19/12/2017

Le populiste : l'éternel absent

 

Sur le vif - Mardi 19.12.17 - 11..22h

 

Dans les salons, le populiste, c'est toujours l'autre. On parle des "populistes", comme d'une catégorie nécessairement absente à la bonne société réunie, en ce lieu où, entre soi, on pérore. On part du principe qu'aucun "populiste" n'aurait tout de même eu le culot de venir se glisser là, parmi la bonne société.

 

Or, en Suisse, environ une personne sur trois vote pour un parti qualifié de "populiste". Chaque troisième personne, dans la rue ! Mais dans les salons, on veut croire que ce Tiers-Etat n'est pas représenté dans l'assistance. Alors on continue, entre soi, de parler des "populistes", comme s'ils étaient nécessairement ailleurs.

 

Dès lors, deux possibilités. Soit il y a tout de même des populistes dans la salle, et on les exclut ouvertement, par le mépris, de toute existence possible. Soit il n'y en a effectivement aucun. Et là, il conviendrait peut-être de s'interroger sur la représentativité de cette si délicieuse société où l'on parle entre soi, toutes lèvres pincées, des "populistes".

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

Personne n’ose s’afficher populiste dites-vous. Je n’en suis pas si sur. Il y a au moins une exception: moi. Je crois que je fais partie de ce que vous appelez la "bonne société". Certains diraient peut-être même la haute société. Ce n’est pas ma faute, c’est la naissance. Pas l’argent, je n’en ai pas. La naissance. Je suis "né", comme on dit à Genève dans ce que vous appelez la rue des Granges, si cela existe encore. Dans mon milieu je n’ai jamais fait mystère de mes opinions à la droite de la droite dure. Chacun sait que je suis blochérien, "isolationniste" comme ils disent, anti européen, partisan de l’immigration zéro et de l’application stricte de l’art 121a de la constitution fédérale, en résiliant même les accords bilatéraux. Je m’exprime et j’argumente. Chacun connaît mon mépris pour les médias et la classe politique mainstream. Il est vrai que je ne me suis encore jamais lancé dans le débat public proprement dit. C’est que, me semble-t-il, si on le fait, alors il faut le faire complètement. Il faut larguer les amarres. On devient un personage public et on doit renoncer à beaucoup de choses. On expose aussi ses activités professionnelles et sa famille. On s’expose à des campagnes haineuses, ou à des coups bas comme Freysinger et d’autres en ont subis. Pour le moment je n’ai pas encore franchi le pas. Mais je ne dis pas que je ne le ferai pas un jour. Ca me démange mais j’attends le moment. Je suis un peu inhibé, précisément à cause de mes origines sociales. Ells m’apparaissent comme un grand handicap en politique. L’esprit de 1848 est encore très présent. Et puis les spécimens de ci-devants dans le débat public de la Suisse romande ne sont pas faits pour encourager les vocations. Dans l’ensemble les Coline et les Alexandre de quelque chose sont d’un ridicule achevé: guindés, gourmés, coincés, ou alors outranciers et caricaturaux. Il est vrai qu’ils-elles sont dans le camp opposé au mien. Ce sont des conformistes du mainstream poélitiquement correct ou des gauchistes, ce qui revient presque au même à mes yeux, dans les deux cas c'est nul, et ridicule. Ils-elles sont soumis à toutes les idéologies dominantes, et délétères: européistes, pro droit international, anti souverainistes, anti patriotiques, bref antisuisses, féministes, LGBT, etc. Ca débecte et horripile tout le monde. Mais justement, il y a des moments où je me dis que si un aristo, un vrai, descendait dans l’arène populaire avec un programme politique pour le peuple, plus populiste que les populistes, socialement généreux, même un peu démagogue au besoin, et tapait du poing sur la table avec véhémence et talent, qui sait? Ca pourrait peut-être avoir du succès. Que dois-je faire Monsieur Décaillet? Pouvez-vous me donner un conseil? Vous pouvez m’écrire, je tiendrai compte de votre avis.

Écrit par : Mallet du Pan | 19/12/2017

Le populisme n’est pas une opinion, ni une naissance, ni un statut social. C’est une méthode et un style. On peut être populiste sincère ou manipulateur, menteur ou non, désintéressé ou non. C’est vaste.

