30/12/2017

Comète et filiation

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Sur le vif - Samedi 30.12.17 - 12.04h

 

Enfant, puis adolescent, j'aimais passionnément les symphonies. A commencer par les neuf de Beethoven, que j'écoutais en boucle. Initié très tôt à Wagner (en Allemagne), j'étais fasciné par l'influence de Beethoven sur les premiers opéras du musicien qui allait jouer, dans ma vie, un rôle si important.

 

Plus tard, j'ai découvert le lien - le même, si bouleversant - entre Wagner et Richard Strauss. De Buxtehude à Bach, de Mozart au jeune Beethoven, la magie de la transmission. Sur ce thème, qui me travaille, j'aimerais écrire. Tiens, je rêverais de me lancer un jour dans une Histoire des filiations au sein de la musique allemande. À destination du grand public.

 

Et ce même Beethoven, qui reprend le thème du Judas Maccabée, de Haendel, qu'il désigne (sur son lit de mort) comme "le plus grand des musiciens". Toujours le lien, toujours le legs, la re-connaissance. Vous vous rendez compte : au moment de rendre son dernier souffle, l'homme qui a révolutionné la musique, lui, "la force la plus héroïque de l'art moderne" (Romain Rolland, Vie de Beethoven, 1903), rend hommage... à l'un de ses prédécesseurs ! Comme à un père. Mystère de la filiation. Il ne fait pas table rase du passé : il le sublime, pour le fondre dans l'avenir. Au cœur d'une galaxie de feu.

 

En vieillissant, j'ai laissé venir à moi le miracle de la musique de chambre. Celle où chaque note, séparément, se perçoit et s'identifie. Aujourd'hui, je ne peux plus m'en passer.

 

Oh, j'écoute toujours des œuvres pour grands ensembles. Y compris les plus contemporaines. Avec une prédilection pour la toute dernière de Béla Bartók, le Concerto pour orchestre, composée à New York (1943) dans le désespoir et la misère, où la présence de chaque instrument, par elle-même, illumine l'ensemble. Ultime chef d'œuvre d'un géant.

 

Mais l'attrait des petits ensembles me fascine. Pour le lied, un piano et une voix. Ici un violon, un alto, un violoncelle. Et chaque fois, comme le passage d'une comète, la promesse d'un nouveau monde.

 

Un jour, quelque part, avec une poignée de passionnés, pour mettre en valeur les jeunes, et placer la musique dans l'ombilic du monde, au coeur du lien de vie, je reconstituerai le Petit Conservatoire.

 

Pascal Décaillet

 

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29/12/2017

2018 : une Année qui respire !

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Sur le vif - Vendredi 29.12.17 - 17.16h

 

Mes vœux pour 2018 : je nous souhaite à tous une année qui respire.

 

Une année où il fasse bon vivre. Plaisir à être ensemble. Dessiner des scénarios pour un futur commun. En nous engueulant, parfois. Ca fait du bien. Ca fait partie de la démocratie. Il faut se méfier des eaux trop calmes.

 

Respirer, au sens de la musique. Et de la poésie, lue à haute voix. Apprendre, dès l'aurore de la vie, ce qu'est une virgule, un point, un point-virgule, une interrogation, une suspension, un "e" muet, celui qu'on compte dans le vers, celui qu'on élide. Apprendre le soupir, la pause, la double croche. Le chemin vers l'oralité, qui est l'une de mes passions, donc celui (par exemple) de la parole radiophonique, se trace doucement, patiemment, dans la mise en succession des syllabes et des silences, des accélérations et ce qu'on retient, du souffle éperdu et de l'immobilité feinte. Ou réelle. La radio est un jeu de vie et de mort.

 

Notre école, dès le plus jeune âge, a besoin d'organiser le silence et la parole, le "h" qu'on aspire et celui qu'on élide, ou même qu'on élude. Amener l'élève à tenir un discours sur le langage. De mon temps, cela s'appelait la grammaire, et puis l'analyse logique, j'ai toujours trouvé ça génial, en français, en allemand, en latin, en grec. Mais peu importe le nom de ce méta-langage, pourvu qu'il existe. Non pour dominer la langue (quelle illusion, quel étouffement !), mais pour mieux l'embrasser. L'étreindre ? Celui qui prétend à l'oralité doit prendre des risques avec le verbe. Se montrer joueur, avec la mort.

