29/06/2017

Danse de pluie

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.06.17

 

« Sauveur du monde libre », « président-philosophe », les qualificatifs les plus délirants, venant des plus célèbres plumes de France et de Navarre, n’en peuvent plus de pleuvoir, pour désigner le demi-dieu Emmanuel Macron.

 

Pleuvoir, oui. Incantation. Danse de pluie. Devant l’homme providentiel, on ne pense plus, on n’argumente plus. On se trémousse. Comme si l’univers éditorial, en langue française, avait perdu la raison. Tout à l’extase de louer le Seigneur de l’Elysée.

 

Avant la fin du quinquennat, ceux qui reliront ces délices de pâmoison, dans nos journaux de ce printemps 2017, ne pourront retenir l’immense éclat de rire qui, aujourd’hui déjà, devrait s’imposer à toute âme bien née.

 

Chacun a bien sûr le droit d’aimer le nouveau Président, croire en lui, vouloir faire un bout de chemin en sa compagnie. Là n’est pas la question. Mais tant de courtisans. Tant de prosternations. La France, pays de Voltaire, ne serait plus que miroirs et révérences, Roi Soleil, bruissements de cour, culte d’un homme.

 

Je vais vous dire le fond de ma pensée : cette mise d’un homme au centre de toutes les attentions, magnifiquement mise en scène dans le Discours de Bayeux (16 juin 1946), je ne suis pas contre ! Si l’être vénéré s’appelle Charles de Gaulle. Mais là, l’objet du désir me semble un peu jeune pour mériter, déjà, pareilles sollicitudes. Un peu jouvenceau, oui. Il lui manque le tragique de l’Histoire. Et quelques cicatrices.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

La "Dictature en marche" n'a pas finit de nous faire "rire".

Écrit par : Maendly Norbert | 29/06/2017

Et s’il réussissait ?

Jupiter est maintenant installé et sa cour aussi, majoritaire au sein de l’assemblée nationale. Mais il n’en fait qu’à sa tête ce qui irrite l’arrogance médiatique. Bravo. Il ne s’abaisse pas à commenter tout et n’importe quoi pour alimenter le flux de l’information en continu. Il les tient à distance, les médias. Il a raison. Parti d’une page complètement blanche, il écrit un nouveau récit national genre nouveau roman, sans s’embourber dans des conventions surannées, en ravalant simplement ce qui doit l’être et en cultivant son image, dans un monde d’images. Il a tout compris et c’est un régal de le voir jouer. Jupiter est entré en scène et depuis qu’il est sur le plateau, les spectateurs sidérés applaudissent en se demandant jusqu’où il ira. Car il va bien lui falloir ouvrir le capot et mettre les mains dans le moteur. Pour ce faire, il a une escouade de mécaniciens dociles et je ne doute pas que celle-ci réalisera de grandes choses sans pour autant éviter quelque couac, ce qui se comprend aisément. C’est lundi que tout commence, lundi 3 juillet. Jupiter convoque les chambres à Versailles où il prononcera un discours devant la nation. Rien que ça irrite au plus haut point toute la basse-cour, comment ose-t-il ? Eh bien il ose, silence dans les rangs. Et son discours sera un grand moment à n’en pas douter, ce sera la première fois qu’il s’adresse à la nation depuis son élection. Il a tellement de choses à dire, tellement de choses que le peuple souhaite entendre de sa bouche. Il le sait et prépare dans son coin un discours qui fera date, un discours que les médias commenteront durant des jours et que la basse-cour cherchera à minimiser comme elle ne cesse d’essayer de rabaisser Jupiter depuis qu’il enfreint les codes sans en demander l’autorisation. La séquence est passionnante et restera dans les anales comme un modèle. Jupiter n’est pas qu’un politique génial, il est aussi un dramaturge hors pair, un écrivain de son temps, il écrit l’histoire qu’il tient en haute estime. Et le peuple, lui, sans réaliser pleinement ce qui lui arrive, lui en sait gré. Depuis que Jupiter joue la grandeur, il se sent moins négligé, plus cultivé simplement, car le peuple comprend intuitivement les codes. Et ceux que lui envoie Jupiter son rassurant et donnent espoir. Quand le spectacle du pouvoir atteint ces sommets le citoyen reprend goût à la politique et applaudit des deux mains. Pauvre basse cours, pauvre opposition, pauvre France insoumise. Les populistes n’ont plus d’herbe sous leurs pieds et donc plus besoin pour Jupiter de la couper. Il peut tranquillement fixer l’horizon de son regard bleu et écrire quelques actes qu’il jouera à guichet fermé durant les cinq ans qui viennent.

Écrit par : asger | 30/06/2017

Moi ce qui me faire rire, c'est l'immense bêtise des français. Comment ont-ils pu se faire berner à ce point.

Ils vont sous peu se retrouver avec un dictateur qu'ils ont démocratiquement mis en place.

C'est le pompon!

Avoir une grande gueule, se croire toujours les meilleurs (voir chez Bombardier le bordel qu'ils y ont mis), ne jamais se remettre en question et bien le résultat, un jour on trouve son Maître, et maintenant ils l'ont pour 5 ans!
Bien du plaisir, mais surtout restez chez vous, nous n'avons absolument pas besoin de vos dommages collatéraux.
Doris Leuthard peut parfaitement annuler définitivement son rendez-vous avec le "bon dieu", il est inutile de se déplacer pour.....si peu!