Je serais curieux de voir ce Mallet entrer en scène politique. J’aurais plaisir à affronter ses thèses et incarner ses hantises, sans être ni un gauchiste ni un idéologue de droite. Selon ses criètres, je suis un parfait anti-suisse. Probablement une preuve vivante que ses critères ne tiennent pas...

J’aurias aussi plaisir à le voir rompre son anonymat. Un paravant que je peux comprendre mais qu’au fond, je désapprouve et l’ai exclu pour moi-même. Je m’interdis de dire ou d’écrire quoi que ce soit que je ne puisse publiquement assumer. Quitte à me tromper parfois, c’est le risque.

Écrit par : Rolin Wavre | 27/12/2017

Un politicien populiste est toujours un manipulateur car le populisme consiste a dire aux foules ce qu`elles ont envie d`entendre. Les dirigeants populistes s`arrangent aussi la plupart du temps pour susciter les états d`esprit au sein de leurs populations -par exemple la peur des réfugiés- qui leur permettent par la suite de jouer celui qui "comprend" les sentiments des gens ainsi trompés et qui les "protége" de l`ennemi ou des menaces artificiellement créés. Lorsqu`un pays tombe aux mains d`un dirigeant populiste, la démocratie est en général remplacée par l`autocratie basée sur le culte de la personnalité du leader qui peut etre considéré au mieux comme un escroc.

Écrit par : JJ | 28/12/2017

Cher Mallet du Pan, au risque de vous décevoir, vous ne seriez pas un politicien populiste si vous tentiez de convaincre les foules de votre raison, quel qu`il soit. Vous le deviendriez par contre si vous tentiez de mettre ou garder la foule de votre coté en jouant sciemment sur ces craintes et espoirs. Quant a vos origines aristocratiques, n`en faites pas une migraine: nous sommes au 21. siecle et tout le monde s`en fiche... royalement. Moi-meme, du coté paternel, j`ai un blason qui, pour modeste qu`il soit, remonte au treizieme siecle et ca ne me fait meme plus rigoler.

Écrit par : JJ | 28/12/2017

Il n'y a pas de populistes que les politiciens "populistes"!
Populistes ne le sommes-nous pas tous et toutes peu ou prou?

Kishnamurti enseignait que ce qui nous choque doit nous interpeller et une femme de radio féministe de jadis estimait que les dirigeants que nous critiquons nous correspondent.

De son côté le scientifique et moine Matthieu Ricard estime que nous devons chercher à devenir de meilleures personnes ce qui est source d'espoir si travaillant à nous perfectionner nous observons chez nos dirigeants empathie et compassion pour tous y compris concernant leurs propres concitoyens ou administrés moins favorisés.

Bonnes Fêtes et année 2018... tout sourire.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/12/2017

Ayant depuis ma mort, en 1800, continué à suivre les affaires politique de la Suisse, j'avoue être très étonné de l'usage qui est fait du mot "populiste".

De mon vivant je me suis opposé aux idees de la révolution que les armées françaises, ainsi qu'un certain nombre de traîtres helvétiques, avaient voulu imposer en Suisse par la force des baïonnettes. Après ma mort j'ai observé que les messieurs sont tout d'abord revenus aux affaires, mais ils s'y sont très mal pris. Et c'est pourquoi ils ont fini par perdre le pouvoir de nouveau.

Ils n'avaient pas de véritables hommes d'état parmi eux. Ils se contentaient de se cramponner à des idées vieillottes, mesquines, à leurs routines, à leurs petites monnaies cantonales etc., et à l'exception d'un homme très intelligent: Charles-Louis de Haller, ils n'ont pas du tout compris les ressorts de l'action de leurs adversaires. Ils n'ont donc pas su définir des principes à la fois traditionnels et rénovés, adaptés au monde moderne, et ils n'ont pas non plus du combattre leurs ennemis.

Dans les années 1830, les libéraux se sont scindés en deux partis. Le premier était composé de grimpions plus ou moins enrichis, qui souhaitaient être considérés comme des messieurs et qu'il aurait été possible de faire tomber de notre côté. Le second, c'étaient ceux qui s'appelaient eux-mêmes radicaux. C'étaient aussi des grimpions comme les libéraux, mais plus agressifs et plus forts en gueule. Ils ont eu la partie belle car les gouvernements ont tout fait pour se faire détester.