 

Respirer, dans le regard qu'on porte à l'actualité. Lui donner toute son existence, oui, mais aussi du sens, du champ, de l'arrière-pays. Cela, pour moi, passe par l'Histoire. Mais chacun usera de l'outil qu'il voudra. Pourvu que chaque décrypteur, en plus de nous l'annoncer, cette actualité, nous emmène dans son univers de références à lui. Sa valeur ajoutée. A ce choc de signifiants, personne n'a objectivement raison, encore moins théologiquement, ni mathématiquement. On confronte les subjectivités, on frotte des silex. Peut-être une intelligence collective, entre gens de bonne volonté, triera-t-elle le bon grain et l'ivraie. Je voudrais y croire.

 

Respirer, chacun d'entre nous, dans son chemin de vie, son rapport à la mort. Respirer face au destin, face à l'inéluctable. Respirer, tant que demeure en nous le moindre souffle qui nous le permette.

 

Prenez La Fontaine, les Fables, le Héron. Enregistrez-vous. Essayez de le dire juste, ce texte sublime, vous les retrouverez très vite, ces "h" qu'on aspire, ceux qu'on avale, ceux qu'on ignore, ces "h" comme dans "Héron", comme par hasard le titre du poème. Comme par hasard, sur un animal qui a faim. Comme par hasard, un texte où il est question d'avaler, aspirer. Le Héron voudrait manger, il laisse passer ses proies, il ne peut plus. Ne pas manger, à la fin, c'est la mort. Ne pas respirer, aussi. Il faut apprendre à le lire, ce "Héron", de La Fontaine, avec l'exigence absolue de respirer juste, scander juste, donner à chaque virgule, chaque syllabe, l'exactitude de son poids. Enregistrez-vous. Ecoutez-vous, vingt fois, cent fois. Recommencez. Ne boudez ni votre plaisir à l'écoute de votre propre voix, ni votre rage à chaque faiblesse de votre lecture. C'est ainsi que l'on progresse en radio, que l'on avance dans l'ordre de l'oralité.

 

Oui, je nous souhaite à tous une année de la respiration. Non pour s'extraire du combat. Mais pour donner du corps, du souffle, des poussées de sang et de désir à notre rapport à la vie. Face à la mort.

 

Excellente Année 2018 à tous !

 

Pascal Décaillet

 

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28/12/2017

La toute dernière de Billag

 

Sur le vif - Jeudi 28.12.17 - 15.25h

 

Toutes les années, je m'acquitte au 1er mai de ma redevance Billag, radio et TV, pour la somme de Fr. 451.10. Là, je l'ai fait, comme toujours, payement effectué le 24 avril 2017, pour la période du 01.01.17 au 31.12.17. Je déteste avoir le moindre retard dans le paiement de mes factures.

 

Ce matin, dans ma boîte aux lettres, une facture concernant le 2ème semestre 2017 (dûment acquitté le 24 avril, donc), pour la somme de Fr. 225.55.

 

A l'instant, j'appelle Billag. Je tombe sur un Monsieur très poli. Sous mon nom, avec même adresse de facturation, et autre numéro de client (sorti d'où ?), une fausse date de naissance. Et surtout, une adresse bernoise, que j'ai quittée il y a..... 24 ans et deux mois ! Date à laquelle j'ai cessé d'être correspondant RSR à Berne, pour revenir vivre en Suisse romande !

 

Bref, un monumental pataquès. Digne de la bureaucratie tsariste à l'époque de Gogol.

 

Le Monsieur, toujours très poli, me dit de ne surtout pas payer cette facture, qu'il s'agit d'une erreur, qu'il me le confirmera par écrit. Je lui fais confiance, et n'ai rien contre lui.

 

Mais je me dis quand même que des erreurs aussi colossales doivent, peut-être, exister par centaines. Par milliers ? Il n'y a aucune raison que j'en sois la seule victime.

 

De là à conclure qu'un certain flottement règne dans cette entreprise...

