13/12/2017

La vie privée, ça existe, bordel !


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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.12.17

 

Je dois être un homme d’une autre époque. Pour moi, les mots « vie privée » ont un sens. Et la séparation, drastique, entre existence intime, justement, et action publique. Ainsi, les politiques, les élus : autant je suis favorable à un exercice critique intransigeant de leurs actes, dans l’exercice de leurs fonctions, autant leur vie privée m’est indifférente. Je vais plus loin, et suis conscient d’être minoritaire sur ce plan : il m’est assez égal de savoir que tel ou tel aurait « fauté » sur le plan de la morale (définie par qui ?), ou des convenances, s’il s’avère excellent dans l’exercice de son mandat. Ouvrons les livres d’Histoire, les biographies des grands hommes : pouvez-vous m’en citer un seul dont la vie privée fût parfaite ? Quelle importance ? On ne le juge pas à cette aune-là, tout simplement.

 

Je dis que je dois être d’une autre époque, parce qu’aujourd’hui, sans doute sous influence américaine, nos médias ne font plus la moindre différence entre vie privée et vie publique. Sous prétexte « d’exemplarité » (dans quelle Constitution, quelle Charte fondamentale, quelle loi, ce concept est-il inscrit ?) des élus, il faudrait que ces derniers soient parfaits. Des anges. Sans la moindre aspérité. Oui, cela nous vient des Etats-Unis, d’un certain puritanisme qui, de longue date, à vrai dire dès les premiers colons, sévit Outre-Atlantique. Et cela nous a été importé ces dernières années. Homme d’un ancien temps, je conteste absolument l’opportunité de cette importation. Je continuerai, jusqu’au bout, à juger les hommes et les femmes politiques en fonction de leurs résultats, non de ce qu’ils sont sur le plan privé.

 

Cette volonté de résistance à l’esprit du temps m’a amené à ne pas accabler Mark Muller, pas plus que Valérie Garbani, ni Yannick Buttet. Bien sûr, s’il y a plainte pénale, que cette dernière est reçue, instruite, donne lieu à un procès, et qu’il y a un jour condamnation, l’élu devra se retirer : non parce qu’il aurait enfreint la morale, mais la loi. Eh oui, la loi, la codification qui nous est commune, que nous devons tous respecter. Mais à mes yeux, tant qu’il n’y a pas condamnation, la personne peut rester. Je me sais minoritaire à penser cela, mais l’exprime néanmoins.

 

Et puis, il y a les réseaux sociaux. Le poids, de plus en plus insupportable, de la délation. Pour un rien, on dénonce. On jette l’anathème. On confond l’information avec la rumeur. On salit. Jusque dans la presse, on donne crédit à des accusation anonymes. On va jusqu’à sanctifier la catégorie « victime », sans que la justice, seule habilitée à statuer, n’ait été saisie, sans qu’une affaire ait simplement été instruite, sans qu’il y ait eu procès, encore moins condamnation. Alors, on juge, à l’emporte-pièce. En fonction de la morale ambiante, celle du moment. Sous la pression de groupes, lobbys ou corporatismes qui font régner une véritable terreur, et vouent à la damnation ceux qui ne vont pas dans leur sens. Je suis peut-être un homme d’une autre époque, mais cette dérive-là, je la rejette, de toutes mes forces.

 

Pascal Décaillet

 

 

10:34 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Cher Pascal ,
Comme je partage votre point de vue!
Depuis quelque temps je m élève en tant que femme sur ces délation en tout genre,sur ces femmes qui depuis peu harcèlent la gent masculine au nom d une morale insupportable en remontant dans leurs passés,en accusant tout azimut l homme de les regarder avec un oeil pervers,ou en les effleurant d un geste jugé aujourdhui déplacé!!!!ces fausses prudes font le beurre de certains médias ,de femmes MLF qui se sentaient un peu larguées et d avocats en manqu3 d inspiration!
Je dis stop à ces attaques sournoises de vierges en manque!!!mai 68, j avais 16 ans et la femme à eu toutes les libertés..liberté aussi d aguicher,de provoquer,de se vêtir avec des tenues sexy pour amorcer le regard des hommes.qu elles ne viennent pas jouer les effarouchées ,c est indécent et j ai honte de mes congénères. Savoir prendre les plaisanteries au second degré est une preuve d ouverture d esprit.toute adolescente aimait courtiser un prof ...les grivoiseries àl a Rabelais n ont rien de choquant!
En revanche les pervers narcissiques,les violeurs,sont des malades et eux il faut les punir ou les soigner...j aime la gent masculine et la respecte aussi.l homme et la femme:c est un jeu de rôle.
Cordialement.

Écrit par : Marie-claire Messerli | 13/12/2017

Bravo pour ce billet !

Écrit par : lovejoie | 13/12/2017

E X C E L L E N T :-))))))

Écrit par : Marie | 13/12/2017

Merci de ce billet. Après le devoir de mémoire* agité par des associations communautaristes qui prétendent réécrire - ou faire réécrire - l'histoire en fonction de leurs intérêts partisans, on subit le redoutable "devoir de transparence" au nom duquel on effectue des descentes de police dans la vie privées d'individus au mépris de l'éthique et de la justice. L'internaute est incité à devenir tout à la fois inspecteur, procureur, juré et juge ! Face à la multiplication de ces opérations, je me sens impuissant et affligé.

* Simone Veil, qui savait de quoi elle parlait, déclara un jour que la mémoire n'était pas un devoir mais un besoin. Je trouve ce rappel admirable d'intelligence.

Écrit par : Malentraide | 16/12/2017

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