30/11/2017

L'honneur d'un homme

 

Sur le vif - Jeudi 30.11.17 - 08.18h

 

Jeter en pâture un conseiller national sur la seule base d'une plainte, avant même que cette dernière ne soit instruite, sans qu'il y ait le moindre procès, ni la moindre condamnation, dans une affaire n'ayant rien à voir avec la vie publique de l'intéressé.

 

Céder à l'ignoble climat de délation généralisée qui nous infeste depuis quelques semaines, et que pour ma part, je ne cesse de dénoncer.

 

Et la revue de presse RSR qui en surajoute en ouvrant avec ce sujet, avec cette pseudo-neutralité de ceux qui ne font que citer : "C'est pas moi qui le dis, c'est le journal !". Comme si le choix des sujets, dans une revue de presse, n'était pas un acte sémantique de première responsabilité. Et le feu, mis aux poudres.

 

Il est où, le pire des harcèlements ? Il est où, le tintamarre ? Ils sont où, les Tartuffes ? Elle est où, la plus dégueulasse des injustices ? Celle qui porte atteinte, en s'engouffrant dans cette mode si facile de la chasse aux sorcières, à l'honneur d'un homme ?

 

Désolé, mais les faits relatés n'ont aucune espèce d'intérêt public. Ils n'engagent en rien la capacité de l'homme à exercer ses fonctions de conseiller national, au service du pays, ce qui est d'une dimension hautement supérieure à ses éventuels écarts dans l'ordre de la bienséance, de la convenance, ou de la vague de morale ambiante, propice à l'immonde floraison des délations.

 

Que ce genre d'affaire, d'ordre strictement privé, se règle en privé ! Il n'y a strictement, de mon point de vue, aucun intérêt public à en faire état. Ensuite, si elle aboutit un jour à une condamnation définitive par les seuls habilités à statuer, les juges (et non les moralistes), nous verrons. Mais nous n'en sommes pas là.

 

La presse romande sécrète elle-même le poison qui finira par lui être fatal.

 

Pascal Décaillet

 

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29/11/2017

Pour la vérité, enfin, dans les Balkans

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.11.17

 

L’Histoire des Balkans est, depuis plus de trente ans, donc déjà bien avant l’éclatement de l’ex-Yougoslavie (1991), l’une de mes passions. Elle est complexe, terriblement. Elle se mêle avec intimité à l’Histoire des langues, des alphabets (cyrillique ou latin), des religions (catholicisme, orthodoxie, Islam). Elle révèle les grandes fractures des derniers millénaires : entre l’Empire romain d’Orient et celui d’Occident, puis entre Empire ottoman et austro-hongrois.

 

Au milieu des années 80, on sentait bien que le fragile équilibre construit par Tito, libérateur du pays en 1944-45, puis homme fort, ne tarderait pas à s’écrouler. Dès la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, les choses étaient claires : l’Allemagne d’Helmut Kohl allait provoquer la réunification, redevenir une puissance politique, donc jouer dans les Balkans (avec l’Autriche, ancienne puissance tutélaire) un rôle majeur. La suite, on la connaît : indépendances proclamées en Croatie et en Slovénie, immédiatement soutenues par l’Allemagne et l’Autriche (1991), puis par les instances européennes ; guerre sanglante et tragique en Bosnie, dans laquelle intervient l’horreur de Srebrenica, Accords de Dayton en 1995 (qui ne règlent rien devant l’Histoire), puis guerre au Kosovo, avec afflux de réfugiés, en 1999.

 

Au cours de ces événements, le Général Ratko Mladic, commandant militaire des Serbes de Bosnie, qui vient d’être condamné à perpétuité, à La Haye, par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), a, assurément, commis le pire. Notamment, à Srebrenica. Cela, il ne s’agit en aucun cas de le nier. Mais cela ne doit pas nous interdire une réflexion sur les crimes commis, non seulement côté serbe, mais par l’ensemble des forces en conflit. Avez-vous entendu parler, par exemple, de l’Opération Tempête, commise par les Croates, contre les Serbes de Krajina, au cours de l’été 1995 ? Oh certes, on rappellera que le TPIY a d’abord condamné son chef, le Général croate Ante Gotovina, en 2011 (avant qu’il ne fût… acquitté en appel en 2012). Mais enfin, on ne peut s’empêcher de remarquer que les gens de de La Haye ont montré, tout au long de son existence, davantage de zèle à pourchasser les Serbes que les autres.