 

Cela influencera-t-il mon vote ? La réponse est non. Car je suis un citoyen assez mûr et responsable pour voter sur ce qui m'apparaît comme l'intérêt supérieur du pays, et non sur une anecdote me touchant personnellement.

 

Mais j'avais quand même furieusement envie de le raconter.

 

Pascal Décaillet

 

15:50 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/12/2017

Plaidoyer pour l'intérêt supérieur du pays

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.12.17

 

Au seuil de la nouvelle année, je plaide ici pour l’intérêt supérieur de notre pays. Nous, les citoyennes, les citoyens, hommes et femmes libres, adultes, vaccinés, surgis de tous les horizons, avec nos opinions divergentes, ce qui doit nous réunir, c’est le souci du bien commun. Que nous soyons de gauche, de droite, libéraux ou protectionnistes, réformistes ou conservateurs, peu importe ! Confrontons nos opinions, bagarrons-nous en saine démocratie, engueulons-nous fraternellement, mais de grâce, gardons à l’esprit que le but ultime de nos combats, c’est d’être utiles à notre pays. Non à tel ou tel corporatisme. Non à tel ou tel parti, qui n’a pas à être un but en soi. Mais à l’ensemble. Facile à dire. Difficile à mettre en œuvre.

 

Regardez la santé. Un casse-tête. Caisse unique ? Caisses publiques ? Couper les ailes aux lobbyistes à Berne ? Fixer les primes en fonction du revenu ? Modèle étatisé ? Privé ? Chaque Suisse, comme dans le domaine de l’éducation, a sa petite idée. Huit millions de ministres de la Santé ! Chacun, surtout, sent en soi la colère qui gronde, parce que les primes, depuis vingt ans, ne cessent de grimper. A partir de là, que faire ? Le Parlement, le Conseil fédéral, sont-ils encore dignes de confiance ? La démocratie directe, activée par plusieurs initiatives conjointes, sera-t-elle la solution ? De ce capharnaüm, rien de durable ne pourra émerger sans une disposition d’âme, en chacun d’entre nous, liée sincèrement à l’intérêt supérieur de la communauté humaine de notre pays. A cela, et non à la défense de telle corporation, tel groupement d’intérêts : il y a un moment où le foisonnement associatif de la Suisse doit céder la place à la clarté de l’intérêt général. Idem pour les retraites. Idem pour la fiscalité.

 

Oui, mais comment définir l’intérêt général, autrement qu’en dégageant des majorités ? C’est précisément pour cela que je crois si fort à la démocratie directe, principalement aux initiatives populaires. Parce qu’elles viennent d’en bas. Elles exhument de l’indifférence les thèmes boudés par les clercs. Elles agitent des sujets méprisés par les élites, politiques ou médiatiques, qui sont d’ailleurs liées. Elles établissent une rude et saine concurrence à la bonne vie parlementaire. Elles les secouent, et c’est pourquoi les élus, se bouchant le nez, affichent leur mépris pour ces textes munis de plus de cent mille signatures, ayant passé l’épreuve de la rue, des empoignades devant les stands de signatures. Alors, eux, les parlementaires, font tout pour invalider l’initiative, empêcher la votation d’avoir lieu. Ils ont tort, évidemment, car ce comportement montre leur peur face à cette concurrence surgie de la base. Et surtout, leur volonté de défendre l’institution parlementaire, hélas parfois, avant le sujet lui-même, qui ne doit être considéré que dans l’intérêt supérieur du pays.

 

Cette dialectique entre démocratie directe et démocratie participative, l’une et l’autre étant parfaitement utiles et respectables, continuera de nous accompagner pendant toute l’Année 2018. Que je vous souhaite, à tous, excellente, pleine d’émotion et de lumière.

 

Pascal Décaillet

 

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22/12/2017

La justice, pas le lynchage !

 

Sur le vif - Vendredi 22.12.17 - 11.02h

 

La parole victimaire n'est pas vraie, sous le seul prétexte qu'elle est victimaire.

