22/09/2017

DFAE : l'attente d'une rupture

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Sur le vif - Vendredi 22.09.17 - 19.11h

 

Rien de plus insupportable que ce discours des correspondants au Palais fédéral, métier que je connais pour l’avoir pratiqué : le nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, n’aurait qu’une infime marge de manœuvre pour s’écarter de la politique européenne de son prédécesseur. Ce discours est faux. Il suinte l’interne du sérail, l’adhésion aux pratiques de ces dernières années. Il laisse entendre que notre politique extérieure serait comme vouée à l’immuable.

 

Ce raisonnement, c’est l’abdication de la foi en la politique, tout court. C’est le renoncement à la capacité d’une nation à affirmer ses choix, puis les mettre en œuvre. C’est faire croire que la Suisse, n’étant que l’engrenage d’un ensemble, n’aurait qu’une prise infime, voire inexistante, sur le destin. C’est une vision désespérante. Citoyen de ce pays, je la récuse, de toutes mes forces.

 

Monsieur Cassis, n’écoutez pas ce discours. Ayez une vision, respectez les décisions du peuple suisse, celle du 9 février 2014 par exemple, mettez en avant notre cohésion nationale, affirmez la volonté du pays, et vous aurez restauré, dans le concert des nations, une politique suisse digne de ce nom.

 

Monsieur Cassis, en politique européenne, nous avons besoin d’une rupture. Principalement, dans la tonalité. Votre prédécesseur, si préoccupé de « respect », semblait hésitant à effleurer la moindre carte d’un château dont il ne voulait surtout pas troubler la belle construction. Il était, certes, un homme de bonne volonté, mais sa gestion de l’après-9-février, et avec lui celle de l’ensemble du Conseil fédéral, a été d’un attentisme catastrophique. Le Parlement, tant bien que mal, a tenté de faire le boulot, le gouvernement n’a pas donné d’impulsion. Comme s’il était groggy.

 

Monsieur Cassis, les citoyennes et citoyens de ce pays attendent que vous restauriez la fierté de notre pays face à l’Union européenne. Non en coupant les ponts, personne ne parle de cela. Mais en rompant avec ces intonations apeurées, gémissantes, tétanisées devant les « réactions de Bruxelles » aux décisions de notre seul véritable souverain, le peuple suisse. Si vous montrez, par quelques signaux bien sentis, dès le début de votre mandat, à l’Union européenne que notre pays est ferme dans la défense de ses décisions, vous aurez non seulement l’estime de Bruxelles, ce qui est peu de choses, mais celle, ô combien plus précieuse, du peuple suisse.

 

Monsieur Cassis, vous avez plaidé dans la campagne pour une immigration contrôlée. Vous venez d’un canton qui, comme Genève, sait ce que peuvent signifier les flux transfrontaliers. Vous êtes un homme d’expérience, cultivé, vous parlez les langues : vous pouvez, tout en gardant sur la forme la courtoisie qui est la vôtre, devenir un grand ministre des Affaires étrangères. A cela, une condition, sine qua non : placer le peuple suisse, sa nécessité de cohésion, de justice sociale, d’attention aux équilibres internes, avant l’idée de plaire à la fausse, à l’hypocrite, à la menteuse douceur des réunions multilatérales. Dès que surgit le tragique de l’Histoire, ces pantins s’évanouissent dans la nature. Et chaque nation, chaque peuple, se retrouve seul face à son destin.

 

Monsieur Cassis, j’ai confiance en vous, et vous souhaite plein succès dans vos activités au service de notre pays.

 

Pascal Décaillet

 

 

19:11 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Très bel article! Bien dit! Evidemment c'est ce qu'espèrent tous les Suisses qui n'acceptent pas de brader la souveraineté de leur pays. On retrouve ici le Décaillet qu'on apprécie et dont on peine à comprendre comment il a pu encenser Maudet, lequel aurait probablement hérité du même département des affaires étrangères et aurait fait une politique antisuisse, rigoureusement inverse de celle préconisée dans cet article.

Le péril mortel Maudet étant écarté pour le moment, on espère que Cassis saura tenir la dragée haute à Bruxelles et défendre la dignité de la Suisse ainsi que respecter scrupuleusement les choix du peuple suisse (Art. 121a Cst. Féd.). Mais je ne suis pas tout à fait rassuré. J'ai observé deux choses: Plusieurs commentateurs ont insisté sur le fait que Cassis était un "humaniste". Qu'est-ce à dire? Et, plus grave, le gros Levrat a fait plusieurs fois des remarques selon lesquelles une forme l'accord cadre serait trouvé d'une manière ou d'une autre. Cassis, selon lui, saurait y parvenir tout en adoptant un autre langage, en changeant la communication. Là encore, qu'est-ce à dire? Comment Levrat peut-il affirmer une telle chose? C'est très louche.