En effet les gouvernements suisses de cette époque on fait exactement la même chose que font aujourd'hui votre Doris Leurhard, et tous ces messieurs dames de ce que vous appelez le conseil fédéral. Ils se sont mis à plat ventre devant les puissances européennes et ils ont accepté de céder de manière humiliante et même indigne à tout de que demandaient, non pas ce petit monsieur Juncker ridicule qui vous opprime actuellement, mais Metternich et Guizot, ce qui etait tout de même autre chose.

Ces puissances exigeaient, menaçaient, faisaient du chantage, exactement comme le fait maintenant Bruxelles. Par exemple elles demandait un Conclusum sur la presse (ça n'aurait pas plu à monsieur Décaillet) qui consistait à supprimer la liberté d'expression en Suisse, et immédiatement la Diète et les gouvernements des Cantons se couchaient, et faisaient tout ce qu'on leur demandait. Exactement comme aujourd'hui votre conseil fédéral.

L'Europe de Metternich etait haïe par les peuples comme aujourd'hui l'Europe de Juncker. Dans les deux cas elle etait ressentir comme une prison dont tout le monde voulait s'échapper. Et que faisait la Diète? Exactement la même chose qu'aujourd'hui le Conseil fédéral. C'est à dire qu'ils ont commis l'erreur d'agir comme des géôliers de cette prison des peuples.

L'attitude lâche des autorités les rendait ridicules. Elles étaient totalement déconsidérées, comme aujourd'hui. Les gens se demandaient: à quoi bon avoir un gouvernement, s'il se contente de prendre ses ordres à l'étranger? Et forcément, le mécontentement allait croissant. C'est exactement comme aujourd'hui. Vous avez voté pour reprendre le contrôle de l'immigration. Les gens de Bruxelles ont fait savoir que ça ne leur plaisait pas. Et résultat votre parlement (comme autrefois la Diète) s'est agenouillé devant la volonté de l'étranger. En effet votre parlement à décidé de ne tenir aucun compte de l'opinion du peuple. Et ceux qui ont protesté contre cette humiliation, on les a traités de populistes. C'est inouï. C'est fou ce que ça fait penser aux années entre 1830 et 1848.

A cette époque là que s'est-il passé? Les radicaux ont eu beau jeu de protester et de se moquer, à juste titre, de ces gouvernements qui manquaient totalement de dignité. Ils ont donc fait exactement ce qu'on reproche aujourd'hui aux populistes. Ils ont flatté les sentiments du peuple, ils ont dénigré les "élites" et de plus en plus les radicaux sont devenus populaires. De sorte qu'à la fin ils sont arrivés au pouvoir, ils ont établi la démocratie, contre le souhait des gens comme moi. Et depuis ils ont gouverné. Tant qu'ils ont bien défendu les intérêts de la Suisse tout allait bien. Mais depuis qu'ils travaillent contre le peuple, en se mettant au service d'un pouvoir étranger, evidemment, les gens se rebellent et deviennent ce qu'on appelle des populistes.

Je ne comprends donc pas comment aujourd'hui les démocrates en Suisse osent se distances ceux qu'ils appellent des populistes. Car en réalité le régime de la Suisse est fondé et a toujours été fondé sur le populisme, depuis 1848. Il a été mis en place par des populistes, qui à l'époque étaient appelés les radicaux. En d'autres termes la démocratie est toujours populiste par nature. Il n'y a donc pas de différence entre la démocratie et le populisme. Autrement dit, ces gens qui aujourd'hui sont contre le populisme, ils sont simplement contre la démocratie. Ce sont des anti démocrates. Voila la vérité.

En conclusion je dirais que si les dirigeants de la Suisse démocratique actuelle veulent être à nouveau respectés, la solution pour eux est très simple. Il suffit qu'ils refusent de se coucher devant les chantages des pouvoirs étrangers. Il faut qu'ils disent à Bruxelles. Nous sommes désolés mais nous ne pouvons pas nous soumettre à cet accord cadre que vous nous demandez, parce que notre peuple n'en veut pas. Il faut qu'ils tapent du poing sur la table et pour commencer qu'ils résilient l'accord sur la libre circulation des personnes, comme l'exige votre constitution fédérale en son article 121a. Et alors là, on ne parlera plus de populisme, car le peuple aura de nouveau confiance en ses autorités et ne se sentira plus trahi.

Je ne serai peut-être pas entendu, mais c'est la seule manière de faire si vos dirigeants ne veulent pas subir le même sort que ceux des années 1840. Il faut qu'ils fassent preuve d'un minimum de dignité, enfin.

Écrit par : Mallet du Pan | 28/12/2017

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