29/06/2017

Danse de pluie

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.06.17

 

« Sauveur du monde libre », « président-philosophe », les qualificatifs les plus délirants, venant des plus célèbres plumes de France et de Navarre, n’en peuvent plus de pleuvoir, pour désigner le demi-dieu Emmanuel Macron.

 

Pleuvoir, oui. Incantation. Danse de pluie. Devant l’homme providentiel, on ne pense plus, on n’argumente plus. On se trémousse. Comme si l’univers éditorial, en langue française, avait perdu la raison. Tout à l’extase de louer le Seigneur de l’Elysée.

 

Avant la fin du quinquennat, ceux qui reliront ces délices de pâmoison, dans nos journaux de ce printemps 2017, ne pourront retenir l’immense éclat de rire qui, aujourd’hui déjà, devrait s’imposer à toute âme bien née.

 

Chacun a bien sûr le droit d’aimer le nouveau Président, croire en lui, vouloir faire un bout de chemin en sa compagnie. Là n’est pas la question. Mais tant de courtisans. Tant de prosternations. La France, pays de Voltaire, ne serait plus que miroirs et révérences, Roi Soleil, bruissements de cour, culte d’un homme.

 

Je vais vous dire le fond de ma pensée : cette mise d’un homme au centre de toutes les attentions, magnifiquement mise en scène dans le Discours de Bayeux (16 juin 1946), je ne suis pas contre ! Si l’être vénéré s’appelle Charles de Gaulle. Mais là, l’objet du désir me semble un peu jeune pour mériter, déjà, pareilles sollicitudes. Un peu jouvenceau, oui. Il lui manque le tragique de l’Histoire. Et quelques cicatrices.

 

Pascal Décaillet

 

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27/06/2017

Protectionnisme en Suisse : de quoi se mêle l'UE ?

 

Sur le vif - Mardi 27.06.17 - 13.39h

 

Il paraît que la Commission européenne dénonce une "montée du protectionnisme en Suisse".

 

Eh bien nous, les Suisses, demeurons parfaitement sereins, et dénonçons l'obligation de pensée libérale qui sévit, depuis un bon quart de siècle, au sein de l'Union européenne.

 

Comme si le libéralisme, le culte du libre-échange, l'abolition de toute préférence à la production locale, dans les pays-membres, étaient consubstantiels à l'idée européenne.

 

Comme si cette idée d'Europe ne pouvait pas, aussi, se construire sur d'autres bases. Respect des nations, de leurs souverainetés, de leurs frontières. Faciliter les échanges, oui bien sûr, c'est de cela qu'est née la Communauté européenne, à l'époque de la CECA : il s'agissait d'échanger le charbon et l'acier, dans l'immédiate après-guerre, à l'époque des économies fragiles, avec des populations mal nourries, mal chauffées. Pour être très clair, il s'agissait surtout d'aller piquer à vil prix le charbon des Allemands : Vae Victis !

 

Nous, Suisses, avons assurément une tradition d'exportations et de Commerce extérieur. Mais nous avons aussi, au moins depuis 1848, lentement forgé notre pays sur la cohésion sociale, la subsidiarité, la mutualité, la répartition des richesses, la plus vive attention aux fragilités. Cela, en certaines périodes - et nous y sommes, là, en plein - nous amène, oui, à restaurer des protectionnismes. Quitte à lâcher la bride, quelques années plus tard.

 

Décider ou non d'une dose de protectionnisme, notamment pour l'agriculture, mais pas seulement, relève, et doit continuer de relever, de NOTRE SEULE SOUVERAINETÉ NATIONALE. Nulle instance externe, et surtout pas l'Union européenne, n'a à nous imposer notre politique, en la matière.

 

Tout cela, nous Suisses, expliquons-le, très gentiment, très poliment, à nos amis européens. Nous sommes un pays souverain. Nous ne sommes pas membres de l'Union européenne. Nous n'avons aucun compte à lui rendre sur notre organisation interne. Nous souhaitons entretenir avec eux les meilleurs rapports, mais ils doivent juste comprendre qu'ils ne sont pas le bailli. Ni nous, leur sujet.

 

C'est aussi simple que cela. Et c'est non-négociable. Et, au cas où ils ne comprendraient pas, nous pourrions alors, peut-être, devenir un peu moins polis. En leur suggérant, puisque la question hellénique semble jouer un rôle important dans leurs équilibres internes, d'aller se faire voir chez les Grecs.

 

Pascal Décaillet

 

 

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25/06/2017

Il n'y a pas d'affaire Barthassat

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Sur le vif - Dimanche 25.06.17 - 15.07h

 

Il n’y a pas d’affaire Barthassat. Cette histoire d’amende de 40 francs, infligée le 23 août 2016 à un hôte de la Conférence des Ambassadeurs, et que le conseiller d’Etat aurait tenté de faire sauter, est dépourvue de tout intérêt. Tout au plus, une maladresse. Aucun motif personnel, aucune lésion à l’Etat ni à sa bonne marche. Aucun intérêt. Une fuite, bien orchestrée, dont la source est visible à l’œil nu, pour affaiblir, au sein de la droite, un candidat en pré-campagne pour la réélection du printemps 2018.

 

Il n’y a pas d’affaire Barthassat. Pas plus qu’il n’y en avait, à Noël, au sujet de son avance de salaire. Il y a, pourtant, beaucoup à dire sur ce ministre. Non sur sa vie privée, qui n’intéresse personne et doit être respectée, ni sur ses gaffes ou dérapages au quotidien, ni sur sa personne, ni sur son style, il a le droit d’être comme il est, c’est son affaire.

 

Il n’y a pas d’affaire Barthassat. Ou plutôt si. La véritable affaire, pour un analyste politique qui voudra bien élever ses naseaux plus haut que le niveau de l’amer, de la délation et de la manipulation, ce ne sont pas les barthasseries au jour le jour, si délicieuses soient-elles pour les gazettes. Non. C’est le bilan, après bientôt quatre ans, de son Département. Sur le thème qui fâche, qui n’est évidemment pas l’Agriculture, mais la Mobilité.