Cassis l'"humaniste", dont je suis le premier à reconnaître la finesse et l'intelligence, serait-il initié, comme Levrat? Et à ce titre aurait-il pris des engagements en loge d´oeuvrer à faire aboutir une forme d'accord cadre tout en faisant semblant de vouloir l'éviter, ou en présentant la chose habilement au peuple, pour faire croire qu'on respecte sa volonté (laquelle est à 80% de refuser tout rapprochement institutionnel d'abandon de souveraineté). La franc-maçonnerie qui est, tous ceux qui dont informés le savent, le moteur et l'architecte principal de cette fausse Europe sans frontières, fédéraliste, supranationale et anti-démocratique, serait-elle à la manœuvre pour faire passer un accord cadre en contrebande? Et Cassis serait-il prêt à jouer le jeu? On peut le craindre.

Nous devons rester très vigilants et déterminés à combattre immédiatement et sans merci en référendum et de toutes les façons, toute velléité de haute trahison venant du Yconseil fédéral.

Écrit par : Bonivard | 22/09/2017

Autre "élément de langage", codé, qu'on a beaucoup entendu au sujet de Cassis: il serait un "constructeur de ponts". Celà ne prouve rien, bien entendu, mais tous ceux qui sont familiers du milieu savent que certaines expressions comme "construire des ponts", "descendre dans l'arène", etc., sont certes parfois entrées dans l'usage courant, comme "boire des canons" ou "agape fraternelle", et donc leur emploi n'est pas la preuve d'une appartenance à la loge, mais ces expressions appartiennent au vocabulaire maçonnique de base. Cassis ne les emploie pas lui-même mais pourquoi les frangins de la classe politique n'ont-ils que ces mots à la bouche quant ils parlent de lui? Quand même curieux.

Le pape, ou pseudo pape, François, lui aussi dit vouloir construire des ponts. Ce n'est pas une référence. Moi quand on me dit "untel est un constructeur de ponts", je me méfie. Ca signifie "c'est quelqu'un d'habile qui saura faire avancer l'agenda mondialiste, en douceur s'il le faut".

Bon, donnons un certain crédit à Ignazio Cassis, mais pour ma part je ne pourrais pas lui dire: "je vous fais confiance". J'observe son intelligence et je pense qu'il est un moindre mal par rapport à un type comme Maudet. Mais je dis à Pascal Décaillet et à ceux qui se bercent d'illusions: si vous croyez qu'il y aura une "rupture" par rapport à la progression implacable dans le sens mondialiste qui est voulue par les puissances occultes et a commencé avec Pierre Graber puis s'est poursuivie sous Pierre Aubert, René Felber, Flavio Cotti, la souris grise Joseph Deiss, Micheline Calmy-Rey et Didier Burkhalter, alors vous vous faites des illusions. En fait vous manquez de sagacité, c'est le moins qu'on puisse dire.

Monsieur Décailet, je vous le dis amicalement et avec toute l'estime que vous méritez. Pour faire cette "rupture" que vous appelez de vos vœux, il aurait fallu qu'on élise un radical de la trempe d'un Otto Fischer, d'un Jean-Pierre Bonny, ou d'un Jean-Pascal Delamuraz. Un vrai souverainiste. Si Cassis était de dette race là, ça se saurait. Je crains fort que vous ne preniez vos désirs pour des réalités. Le "reset" d'Ignazio Cassis ne sera pas la "rupture" que l'on pourrait espérer. Non pas que Cassis n'ait pas le courage pour une rupture. Il ne la veut pas. Il veut trouver une forme d'accord institutionnel, sincèrement, et pour celà il veut juste changer de pied. L'accord cadre ne passe pas la rampe, il changera les éléments de langage, il proposera un autre habillage. Mais il travaillera à une soumission institutionnelle de la Suisse à l'empire illégitime de Bruxelles.

Écrit par : Bonivard | 23/09/2017

Je ne sais pas pourquoi j'ai écrit Jean-Pascal Delamuraz. C'est un lapsus bizarre. Je voulais bien entendu parler de Georges-André Chevallaz, qui était un vrai souverainiste. Si Jean-Pascal Delamuraz était encore là, on sait avec certitude qu'il serait partisan de l'adhésion insidieuse à l'UE, et ce à cause de ses obligations de porte parole de la loge. Son collègue Felber avait les mêmes, ce qui explique sa position sur l'EEE. Maudet a les mêmes. On le sait. Ce qu'on peut se demander aujourd'hui c'est: Ignazio Cassis a-t-il le même fil à la patte?

Écrit par : Bonivard | 24/09/2017

Ignazio Cassis a été brillamment élu grâce à ses qualités d'homme consensuel. Ceux qui cherchent la rupture n'ont pratiquement aucune chance d'accéder à la fonction suprême. Vous serez forcément déçu.