 

Sa véracité doit être établie, ou non, à la suite d'une enquête dans les formes, par la seule instance habilitée à le faire, qui s'appelle la justice. Cela exige une investigation professionnelle, des confrontations, la parole donnée à toutes les parties. Cela doit s'exercer dans la sérénité, par des gens ayant prêté serment de rechercher la seule vérité. Cela prend du temps.

 

Tant qu'une condamnation n'a pas été prononcée, il ne saurait exister ni coupables, ni victimes.

 

Ainsi fonctionne notre État de droit. C'est un peu frustrant pour ceux qui voudraient des lynchages de rue, immédiatement. Mais c'est ainsi.

 

A cet égard, la précipitation de certains employeurs à rompre, séance tenante, des contrats, juste sous la pression de l'opinion, comme dans le cas du chef d'orchestre Charles Dutoit, est simplement hallucinante.

 

Là, oui, nous sommes au coeur d'une dérive, qu'il convient de désigner.

 

Pascal Décaillet

 

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21/12/2017

Glaciales altitudes

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Sur le vif - Jeudi 21.12.17 - 10.04h

 

On nous dit que l'Histoire avance, et voilà que resurgit la question du Südtirol, pardon du Haut-Adige.

 

Voilà, par la querelle sémantique de deux mots, l'un autrichien, l'autre italien, l'immanence du tragique. L'éternel insoluble. Vienne dit Südtirol, Rome dit Alto Adige.

 

Dans l'hiver 1915, des dizaines de milliers de combattants héroïques des deux côtés, en de glaciales altitudes, ont sacrifié leurs vies pour qu'on dise Haut-Adige. Ou Südtirol. Les enfants de l'Empire central, face à ceux de Verdi et de Garibaldi.

 

L'autre soir, à Forum, l'ambassadrice d'Autriche, au demeurant remarquable d'intelligence, a tranquillement dit "Südtirol". Pour parler d'une vallée que je connais si bien : celle de Bolzano, pardon Bozen. Pour ma part je dis Bolzano, parce que l'Italie, la fierté italienne, le sang versé par les Alpini, ces hommes au chapeau à plume qu'on croise encore dans les trains, ça n'est pas rien. Ça mérite le respect.

 

L'autre soir, l'ambassadrice autrichienne a dit "Südtirol". Comme les uns disent "Jura Sud", les autres "Jura bernois". Les uns, Kaliningrad, les autres Königsberg.

 

Elle a dit "Südtirol", et personne, en face, n'a bronché. Il y aurait pourtant eu lieu de saisir cette perche, cette unique occasion de démonter le discours brillant de cette parfaite francophone, cette Metternich au féminin, avec qui on rêverait de déguster un café viennois, entre deux Lieder de Mahler.

 

L'Histoire est immuable et tragique. Mais elle est passionnante, saisissante. Elle est la vie, qui palpite encore en nous, précieuse comme des alluvions d'or. La vie, oui, comme celle de ces hommes, fin 1915, qui défiaient la mort, sur la frontière austro-italienne, en de glaciales altitudes.

 

Pascal Décaillet

 

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20/12/2017

L'Europe et le boomerang de l'Est

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Sur le vif - Mercredi 20.12.17 - 17.33h

 

En s'élargissant beaucoup trop vite vers l'Est, l'Union européenne, depuis deux décennies, a commis une erreur majeure. Elle s'imaginait que ces pays allaient, en devenant membres d'un Club fondé en 1957 entre six nations d'Europe occidentale, adhérer sans rechigner, le doigt sur la couture du pantalon, aux principes ultra-libéraux de la fin des années 1990. Et que tout le continent, de l'Atlantique à la Vistule, allez disons de Brest à Brest-Litovsk, allait vibrer à l'unisson du capitalisme, du libre-échange, de l'atlantisme. Prêts à communier dans l'idéologie nouvelle, sans frontières.

 

C'était mal connaître l'Histoire des peuples. L'Histoire de la Pologne, ô combien complexe et passionnante. L'Histoire de la Hongrie, qui ne l'est pas moins. Etc.

 

Il n'y pas d'Histoire européenne, cela ne veut rien dire, c'est une considération beaucoup trop globale, sans fondements, juste une vue de l'esprit.