 

Jeudi soir, aux Yeux dans les Yeux, je consacrais justement 6 minutes et 29 secondes à ce bilan, en compagnie de la députée socialiste Caroline Marti. Cette jeune et talentueuse parlementaire, se gardant bien de toute attaque personnelle, demeurait dans le champ d’action qui doit être celui de la députation : la mise en cause, sur des thèmes et des exemples précis et étayés, d’une politique publique. C’était ciblé, professionnel. Et d’un autre horizon d’attente que celui du psittacisme, du grec psittacos (le perroquet), consistant à relayer en boucle de pseudos-affaires, lancées par des sources manipulatoires, pour affaiblir un concurrent politique.

 

Alors oui, sur le bilan, il y a à dire. Gestion clochemerlesque de tout ce qui touche aux TPG, rodomontades de matamore suite à la dernière défaite sur les hausses de tarifs, tartarinades par rapport au tram 12 et à la punition des Carougeois, désaveu par ses pairs (mercredi dernier en Conseil d’Etat, cf. le Courrier) sur les 4,5 millions de crédit complémentaire, création d’une « commission consultative sur la traversée du lac » dont l’aptitude à la palabre surpasse les soirées les plus caniculaires des villages d’Afrique.

 

C’est sur ces thèmes qu’il convient, si on l’estime nécessaire, de demander des explications au conseiller d’Etat. Mais foncer, tête baissée, puis reprendre en boucle chaque épisode narratif supplémentaire destiné à alimenter la légende de Tarascon d’un ministre sympathique, mais parfois un peu approximatif, c’est faire aveuglément le jeu de ceux qui, à l’interne, voudraient bien voir partir, au printemps 2018, cet encombrant personnage surgi des fières campagnes de notre cher canton.

 

Ces gens-là ne viennent pas nécessairement des rangs de la gauche. On en trouvera aisément dans la famille, recomposée depuis les années trente pour mieux s’Entendre, du magistrat concerné. Je vous ferais bien un dessin, mais n’ai jamais été capable de tenir un crayon.

 

Pascal Décaillet

 

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21/06/2017

La réhabilitation d'un homme d'honneur

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.06.17

 

Un fusible. C’est par ce mot que nous avions qualifié ici même, il y a un an, le chef des opérations de la Police genevoise, Christian Cudré-Mauroux. A cette époque, les voix n’étaient pas innombrables, pour défendre l’homme. Il y eut même quelques belles prises de position pour justifier la véritable persécution que le Conseil d’Etat exerçait sur ce grand policier, trente ans de loyaux services, sur les épaules duquel on avait voulu faire porter tous les maux, en lien avec la manifestation sauvage du 19 décembre 2015. Pendant près d’un an, l’affaire est demeurée figée. Et voilà que ce vendredi 16 juin, par temps magnifique et tout le monde se préparant à savourer le week-end, un communiqué de la Cour de Justice était publié, réhabilitant le policier.

 

Le vendredi 16, cette publication, et pas, par exemple, le jeudi 15. Amusant, non ? Le soir de ce jeudi, se déroulait à Veyrier l’Assemblée des délégués du PLR, qui désignait son ticket pour le Conseil d’Etat 2018. Elu en tête du trio de candidats, avec Nathalie Fontanet et Alexandre de Senarclens, un certain… Pierre Maudet, ministre de tutelle de la Police. Eût-il obtenu une aussi bonne désignation, si la Cour avait publié son arrêt (datant du 6 juin) 24 heures plus tôt, donc AVANT l’Assemblée de Veyrier ? Oui, je sais ce que vous allez me répondre : séparation des pouvoirs, et patati, et patata. Fort bien. Allons-y pour la séparation.

 

Toujours est-il que voilà un homme d’honneur réhabilité. La Cour annule, purement et simplement, l’arrêté du Conseil d’Etat du 22 juin 2016, qui dégradait l’officier de lieutenant-colonel à major, sanction totalement infamante dans le signal qu’elle donne, avec son côté Dreyfus, Cour des Invalides, 5 janvier 1895, sans compter la réduction de traitement. Elle estime, notamment, que « le recourant n’avait pas menti à sa hiérarchie, ni ne lui avait dissimulé de documents ou d’autres renseignements pertinents ». En clair, elle s’inscrit totalement en faux contre les arguments du Conseil d’Etat, qui avait cloué publiquement au pilori l’un des serviteurs les plus fidèles de la Police genevoise.

 

Pire : ce même vendredi 16 juin, à peine la Cour avait publié son arrêt, le Département Maudet s’empressait de réagir (à une décision de justice !), rappelant qu’il s’était appuyé sur le rapport administratif d’un ancien juge. Là encore, l’autorité de tutelle se défausse de sa responsabilité politique, car enfin, l’humiliante dégradation, c’est lui qui doit en assumer la décision. Dans le même communiqué, il n’exclut pas de recourir lui-même contre l’arrêt de la Cour, ce qui est certes son droit, mais accentue le signal de « mauvais perdant ». En conclusion, dans cette case éditoriale que nous tenons depuis six ans et où nous n’avons pas l’habitude de distiller la langue de bois, nous dirons que le Conseil d’Etat, d’un bout à l’autre de cette affaire, a fait tout faux, s’est montré arrogant, a dissimulé sa propre responsabilité pour faire fonctionner des fusibles. On a dû connaître, ici ou là, meilleure gouvernance. Quant à M. Cudré-Mauroux, nous lui faisons part publiquement de notre respect et de notre considération.

 

Pascal Décaillet

 

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18/06/2017

Moutier : les leçons d'un scrutin

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Sur le vif - Dimanche 18.06.17 - 18.50h

 

Un oui du bout des lèvres (51,7%). Mais un oui quand même ! Moutier rejoindra la République et Canton du Jura. L’événement dépasse, et de loin, le seul cadre de la Cité Prévôtoise, et même celui de l’Arc jurassien. Il est d’importance nationale, comme l’ensemble de cette passionnante question historique, depuis le Congrès de Vienne en 1815. Le Jura, c’est nous. Comme d’ailleurs aussi, le Canton de Berne. Les gens de Moutier sont nos compatriotes, comme ceux de Delémont, de Porrentruy, de Bienne ou de Tavannes. Nul Confédéré, qu’il soit de Genève, de Coire, de Lugano ou de Zurich, ne peut demeurer indifférent au destin de ce coin de pays, qui fait partie de notre communauté nationale. Ce soir, nous saluons leur choix, comme nous l’aurions d’ailleurs salué en cas de décision contraire : le vote leur appartenait, nous en prenons acte, avec le respect que tout Suisse voue aux autres parties du pays.