 

Autre exemple : l’Armée de libération du Kosovo, adulée par une partie de la presse romande à la fin des années 1990, et ses exactions, notamment en matière de trafic d’organes. Face à ces gens-là, la « justice internationale » de La Haye a-t-elle montré la même inflexibilité que face aux Serbes ? La réponse, clairement, est non. On nous permettra donc, sans pour autant défendre M. Mladic, d’émettre les plus grands doutes sur l’impartialité des juges et du Ministère public de La Haye, sur leur indépendance par rapport au camp des puissants, à commencer par l’OTAN, les États-Unis. Sans oublier le rôle de l’Allemagne de M. Kohl, qui reste à écrire. On attend énormément, dans ce domaine, des historiens. La balle est dans leur camp. A eux, au fil des années, de rétablir les équilibres, de faire enfin apparaître la vérité.

 

Pascal Décaillet

 

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28/11/2017

Manu l'Africain

 

Sur le vif - Mardi 28.11.17 - 14.12h

 

Je viens d'écouter le discours d'Emmanuel Macron à Ouagadougou, en prélude de sa tournée africaine. Il dit beaucoup de choses intéressantes, humanistes, autour du continent africain, et de la nécessité du lien avec nos pays.

 

Oui. Mais la manière dont il l'énonce, la mise en scène autour de son discours, le paternalisme impossible à dissimuler, tout cela laisse percevoir que, quel que soit le Président français, sa couleur politique, son idéologie, et même peut-être sa sincérité, la Françafrique n'est pas morte.

 

Depuis Charles de Gaulle, l'homme de l'éclatant Discours de Brazzaville (30 janvier 1944), sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, jusqu'à Emmanuel Macron, en passant par le très africain François Mitterrand (ministre de l'Outre-Mer en 1951, crois-je me souvenir), la visite d'un responsable français en Afrique continue de parachever à l'infini l'aimable déplacement du colon, venu saluer les foules, et relever les compteurs.

 

Pascal Décaillet

 

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27/11/2017

Ceux qui se retroussent les manches

 

Sur le vif - Lundi 27.11.17 - 12.20h

 

"Start-up", "innovation"... Je ne suis jamais tombé, une seule seconde, dans cette mystique lustrée de la modernité. Ces mots m'agacent, depuis toujours. Ils relèvent plus de l'incantation que du réel.

 

Mon père (1920-2007), mon grand-père paternel (décédé en 1941) étaient entrepreneurs. Mon père était, en plus, ingénieur, il a passé sa vie à construire des ponts, des tunnels, des galeries dans la montagne, des maisons. Moi-même, à mon minuscule niveau, je suis, depuis douze ans, entrepreneur. Cela signifie, principalement, que je suis mon propre patron, j'assume le risque économique, j'ai investi dans des locaux, du matériel, comme des dizaines de milliers de responsables de PME, en Suisse. Je prends le risque : tout peut s'écrouler, à tout moment.

 

Je ne dis pas qu'il ne faut pas innover. Je dis que je n'aime pas la facilité liturgique du mot "innovation". Je ne dis pas qu'il ne faut pas démarrer (je l'ai fait, le 6 juin 2006, au Registre du Commerce), je dis que le mot anglais "start-up" m'emmerde. Ensuite, chacun fait ce qu'il veut, utilise le vocabulaire qu'il veut. N'étant pas pour le langage inclusif, je ne vais évidemment pas plaider pour l'exclusif.

 

La vérité, je vais vous la dire. Le monde du travail me passionne, depuis l'aube de mes jours. Il y a des gens, tous métiers confondus, qui arrivent dans leur atelier, leur cuisine, leur pâtisserie, leur usine, leur bureau, sur leur chantier, peu importe, et qui se retroussent les manches. Et ils se mettent au boulot. Et ils bossent dur, toute leur vie. Et ils se montrent inventifs, réformateurs, parce qu'ils savent très bien qu'ils faut s'adapter, pour survivre.

 

Ce sont ces gens-là que j'admire. A commencer par les plus modestes d'entre eux. Ceux qui, malgré l'ingratitude du salaire, ou du revenu, considèrent, au fond d'eux-mêmes, que rien ne vaut un travail bien fait. Des délais respectés. Du professionnalisme dans le geste. Ce sont ces gens-là, depuis le commis de cuisine jusqu'à l'aide-infirmière, qui font avancer une société.

 

Ceux-là font leur boulot, toute l'année, toute leur vie. Sans nous bassiner avec le mot "innovation". Qu'il me soit permis, ici, de leur rendre hommage.

 

Pascal Décaillet

 

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26/11/2017

Parole et Silence

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Sur le vif - Dimanche 26.11.17 - 14.15h

 

Depuis toujours, je m'intéresse à l'Histoire, à la langue, à la musique. Sur ce qui touche à ces domaines, je puis me montrer fort disert. Comprendre, techniquement, la révolution induite par le "clavier bien tempéré", à l'époque de Bach, me passionne totalement, par exemple. Ou comment fonctionne la récurrence d'un leitmotiv, chez Wagner.