 

Mais il y a une Histoire hongroise. Une Histoire polonaise. Une Histoire allemande, que je m'échine à démêler depuis des décennies, tant elle est difficile en première approche. Une Histoire de France. Une Histoire suisse, passionnante.

 

Chacune de ces Histoires a son cheminement propre. L'Espagne ne s'est pas construite comme l'Italie, ni la Suisse comme la France, ni les Allemagnes comme la Grande-Bretagne. Il n'y a pas, pour l'heure, d'Histoire européenne, c'est vide de sens, mais il y a une mosaïque d'Histoires nationales, dont chacune a sa vie propre, sa logique intérieure.

 

Pour entrer dans tout cela, il ne faut pas trop raisonner d'en haut, ni chercher de grandes leçons de logique, avec des mécanismes universels, mais il faut OBSERVER chaque nation, dans le chemin idiomatique qui est le sien. On ne peut s'occuper de tout ! Pour ma part, depuis plus de quatre décennies, l'Allemagne, la France, la Suisse, les Balkans, le Proche-Orient me suffisent largement.

 

OBSERVER, cela signifie lire. Se renseigner. Dévorer des centaines de bouquins. Visionner des archives. Aller chercher tous les témoignages, pas seulement ceux qui conviennent à une idéologie de départ. Quand je pense que, dans les années 1990, certains "intellectuels", en Suisse romande, me proposaient d'animer des débats sur les guerres balkaniques, mais surtout sans inviter de Serbes ! Vous pouvez imaginer comme je les ai reçus.

 

L'Union européenne s'est élargie trop vite. Elle a construit son immensité sur des présupposés idéologiques, dans un esprit de fin de l'Histoire, de négation des frontières, de marché comme valeur universelle et dominante. Aujourd'hui, face à la Pologne, face à la Hongrie, face à l'Autriche, l'UE reçoit de plein fouet le boomerang de ses vanités d'extension.

 

Ce contre-mouvement, du particulier contre le général, de la Gemeinschaft contre l'universel théorique, de la Nation réinventée contre le conglomérat impérial, ne fait que commencer. Il sera violent. Il y en a pour des années.

 

Pascal Décaillet

 

18:15 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

La meute, ça n'est pas du journalisme !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.12.17

 

Après quelques semaines dans le rôle du gibier de chasse à courre, Yannick Buttet a donc choisi de démissionner. On l’eût fait à moins. Acculé de toutes parts, jeté en pâture aux hurlements, livré à l’hallali, le conseiller national valaisan a fini par donner à ses persécuteurs ce qu’ils cherchaient à obtenir : sa démission du Parlement fédéral. A peine, d’ailleurs, l’annonçait-il, que les corps de chasse autoproclamés se mettaient déjà à exiger son départ de la Présidence de la Commune de Collombey-Muraz, prouvant ainsi leur dessein d’aller jusqu’au bout dans la destruction d’un homme. Cette hargne, face à une proie, ne relève en aucune manière des missions du journalisme, mais de l’esprit de meute le plus féroce, le plus haïssable, le plus contraire à la définition de l’intérêt public. La profession, assurément, ne sort pas gagnante de ce lamentable épisode de fin d’automne.

 

Car il y a eu meute, et singulière jouissance à en être. Dans l’affaire de Sierre, qui relève strictement de la vie privée, il y a une plainte. Fort bien. On devait attendre qu’elle fût instruite, donnât lieu à un procès, une condamnation, et même patienter jusqu’à ce que cette dernière fût définitive, une fois épuisés les échelons de recours de notre Etat de droit. Dans le volet bernois, nulle plainte, du moins à notre connaissance. En lieu et place, des rumeurs. Des « témoignages anonymes ». Peut-être fondés. Et puis, peut-être pas. Qu’en savons-nous ? Et puis, quoi ! Ces choses-là, si elles sont dénoncées, relèvent de la justice, seule habilitée à enquêter, démêler le vrai du faux, un jour juger, et peut-être condamner. Ce travail est celui des juges. Il ne saurait être, sous prétexte « d’investigation » (mandatée par quelle légitimité ?), celui des médias. Et c’est exactement là, dans le confluent de ces impostures, que commence l’esprit de meute.

