, à deux jours du verdict du premier tour, mon admiration pour la ténacité de François Fillon. Ainsi que pour celle de Benoît Hamon, qui lui est pourtant diamétralement opposé, sur le plan des idées. Hamon, un homme que tous, ou presque, ont lamentablement trahi. Un homme seul. Un homme qui sait qu'il risque, dimanche soir, une cuisante défaite pour son camp, sans doute l'une des pires depuis la prise du parti par Mitterrand à Epinay en juin 1971. Il risque le rejet, le grincement des rires, la noirceur humide des rodomontades. Mais jusqu'au bout, il se sera battu. Je lui dis bravo. Il y a, chez cet homme austère et peu taillé pour les effets tribunitiens, une rigueur mendésiste qui ne m'a pas échappé.

 

Les hommes, les femmes, les événements, les périmètres d'idéologie, sachons les lire et les décrypter à l'aune de l'Histoire, dans la patience de la diachronie, et non dans la seule émotion, la seule émulsion du moment. Bref, lisons Michelet, Tocqueville et Marc Bloch. Et continuons d'aimer la France.

 

 

 

Pascal Décaillet

 

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20/04/2017

L'incroyable machine à fabriquer des rêves

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Commentaire publié dans GHI - 19.04.17

 

Par métier, je suis un spécialiste de la politique suisse, et bien sûr aussi genevoise. Mais comme un sacré nombre d’entre nous, la politique française me passionne. A chaque présidentielle, je me laisse prendre. Les débats, je les regarde, juste après avoir mené les miens, sur Léman Bleu. J’aime la politique française, parce que j’aime la France, tout court. Son Histoire, qui m’occupe depuis plus d’un demi-siècle, oui j’ai commencé très tôt. Sa littérature. Ses paysages, si beaux, si variés. La continuité de cette Histoire, depuis des siècles, me fascine. Tout comme l’Histoire allemande. Ou… l’Histoire suisse !

 

Enfant, j’étais l’un des seuls du quartier dont la famille avait la TV. Nous n’avions, en ce début des années soixante, que deux chaînes : « La France » et « La Suisse » ! Alors, nous regardions de Gaulle, ses numéros exceptionnels, ses jeux de voix, sa gestuelle, c’était impressionnant. Mon premier souvenir électoral est la présidentielle de décembre 1965, première du genre au suffrage universel. De Lecanuet à Tixier-Vignancour, une galerie extraordinaire de personnages. Au second tour, de Gaulle « face » à Mitterrand : les deux plus grandes figures de la Cinquième République ! Hélas, nulle rencontre entre les deux  : nous eussions eu là, entre ces deux hommes qui se connaissaient depuis leur rencontre d’Alger en 1943, le débat du millénaire.

 

C’est le 28 octobre 1962, sur proposition de Charles de Gaulle et contre l’avis d’une bonne partie de la classe politique, que les Français, par 62,25% des votants, ont accepté par référendum le principe de l’élection du Président de la République au suffrage universel. Trois ans et deux mois plus tard, premier test grandeur nature, dont je parle plus haut. C’est une incroyable machine à fabriquer des rois, à sécréter des rêves. Tous les sept ans (et, depuis 2002, tous les cinq ans), nos voisins peuvent s’imaginer qu’ils vont pouvoir, par la grâce d’un homme ou d’une femme, réinventer la vie. Il y a un sacre, un état de grâce, puis assez vite le scepticisme, puis la lassitude, et souvent à la fin le rejet. Celui de Giscard, en 1981, avait été d’une rare cruauté, que je juge aujourd’hui, avec le recul, imméritée.