 

Tout autant, il est quantité de thèmes qui m'indiffèrent. Notamment, ce qu'il est convenu d'appeler, depuis un demi-siècle, les "sujets de société". Je n'en nie pas la pertinence. Mais n'ai rien à dire sur eux.

 

Depuis des décennies, je me passionne pour l'Histoire de France, celle de l'Allemagne, pour nos 26 Histoires cantonales suisses, pour celle de l'Algérie, de l'Afrique du Nord en général, du Proche-Orient, de la Grèce, des Balkans. Pour l'Histoire militaire, notamment la Guerre à l'Est, entre le 22 juin 1941 et le 8 mai 1945. Pour les grandes batailles du passé, par exemple celles de la Révolution, du Consulat et de l'Empire.

 

Depuis l'enfance, je brûle de capter le fil conducteur du destin allemand. En tout cas depuis Frédéric II, jusqu'à nos jours. C'est l'un des enjeux majeurs de ma vie intérieure.

 

Tout autant, l'Histoire des religions me passionne. Celles issues du Proche-Orient, au premier plan. Mais aussi de la Grèce, de Rome. Je peux, au Musée étrusque de Volterra, ou à celui de la Villa Giulia, à Rome, passer des heures à rêver devant un vase à figures rouges, qui nous raconte une scène mythologique. Laissant errer mon esprit, je me récite Homère.

 

Mais il est quinze mille autres sujets, régulièrement débattus à longueur de journées sur nos antennes, dans nos journaux, sur les réseaux sociaux, sur lesquels je n'ai strictement... rien à dire ! Du coup, je m'abstiens, totalement.

 

J'invite chacun de nous à délimiter exactement les sujets où il se sent capable d'intervenir. En prenant soin de mettre à l'écart ceux sur lesquels il n'a, simplement, rien à dire.

 

A tout cela, rien de grave. Rien, ni personne ne nous oblige à donner notre avis sur tout. Soyons conscients de nos zones de compétences. Et, pour le reste, sachons nous abstenir.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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25/11/2017

La matrice

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Sur le vif - Samedi 25.11.17 - 12.46h

 

Je n'utilise jamais le mot "Occident". Ni "valeurs occidentales".

 

Je me sens certainement plus proche d'un adepte du Soufisme dans le Sinaï égyptien, ou d'un chrétien copte dans la région d'Assouan, ou d'une icône byzantine, ou géorgienne, de la Vieille Ville de Jérusalem, dans le quartier de la Porte de Damas, que d'un boursicoteur de Wall Street.

 

La toute récente actualité, dramatique, accentue en moi cette fraternité, tous courants confondus, toutes religions mêlées, pour une région du monde, quelque part entre le Nil et l'Euphrate, qui, depuis mon premier voyage là-bas en 1966, m'apparaît comme matricielle de la nôtre.

 

C'est pourquoi, il y a si longtemps, en 1971, j'ai choisi d'étudier le grec. Première étape vers d'autres langues, dès que j'aurai du temps. Le russe ? L'hébreu ? L'arabe ?

 

Unterwegs zur Sprache, pour reprendre l'éclatante formule de Heidegger. Celle qui figure un chemin vers la langue.

 

Donc, un chemin de connaissance.

 

Le seul qui vaille.

 

Pascal Décaillet

 

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24/11/2017

La sainte ferveur de l'innocence

 

Sur le vif - Vendredi 24.11.17 - 06.46h

 

En analyse politique, il y a ceux qui, assoiffés d'Histoire, lisent des livres et des témoignages (issus de TOUTES les parties), pour reconstituer les chaînes de causes et de conséquences.

 

Ceux-là sont disciples du grand Thucydide, le génial auteur de la Guerre du Péloponnèse (5ème siècle avant JC). Mais aussi, de Michelet, Fustel, les Annales, Marc Bloch, Jacques Le Goff, Pierre Milza.

 

Le principe est simple : sur une région donnée, tiens les Balkans par exemple, ou l'Allemagne, ou l'Algérie, ou le Proche-Orient, on commence par se renseigner. En consacrant quelques années (toute sa vie, en fait) à lire des livres, visionner des archives, approcher la complexité du réel. C'est prodigieusement vivifiant : l'un des bonheurs de l'existence.

 

Jamais définitive, en perpétuelle correction d'elle-même, la vision des problèmes se tisse et se déconstruit constamment, en fonction des nouveaux documents, témoignages.

 

Et puis, de l'autre côté, il y a l'armada des moralistes. Ils ont une grille de lecture, une fois pour toutes, celle des bons et des méchants. Ils sont avec les bons, contre les méchants. Avec les victimes (ah, la sanctification de la victime !) contre les bourreaux. Ils s'étranglent, s'indignent, dénoncent, chassent les sorcières, capturent les écrans, clouent au pilori. Les réseaux sociaux colportent et amplifient leur clameur.