 

Je suis né le 20 juin 1958. En 1978, la majorité pour voter était encore à vingt ans. Mon premier vote, sur le plan fédéral, fut donc, en septembre de la même année, pour dire oui, un oui du fond du cœur, à la création du nouveau Canton du Jura. J’avais lu Béguelin, je l’avais entendu dans des émissions de radio, il m’avait convaincu. En aucun cas, pourtant, mon oui n’était un désaveu du Canton de Berne. Il n’était pas question pour moi de jouer la carte ethnique, Romands contre Alémaniques, encore moins la carte confessionnelle, catholiques contre protestants. La richesse exceptionnelle de la Suisse, sa survie dans l’Histoire, c’est que les facteurs religieux ne se sont jamais exactement calqués sur les facteurs linguistiques. Sans quoi, nous serions dans un cas comparable à la Belgique, avec le risque de sécession que cela implique.

 

J’ai passionnément aimé et étudié, sur le plan historique, la question jurassienne. Je respecte totalement les deux points de vue, les deux attaches affectives, celle pour Berne, celle pour le Jura. J’ai connu, dans la jeunesse, ces fameuses années 70 où le combat, physiquement, faisait rage. J’ai fréquenté, dans mes années bernoises puis fédérales, de brillants esprits, émanant des deux côtés. Les uns et les autres sont mes compatriotes, mes amis. Je salue le Canton de Berne, je salue celui du Jura.

 

La grande leçon de toute cette série de plébiscites et votations autour de la question jurassienne, c’est que cette dernière, malgré les bagarres physiques des années 70, malgré le déchaînement des passions, pendant le dernier demi-siècle, s’est finalement jouée dans le seul théâtre d’opérations qui symbolise la culture politique suisse : celui des urnes. Plébiscite de 1974, ratification par les autres cantons en 1978, pour aboutir au vote, serré mais bien réel, d’aujourd’hui. Je ne suis pas sûr, comme je l’entends dire avec un peu d’imprudence sur les ondes, que ce vote scelle pour l’éternité la question jurassienne. Mais disons que, pour un certain temps, les dés sont jetés.

 

Aux Jurassiens, aux Bernois, aux Jurassiens bernois, aux Jurassiens tout court, à ceux de tous les districts, du Nord comme du Sud, de cette région profondément amie, j’adresse le salut d’un Confédéré qui aime son pays, et souhaite le maintien de son unité dans la diversité. Sans ce petit miracle-là, comme un soupir retenu devant une petite fleur fragile, nous sommes perdus.

 

Pascal Décaillet

 

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Français, vous l'aurez voulu !

 

Sur le vif - Dimanche 18.06.17 - 10.31h

 

En confirmant ce dimanche l'envoi à l'Assemblée, pour cinq ans, d'une pure et simple Chambre d'enregistrement, les Français fabriquent eux-mêmes les verges avec lesquelles ils se fouetteront.

 

Charmés, comme en 1974 avec Giscard, par la duperie d'un discours sur la jeunesse et la rénovation, ils découvriront vite - sans doute, dès cet automne - le vrai visage de ce pouvoir. Tout, autour d'un homme. Autour du "miracle" de sa personne. Tous les corps institutionnels, de la même couleur. Culte de la personnalité. Contrôle absolu de l'image du Prince. Chasse aux sorcières face aux éditorialistes qui se permettraient d'émettre des doutes.

 

Résultat : les Français passeront ces cinq ans dans la rue. Ils adorent ça, la rue. Et là, créant eux-mêmes les conditions de leur colères futures, ils l'auront bien cherché.

 

"Français, encore un effort !", écrivait Donatien Alphonse François de Sade. Il s'y connaissait, le Divin Marquis, en masochisme.

 

Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/06/2017

Helmut Kohl (1930-2017) : la vision rhénane d'un bâtisseur

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Sur le vif - Vendredi 16.06.17 - 18.53h

 

Il est d’usage de dire qu’Helmut Kohl était un géant. Au pays des Frères Grimm, des Contes, enraciné dans des milliers de légendes médiévales, celles que le Sturm und Drang exhumera après l’Aufklärung, à la fin du 18ème siècle, un géant ça compte. Ça parle au cœur des Allemands, à leur imagination. Ça peut être quelque chose de terrifiant, comme le Roi des Aulnes, Erlkönig, mangeur d’enfants, ou au contraire de très rassurant. Alors, allons-y pour le géant. Helmut Kohl était aussi un catholique. Et il était un Rhénan. Les deux mots à retenir pour l’ancrer dans une filiation historique. Le grand Willy Brandt, natif (comme Thomas Mann) de Lübeck, était un Hanséatique, le regard tourné vers l’Est. Kohl, un Rhénan.

 

J’ajoute qu’il était un Palatin. Région proche de la France, mais ayant subi sous Louis XIV le plus atroce des traitements. La Rhénanie-Palatinat, fleuron d’Empire, où le futur Chancelier voit le jour le 3 avril 1930, sous la République de Weimar, trois ans avant l’arrivée d’Hitler, respire le catholicisme allemand, le Zentrum bismarckien, le lien millénaire avec Rome, le souvenir des légions, des centaines d’églises. C’est une région peut-être plus européenne que proprement allemande. Willy Brandt, qui s’agenouille à Varsovie en décembre 1970, est tourné vers l’Est, Helmut Kohl vers l’Ouest. Ses affinités avec François Mitterrand ne seront pas feintes, c’est une vraie amitié, le géant Kohl verse des larmes aux funérailles du Président français, en janvier 1996.

 

Les deux grands chanceliers CDU de l’après-guerre sont Konrad Adenauer (1949-1963) et Helmut Kohl (1982-1998). Les deux sont catholiques, les deux sont Rhénans, les deux sont tournés vers la France. Willy Brandt, lui, n’aura aucun de ces attributs : c’est un Allemand de la Baltique, habité par la reconstruction, à l’Est, d’une entreprise d’une incroyable puissance, lancée au milieu du 18ème siècle par le Roi de Prusse Frédéric II. Il faut de tout pour façonner le destin allemand : des catholiques, de protestants, des Rhénans, des Baltes, des Frédéric II, des Bismarck, des Willy Brandt, des Helmut Schmidt, des Helmut Kohl. C’est l’addition de ces différences, nourrie de la prodigieuse diversité des Allemagnes, qui creuse, scelle et façonne le chemin de reconstruction du pays, depuis Frédéric, après la totale destruction de 1648, lisez Grimmelshausen, Simplicius, vous saisirez.