Écrit par : Pierre Jenni | 25/09/2017

Pierre Graber, Pierre Aubert, René Felber, Flavio Cotti, la souris grise Joseph Deiss, Micheline Calmy-Rey et Didier Burkhalter,Jean-Pascal Delamuraz: belle litanie de citoyens recommandables; mais y en a-t-il un seul dont la Suisse n'aurait pas pu se passer ?
Chez aucun de cuex-là je retrouve le courage, la profondeur de vues, la volonté qui caractérisaient si bien les équipes autour des Wahlen, Petipierre et des Furgler.
Je n'ai sans doute rien compris, car je ne suis qu'un homme simple.
Il fallait élire Cassis parce qu'il est tessinois: après Motta aucun Tessinois ne m'a laissé de souvenir, bizarre!

Écrit par : Tonio | 06/10/2017

Pierre Graber, Pierre Aubert, René Felber, Flavio Cotti, la souris grise Joseph Deiss, Micheline Calmy-Rey et Didier Burkhalter,Jean-Pascal Delamuraz: belle litanie de citoyens recommandables; mais y en a-t-il un seul dont la Suisse n'aurait pas pu se passer ?
Chez aucun de ceux-là je ne retrouve le courage, la profondeur de vues, la volonté qui caractérisaient si bien les équipes autour des Wahlen, Petipierre et des Furgler.
Je n'ai sans doute rien compris, car je ne suis qu'un homme simple.
Il fallait élire Cassis parce qu'il est tessinois: après Motta aucun Tessinois ne m'a laissé de souvenir, bizarre!

Écrit par : Tonio | 06/10/2017

Mais cher Tonio, ne croyez-vous pas que ça s'explique?
En ce qui concerne Furgler, j'ai personnellement un jugement plus réservé que vous. Je soupçonne Furgler, qui avait des qualités, d'avoir été déjà partie prenante du projet de soumission de la Suisse à une forme de mondialisme. Même si à l'époque on ne parlait pas encore de "nouvel ordre mondial" ni de "gouvernance globale". Même soupçon pour Léo Schlumpf, père de qui l'on sait.
Mais pour tous les autres chefs successifs de notre politique étrangère depuis Graber, ne croyez-vous pas qu'ils ont vraiment œuvré systématiquement à l'abandon du principe de défense des intérêts suisses, qui avait été la ligne directrice incontestée jusqu'à Wahlen, pour la remplacer par la promotion de toutes les utopies de soi disant promotion de la paix dans le monde et création d'un ordre mondial fondé sur l'ONU et l'Union Européenne. Il ne s'agissait plus d'être neutres et ouverts au monde, toujours prêts à rendre service. Ni de respecter les votes du peuple, très réticents aux abandons de souveraineté. Il s'agit désormais de dissoudre la Suisse dans un magma européen et mondial. Et si le peuple n'est pas d'accord, il s'agit de le faire changer d'avis, en prenant le temps s'il le faut.
Je date la césure de Pierre Graber. Entre lui et Wahlen, il y a eu encore un autre chef du "département politique": Willy Spühler, premier socialiste à ce poste. Il faudrait étudier son action. Peut-être que la déviation date dejà de son mandat, ou qu'il a frayé les voies à cette déviation vers la soumission à une idéologie jugée supérieure aux intérêts du pays. Il est possible que Spühler ait frayé les voies à Graber pour celà sans oser encore parler d'adhésion à l'ONU. Il faudrait vérifier. Mais en tous cas depuis Graber il n'y a aucun doute. Il y a eu une parfaite continuité dans une direction dont on aurait pu se passer, comme vous dites si bien. Et il faut reconnaître à la souris grise Deiss que c'est lui qui a réussi à faire avaler au peuple suisse l'adhésion funeste à l'ONU, dont on aurait vraiment pu se passer. Les Suissesses et les Suisses ont fait confiance à cet homme, tellement terne qu'il paraissait parfaitement honnête.il faudrait se méfier des souris grises.
Il faudrait peut-être faire une nuance pour la période Aubet-Felber à cause de la personnalité d'Edouard Brunner, qui était le vrai patron de notre diplomatie sous ces neuchâtelois fainéants, et qui était tellement malin qu'il parvenait à ménager des vraies marges de manœuvre à notre pays. Mais toujours dans la même approche multilatéraliste, bien entendu.
Bonivard a raison, on peut craindre que la souris grise Cassis, tellement consensuel et circonspect, finisse le travail commencé par Graber en inventant une forme de traité colonial de reprise du droit européen tellement inoffensive en apparence que les gens s'y laissent prendre. Mais heureusement, il aura du mal, parce qu'aujourd'hui la résistance s'est organisée. Même Burkhalter, qui était pourtant très habile, s'y est cassé les dents.
Il faut rester vigilants.

Écrit par : John Longeole | 08/10/2017

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