 

Avec eux, la vie est plus simple : la sainte ferveur de l'innocence, en noir et blanc.

 

Pascal Décaillet

 

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Massacrés sur leur lieu de prière

 

Sur le vif - Vendredi 24.11.17 - 16.07h

 

Au moins 235 morts, lors d'une tuerie sans précédent dans une Mosquée du Sinaï égyptien, de tradition Soufie. C'est un événement considérable, dans un Proche-Orient où la tension monte de plus en plus. L'attentat le plus sanglant de l'Histoire de l’Égypte.

 

J'ai consacré de nombreuses émissions, ces dernières semaines, à cette montée de violence, qui me semble préfigurer un conflit plus général, dans les mois qui nous attendent. Hier encore, nous proposions un Spécial Liban. Ce soir, s'il y avait eu GAC, je l'aurais consacré à tenter de comprendre la tradition de la mystique Soufie, à l'intérieur de l'Islam.

 

Là, à la Mosquée Al Raoudah, à Bir al Abed, dans le Nord du Sinaï, à environ 50 km de la frontière avec Gaza, les victimes sont des Musulmans. Des fidèles, sur leur lieu de culte. Comme, à travers le monde, des centaines de millions des leurs.

 

Ces gens-là, assassinés sur leur lieu de prière, leur vie devrait-elle moins nous importer que celle d'autres attentats, sous ces latitudes qu'on appelle "l'Occident", mot qui ne veut rien dire ? Chacun de nous est l'Occidental d'un autre, l'Oriental d'un troisième.

 

Ce qui s'est passé dans le Sinaï est abominable. Les premières victimes d'atrocités, dans le monde musulman, sont souvent des Musulmans eux-mêmes. Il serait bon de ne pas l'oublier.

 

Pascal Décaillet

 

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Avec Guy Mettan

 

Sur le vif - Jeudi 23.11.17 - 22.31h

 

Hallucinant procès intenté à mon confrère Guy Mettan, directeur exécutif du Club Suisse de la Presse (dont je suis membre à la fois à titre individuel et comme entrepreneur), par la section suisse de Reporters Sans Frontières (dont je suis membre en continu, et sans faillir, depuis sa création).

 

En gros, RSF reproche à Guy Mettan d'accueillir des gens... dont les idées ne leur plaisent pas ! C'est lié à la Russie. La TG en fait état.

 

Il me semblait que l'essence et l'honneur du journalisme était de donner la parole à tous.

 

RSF défend la liberté de la presse au bout du monde. Mais pas à Genève.

 

Bravo, RSF !

 

À Guy Mettan, esprit indépendant et courageux, auteur d'un ouvrage historique absolument remarquable sur la russophobie, Cf mon blog du 26 avril 2015, mon appui total.

 

Pascal Décaillet

 

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22/11/2017

Priorité à la cohésion sociale de la Suisse !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.11.17

 

Serge Gainsbourg, dans l’une de ses apparitions visuelles qui ne fut pas des plus heureuses, avait un jour allumé son briquet, et grillé, devant la caméra, un billet de banque. Le Français sans dents, celui qui ne touche presque jamais le moindre billet, avait apprécié. L’image m’est revenue, ce dimanche 19 novembre, à la lecture de la presse alémanique, lorsque j’ai appris que la Suisse remettait ça, dans la grande plaisanterie dite du « milliard de cohésion » pour l’Europe de l’Est.

 

Il s’agissait, il y a une décennie, en pleine euphorie de l’idéologie des bilatérales, d’aider les nouveaux membres, depuis 2004, de l’Union européenne : Chypre, Estonie, République tchèque, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie. Dans cette théologie du Marché-Roi, le dogme sanctifiait l’échange et l’ouverture des frontières : il fallait les favoriser à tout prix. Par exemple, en injectant un milliard. L’exercice étant arrivé à terme cette année, voilà que Berne, sous l’impulsion de M. Cassis, entendrait le reconduire, avec cette fois 1,3 milliard, rallonge due à la Bulgarie, la Roumanie et la Croatie. Petit cadeau de bienvenue à M. Juncker, le président de la Commission européenne, en visite en Suisse ce jeudi 23 novembre. Que du bonheur !