 

Une machine à propulser des songes. Comme si le choix d’une seule personne pouvait amener à la Révolution des consciences. Il y en eut, des hommes providentiels, dans l’Histoire de France : Bonaparte à son retour d’Egypte (1799), Pétain en 1940, de Gaulle en 1944, puis en 1958, Mitterrand en 1981. Et cette fois, qui ? Franchement je n’en sais rien ! Nous verrons bien. Mais une chose est sûre : même s’il est très à la mode de parler d’une « Sixième République », on pourrait peut-être commencer par rendre hommage à l’extraordinaire solidité de la Cinquième. Née d’un homme d’exception, elle fêtera l’an prochain ses soixante ans. Et se place nettement deuxième, en longévité, derrière la Troisième République (1870-1940). Jusqu’à nouvel ordre, elle fonctionne : après tout, nos amis français ont le choix entre plusieurs candidats, qui s’affrontent. Ils en choisiront un, ou une. Bref, la machine fonctionne. On est encore assez loin de la crise de régime.

 

Pascal Décaillet

 

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13/04/2017

Imprévisible ? J'espère bien !

 

Sur le vif - Jeudi 13.04.17 - 08.52h

 

La présidentielle française est imprévisible ? Mais tant mieux, pardi !

 

Depuis quand une élection devrait-elle être prévisible ? Pour faire plaisir aux sortants ? Aux sondeurs ? Aux médias ? Aux humoristes et dessinateurs au service du pouvoir ? Aux courtisans de l'ordre établi ?

 

Le principe de toute élection est de remettre les compteurs à zéro. Même temps de parole, même considération pour tous. Même attention pour les propos de M. Lassalle (qu'au passage, j'apprécie beaucoup) que pour ceux des "favoris".

 

Sinon, autant reproduire le système, comme on se passait les charges avec la robe, sous l'Ancien Régime.

 

Beaucoup de journalistes, de commentateurs, en sont encore à l'Ancien Régime. Ils continuent de parler "d'extrêmes" pour Mme Le Pen ou M. Mélenchon, ils continuent de nous imposer la géométrie du convenable.

 

Mais au final, le 23 avril et le 7 mai, c'est le peuple français qui tranchera. La nouvelle géométrie, c'est lui qui la dessinera. La nouvelle donne, c'est lui qui la sortira.

 

Sa décision, il la prendra en fonction du tellurisme de l'instinct, l'intimité de chaque conscience citoyenne, et certainement pas en cherchant à faire plaisir aux nostalgiques d'Ancien Régime, qui nous brandissent le "prévisible", ou le convenable, comme d'autres nous imposaient leurs privilèges, la régale et la gabelle.

 

Pascal Décaillet

 

12:52 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/04/2017

France, souviens-toi de tes paysans !

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Sur le vif - Mercredi 12.04.17 - 14.52h
 
 
Quel que soit le futur Président, ou la future Présidente, s'il n'établit pas comme priorité absolue la renaissance de l'agriculture, son mandat sera un échec.
 
 
La paysannerie française vit ses années les plus douloureuses depuis celles, autour de 1787, 1788, qui ont immédiatement précédé la Révolution. Lire Michelet ! L'ouverture des frontières, la mondialisation lui ont été fatales. Il faut tout reprendre à zéro. Il faut un nouveau Sully pour réinventer une ambition agricole. Sully, ministre d'Henri IV, ce souverain d'exception qui avait réussi à réconcilier un pays en lambeaux.
 
 
Aucun d'entre nous n'a la moindre idée de la souffrance du monde paysan, en France, aujourd'hui. Et nous, Suisses, pourrions d'ailleurs commencer par nous pencher sur la nôtre, même si nous n'en sommes, Dieu merci, pas encore au niveau de dévastation morale de certaines campagnes françaises.
 
 
Les candidats dits "principaux" de la présidentielle n'ont que peu parlé d'agriculture. Comme si la compétition suprême n'était qu'une joute urbaine, un derby de villes, confluant vers la finale. Comme si la campagne devait se résoudre à demeurer muette sur l'autre campagne, la vraie, celle des champs et des villages reculés.
 
 
La France est une grande nation agricole, il suffit de la traverser ou de la survoler pour s'en rendre compte. Mais depuis des décennies, en tout cas depuis le début des années 1990, lorsqu'on a signé Maastricht et qu'on n'a plus juré que par l'Europe, la campagne française est délaissée. On se fout des paysans, on les laisse se suicider, c'est indigne du fronton de la République.
 