 

Helmut Kohl est mort très seul, dans sa ville natale de Ludwigshafen, à l’âge de 87 ans, ayant connu la fin de la République de Weimar, l’intégralité du Troisième Reich, l’Année Zéro (1945), la reconstruction, les Glorieuses économiques, puis (comme forgeron) la réunification. Après son départ, en 1998, il y avait eu cette affaire de caisses noires, le décès de son épouse, les amis s’étaient éloignés, la vie n’est pas toujours facile.

 

Je ne vous raconterai pas ici la réunification (1989-1990), vous connaissez tout cela. Oui, Helmut Kohl en fut l’artisan. Oui, il a su saisir, avec une rare intuition, ce que la langue grecque appelle le « kairos », le moment opportun, oui il a mené l’affaire au pas de charge, il a injecté des milliards de Deutschemarks. Soyons clairs : ce qu’on appelle « réunification », avec la béatitude occidentale qui est nôtre, fut en réalité la pure et simple absorption de la DDR par une Allemagne de l’Ouest opulente, insolente, souvent arrogante et méprisante face aux gens de l’Est, ces Allemands de Saxe et de Prusse tombés sous occupation soviétique, en 1945. Lentement mais sûrement, l’Histoire entreprendra de ré-écrire tout cela, rendant justice aux uns, soulignant la superbe des autres.

 

Je n’aborderai pas ici la question des Balkans. Je me contenterai de rappeler que Kohl s’est comporté, en contribuant à démembrer l’ex-Yougoslavie, n’apportant son soutien qu’aux anciens dominions des tutelles germaniques, diabolisant les autres, engageant ses services secrets dans l’affaire du Kosovo, en suzerain de Saint-Empire, davantage qu’en digne successeur de Willy Brandt et Helmut Schmidt. Je n’aborderai pas non plus la question européenne, où le défunt chancelier a surtout, comme aujourd’hui Mme Merkel, joué la carte économique allemande sous le paravent du pavillon bleuté aux douze étoiles d’or. Mais il avait le sens du symbole : nul n'oublie sa main dans celle de Mitterrand, à Verdun.

 

Reste qu’un géant nous quitte, ce soir. Physiquement, c’est certain. Pour le reste, j’invite l’Histoire, la décantation du temps, la relecture critique à faire leur œuvre. Mais enfin, une chose est sûre : en novembre 1989, alors que rien n’était certain, un homme a su saisir l’occasion, le "kairos". Dans la tradition du grand Bismarck, il a sonné la charge dans la parfaite exactitude du moment opportun. C’est assurément un très grand Allemand qui nous quitte, ce soir.

 

Pascal Décaillet

 

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Réhabilitation d'un homme d'honneur

 

Sur le vif - Vendredi 16.06.17 - 14.40h

 

La Cour de justice annule l'arrêté du Conseil d'Etat du 22 juin 2016, sanctionnant le chef des opérations de la police, Christian Cudré-Mauroux. En lien avec la manif sauvage du 19 décembre 2015.

 

Dans cette affaire, qui suinte le fusible depuis le début, dont le Conseil d'Etat ne sort pas grandi (j'use d'un euphémisme), et que nous n'avons cessé, ici ou dans GHI, de dénoncer comme relevant du plus pur arbitraire du Prince, comment ne pas se féliciter de cette réhabilitation judiciaire ?

 

Juste bizarre que la Cour informe aujourd'hui. Et pas, par exemple, hier.

 

Quant à certains journaux de la place, qui embrassaient jusqu'à l'étreindre la cause du pouvoir, ironisant sur la thèse du fusible, cirant et lustrant les pompes du ministre, accablant un homme à terre...

 

Vous ne vous souvenez pas ?

 

Moi, si.

 

Pascal Décaillet

 

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Messieurs les Tessinois, tirez les premiers !

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Edito du Giornale del Popolo - Paru en première page de l'édition de ce matin - Vendredi 16.06.17 - Sous le titre : "Stavolta partitte in vantaggio"

 

Conseiller fédéral, démissionnaire au 31 octobre prochain, Didier Burkhalter laissera le souvenir d’un ministre simple et rigoureux, respectueux des gens, toutes choses que les Suisses aiment beaucoup. Une image a fait le tour du monde : celle de ce magistrat suprême d’une démocratie occidentale, attendant sagement son train, sans la moindre escorte, sur un quai de gare. Imaginez M. Macron, Mme Merkel, dans une telle situation. Ne parlons pas de MM Trump ou Poutine ! Cela, cette humilité, cette dignité dans l’exercice de la fonction, est à porter au crédit du conseiller fédéral sortant. Le pouvoir ne lui est pas monté à la tête, cela mérite un vrai bravo.

 

Le legs, c’est une autre affaire. Au Département fédéral de l’intérieur, puis surtout aux Affaires étrangères, Didier Burkhalter n’a pas été un révolutionnaire. On parle souvent, avec une sorte d’extase convenue, de sa présidence de l’OSCE, mais enfin, il faudrait déjà commencer par démontrer que cette organisation sert à quelque chose. Puis, dégager, dans la très difficile question ukrainienne, en quoi la présidence suisse, à part autocélébrer ses propres qualités d’hospitalité diplomatique, a fait avancer les choses. En Ukraine, les fronts fondamentaux, entre russophones attachés à Moscou, et occidentaux souhaitant se rapprocher de l’Union européenne, n’ont pas vraiment bougé. On se gardera donc de tout triomphalisme : on a multiplié les rencontres diplomatiques, on n’a pas fait, pour autant, avancer le dossier. Le politique ne doit-elle pas, avant tout, se jauger à l’aune des résultats ?

