20/12/2017

La meute, ça n'est pas du journalisme !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.12.17

 

Après quelques semaines dans le rôle du gibier de chasse à courre, Yannick Buttet a donc choisi de démissionner. On l’eût fait à moins. Acculé de toutes parts, jeté en pâture aux hurlements, livré à l’hallali, le conseiller national valaisan a fini par donner à ses persécuteurs ce qu’ils cherchaient à obtenir : sa démission du Parlement fédéral. A peine, d’ailleurs, l’annonçait-il, que les corps de chasse autoproclamés se mettaient déjà à exiger son départ de la Présidence de la Commune de Collombey-Muraz, prouvant ainsi leur dessein d’aller jusqu’au bout dans la destruction d’un homme. Cette hargne, face à une proie, ne relève en aucune manière des missions du journalisme, mais de l’esprit de meute le plus féroce, le plus haïssable, le plus contraire à la définition de l’intérêt public. La profession, assurément, ne sort pas gagnante de ce lamentable épisode de fin d’automne.

 

Car il y a eu meute, et singulière jouissance à en être. Dans l’affaire de Sierre, qui relève strictement de la vie privée, il y a une plainte. Fort bien. On devait attendre qu’elle fût instruite, donnât lieu à un procès, une condamnation, et même patienter jusqu’à ce que cette dernière fût définitive, une fois épuisés les échelons de recours de notre Etat de droit. Dans le volet bernois, nulle plainte, du moins à notre connaissance. En lieu et place, des rumeurs. Des « témoignages anonymes ». Peut-être fondés. Et puis, peut-être pas. Qu’en savons-nous ? Et puis, quoi ! Ces choses-là, si elles sont dénoncées, relèvent de la justice, seule habilitée à enquêter, démêler le vrai du faux, un jour juger, et peut-être condamner. Ce travail est celui des juges. Il ne saurait être, sous prétexte « d’investigation » (mandatée par quelle légitimité ?), celui des médias. Et c’est exactement là, dans le confluent de ces impostures, que commence l’esprit de meute.

 

Dans cette affaire, quelques journalistes, fonctionnant de facto en une sorte de pool (où chacun cite l’autre, amplifiant une affaire par eux-mêmes créée), ont voulu la peau d’un homme. Il y aurait beaucoup à dire sur les véritables motivations de ces chasseurs acharnés : les unes sont internes à la politique valaisanne, les autres sont faites de concessions à l’esprit du temps, notamment une idéologie de guerre entre les sexes, nourrie par quelques extrémistes. Au final, tous les ingrédients d’une conjuration contre un élu, au demeurant remarquable, du peuple suisse. Bien sûr, l’homme avait commis des fautes. Pour Sierre, peut-être une faute contre la loi, nous verrons. Pour Berne, des « fautes morales », autant dire qu’elles laissent la place à des galaxies de subjectivité, tant qu’un juge, sur la base d’une plainte, n’a pas statué. La meute, c’est jouer sur l’opinion avant le droit, privilégier la rumeur sur l’information, tabler sur le « témoignage anonyme », indigne de la transparence républicaine. Dans cette affaire, il y a deux perdants : Yannick Buttet, mais aussi le journalisme en Suisse romande.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

Si la "meute" s'en est prise de la sorte à Buttet, tout en laissant de l'allonge à Darbellay, c'est que Buttet est sociétalement et même anthropologiquement dans le camp de la "réaction", tandis que Darbellay appartient au "Camp du Bien".
Les loups ne se mangent pas entre eux.

Écrit par : Paul Bär | 20/12/2017

En effet, la Meute est en train de me frustrer de connaître le travail de la justice. C'est ainsi qu'on va valider et encourager la justice faite par eux-même. Dans cette évolution attendue, c'est la Meute qui lynche à mort avant l'instruction.

Espérons qu'on finira, quand-même, par obtenir la part des choses dans tout ce vacarme.

Ce qu'on peut constater jusque là, c'est que l'élégance des gestes et des propos, dont les femmes sont sensibles, peut éviter à un homme le procès de ses convoitises. L'avait-elle manqué à Monsieur Buttet?

Écrit par : Beatrix | 20/12/2017

Il y a toujours eu une part d’activisme dans le journalisme. C’est lié à l’idée d’un engagement moral de la part du journaliste, et à l’idée d’utiliser, pour une cause qui lui paraît bonne, la parcelle de pouvoir qu’il détient.