 

En apprenant la volonté de Berne de reconduire cet accord, mon sang, comme celui d’un très grand nombre de nos compatriotes, n’a fait qu’un tour. Et j’ai pensé à Gainsbourg. Car enfin, parlons de cohésion, oui ! La cohésion, comme citoyen de ce pays, je suis pour ! Ce milliard, injectons-le dans une aide, à l’intérieur de nos frontières, à nos concitoyens les moins favorisés. Dans un pays qui patine dans sa recherche de solutions pour redessiner l’avenir des retraites, ou faire baisser les primes maladies, ou aider les seniors en difficulté, ou les jeunes à trouver un emploi, il y a peut-être d’autres priorités que de griller un milliard pour une institution, l’UE, dont nous ne sommes même pas membres. Nous devons bien être les seuls au monde à pratiquer aussi allègrement une telle inversion des priorités, entre les nécessités de nos équilibres internes, tellement essentiels à la substance même de notre pays, et le souci d’image à l’extérieur.

 

Si nos élites bernoises, M. Cassis en tête, ne perçoivent pas cela, c’est qu’elles n’ont strictement rien saisi aux profondes mutations de nos pays d’Europe, en dix ans. Les grandes illusions multilatérales ne fonctionnent plus. Nos sociétés veulent revenir à des repères nationaux. Et construire, oh oui, des cohésions sociales qui accordent la priorité aux résidents des différents pays. Cela s’appelle la préférence nationale. Il n’y a là aucune xénophobie, aucun rejet de l’Autre. Simplement, on resserre les liens, à l’intérieur de nos différentes communautés de destin, définies pas l’Histoire, le sang versé, les traités, les frontières. Cela s’appelle une nation. Pas le nationalisme ! Pas la violence ! Pas la guerre ! Non, juste la reconnaissance de ce qui, à l’intérieur d’un périmètre, nous est commun.

 

Pascal Décaillet

 

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21/11/2017

Populistes, veuillez perdre, SVP !

 

Sur le vif - Mardi 21.11.17 - 15.01h

 

Allemagne : c'est la faute aux populistes, s'ils ont percé aux dernières élections. En substance, la puissante réflexion éditoriale de la TG, ce matin.

 

En clair : Mesdames et Messieurs les "populistes", veuillez, si vous tenez absolument à vous présenter à des scrutins, faire campagne discrètement, à reculons, sans bruit, et surtout sans déranger l'ordre établi, soit les partis jusqu'ici au pouvoir. De sorte qu'ils puissent y demeurer.

 

Et veuillez, le jour du verdict, avoir la décence de perdre.

 

Pascal Décaillet

 

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20/11/2017

Le billet de Gainsbarre

 

Su le vif - Lundi 20.11.17 - 10.28h

 

Au citoyen, père de famille, contribuable et petit entrepreneur que je suis, il faudra un jour expliquer pourquoi la Suisse grille un milliard (comme Gainsbourg, son billet) pour la "cohésion" de l'Union européenne. Dont l'élargissement inconsidéré à l'Est déploie ses effets dévastateurs.

 

Il ne me dérangerait pas qu'on investisse ce milliard dans la cohésion sociale... de la Suisse ! Les plus précaires de nos compatriotes en ont sacrément besoin.

 

Pascal Décaillet

 

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19/11/2017

Venus du verbe naître

 

Sur le vif - Dimanche 19.11.17 - 14.28h

 

D'ici peu, l'attention obsessionnelle vouée, sous nos latitudes, aux "sujets de société", plus emberlificotés les uns que les autres, et jusqu'à la 767ème reconnaissance du 767ème genre par telle Cour de Poméranie, laissera la place à un retour de quelques fondamentaux, simples et rassembleurs, autour des notions de "Gemeinschaft" et de patrie. La défense d'une communauté humaine, d'un partage de valeurs, au sein de périmètres donnés.

 

Définis par qui, ces périmètres, ces frontières ? Par le Ciel ? Évidemment que non ! Définis par le long frottement de l'Histoire, les conflits, les guerres, les traités, les accords signés, en fonction du rapport de forces (jamais définitif) d'un moment.

 

Les contours de nos nations ne doivent pas un seul millimètre au hasard. Ils sont le fruit de chaînes de causes et de conséquences, bref ce que Thucydide (460 - 395 av. JC), dans sa Guerre du Péloponnèse, exprime comme démarche, sans jamais (comme le rappelle le Professeur André Hurst) utiliser le mot "Histoire".

 

Lorsque le tragique, du Liban ou de Syrie, d'Ukraine ou d'Iran, du Yémen ou de Somalie, revient sonner à nos portes, alors oui - pour une fois j'utilise ce mot - il y a risque de "mondialisation des enjeux". C'est cela que j'entends, lorsque j'écris "Le Proche-Orient, c'est nous".

 

Mais, paradoxalement, cet élargissement de l'horizon des conflits, jusqu'à nos rivages paisibles, amène les peuples, non à sombrer encore plus dans l'opium d'une appartenance planétaire, mais au contraire, à resserrer les rangs au sein de communautés précises, longuement définies dans l'espace et la durée, tenues par un partage de mémoire, d'émotion, de reconnaissance. C'est cela que, pour ma part, j'appelle la patrie, ou même la nation.