 

Reste la succession. Oh, nous avons le temps ! M. Burkhalter a démissionné le 14 juin, son successeur sera élu le 20 septembre par l’Assemblée fédérale, il entrera en fonctions le 1er novembre ! D’ici là, beaucoup d’eau peut couler, sous beaucoup de ponts. Quelques noms, bien sûr, commencent à être articulés : M. Cassis, au Tessin, actuel chef de groupe, fonction stratégique, homme connaissant à fond la machine fédérale (comme Pascal Couchepin, en 1998, lorsqu’il fallait trouver un successeur à Jean-Pascal Delamuraz), parlant les langues, représentant enfin le Tessin après 18 ans (M. Cotti est parti en 1999). Bref, le candidat idéal ! Seulement voilà, vous connaissez tous l’adage : « Qui entre Pape au Conclave en ressort Cardinal » ! Rien de plus tétanisant, donc, dans le système suisse, que cet horrible statut de favori du premier jour. Il faut vivre avec, risquer de tout voir s’effondrer, endurer des coups qui peuvent pleuvoir, pendant trois mois. Bonne chance, M. Cassis !

 

A Genève aussi, d’où j’écris ces lignes, nous avons une locomotive. Un turbo ! Il s'appelle Pierre Maudet, a juste 39 ans, a déjà siégé dix ans dans un exécutif (cinq ans à la Ville de Genève, cinq ans au Canton), il fait tout juste, il est travailleur, intelligent, synthétique, il a de la vision, et même de l’humour. Tout au plus pourrait-on disserter sur l’extrême longueur de ses dents, sujet de thèse pour stomatologue, tant elles rayent le plancher ! L’homme n’a pas peur d’afficher ses ambitions, il n’a pas que des amis. Bref, un tempérament. Et puis, ce matin (jeudi 15), j’écoutais à radio l’excellente conseillère aux Etats saint-galloise Karin Keller-Sutter, à laquelle l’Assemblée fédérale, dans un moment de fatigue sans doute dû à la chaleur, avait cru bon de préférer M. Schneider-Ammann. J’écoutais cette dame d’une rare qualité, et me disais que le système suisse, décidément, avait la singulière spécialité d’écarter les meilleurs.

 

En conclusion, côté succession, il est beaucoup trop tôt pour dire quoi que ce soit de solide. Mais je crois que le Tessin part avec un avantage : 18 ans sans conseiller fédéral, c’est long. Nous sommes un pays à quatre langues, chacune doit être respectée, la diversité est notre richesse, ces facteurs-là sont essentiels. Laissons donc passer quelques jours : il fait beau, il fait chaud, l’été va bientôt nous enrober de torpeur. Il sera bien assez tôt pour revenir parler de politique, ce que je fais toujours avec un immense plaisir pour mes amis du Sud des Alpes.

 

Pascal Décaillet

 

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14/06/2017

France : une Chambre de groupies

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.06.17

 

Au risque de déplaire et de casser l’ambiance, je vais expliquer ici pourquoi le raz-de-marée des troupes macroniennes, à l’Assemblée Nationale, n’est pas une bonne nouvelle. Ni pour la France, ni pour l’équilibre des pouvoirs, ni surtout comme modèle politique, dont il paraît qu’il faudrait s’inspirer, « parce qu’il dépasse les clivages traditionnels ». D’abord, parce qu’en Histoire, rien ne dépasse rien, jamais. La noirceur du pouvoir, le tragique des destinées, tout cela disparaît puis revient, nulle génération n’est épargnée, nul progrès n’est linéaire. Mais aussi, surtout, parce qu’en faisant du Palais Bourbon, pour cinq ans, une Chambre d’enregistrement de l’Elysée, les électeurs, hélas, anéantissent le rôle essentiel de contre-pouvoir qui doit être celui de l’institution parlementaire, dans un pays où cette dernière, par tradition monarchique, n’a jamais été bien puissante, sauf sous les Troisième et Quatrième Républiques.

 

L’erreur majeure, c’est le quinquennat. Faire coïncider (depuis 2002) le temps parlementaire avec le temps présidentiel, c’est arracher aux élections législatives leur vie propre, soit l’addition de 577 combats locaux, un par circonscription. Au lieu de cela, on commence par élire le Président (en mai, tous les cinq ans), puis, en juin, on lui donne les moyens de gouverner. Evidemment qu’on ne va pas le désavouer en plein état de grâce, un mois après l’avoir élu ! Du coup, la législative n’est plus que la confirmation d’une élection monarchique, autour de laquelle tout s’articule. On élit M. Macron, on estime qu’il faut lui donner sa chance, et du coup on compose, pour le servir, une Chambre de groupies, à ses ordres.

 

Ça n’est pas pour parvenir à cela que s’est forgée, lors de la Révolution française, la représentation nationale. Pas pour confirmer sagement les édits de l’exécutif ! Une bonne Assemblée doit avoir son existence propre, sa logique, elle ne doit rien devoir à l’exécutif. Elle est là, au contraire, pour le contrôler, le rappeler à l’ordre s’il dérape, au besoin le censurer. Il est sain qu’elle entretienne avec lui un rapport tendu. Voire conflictuel : de cette dialectique peuvent jaillir des étincelles favorables à l’intérêt supérieur du pays. Toutes choses, hélas, qui feront défaut à la France dans les cinq ans qui viennent. Du coup, la Chambre étant aux ordres, l’opposition, les colères, les ruminations se déplaceront dans la rue.

 

Dès cet automne, les choses sérieuses vont commencer avec la réforme de la loi sur le travail, et vous verrez, l’état de béatitude du présent printemps sera vite oublié. Les vraies fractures de la société française resurgiront, les onze millions d’électeurs du Front National, aussi. Sans compter l’équivalent, côté gauche radicale. Alors, on commencera à réaliser à quel point l’opération Macron aura, dès le début, fait office de tour de magie et d’illusions. Mais il sera trop tard. Il faudra aller jusqu’au bout de la législature. Cinq ans, c’est parfois très long.

 

Pascal Décaillet

 

12:05 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/06/2017

Brumaire démocratique

 

Sur le vif - Mardi 13.06.17 - 09.26h

 

Toute l'opération Macron est celle d'une gigantesque captation d'héritages par un illusionniste exploitant la candeur des gens, comme l'avait fait Giscard en 1974, sur les thèmes de la jeunesse, du changement, de la "rénovation".

 

Il est en train de tout gagner, rafler toutes les mises. Il réussit son Brumaire démocratique, au-delà de toutes ses propres espérances. C'est vrai.

 

Il n'y a pourtant ni révolution, ni monde nouveau. Il y a juste un petit malin, soutenu par de redoutables puissances financières, en France et à l'étranger, qui a repeint à neuf une voiture d'occasion. La voilà lustrée, rutilante. Éblouissante.