 

Dans cette affaire, quelques journalistes, fonctionnant de facto en une sorte de pool (où chacun cite l’autre, amplifiant une affaire par eux-mêmes créée), ont voulu la peau d’un homme. Il y aurait beaucoup à dire sur les véritables motivations de ces chasseurs acharnés : les unes sont internes à la politique valaisanne, les autres sont faites de concessions à l’esprit du temps, notamment une idéologie de guerre entre les sexes, nourrie par quelques extrémistes. Au final, tous les ingrédients d’une conjuration contre un élu, au demeurant remarquable, du peuple suisse. Bien sûr, l’homme avait commis des fautes. Pour Sierre, peut-être une faute contre la loi, nous verrons. Pour Berne, des « fautes morales », autant dire qu’elles laissent la place à des galaxies de subjectivité, tant qu’un juge, sur la base d’une plainte, n’a pas statué. La meute, c’est jouer sur l’opinion avant le droit, privilégier la rumeur sur l’information, tabler sur le « témoignage anonyme », indigne de la transparence républicaine. Dans cette affaire, il y a deux perdants : Yannick Buttet, mais aussi le journalisme en Suisse romande.

 

Pascal Décaillet

 

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19/12/2017

Trop tard, Doris

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Sur le vif - Mardi 19.12.17 - 18.39h

 

Le projet de nouvelle concession de la SSR, lancé aujourd'hui par Doris Leuthard, avec au moins la moitié des moyens alloués à l'information, va dans le bon sens. Depuis une éternité, y compris, à l'époque, à l'interne, je plaide pour l'information avant tout. Pro domo ? Ben oui, je suis journaliste. Soucieux d'intérêt public. Soucieux du pays. De sa cohésion.

 

Le problème, c'est que ce projet arrive beaucoup trop tard. Il suinte la précipitation, pour orienter les esprits à voter non, le 4 mars. Comme l'abaissement de la redevance à 365 francs. Ces mesures de dernière minute, imbibées de panique aux plus hauts étages, ne trompent personne : les gens ne sont pas idiots, ils ne sont pas dupes de ces gesticulations.

 

Dommage, Mme Leuthard. Vous êtes en retard d'au moins une décennie. Dans ce domaine, vous n'avez pas vu venir la tempête. Vos mesures trop tardives ne changeront rien aux métamorphoses apocalyptiques que nous prépare l'année 2018.

 

Pascal Décaillet

 

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Le populiste : l'éternel absent

 

Sur le vif - Mardi 19.12.17 - 11..22h

 

Dans les salons, le populiste, c'est toujours l'autre. On parle des "populistes", comme d'une catégorie nécessairement absente à la bonne société réunie, en ce lieu où, entre soi, on pérore. On part du principe qu'aucun "populiste" n'aurait tout de même eu le culot de venir se glisser là, parmi la bonne société.

 

Or, en Suisse, environ une personne sur trois vote pour un parti qualifié de "populiste". Chaque troisième personne, dans la rue ! Mais dans les salons, on veut croire que ce Tiers-Etat n'est pas représenté dans l'assistance. Alors on continue, entre soi, de parler des "populistes", comme s'ils étaient nécessairement ailleurs.

 

Dès lors, deux possibilités. Soit il y a tout de même des populistes dans la salle, et on les exclut ouvertement, par le mépris, de toute existence possible. Soit il n'y en a effectivement aucun. Et là, il conviendrait peut-être de s'interroger sur la représentativité de cette si délicieuse société où l'on parle entre soi, toutes lèvres pincées, des "populistes".

 

Pascal Décaillet

 

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17/12/2017

Ils ont fini par avoir sa peau

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Sur le vif - Dimanche 17.12.17 - 19.16h

 

On l’a appris ce soir, sur le coup de 18.52h : Yannick Buttet tire la prise. Il démissionne du Conseil national. Soumis à une pression médiatique sans précédent, celle d’une véritable meute affamée de sa peau, et qui a fini par l’obtenir, l’homme, juste avant Noël, sans doute épuisé nerveusement, a préféré quitter le terrain. C’est sa décision. Elle lui appartient. Qui d’entre nous, face à une telle pression, une telle hargne, aurait pu tenir ?