Écrit par : Corélande | 30/06/2017

Ce n'est pas par les extrêmes que viendra sa chute, c'est par ceux qu'il trahi chaque jour. La France a l'habitude de se saborder comme elle le fit de sa flotte en 1942 .
Le style Macron est nouveau mais pas la mégalomanie dont il souffre.

Écrit par : Maendly Norbert | 30/06/2017

Plus qu’à la raison, le symbole ne s’adresse-t-il pas aussi à notre spiritualité ? Question vertigineuse pour un esprit simple. Mais à voir, à lire et a apprécier les gestes et les comportements politiques des dirigeants de ce monde, la question m’est naturellement venue, et je me suis même demandé si la politique n’avait pas de grandes similitudes avec la religion, du moins dans la manière qu’ont les peuples de l’interpréter, d’en attendre le salut, d’y croire ou pas. Les sondages d’opinion traduisent la perception subjective des sondés à un moment T. Et ils ne cessent d’évoluer, les sondages, comme le moral des sondés. La référence à une symbolique plutôt que l’explication verbale, aléatoire et laborieuse, semble plus parlante et rassurante, c’est ce qu’a compris Jupiter depuis qu’il est au pouvoir. Pour lui, le pouvoir s’exprime au travers de symboles qui parlent à chacun et chacune, que chacun et chacune peut interpréter sans qu’il faille se torturer les méninges idéologiquement pour en comprendre la signification. L’image en véhicule à foison des symboles, une image en couleur ne parle pas qu’à l’esprit, elle peut aller droit au cœur ou même caresser la spiritualité, les croyances, les convictions de celui qui la regarde. Jupiter les soigne les images qu’il dispense au compte goutte, toutes sont passionnantes à lire et à interpréter, et chacun, peu importe son idéologie, y trouvera une symbolique parlante, voire intime, et c’est ainsi que Jupiter crée du lien, bien au delà des clivages politiques traditionnels, c’est ainsi qu’il écrit son récit, qu’il parle à ses concitoyens avides d’images et de symboles plus que de conflits politiques stériles. Jupiter n’est sans doute pas dupe. Il sait que la communication aussi sophistiquée soit-elle doit être accompagnée de résultats pour germer, pour assurer son pouvoir et convaincre les incrédules, les sceptiques de la première heure, tous ceux qui rirent sous cape en le voyant arriver, lui prédisant le pire faute de s’être encore confronté au tragique. « La métaphore, c'est la capacité de produire un sens nouveau, au point de l'étincelle de sens où une incompatibilité sémantique s'effondre dans la confrontation de plusieurs niveaux de signification, pour produire une signification nouvelle qui n'existe que sur la ligne de fracture des champs sémantiques. » Ce sont là des mots révélateurs de Paul Ricoeur dont Jupiter fut le disciple et le secrétaire. Avant d’y accéder, Jupiter a pris le temps d’y réfléchir au pouvoir. Ses premiers pas l’attestent. Pour qui s’intéresse au théâtre du pouvoir nul doute que la dramaturgie de l'auteur Emmanuel Macron et la mise en scène qu'en tire Jupiter sont du grand art.

Écrit par : asger | 01/07/2017

De Macron/Jupiter, dans le fond, je suis comme la majorité, je n’espère qu’une chose, qu’il réussisse à sortir la France de la dépression en lui redonnant confiance en elle. Donc rien de tel qu’un spectacle sons et lumières, de belles images et des gestes de grandeur pour que le peuple se prenne à espérer. Quant au code du travail, aux retraites et à toutes ces réformes, semble-t-il nécessaires pour que le pays se redresse, elles viendront en leur temps, dans les mois qui viennent, si elles viennent. Ce sont là les temps du pouvoir : l’affichage, les paroles et les actes. Et les trois ont leur importance, procèdent d’une subtile dialectique que la basse-cour médiatique a beaucoup de peine à analyser. La sémiologie, le catéchisme et la liturgie d’un pouvoir procèdent normalement d’une réflexion préalable que celui ou celle qui le brigue mène ou pas. Dans le cas de Jupiter, peut-être qu’à l’avoir trop subtilement menée, cette réflexion, et qu’aujourd’hui installé, il sur joue le rôle (comme dirait Zeus, le Grand Metteur) et que les signes qu’il nous envoie sont soit trop intelligents pour être reçus pour ce qu’ils sont, soit mal interprétés par la basse-cour qui se gargarise d’analogies – parfois pertinentes – pour montrer qu’elle aussi a des lettres, de la culture et qu’elle peut lui en remontrer à Jupiter, qu’elle n’est pas dupe du spectacle qu’il propose. Une chose est néanmoins sûre, Jupiter ne laisse pas indifférent la gente intellectuelle, les commentateurs rémunérés de la chose publique qui avec lui peuvent s’en donner à cœur joie. Car il est gonflé Jupiter, il ne fait pas dans le demi-mesure, il affirme sans l’embarras du doute et ce qu’il énonce a été jusque-là suivi des actes annoncés. Liturgie et catéchisme, Jupiter, tel l’oracle démocrate qu’il se rêve d’être, ne se gène pas d’instiller du « religieux » dans sa manière de présider. Recours à la grandeur présumée, à des sentiments équivoques : il joue avec le feu des sentiments. Là est sans doute la limite de l’exercice qu’il nous propose. L’action attendue le ramènera peut-être à moins de grandiloquence, à mesurer les équilibres plus judicieusement. Mais ce sont-là les actes à venir de cette tragi-comédie commencée par un prologue envoûtant. Pour une fois que l'électeur/spectateur en a pour son attente, on ne va pas chipoter.

Écrit par : asger | 03/07/2017

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