 

Brumaire parfaitement démocratique. Rien à dire sur la légalité, ni la légitimité de l'élection. S'il faut changer le système, ce sera pour la prochaine fois, et je gage que ce pouvoir-là ne se pressera pas de le faire.

 

Aujourd'hui, on se perd en pâmoison face à des paroles, des promesses, des postures rénovatrices, un style (dont je ne nie pas l'élégance), une fascination faustienne pour la jeunesse. Bref, on se laisse envoûter par une FORME.

 

Mais de concret, rien encore. Je le dis et le répète, laissons passer l'été. Laissons le thaumaturge rénovateur savourer son état de grâce. "Le Bien Aimé", disait-on de Louis XV dans les premières années de son règne. A sa mort, en 1774, il faudra l'enterrer de nuit, furtivement, en cachette.

 

Les choses sérieuses commenceront cet automne. La Chambre étant aux ordres, l'opposition sera dans la rue. Les vieilles passions françaises, avec l'archaïque noirceur des colères, tout cela resurgira au fil de la législature. On se rendra compte, comme avec Giscard, que le gentleman rénovateur des débuts n'est qu'un homme de pouvoir comme un autre. Son impopularité grandira. Il éprouvera, comme les autres, le tragique de l'Histoire.

 

Alors, les onze millions d'électeurs qui n'avaient pas voté pour lui, au second tour, se rappelleront à notre bon souvenir. D'autres chocs, d'autres fracas. Parce que l'Histoire est ainsi, simplement. Sa démarche n'est pas celle du progrès, mais du crabe.

 

Un Brumaire démocratique. Et cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

Ah oui, un détail encore. Ceux qui, dès le début, roulent pour Macron, méritent le respect. Ceux qui, au fil de ses tours de prestidigitation, se rallient à lui comme on plie devant le pouvoir et la fortune, méritent le plus glaçant des mépris.

 

Pascal Décaillet

 

12:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/06/2017

Le quinquennat, erreur majeure

 
 
Sur le vif - Samedi 10.06.17 - 10.11h
 
 
Depuis 2002, donc depuis le quinquennat, erreur majeure de Jacques Chirac, le temps législatif épouse le temps présidentiel. On élit le Président en mai, puis en juin on lui donne les moyens de gouverner. Après ces deux performances, on prend sa douche, tout heureux d'avoir accompli son devoir citoyen, et on part en vacances, prendre ses Congés payés.
 
 
Le quinquennat tue le débat politique. Le charme du système antérieur, c'était justement cette séparation entre le temps législatif (5 ans) et le temps présidentiel (7 ans). Chacun avait sa vie propre, sa logique, sa mesure, ses horizons. Parfois (1986, 1993, 1997), alors qu'un Président était en fonction, le peuple envoyait à l'Assemblée une majorité qui lui était contraire. Cela s'appelait la cohabitation, le Premier ministre était enfin autre chose qu'un exécutant, la démocratie fonctionnait.
 
 
Depuis 2002, tout est centré sur un homme, le système n'a jamais été aussi monarchique. En mai, on élit le Roi, en juin on lui donne sa majorité, version républicaine du Sacre de Reims. Évidemment qu'on la lui donne ! Juste un mois après l'élection, c'est encore l'état de grâce, le printemps, la vie est belle, on fredonne "Nationale 7" de Trenet, avant de s'engouffrer sur les plages de France. Personne, dans ces moments-là, n'a envie de créer une crise politique !
 
 
Depuis 2002, l'élection législative française a perdu sa vie propre. Elle est devenue un plébiscite pour établir la mesure de popularité du nouveau souverain. Les courtisans, autour de lui, pourront se plier encore plus vers le sol à chacune de ses apparitions.
 
 
Le quinquennat est une erreur majeure. Une errance signée Jacques Chirac. Plus que jamais, l'intelligence politique d'un François Mitterrand manque. Lui qui, notamment entre 1986 et 1988, avait si génialement, si diaboliquement, exploité la cohabitation.
 
 
Pascal Décaillet
 

15:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/06/2017

La noire fureur des entrailles

 

Sur le vif - Vendredi 09.06.17 - 09.49h

 

L'ère Macron : cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

Cinq ans, non pour rénover, mais pour conserver.

 

Conserver le système actuel, ultra-libéral, celui qui nous étouffe depuis trois décennies. Négation de l'idée nationale. Intégration progressive à une idée impériale, appelée "Union européenne", en réalité une vassalité de l'Allemagne qui, doucement, construit sa puissance tutélaire sur le continent.

 

Cinq ans d'obédience à l'atlantisme. Priorité à la finance spéculative. Aucun souci de l'humain, de son épanouissement. Dérégulation. Délocalisations. Défaut de contrôle sur les flux migratoires. Mépris de la cohésion sociale. Mort de la paysannerie. Prolongation du mensonge multilatéral : cinq ans de SDN, cinq ans d'Aristide Briand. On prend des milliers d'avions, on grille des millions de tonnes de kérosène, pour signer des protocoles sur le... climat. Cinq ans de tartufferies encravatées.

 

Et les gens, pour l'heure, applaudissent. Parce que c'est le printemps. L'état de grâce d'un nouveau souverain, le Bien Aimé, comme on surnommait Louis XV au début de son règne. Il fait beau. On s'apprête à savourer les Congés payés, cet été. On ne pense pas, on sifflote. On est au printemps 36.

 

Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde. Cinq ans pour réprimer, enfouir, jeter au diable toute parole contraire. Cinq ans pour oublier les neuf millions de voix qui, au second tour, n'ont pas soutenu Macron, mais sa rivale.

 

Cinq ans pour laisser l'Ancien Régime, faussement rajeuni sous l'aimable visage de l'orléanisme, briller de mille feux. Mais un jour, le contrepoids surgira. Tout ce que l'ère Macron aura voulu enfouir, dissimuler, en se bouchant le nez, tout cela éclatera comme un volcan demeuré trop longtemps silencieux.

 

Tout cela, toute cette lave et cette braise, ne jaillira pas des cerveaux, ni des puissants raisonnements, ni du choc démontré de quelque Talmud. Mais de la noire, l'incandescente fureur des entrailles.

 

Pascal Décaillet

 

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08/06/2017

Union de la gauche : espoir ou chimère ?

