20/09/2017

Pierre, Epictète, la vie qui continue

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Sur le vif - Mercredi 20.09.17 - 10.26h

 

Pierre Maudet a fait une excellente campagne. Il a été un candidat courageux, dynamique, offensif, inventif. Il s’est battu sur des idées, et la sincérité de son engagement force le respect de tous, y compris ceux (dont je fais partie, en matière d’Europe et d’immigration notamment) qui ne partagent pas ses convictions. Ce matin, il perd, mais il peut être fier de son combat, et peut rejoindre son canton la tête haute.

 

A son échec, deux raisons. D’abord, la nécessité, ressentie comme impérieuse par l’Assemblée fédérale, d’un retour de la Suisse italienne dans l’exécutif fédéral. A cela, le candidat genevois ne pouvait pas changer grand-chose. Il connaît le début du Manuel d’Epictète, ce qui dépend de nous, ce qui n’en dépend pas.

 

L’autre raison, que j’expose ici depuis des semaines, notamment dans mon texte consacré à la Statue du Commandeur, c’est que dans la Berne fédérale, on ne traite pas la vieille droite suisse, patriote et conservatrice, comme on croit bon de la traiter à Genève. A l’UDC, Pierre Maudet, l’homme du rapprochement avec l’Union européenne et de l’opération Papyrus, ne s’est fait que des ennemis. Il aurait voulu refaire le coup de Christophe Darbellay contre Blocher le 12 décembre 2007 : construire l’élection d’un candidat de droite en misant sur la gauche. C’est une erreur.

 

L’homme, donc, rentre à Genève, et continuera d’y tenir un rôle signalé. S’il pouvait, dans l’avenir, considérer avec un peu moins de hauteur ses alliés cantonaux de droite, il gagnerait en estime dans sa propre famille politique. Lorsque je dis « famille », je n’entends pas seulement le PLR, mais la droite au sens large. Celle qui, dans un improbable marais d’incertitudes, est réputée commencer au PDC. Et, vers des terrains plus clairs et plus lisibles, aller jusqu’à l’UDC.

 

Cette Vielle Suisse conservatrice, une certaine arrogance genevoise se permet de la prendre de haut. Au niveau fédéral, cette superbe et ce mépris ne sont tout simplement pas possibles. Cette Statue du Commandeur surgit des entrailles profondes de notre pays, de son Histoire. Pire : conseillé de façon qu'on peut soupçonner d'avoir été un peu légère, Pierre Maudet l'a sous-estimée dans son propre parti national, le PLR. Il y a trente ans, la droite qui faisait peur à la gauche, ça n'était pas l'UDC, mais les radicaux. De cette filiation, en Suisse alémanique, demeurent des traces.

 

En politique, on ne construit rien de durable contre sa propre famille naturelle. Sans doute Pierre Maudet l’a-t-il maintenant appris. Cela lui aura, peut-être, coûté une élection. Il lui reste la vie, son énergie, sa puissance de travail. La politique, en Suisse, devra compter sur cet homme, pour un sacré moment.

 

Pascal Décaillet

 

10:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Je partage votre propos Monsieur Décaillet.
Mais, à l'aube de la prochaine campagne législative pour le Grand-Conseil et le Conseil d'Etat de notre canton, ce mélange des genres devient malsain.
Le propos vindicatif, contre le nouveau Conseiller Fédéral, prononcé par ce Conseiller National socialiste, ancien Conseiller administratif de la Ville de Genève,sur la TSR, argumentant sur le fait que Monsieur Maudet aurait permis de "conserver" un Conseil Fédéral de centre gauche, n'est pas à mettre à l'honneur de notre Conseiller d'Etat Genevois.
C'est sans doute cette même déviance qui a conduit, Monsieur le Conseiller d'Etat Maudet à accepter et voter (unanimité du Conseil d'Etat) ce "beau" projet de budget 2018 ayant un déficit record.
Le corps électoral genevois aura vraiment de la difficulté à trier le bon grain de l'ivraie.

Écrit par : Patrick Lussi | 20/09/2017

"La politique, en Suisse, devra compter sur cet homme, pour un sacré moment."
Ce n'est pas certain.
Pierre Maudet dispose de qualité indéniables qui lui ont permis d'entrer très tôt en politique et de gravir rapidement les échelons.
S'il a été arrêté dans cette montée fulgurante au dernier niveau, c'est principalement en raison des défauts qui vont de pair avec ses qualités comme je l'ai relevé dans plusieurs blogs. A Berne on élit des candidats au profil lisse et consensuel et on coupe toutes les têtes qui dépassent.

Certes il pourra se représenter prochainement, mais...
- Il ne saurait tromper son monde en enfilant un costume sur mesure.
- Un candidat malheureux est rarement repêché par la suite.
- Ses concurrents pourraient être d'autres pointures.
- Son bilan à la tête de la police et des taxis genevois sera tombé et il fera mal.

Il pourra certes encore faire un tour de piste au CE et peut-être même à la présidence, mais ce sera le dernier.

Écrit par : Pierre Jenni | 20/09/2017

Mais comme le suggère Monsieur Eggly, il pourrait faire le détour par le conseil aux Etats, profitant de la lassitude du souverain pour le duo d'indécrottables pastèques qui semble globalement plus enclin à défendre une idéologie personnelle que les intérêts des Genevois à Berne.

Écrit par : Pierre Jenni | 20/09/2017

Le parlement a fait un excellent choix de raison, dans le droit fil de la prudente tradition helvétique d'équilibrages en finesse et de respect des minorités. Tous les patriotes doivent se réjouir que le funeste candidat Maudet ait été écarté. Il aurait été mauvais pour la Suisse, comme il est mauvais pour Genève. Maintenant il faut espérer que cet échec, car c’en est un pour ce blanc bec, se transforme en un coup d’arrêt dans la carrière d’un petit opportuniste sans envergure que certains ont beaucoup trop surestimé. De retour à Genève il va devoir face face à son bilan, qui est très mauvais comme tout ce qu'il touche. Puissent les Genevoises et les Genevois sanctionner sévèrement ce garçon pour ses résultats déplorables à la tour Baudet, et ainsi nous débarasse d’un élément radical de gauche, euroturbo, arriviste et médiocre, qui n’a déjà que trop nui à la patrie.

Écrit par : Bonivard | 20/09/2017

Il a eu 90 voix. Etant donné que Cassis a été élu dans un fauteuil au 2ème tour avec 125 voix, c'est arithmétiquement très clair. Maudet a tout simplement fait le plein des voix de la gauche, et n'a eu aucune voix de droite. Maudet c'est ça. Ni plus ni moins. Un beau parleur sans substance et un cheval de Troie de la gauche. On n'a pas besoin d'un type comme ça, ni dans la politique genevoise ni dans la politique suisse. Du balai!

Écrit par : mère Royaume | 20/09/2017

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