 

Pas le nationalisme ! La nation, simplement.

 

Venue d'un verbe latin, qui veut dire naître.

 

Pascal Décaillet

 

 

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18/11/2017

Financer les Pharaons, non merci !

 

Sur le vif - Samedi 18.11.17 - 09.42h

 

Thierry Savary, patron de Radio Fribourg, par ailleurs fort agréable à écouter, vient de commettre un autogoal dans l'affaire No Billag, sur la RSR.

 

Il évoque un très ambitieux projet, très onéreux aussi, de centre multimédias à Fribourg, avec investissement immobilier. Bref, un univers qui relève totalement de l'économie privée, et n'a en aucun cas à être financé par le denier public.

 

Il en profite pour souligner à quel point ce projet - passablement mégalomane, à première écoute, limite pharaonique - serait en danger, si la redevance disparaissait.

 

Autogoal ! Si l'opinion publique peut comprendre que la redevance serve à soutenir des programmes, la mise en valeur d'une région, la voix donnée à ses habitants (toutes choses que Radio Fribourg, comme les TV privées régionales, assume fort bien), elle sera beaucoup moins ouverte à apprendre qu'elle doit financer des projets de développement relevant purement de l'investissement privé.

 

Et c'est tout le drame de No Billag, avec son côté "tout ou rien". La vraie réflexion - je le dis depuis des années - doit porter sur la séparation entre soutien, non à des chaînes entières, mais à des PROGRAMMES, ou prestations journalistiques, jugés d'intérêt public, et, de l'autre côté, la part d'aventure privée des entreprises, qui n'a pas à recevoir un seul centime de subvention.

 

Idem, lorsque la RTS nous brandit son projet titanesque sur un campus lausannois. On espère que cette aventure sera financée par ses gains publicitaires. La redevance - si elle doit exister - doit soutenir, partout en Suisse, privé ou SSR, la plus-value dans l'ordre du sens (information, débats, reportages, émissions citoyennes ou culturelles, sport de proximité, etc,). Cela, oui. Mais en aucun cas, elle ne doit s'appliquer aux projets d'investissements à risques, ou aux aventures immobilières des uns et des autres.

 

Elle ne doit pas soutenir, à l'aveugle, des entreprises entières (privées ou SSR, peu importe). Mais, à l'intérieur de chacune de ces entreprises, apporter son appui ciblé à des ACTES JOURNALISTIQUES jugés d'intérêt général.

 

Une comptabilité rigoureusement séparée, à l'intérieur de chaque entreprise, entre ce qui relèverait de la subvention, et ce qui a trait au risque entrepreneurial dans les investissements, s'impose donc.

 

Évidemment, nous sommes là dans des considérations un peu plus nuancées, plus professionnelles aussi dans l'approche et l'expérience, que la théologie d'Apocalypse, entre le tout et le néant, le Salut ou la damnation, que nous propose No Billag.

 

Pascal Décaillet

 

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16/11/2017

L'Orient compliqué

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.11.17

 

Alors que les Fêtes approchent, un nouveau conflit menace de ravager la région, déjà si meurtrie, du Proche-Orient. Il pourrait, dans le cadre plus large de la rivalité entre Chiites et Sunnites, ces deux grandes familles de l’Islam, avoir comme théâtre d’opérations le Liban. Sur le territoire duquel se trouvent les formations du Hezbollah.

 

Le Liban ! Ce pays ami, si proche, si cher à nos cœurs. J’ai eu la chance de m’y rendre en 1966, ainsi qu’en Syrie, avant de retourner souvent au Proche-Orient. A cette époque, on comparait le Liban avec la Suisse. Les vallées, la montagne, la mosaïque des peuples, des religions.

 

La suite, on la connaît : l’intervention d’Israël en 1982, les longues années de guerre civile, le pays déchiré, livré aux factions, l’unité défaite. Sans compter, beaucoup plus récemment, l’accueil d’un nombre impressionnant de réfugiés syriens, suite à la tragédie de ce pays.

 

Nous, Suisses, devons faire savoir aux Libanais qu’ils sont nos frères, nos semblables. Qu’ils soient musulmans, chrétiens, de telle ou telle tribu, peu importe. Ils sont les enfants d’un pays pluriel. Jamais aussi noir que dans la discorde. Mais jamais aussi beau que dans la rencontre de l’autre.

 

Nous, Suisses, avons eu la chance, au fil des siècles, de nous construire au-delà de ce qui nous sépare. C’est un petit miracle. C’est cela, là-bas, dans l’Orient compliqué, que nous devons souhaiter à nos amis libanais.