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.06.17

 

Le Front populaire : l’image est puissante, la référence historique est éloquente. Cet appel aux élections du printemps 1936, et à la victoire de Léon Blum, l’un des moments forts de la vie politique française au vingtième siècle, c’est sous la plume de Thierry Apothéloz qu’on a pu le découvrir. Dans une lettre ouverte aux militants socialistes, publiée sur son blog, lundi 29 mai. Un texte fort, dont l’auteur se conduit comme un chef, celui qui inspire la manœuvre, et, au passage, ne serait pas fâché de la diriger lui-même. Un texte où le candidat au Conseil d’Etat montre qu’il a le sens de l’Histoire, du recul, de la vision, de la stratégie. De quoi contenter ses admirateurs, et… nourrir à mort les jalousies de ses rivaux ! Un texte, surtout, où le bouillant conseiller administratif de Vernier appelle les gauches genevoises à l’unité, dès le premier tour, en vue de l’élection du printemps 2018 au Conseil d’Etat. Bref, le manifeste Apothéloz fait jaser. Exactement ce que voulait l’auteur.

 

Le Verniolan n’a peur de rien. Alors que fleurissent les candidatures à gauche, et que nulle discussion officielle ne s’est encore déroulée entre les trois grandes composantes (socialistes, Verts, Ensemble à Gauche), le voilà, seul et sûr de lui, qui sonne la charge de l’unité. La victoire du Front populaire, en 1936, était celle d’une alliance entre trois partis : les radicaux, les socialistes (SFIO), les communistes. Elle a permis de grandes choses, dont la plus connue est évidemment les Congés payés, permettant, dès l’été 36, à des centaines de milliers de travailleurs français, qui n’avaient jamais vu la mer, de partir en vacances. C’est dire la puissance d’impact de l’évocation. Dès lors, demande Apothéloz, pourquoi pas à Genève ? Présentées comme cela, les choses ont l’air toutes simples. La réalité est un peu plus complexe.

 

D’abord, rien ne dit que toutes les composantes de la gauche partagent ce rêve unitaire. Succédant à l’auteur de l’idée dans l’émission « Les Yeux dans les Yeux », les deux candidats de Solidarités à l’investiture, Jocelyne Haller puis Pablo Cruchon, ont remis les pendules à l’heure. La première, en rappelant qu’une alliance, en politique, devait s’articuler autour du sens, ce qui semble fort difficile à contredire. Du côté des Verts, qui alignent trois candidats (Marjorie de Chastonay, Yvan Rochat et le sortant Antonio Hodgers), quelle sera la stratégie ? Mais surtout, que pensent les deux colistières socialistes du flamboyant unitaire, Sandrine Salerno et Anne Emery-Torracinta, sortante ? Au fond d’elles-mêmes, sont-elles si joyeuses de voir leur cher camarade jouer en solo dans l’ordre de la tactique ? Bref, rien n’est réglé ! D’autant que le rapport de forces entre la droite et la gauche, si l’on devait reporter sur 2018 celui d’aujourd’hui, ne laisse guère envisager pléthore d’élus de gauche au Conseil d’Etat ! En attendant, un homme a montré son aptitude à la manœuvre : saluons-le, reconnaissons-lui audace et clairvoyance. Pour la suite, qui vivra, verra.

 

Pascal Décaillet

 

15:56 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

07/06/2017

Discret, mais efficace

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.06.17

 

Un homme qui ne cherche pas la gloire personnelle. Il aurait même une sérieuse tendance à prendre les coups. Mais il encaisse, parce que c’est un dur. Il garde le sourire. Et il apprend. Bâtisseur, il est un homme de patience, sait jouer collectif, respecte les sphères de ses collègues. Tel est Serge Dal Busco, notre ministre des Finances depuis fin 2013, un homme que certains parlementaires croient opportun de décrier. Ils le prennent de haut. Ils ont tort, immensément.

 

Serge Dal Busco ne passe pas son temps à inaugurer les chrysanthèmes. Ni à œuvrer, par le génie de la propagande, qu’on appelle aujourd’hui « communication », à l’édification de son image. Ni à arpenter en Harley les routes du canton. Non, il se contente de faire son boulot. Grand argentier d’un canton endetté (par ses prédécesseurs) n’est pas le job le plus excitant entre Chancy et la Versoix, mais c’est le sien, c’est sa tâche, il l’accomplit.

 

Et l’air de rien, l’homme fait son chemin. Ainsi, jeudi 1er juin, c’est lui, dans la Berne fédérale, qui présentait, à côté du conseiller fédéral chargé des Finances, Ueli Maurer, le « Projet fiscal 17 », qui prend la relève de RIE III, après l’échec de cette dernière en votation populaire. Ancien correspondant au Palais fédéral, ancien chef de la rubrique Nationale, je crois bien n’avoir jamais vu, à Berne, un conseiller d’Etat genevois à côté d’un conseiller fédéral. Cela, ce lent travail de reprise en main du dossier, discrètement, mais avec solidité, est la marque d’un ministre fiable et compétent. Il fallait, une nouvelle fois, le dire.

 

Pascal Décaillet

 

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06/06/2017

Politiciens, à vos racines !

 

Sur le vif - Lundi 06.06.17 - 10.55h

 

Il m'est parfaitement égal qu'un politicien soit de gauche ou de droite. Qu'il soit PLR, UDC, socialiste, gauche radicale, etc.

 

Ce qui compte pour moi, c'est qu'il sache d'où provient son parti. De quelles racines philosophiques, idéologiques, historiques, a surgi sa mouvance politique. Cela, il doit le connaître à fond. Je ne saurais, pour ma part, lui concéder dans ce domaine le moindre amateurisme, la moindre faille, la moindre confusion.

 

Il me faut qu'un PDC, puisqu'il tient à l'être, soit capable de tenir une longue conversation, nourrie, sur Léon XIII, Rerum Novarum (1891) la Doctrine sociale, le Zentrum bismarckien, les origines des catholiques conservateurs, ou des chrétiens-sociaux, dans nos différents cantons. La CDU allemande. La CSU bavaroise. Le Democrazia Cristiana, en Italie.

 

Il me faut qu'un radical - il a raison de l'être - sache tout des Lumières, de l'Aufklärung, de la Révolution française, des Républicains du début du 19ème, des grand combats de 1830, et surtout de 1848. Il faut qu'il connaisse les premières décennies du Conseil fédéral (1848-1891), les grandes réalisations industrielles, le percement du Gothard, James Fazy à Genève, Henri Druey dans le Canton de Vaud, Joseph Barman en Valais.