Avant la démocratisation d’internet, les journalistes disposaient de deux monopoles : l’accès privilégié aux sources de l’information immédiate (les câbles que les agences nationales recevaient de leurs correspondants, monopole qui est tombé avec les réseaux sociaux), et l’accès privilégié aux sources de l’information archivée (les bases de données des organes de presse, monopole qui est tombé notamment avec wikipedia et les moteurs de recherches sur le web). Désormais, les journalistes n’ont plus cette longueur d’avance sur leur public. Pour ceux qui n’ont pas de véritable capacité d’analyse du réel (i.e. une certaine proportion de la corporation…), c’est une véritable catastrophe, car ils n’ont rien à nous apprendre, et donc rien à nous vendre.

C’est, à mon avis, la raison pour laquelle le journalisme se confond de plus en plus avec de l’activisme. Les journalistes activistes forment des équipes de choc avec les activistes de terrain dont ils partagent l’idéologie. Les activistes de terrain leur balancent des informations (parfois vraies, parfois fausses, souvent obtenues ou diffusées de manière illicite), que les journalistes activistes publient ensuite, notamment dans le but de blanchir l’information – une fois publiées par les médias, un juge n’a plus besoin de s’inquiéter de la licéité de l’origine des informations (il peut les utiliser dans ses enquêtes), et la balance (qu’elle ait agi de façon licite ou pas) devient en principe intouchable grâce à la sacro-sainte protection des sources (qui est, à l’heure actuelle, le seul secret considéré comme vraiment intangible).

Ainsi, l’information se met en scène elle-même. On organise la « quête » pour mieux perdre la proie, on lâche les informations au compte-gouttes, au moment opportun, parfois comme des leurres, pour donner à la proie l’illusion qu’elle pourra se défendre, dans le but de mieux pouvoir la terrasser un peu plus tard. Et, évidemment, on n’oublie pas de célébrer sa propre puissance, déployée pour la bonne cause idéologique que l’on a choisie, en détaillant comment les autres médias ont réagi, et en se félicitant de l’effet obtenu.

C’est, en fait, une sorte de télé-réalité, mise en régie par les médias, avec la participation tout aussi nécessaire qu’involontaire de la proie. Le tout, bien sûr, pour la bonne cause. Et en s’affranchissant d’un certain nombre de règles, ce qui n’est pas grave, puisque c’est pour la bonne cause.

Nous vivons dans une société atomisée. Il n’est pas étonnant que la loi – qui est censée représenter le consensus commun d’une société dans son aspiration à la justice – ne suffise plus à nous contenter. Il faut toujours aller plus loin, opposer la morale à la loi, quitte à prendre des libertés avec la loi justement pour pouvoir faire la morale, aux autres bien sûr.

Jusqu’au prochain cataclysme civilisationnel (qui s’accompagnera d’une remise à plat), cette tendance ne cessera de se renforcer.

Écrit par : Raphaël Baeriswyl | 20/12/2017

Comme Jacques Vergès, "rien ne me choque autant que l'acharnement sur un vaincu, surtout quand les lyncheurs prennent la pose. Entre les chiens et le loup, je serai toujours du côté du loup, surtout quand il est blessé."

Écrit par : Romain | 21/12/2017

La superbe citation de Jacques Vergès livrée par Romain pourrait servir de commentaire à la majorité des articles parus depuis l'éclatement de "l'affaire Weinstein", qu'ils parlent de Tariq Ramadan ou de Charles Dutoit en passant par Yannick Buttet.
Mais les journalistes ne sont pas seuls en cause, ils se contentent - en quoi ils ont grand tort ! - de refléter l'esprit du temps et ses relents nauséabonds. Tout le monde y va de sa morale et de sa bienpensance, c'est si porteur de soutenir "la parole qui se libère", et tant pis si elle n'est la plupart du temps que règlements de comptes personnels de femmes déçues ou frustrées. Oui, c'est une femme qui le dit, et je ne suis pas très fière de certaines de mes congénères depuis quelque temps.
Tout cela est pitoyable, consternant et terriblement triste.

Écrit par : Mathilde Lavenex | 22/12/2017

Mathilde, je suis consterné de de que vous me dites. Comment? Charles Dutoit, le grand chef d'orchestre, à lui aussi on cherche des noises maintenant? Alors là ça va trop loin. Ils ne vont quand-même pas nous priver d'entendre ses concerts j'espère...