 
Que le que soit le futur Président, ou la future Présidente, il devra réinventer une grande ambition paysanne pour la France.
 
 
Pascal Décaillet
 

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Six personnages en quête de hauteur

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Portrait-commentaire - Publié dans GHI - 12.04.17

 

A un an des élections cantonales, il y a des partis qui donnent l’impression de se porter mieux que d’autres. C’est peut-être le printemps qui déclenche ce sentiment, l’approche de Pâques, le bourgeonnement des ambitions. Ainsi, le parti socialiste genevois. Qui nous aligne fièrement six candidats – à la candidature – pour le Conseil d’État 2018-2023. Samedi 13 mai, à Lancy, le parti choisira, parmi ces six, son ticket officiel. Et sera, un an avant l’échéance, en ordre de bataille. Tous les partis genevois ne peuvent en dire autant. Une réalité s’impose : ce sextuor est remarquable. Et témoigne de la nouvelle vitalité du parti, après des années austères, grisâtres, moralisantes, ennuyeuses. Allez, on les recense ! Un bref mot pour chacun.

 

D’abord, la sortante. Anne Emery-Torracinta, sans avoir l’éclat de Jules Ferry, a bien géré son Département de l’Instruction publique. Disons, tout au moins, qu’à ce jour, le Mammouth n’a pas connu, sous son règne, de couac irrévocable, de nature à disqualifier la ministre pour un nouveau mandat. Elle est donc légitimée à se représenter, ce qui n’est en rien une garantie de réélection. Elle devra se battre, y compris à l’interne du parti, où les dagues sont affûtées, ainsi va la politique.

 

Présidente en du parti exercice (l’intérim est juste exercé, le temps de cette campagne interne, par l’excellent Gérard Deshusses), Carole-Anne Kast, conseillère administrative d’Onex, frappe par sa compétence, son intelligence, sa culture politique, mais son ton parfois cassant fait peur à un électorat non-socialiste qui voit scintiller un lumineux couteau entre ses dents. Comme un rappel de la Grève générale de 1918, qui avait tant traumatisé la bourgeoisie suisse ?

 

Conseillère administrative de la Ville de Genève depuis dix ans, Sandrine Salerno rayonne. Elle aime à rappeler, en passant, que la gestion financière de la Ville a été qualifiée « d’étincelante » par des experts. Elle aussi connaît les dossiers, sait tricoter des majorités, c’est une politicienne née, elle sait où elle va.

 

Du côté des Messieurs, il faut saluer l’infatigable action militante de Thierry Apothéloz, depuis des années à la Mairie de Vernier, quatrième Ville de Suisse romande. Un spécialiste de l’action sociale, connaisseur des quartiers difficiles, un vrai socialiste, l’anti-Caviar.

 

Conseiller national depuis 2003, Carlo Sommaruga pourra se prévaloir de sa longue expérience bernoise, et de sa connaissance (comme Mme Kast) des dossiers immobiliers, comme président de l’ASLOCA. Revendiquer ses années bernoises peut conduire au succès (Christophe Darbellay), mais ne le garantit en aucune manière (Stéphane Rossini).

 

Enfin, Romain de Sainte Marie, actuel chef de groupe, ancien président du parti, homme compétent et toujours affable, politicien doté d’un flair hors-normes, aura, un jour ou l’autre, un destin politique signalé. Il est imaginatif, tourné vers l’avenir. Et sa bonhommie rappelle celle d’une figure immense et tutélaire du parti socialiste genevois, que j’eus l’honneur de connaître, celle d’André Chavanne. Rendez-vous à Lancy. Ou ailleurs. Ce 13 mai. Ou plus tard.