 

Pour ma part, toute cette affaire, depuis le début, me donne la nausée. Il y a eu un cas, très précis, celui de la scène de Sierre, où une plainte a été déposée. Fort bien : on aurait pu attendre qu'elle fût instruite, non ? Le reste, les « affaires bernoises » ce sont des « témoignages anonymes » : le rôle de la presse, celui du journalisme politique, n’était pas de les colporter avec une telle facilité, une telle automaticité, une telle sanctification idéologique du rôle de la victime. Tout cela, sans qu’il n’y ait eu ni plainte (à notre connaissance), ni instruction, ni procès, ni condamnation définitive, après épuisement des recours prévus dans notre Etat de droit.

 

Ce qui a fait craquer l’homme, ça n’est pas le droit. C’est la pression de certains médias. La pression, aussi, d’une idéologie, tellement porteuse, tellement à la mode depuis quelques années, que nul n’ose lui résister, quitte à aller plus vite que le droit, plus vite que la justice, plus vite que la musique.

 

Toute cette affaire me dégoûte. Et contribue à me détourner, encore un peu plus, de certains milieux, certaines méthodes, dans un métier qui est le mien depuis 32 ans. Et que je continuerai, jusqu’au bout, à pratiquer comme un journaliste politique, soucieux d’intérêt public. Et non de s’engouffrer dans la première meute venue, pourvu qu’elle soit de rage et de puissance, de hurlements, de stridence et de lacérations.

 

Pascal Décaillet

 

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Cadets et grognards

 

Sur le vif - Dimanche 17.12.17 - 16.32h

 

C'est fou, le nombre de gens intarissables sur le journalisme, avant même d'avoir seulement commencé à exercer ce métier. Commenceront-ils jamais, d'ailleurs, par les temps qui courent ?

 

Intarissables sur le service public, sans y avoir jamais travaillé. Jamais conçu une émission de grande écoute, pour en faire quelque chose de rassembleur, dans l'espace citoyen. Jamais porté cette émission, jour après jour, de longues années. Jamais sacrifié leurs jours, leurs nuits, leur santé peut-être, au service de l'intérêt supérieur d'une production.

 

Intarissables, aussi, sur l'univers du privé, sans avoir jamais créé une entreprise. Rempli une fiche de salaire. Investi dans des locaux, du matériel, des projets. Eu peur, pour l'avenir.

 

Intarissables. Il savent tout sur tout. Donnent leur avis, tous azimuts. Font la leçon. Ont la science infuse. Même pas encore cadets, ils voudraient nous tenir le discours du grognard.

 

Mais enfin, quelle a été leur preuve par l'acte ? Qu'ont-ils FAIT (du verbe FAIRE, et pas du verbe pérorer), de nature à donner à leur discours du crédit, de l'autorité ?

 

Quelle connaissance ont-ils, sur la longueur, des mécanismes du journalisme, de la presse, de l'audiovisuel sur le théâtre d'opérations de la Suisse romande ?

 

Connaissent-ils le terrain ? Connaissent-ils les hommes, les forces et les faiblesses de chacun ? Sont-ils renseignés sur la réalité des choses ? Quels combats ont-ils menés ? Quelles victoires ont-ils remportées ? Sont-ils tombés ? Se sont-ils relevés ? Connaissent-ils seulement l'odeur de la poudre ?

 

Quelles cicatrices, quelles blessures, portent-ils de ce métier magnifique, qu'ils ne connaissent tout simplement pas ?

 

Pascal Décaillet

 

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13/12/2017

Le Parlement n'est pas une cour d'école !

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Sur le vif - Mercredi 13.12.17 - 15.47h

 

Si vraiment, ce matin, chacun des 246 parlementaires de notre Confédération a reçu, sur son bureau, une circulaire lui expliquant, comme à des élèves de 15 ans, la différence entre "flirt" et "harcèlement", c'est que notre Parlement cherche à pulvériser, dans l'ordre de l'infantilisation et celui du ridicule, tous les murs du son imaginables.