Écrit par : Melomane | 22/12/2017

Un mot à cette sympathique Mathilde Lavenex, dont je lis les commentaires ici et là et je me sens toujours d'accords avec elle. Chère Mathilde, puisque vous aussi comme moi, vous mettez votre grain de sel sur les forums de discussion internet, ne pourriez-vous pas remonter un peu les bretelles à la petite marquise déjantée Colinette Pouette Pouette de Senarclens? Elle est vraiment excédante avec ses provocations perpétuelles. D'un côté on la prend en sympathie tellement elle est pathétique. Mais vraiment, il faudrait qu'elle commence à comprendre la vie. Ca n'est plus supportable ses diatribes qu'elle nous sert. Même si par moments elle a un certain talent.

Je suis quinquagénaire maintenant et je suis épouvanté de voir à quelle profondeur tous les concepts subversifs de l'école de Francfort, qui rendent impossible toute vie civilisée, ont pénétré dans les mentalités de la jeune génération. On a une génération de complets décerébrés gauchistes, féministes, antiautoritaires, antimilitaristes, gnangnans. C'est insupportable, imbuvable, irrespirable. On a vraiment envier de demander l'asile politique en Pologne.

Écrit par : Pffff!!! | 22/12/2017

Cher Pffff!!!" : Au risque de vous décevoir, je SUIS gauchiste, féministe, antiautoritaire, antimilitariste... (j'espère pas complètement décérébrée ni trop gnangnan). Mais s'il y chose que je ne supporte pas, c'est le politiquement correct, ainsi que la moralisation galopante et tellement hypocrite de la société. Cela m'est comme à vous "insupportable, imbuvable, irrespirable". Nous nous retrouverons peut-être en Pologne ! (non, quand même pas).

Écrit par : Mathilde Lavenex | 22/12/2017

Les gauchistes et féministes comme Mathilde, ça me va. Il me semble qu'on peut s'entendre.
Ce que je ne comprends pas bien c'est qu'on soit "antiautoritaire" et "antimilitariste". Je ne comprends pas comment on peut imaginer une société absolument sans autorité, et sans armée. On sait très bien que l'autorité ou la force militaire existent toujours. Soit il y a une autorité légitime, par exemple l'autorité des parents, l'autorité du pouvoir légitime dans des institutions acçeptées, comme c'est encore le cas dans notre pays. Soit on bazarde tout ça et alors à la place d'autorité, on a les vociférations hystériques de militant(e)s de causes bizarres comme les études genre ou l'agenda LGBT. Celà n'a plus rien à voir avec la promotion du statut de la femme ni avec l'acceptation des homosexuels. Il s'agit d'une agression contre des soi disant "oppressions" qu'on voit partout, même où il n'y en a pas. Tout ordre, toute autorité, est dénoncée comme oppression. On donne une poupée à une petite fille, c'est une "oppression". C'est aberrant. En revanche, au nom de cette idéologie vindicative on met en prison les parents qui refusent d'envoyer leurs jeunes enfants aux cours de théorie du genre obligatoire à l'école. Cherchez l'erreur. Cherchez l'émancipation.
Moi quand je vous ces harpies hurlantes, des enfants gâtés de bonne famille en plus, et qui gueulent, en plus à la télé et à la radio, payées pour ça par nos impôts! Et qui prétendent émanciper les masses laborieuses, désolé mais je trouve qu'il y a un lézard. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.
Quand à l'antimilitarisme c'est tout aussi aberrant. Il y a la guerre en Ukraine, autant dire à notre porte. Demain ça peut être chez nous. Et nos gamins de 20 ans, au lieu de faire leur école de recrues, ce qui leur formerait le caractère, vont faire les gardiens de musée ou des études genre ou autre connerie. On entretient des dizaines de milliers de jeunes dans un pseudo service civil où ils sont biberonnés dans cette idéologie aberrante et imbuvable. On en fait des mauviettes, des lavettes.
Je dis que c'est un scandale. Mon major a l'armée disait: tous les pays ont une armée. Soit c'est la leur, soit c'est celles des autres. C'était simple mais c'était bien vu.la nature a horreur du vide. Il y a toujours une armée. Mieux vaut que ce soit la nôtre.
Il y a des moments où je me dis que si tout va si mal c'est peut-être parce que les garçons ne font plus de service militaire. Ils ne deviennent jamais des hommes. Ils deviennent des mâles bêtas qui consentent à être harcelés par des petites gardes rouges du féminisme filles à papa complètement déjantées et hystériques et en plus payées par nos impôts.
Je suis désolé mais ça n'est plus supportable.

Écrit par : Pffff!!! | 22/12/2017

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