 

Pascal Décaillet

 

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05/04/2017

Réhabilitons la politique, l'urgence est absolue !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.04.17

 

Ce qui se passe en France, dans cette présidentielle 2017, est tout simplement catastrophique. Nous sommes à un peu plus de deux semaines du premier tour, et on n’a pas encore parlé de l’essentiel : l’avenir de la France. On a parlé de la vie privée des candidats, d’emplois fictifs, de costumes. On a laissé débouler sur le plateau d’une émission politique, face à François Fillon, une écrivaine, spécialiste de l’intime, venue non pour dialoguer, mais pour exécuter en direct le candidat. On a sorti des « affaires » dont la plupart n’en sont pas. On a confondu rectitude morale et capacité à tenir le pays. On a laissé faire des médias irresponsables, juste avides d’audience. Mais des choix fondamentaux qui attendent la France, Europe ou non, euro ou non, protectionnisme ou libre échange, contrôle des flux migratoires, destin des agriculteurs, on n’a pas parlé. On a ruiné la politique. Il est urgent, en France comme ailleurs, de la réhabiliter.

 

Car la politique est une grande chose. Je pense, chez nous, à ces centaines de conseillers municipaux, de députés dans les Grands Conseil cantonaux, à tous ces conseillers généraux en France, ou régionaux, anonymes, bosseurs, dévoués, qui sacrifient leurs soirées à plancher sur le destin commun. Rien que pour eux, ces hommes et ces femmes admirables, notre foi dans l’action publique demeure intacte. Car la politique, ça n’est pas se pavaner chez Ruquier, ou chez les bien-pensants de BFMTV. C’est donner une partie importante de son temps, donc de notre capital humain le plus précieux, à la collectivité. Ces gens, qui s’engagent, méritent mieux que le discrédit. Pour eux, il nous faut œuvrer à la reconquête d’une confiance commune.

 

La politique est quelque chose de sérieux. Certains des hommes que j’admire le plus, dans cet art, de Pierre Mendès France à Willy Brandt, me fascinent par leur puissance de solitude, leur rigueur, leur lucidité, leur vision. Ainsi, Brandt jette les bases de l’Ostpolitik à la fin des années 60, seul contre tous, désavoué par « l’allié américain ». Mais il persiste, tient tête, s’agenouille devant le Ghetto de Varsovie, ouvre une ère nouvelle dans l’Histoire de son pays. Oui, la politique vaut mieux que les quolibets des humoristes de pouvoir, des chroniqueurs salariés par le Réseau dominant, que la traque – sous prétexte « d’investigation » - de paparazzi sur leur vie privée. Nous les journalistes, les médias, les éditorialistes, il nous appartient de replacer l’action politique dans la hauteur qui doit être la sienne, plutôt que de la reléguer dans la fange et le caniveau.

 

Cela passe par des entretiens politiques qui portent sur l’essentiel, le fond. Et non par ce mélange, de plus en plus fréquent, entre vie privée, hobbys, sous prétexte « d’humaniser » la personne politique. Non, non et non ! L’humanisme oui, mais ça passe par la qualité de la parole, dans l’échange. Sans concession, certes, et même durement s’il le faut. Mais dans le respect des personnes. Sinon, c’est la mort de l’âme.

 

Pascal Décaillet

 

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04/04/2017

Argile, silex, passion

 

Sur le vif - Mardi 04.04.17 - 14.12h

 

Ce qui compte, en journalisme, ça n'est pas le support. C'est la qualité de l'acte journalistique, sa pertinence, sa valeur ajoutée.

 

A partir de là, qu'on s'exprime sur papier, par radio, par TV, sur un site internet, un blog, un réseau social, peu importe. Nous devons, nous les journalistes, nous adapter à l'évolution des supports. J'ai rédigé mes premiers articles, au Journal de Genève, des piges, à 18 ans, en automne 1976, première année d'Uni. Je rendais mes papiers pour minuit ou une heure du matin, sur une vieille machine à écrire, dans un local en bois, rue du Général-Dufour, que j'adorais. Bref, le dix-neuvième siècle !

 

Quarante ans après, j'interviens à tout moment, comme vous, ici ou ailleurs, en direct. Lecture immédiate, pour ceux qui sont intéressés par mes point de vue.

