26/09/2017

Mère blafarde

 

Sur le vif - Mardi 26.09.17 - 07.30h

 

En 1989-1990, il n'y a pas eu de "réunification" des Allemagnes. Il y a eu absorption, pure et simple, de la DDR par la BRD. Il y a eu annihilation de tout ce que la DDR, depuis 1949, avait tissé, comme système social notamment. Il y a eu rachat, à coup de centaines de milliards, d'un pays par un autre.

 

Il y a eu l'éradication d'un système étatiste, hérité de conceptions beaucoup plus prussiennes que communistes, au profit d'un capitalisme goulu, vorace, gigantesque, dévastateur.

 

Il y a eu Helmut Kohl, tout fier de montrer au monde capitaliste ce que l'Allemagne pouvait faire pour promouvoir ce modèle désormais unique au monde, l'autre (en face) s'étant effondré. Le même Kohl, au même moment, qui allait entreprendre toutes choses pour démembrer un pays qui s'appelait la Yougoslavie. Un jour, l'Histoire racontera le rôle des services secrets de Kohl et Genscher dans ce démantèlement.

 

L'Allemagne de l'Ouest, capitaliste et atlantiste, a purement et simplement racheté, avec une vulgarité sans précédent, digne des prédateurs d'argent des pièces de Brecht, l'Allemagne de l'Est. Elle l'a rachetée pour faire du profit financier. Ce fut un rachat de casino, blafard comme dans le poème du même Brecht, l'un des plus éblouissants visionnaires de la littérature allemande. Deutschland, bleiche Mutter !

 

Elle l'a rachetée, et puis elle l'a laissée tomber. Elle a négligé son tissu industriel. Elle a omis d'en soigner le corps social. Elle a méprisé sa Saxe, et surtout sa Prusse. Elle a laissé y prospérer le sentiment d'abandon, d'injustice. Le ressentiment. La colère.

 

Et puis ?

 

Et puis, un jour, il y a eu l'AfD.

 

C'est tout.

 

Pascal Décaillet

 

09:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Quelle lucidité ! Issue , certes , c'une connaissance, d'une culture que peu de journalistes possèdent. Issue d'une objectivité que tant ont de la peine à trouver. Encore merci, cher Pascal, d'éclairer si simplement les évidences obscures que d'aucuns se plaisent à ne pas voir. Que certains analystes essaient de sortir (et arrivent à quitter) la présentation simpliste facho-nazo du résultat des dernières élections, voilà un vœux, une espérance... mais a-t-elle une chance de se réaliser, j'en doute fort à entendre maints commentaires sur nos media "étatiques". Merci de ce cri du cœur et de la raison.

Écrit par : uranus2011 | 26/09/2017

J'apprécie cet article très critique envers le gros Helmut Kohl, un personnage surfait à mon avis.
Monsieur Decaillet, vous qui aimez la poésie et êtes valaisan, avez-vous vu cette plaque "plump" et vulgaire au Muzot, marquant le passage du Herr Dr Helmut Kohl? Une plaque massive, pompeuse, d'un parfait mauvais goût. C'est tellement contraire à l'esprit de ce poète aérien, mort d'une piqure de rose et qui a écrit ces vers qu'on peut lire sur sa tombe:

"Rose, oh reiner Widerspruch,
Lust,
niemandes Schlaf zu sein,
Unter so vielen
Lidern"

Le Herr Dr Bundeskanzler a voulu montrer qu'il s'intéressait à la poésie et il a commis une lourde faute de goût en faisant poser cette plaque de plouc. À mon avis celà en dit beaucoup sur les limites du personnage.

Écrit par : Kornblume | 26/09/2017

Comble l'ironie, la mère Merkel vient de la DDR.

Écrit par : Daniel | 26/09/2017

Sauf erreur le Herr Dr Bundeskanzler a visité Le Muzot piloté par Pascal Couchepin, autre plouc. Pauvre Rilke, la visite de deux balourds n'a pas du lui faire très plaisir...

Écrit par : Kornblume | 26/09/2017

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