 

Pascal Décaillet

 

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15/11/2017

Genève, ton industrie fout le camp !

topelement.jpg Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.11.17

 

Du lundi 6 au jeudi 9 novembre, j’ai consacré quatre éditions successives de Genève à chaud au véritable démantèlement qu’est en train de subir l’industrie genevoise. Je me suis concentré sur l’exemple d’ABB Sécheron, dont on connaît le train de suppressions d’emplois, avec délocalisation d’activités dans la ville polonaise de Lodsz. Mais on peut ajouter Givaudan, fleuron de l’industrie du parfum à Genève. Et tant d’autres exemples ! Au fil des années, que reste-t-il d’un secteur secondaire qui fit, naguère, la fierté de notre canton ? Nos autorités, chargées de l’Economie, ont-elles bien pris la mesure de la gravité des événements ? Se sont-elles montrées anticipatrices ? Ont-elles vu venir les drames sociaux qui menacent certaines entreprises ? Ont-elles, pour l’avenir, la justesse de perspective qui s’impose ?

 

Il ne s’agit pas de se cramponner à une vision de l’industrie puisée dans l’univers romanesque de Zola, celui des gueules noires, ni d’idéaliser le bleu de travail autour d’une machine de production aux gestes mille fois recommencés. Bien sûr que le monde change ! Pour autant, la métallurgie n’est pas morte. Ni l’extraction de matériau, ni la transformation de ce dernier pour construire des machines, des voitures, des trains, des ascenseurs, des trams, des bus. La preuve : la ville polonaise de Lodsz est jugée digne, elle, de le continuer, ce travail ! Avec, on l’imagine aisément, des salaires et des coûts de productions infiniment moindres que chez nous. Ainsi fonctionnent les multinationales, c’est leur principe, leur logique.

 

Face à cette conception, planétaire, où le rendement financier l’emporte sur toutes choses, il nous appartient, à Genève comme ailleurs, de réinventer le concept, jugé ringard par une clique de mondialistes, d’économie nationale. Entendez, la production industrielle, ou agricole, au service prioritaire des populations de proximité. Au service des individus, des familles, de la cohésion sociale. Et non au service de l’actionnaire, qui veut optimiser son profit, et peu importerait le lieu de production ! Sécheron, à Genève, c’est notre Histoire, nos émotions d’enfants qui visitaient ces usines, nos proches parfois qui y travaillaient. C’est notre patrimoine, notre mémoire. Au même titre qu’un musée, après tout. Dans les mêmes locaux que j’ai visités au milieu des années soixante comme lieu de production industrielle, j’ai vu, trente ans plus tard, Patrice Chéreau et Pascal Greggory, dans l’inoubliable interprétation de « La Solitude des champs de coton », de Koltès. Sublime grandeur de la friche industrielle, lorsque que la création continue, portée par d’autres énergies, vers d’autres horizons.

 

C’est cela que Genève doit sauver. L’esprit industriel. Quel que soit le produit fabriqué. Cela passe par des hommes et des femmes, des passions, des risques, de la confiance. Cela, aussi, que nos autorités doivent comprendre : ce capital-là, nourri d’estime et d’inventivité, vaut bien tous les profits du monde, sur toutes les actions, jouées en bourse. Comme on jetterait des perles. A des pourceaux.

 

Pascal Décaillet

 

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13/11/2017

Corps célestes

 

Sur le vif - Lundi 13.11.17 - 09.40h

 

Pendant que, sous nos braves latitudes apaisées, en Suisse, en France, en Allemagne, on n'en peut plus de débattre de sujets de société, dans l'interminable sillage de Mai 68, avec ses prétendues "libérations", voici que la guerre, la vraie, ne tardera pas à se rappeler à nos bons souvenirs.

 

La guerre, terrible, avec ses armes, ses cortèges de morts.

 

Celle qui se prépare au Proche-Orient, avec hélas comme terrain le Liban, sera de nature à retenir nos attentions. Et pourrait exporter ses conséquences, bien au-delà de la région. Le Proche-Orient, c'est nous.

 

Quant à nous, surtout ne désarmons pas. Le tragique de l'Histoire, toujours, peut revenir, sonner à nos portes. Et réveiller nos consciences gisantes, au milieu de l'errance et de l'amnésie.

 

Ce jour-là, nos querelles sur le sexe, le genre, la parole inclusive, nous sembleront, d'un coup, si vaines, si périphériques, si luxueuses.

 

Si célestes.

 

Pascal Décaillet

 

13:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/11/2017

C'est le jeu, c'est la vie

 

Sur le vif - Dimanche 12.11.17 - 14.35h

 

Si tu ambitionnes un acte pamphlétaire, c'est bien, c'est courageux. Mais je te préviens : si c'est un VRAI pamphlet que tu commets, alors tu vas en prendre plein la poire.