 

Et encore ! Nous ne savons rien de ce que l'avenir nous réserve. A chaque nouveauté technique, nous avons l'impression que c'est la dernière, que les choses vont se stabiliser. En fait, pas du tout : nous aurons, demain, d'autres supports, totalement imprévisibles aujourd'hui. Nous ne sommes même pas en mesure de les imaginer.

 

Je suis, vous l'aurez évidemment noté, un fervent adepte du réseau social. Non comme but en soi, mais comme outil, comme ORGANON (c'est le mot utilisé par Aristote pour dire outil), comme vecteur de mon activité journalistique, ou éditoriale. Pour moi, tout est bon à pratiquer le journalisme, je saisis les moyens là où ils sont, les supports ne sont pas essentiels. Je crois que je pourrais faire du journalisme avec de l'argile et des silex, s'il le fallait.

 

Le réseau social est l'avenir du journalisme. Il est même, à bien des égards déjà, son présent. Je suis persuadé que ces réseaux vont, dans les années qui viennent, s'expurger eux-mêmes de l'armada des commentateurs anonymes ou nauséabonds qui, hélas, les discréditent encore aujourd'hui. Il le faut, en tout cas. Une fois ce travail accompli, les réseaux pourront devenir des vecteurs journalistiques parmi d'autres, sans doute en toute première ligne. De cette mise en commun du savoir, de cette interactivité, qui se plaindra ? En tout cas pas moi.

 

Voilà pourquoi j'utilise le réseau social comme l'un de mes outils professionnels. J'y fais d'excellentes rencontres : vous tous qui me lisez ! J'y découvre plein de choses. Je serai bien le dernier, dans ma corporation, à considérer avec mépris ce qui m'apparaît, au contraire, comme une chance de communication réinventée, entre les humains.

 

Pascal Décaillet

 

 

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02/04/2017

A propos de l'entretien politique

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Sur le vif - Dimanche 02.04.17 - 15.43h

 

L'entretien politique doit s'articuler autour des idées et des projets, des réalisations ou des ratés, des engagements tenus ou trahis. Il doit s'appuyer sur des faits. Il exige, de la part de celui qui pose les questions, une connaissance des dossiers aussi vaste, voire davantage, que celle de la personne interrogée. Il doit avoir pour champ la vie publique, la Cité, l'intérêt supérieur de l'Etat, en aucun cas la vie privée du politique interrogé.

 

Le questionneur ne doit pas seulement maîtriser la photographie du présent, mais la chaîne diachronique, entendez le jeu, complexe et puissant, d'antécédents, de causes et d'effets qui ont, au fil de l'Histoire, amené à une situation politique. C'est ce qui a tant manqué lors des guerres balkaniques des années 1990. Alors, faute de comprendre historiquement de quels enjeux on parlait, on a rejoint le camp des moralistes et des indignés, toujours dans le même sens.

 

Au fond, dans l'entretien politique, le questionneur et l'interviewé crapahutent, depuis des décennies, dans le même terrain. L'un comme géomètre, connaisseur, familier du cadastre. L'autre, comme acteur, tout aussi rompu au relief, aux aspérités, à la connaissance des hommes et des réseaux.

 

Leur terrain d'action est le même. Mais leurs fonctions sont radicalement différentes. Le questionneur tente de comprendre, survit grâce à sa lucidité, mûrit dans l'intensité d'une solitude. Le politique, lui, passe son temps dans l'immersion du réseau, ses soirées dans des assemblées ou comités. Il tutoie, trinque, arpente.

 

Et, de temps à autre, ces deux destins se rencontrent. Cela dure quelques minutes, ou dizaines de minutes. Cela s'appelle un entretien politique. Je milite pour le maintien de cet exercice, dans les conditions exactes que j'édicte plus haut, sans concession sur le fond mais avec courtoisie, respect mutuel, échange de la parole.

 

C'est autour de la parole vive, improvisée, inattendue, autour du choc, comme des silex, de deux paroles sincères, au service de deux fonctions différentes, qu'un entretien politique a des chances de devenir une réussite. Non pour le paraître. Mais pour un peu plus de lumière sur le champ commun.

 

Pascal Décaillet

 

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