 

Il me faut qu'un socialiste - noble filiation - soit capable de parler de Jaurès, de Jules Guesde, de la sociale-démocratie allemande, de Willy Brandt, Olof Palme, Bruno Kreisky, Léon Blum, François Mitterrand, du Congrès de Tours en 1920, de celui d'Epinay en 1971, de celui de Bad-Godesberg en 1959, etc. Il doit savoir d'où il vient, quels furent les grand combats de sa famille politique.

 

Pour le PDC, je puis avoir ces conversations avec Sébastien Desfayes, ou Fabiano Forte, Christophe Darbellay, ou Maurice Tornay, liste non-exhaustive, bien sûr. Pour les radicaux, avec Pierre Maudet, Pierre Kunz, Olivier Meuwly, Jean Romain, et plein d'autres, car la branche latine est d'un bon niveau de conscience de l'Histoire du parti. Je ne donne ici que quelques exemples. Tous partis confondus, je demande aux non-cités de bien vouloir m'excuser. Chacun sait, de toute façon, la considération que je lui porte, chacun de ceux avec qui j'ai passé du temps à échanger, discuter.

 

Mais une chose est sûre : celui - ou celle - qui viendrait à surgir dans l'espace politique, sans porter avec soi un très haut degré de conscience de l'ontologie historique de son parti, de ses antécédents, de sa diachronie, en nous faisant le coup des "rénovateurs" ou "ceux qui vont faire de la politique autrement", qui est juste une compensation de son ignorance, je ne pourrai, hélas, éprouver pour lui - ou elle - qu'une considération relativement limitée.

 

Pascal Décaillet

 

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05/06/2017

Emmanuel et les âmes promeneuses

 

Sur le vif - Lundi 05.06.17 - 15.13h

 

Révélés ce matin par le Parisien, les huit points-clefs du Plan Macron pour la réforme du travail dévoilent, pour peu qu'il en fût encore besoin, le vrai visage de ce nouveau Président : un libéral, peu soucieux de lien social, nourrissant des rêves d'affranchissement de l'individu par la réussite de l'entreprise.

 

C'est son droit. Et je veux croire que les Français l'ont élu en connaissance de cause. Mais l'idéologie qui sous-tend ces aspirations, toute légitime soit-elle, se trouve être aux antipodes de la mienne. Découvrant ce projet de réforme, je me félicite donc d'avoir décrypté, pendant toute la campagne, l'individualiste libéral sous le masque du charmeur et du rénovateur.

 

Pour l'heure, c'est le printemps. Il fait beau, les habits sont légers, les âmes sont promeneuses. Mais après les Congés payés de l'été, viendra le premier choc : celui de l'encaissement, par l'opinion française, d'un train de réformes qui frappe par sa brutalité, et semble considérer la cohésion sociale comme un facteur secondaire. Cette étape, pour M. Macron, sera moins facile.

 

Pascal Décaillet

 

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02/06/2017

Donald et les gardiens du Temple

 

Sur le vif - Vendredi 02.06.17 - 09.21h

 

Au-delà du dogme climatique, et de ses gardiens du Temple chasseurs de Cathares, la décision de Donald Trump, hier soir, est une attaque en règle contre la tyrannie, depuis quelques décennies, de l'ordre multilatéral du monde. L'Accord de Paris, pour la plus grande gloire de la gauche caviar incarnée par Laurent Fabius, en était la très urbaine quintessence. D'emblée, ce contrat d'assurance contre l'Apocalypse avait le goût sucré du vent. De la bonne conscience semée, dans la grande tradition de la SDN, et de la colossale inutilité des illusions internationalistes.

 

Donald Trump voit les choses autrement. Il considère que les nations sont souveraines. Que chacune d'entre elles doit avant tout compter sur elle-même, en puisant dans son génie propre, dans ses racines, ses traditions, la sève de sa mémoire. Et que cette nébuleuse de conciliabules multilatéraux, qui a grillé, depuis 1945, tant de millions de tonnes de kérosène pour que les grands de ce monde se pavanent en se serrant la pince, a fait son temps.

 

Dans la campagne électorale, il avait annoncé qu'il dénoncerait l'Accord de Paris sur le climat. Hier soir, il a tenu sa promesse. Dans la même campagne, il avait dit son intention de revenir à une diplomatie bilatérale, en tournant le dos aux pieuvres mondialisées. Hier soir, il l'a fait.

 

On apprécie ou non l'action de M. Trump, chacun est libre. Mais voilà un Président qui tient ses promesses. C'est assez rare pour être relevé.

 

Entreprenant toutes choses pour se hisser au statut d'anti-Trump, et recueillir ainsi applaudissements, bénédictions et béatitudes, voici notre Emmanuel Macron. Le dieu des bobos mondialistes. Le paon en état de grâce. Élu pour cela. Sa campagne à lui, conçue et dûment financée, depuis le premier jour, pour cela. Continuer l'Ancien Monde. Défendre l'euro, la Banque centrale européenne, présenter ses respects à Mme Merkel, suzeraine d'Empire, défendre l'ordre multilatéral du monde. Prospérer sur le thème climatique, tellement porteur dans les salons urbains.

 

Les choses sont claires. Les fronts sont lisibles. Le monde est coupé en deux visions, irréconciliables. D'un côté, les nationaux, qui ont de l'Histoire une vision tragique, noire, pessimiste, mais réaliste. De l'autre, les multilatéraux cosmopolites, souvent liés aux marchés financiers où règne la spéculation à grande échelle, et où la notion de patrie n'est pas la préoccupation première. Ceux-là, avec acharnement, veulent la peau de Trump, parce qu'il brise la cohérence de leur système.

 

L'heure se ne prête plus guère aux discussions. Mais aux déclarations antagonistes juxtaposées. Chacune s'exprime. Nulle ne touche ni ne joint l'autre.

 

But de l'opération Macron, ces huit mots que je publiais à la minute même de son élection, dimanche 7 mai, 20h : cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

 

A l'issue de ce répit, la Révolution conservatrice se rappellera à notre bon souvenir. Elle ne viendra pas de la tête. Mais surgira des entrailles.

 

Pascal Décaillet

 

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