 

Tu veux croquer les puissants, ceux qui abusent de leur pouvoir ? Fort bien. Mais alors, attaque-toi, le plus directement possible, non aux dictateurs qui sévissent à vingt mille kilomètres de chez toi, mais au VRAI pouvoir abusant, chez toi. Dans ton périmètre, ton environnement immédiat. Des gens qui pourront te lire, t'écouter, t'attaquer, te créer des emmerdes, te traîner en justice. Là, oui, tu prends un risque.

 

Attaque-toi aux pensées dominantes, terrorisantes de consensus, celles qui, chez toi, autour de toi, étouffent tout débat. Là, oui, ton verbe sera au service d'un contre-pouvoir. Mais toi, tu prendras des coups. C'est ainsi que ça fonctionne, c'est le jeu, c'est la vie.

 

Tu voudrais écrire un pamphlet - ou, beaucoup mieux, le gueuler - dans le microcosme de la Suisse romande ? Très bien. Alors, attaque-toi à ce qui, dans ce creuset-là, bien précis, apparaît dans l'espace public comme inattaquable. Dès lors, il faudra t'attendre, parfois, à défendre ce qui est réputé indéfendable. Et là, plus que jamais, tu prendras des coups.

 

Tu auras contre toi tes confrères, oui tes pairs, pour avoir commis l'impair. Tu auras contre toi les humoristes, ces grands serviteurs, hélas si souvent, du pouvoir et des convenances, des courants majoritaires, des pressions dominantes. Tu auras contre toi les petits malins des réseaux sociaux, qui n'en peuvent plus de guetter, à l'affût du moindre "dérapage", eh hop, mise au pilori, copie aux Ligues bien pensantes, aux collectifs autoproclamés de défense de toutes les minorités possibles et imaginables.

 

Tu auras écrit - ou, beaucoup mieux, parlé - et tu auras ligué contre toi ceux-là même dont tu dénonces les collusions. En se ruant sur toi, ils te feront mal. Mais en même temps, ils auront exactement prouvé la justesse de ton propos.

 

Agiras-tu ? Te tairas-tu ? Tu es libre, totalement libre. Nous sommes tous libres.

 

Pascal Décaillet

 

14:59 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/11/2017

Parfum d'échec

 

Sur le vif - Vendredi 10.11.17 - 10.30h

 

Et maintenant, 30 licenciements chez Givaudan. Émigration vers Zurich, ou la Chine. Le secteur secondaire genevois s'évapore.

 

Pendant ce temps, au plus haut niveau politique chargé de s'occuper d'économie, on sautille comme des cabris en répétant le mot magique : "innovation".

 

Certains de ces beaux parleurs n'ont jamais rempli une fiche de salaire de leur vie.

 

Des mots. Du vent. Pour faire des voix.

 

Un parfum d'échec.

 

Pascal Décaillet

 

14:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/11/2017

De la noblesse, et puis du style

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.11.17

 

J’ai passé mes premières années dans le quartier de Sécheron, il y avait ces usines, qui me fascinaient, elles représentaient pour moi l’avenir, la croissance, et pourquoi pas un emploi futur, que j’imaginais, allez savoir pourquoi, dans l’industrie. Le seul mot « Sécheron », dans ma tête, a toujours été magique, même si le site de production a émigré à Meyrin, la multinationale ABB a englobé tout cela, il demeure un parfum de noblesse, celui de ces années où l’industrie genevoise avait encore des fleurons. De la noblesse, et puis du style.

 

Aujourd’hui, ce qui se passe sur le site genevois d’ABB Sécheron est une catastrophe. Une centaine d’emplois supprimés, ainsi que 43 postes temporaires, pour cause de délocalisation dans la ville polonaise de Lodsz. D’aucuns se contenteront de hausser les épaules, ils nous diront que c’est la vie, que la bonne vieille industrie de naguère n’a plus sa place à Genève, qu’il faut se reconvertir dans les cleantechs.

 

Je veux bien. Mais alors, pourquoi la fabrication des mêmes pièces aurait-elle davantage sa place au fin fond de la Pologne ? Parce que la vie y est moins chère ? Les salaires, moins élevés ? Une chose est sûre : le Conseil d’Etat, avec ses deux ministres responsables du dossier, MM Maudet et Poggia, doit entreprendre toutes choses pour trouver une solution. Si la politique économique et sociale d’un canton doit servir à quelque chose, c’est bien sur ce genre d’exemples qu’on en jugera. Les salariés d’ABB méritent au plus haut point qu’on les soutienne. Et l’industrie, y compris lourde, a encore sa place à Genève.

 

Pascal Décaillet

 

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