 

Nous, les citoyennes et citoyens, pourquoi envoyons-nous des gens siéger sous la Coupole ? Réponse : pour qu'ils fassent des lois. Punkt, Schluss. Si ces lois nous déplaisent, attaquons-les par référendum. Le souverain, en dernière lecture, c'est le corps électoral tout entier, près de cinq millions de Suisses et Suissesses, ça n'est pas le Parlement.

 

Nous les envoyons siéger pour qu'ils fabriquent des lois. Ce qui se passe entre eux, de bon ou de mauvais, de remarquable ou de répréhensible, de l'ordre de l'élévation de l'âme ou de la grosse lourdeur que je suis le premier à détester, tout cela doit nous laisser parfaitement indifférents.

 

Si des parlementaires estiment que certains de leurs collègues ont transgressé la loi (qui doit être, en République, notre seule norme), ils peuvent évidemment déposer plainte, c'est le droit de tout citoyen. Si cette plainte n'est pas classée, qu'elle est instruite, aboutit à un procès, puis à une condamnation définitive, alors oui, l'intéressé doit démissionner. Non parce qu'il est un gros lourdaud. Mais, tout simplement, parce qu'il a enfreint l'une des lois de notre pays. Alors que, justement, il est censé les fabriquer.

 

Pour ma part, comme je l'ai écrit dans d'autres textes, tant que la personne n'est pas condamnée par la justice, elle peut continuer - si elle le souhaite - à exercer ses fonctions.

 

Quant à distribuer à 246 personnes adultes, vaccinées, choisies par les citoyens de 26 cantons pour les représenter au plus haut niveau de notre pays, une circulaire relevant de la cour d'école, il y a là, de la part du Parlement, une précipitation à s'agenouiller devant la pression médiatique, tout simplement hallucinante.

 

Qu'ils fassent des lois, au mieux. Le reste ne relève pas du journalisme politique. Mais du potin. Ou de la délation.

 

 

Pascal Décaillet

 

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La vie privée, ça existe, bordel !


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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.12.17

 

Je dois être un homme d’une autre époque. Pour moi, les mots « vie privée » ont un sens. Et la séparation, drastique, entre existence intime, justement, et action publique. Ainsi, les politiques, les élus : autant je suis favorable à un exercice critique intransigeant de leurs actes, dans l’exercice de leurs fonctions, autant leur vie privée m’est indifférente. Je vais plus loin, et suis conscient d’être minoritaire sur ce plan : il m’est assez égal de savoir que tel ou tel aurait « fauté » sur le plan de la morale (définie par qui ?), ou des convenances, s’il s’avère excellent dans l’exercice de son mandat. Ouvrons les livres d’Histoire, les biographies des grands hommes : pouvez-vous m’en citer un seul dont la vie privée fût parfaite ? Quelle importance ? On ne le juge pas à cette aune-là, tout simplement.

 

Je dis que je dois être d’une autre époque, parce qu’aujourd’hui, sans doute sous influence américaine, nos médias ne font plus la moindre différence entre vie privée et vie publique. Sous prétexte « d’exemplarité » (dans quelle Constitution, quelle Charte fondamentale, quelle loi, ce concept est-il inscrit ?) des élus, il faudrait que ces derniers soient parfaits. Des anges. Sans la moindre aspérité. Oui, cela nous vient des Etats-Unis, d’un certain puritanisme qui, de longue date, à vrai dire dès les premiers colons, sévit Outre-Atlantique. Et cela nous a été importé ces dernières années. Homme d’un ancien temps, je conteste absolument l’opportunité de cette importation. Je continuerai, jusqu’au bout, à juger les hommes et les femmes politiques en fonction de leurs résultats, non de ce qu’ils sont sur le plan privé.

 

Cette volonté de résistance à l’esprit du temps m’a amené à ne pas accabler Mark Muller, pas plus que Valérie Garbani, ni Yannick Buttet. Bien sûr, s’il y a plainte pénale, que cette dernière est reçue, instruite, donne lieu à un procès, et qu’il y a un jour condamnation, l’élu devra se retirer : non parce qu’il aurait enfreint la morale, mais la loi. Eh oui, la loi, la codification qui nous est commune, que nous devons tous respecter. Mais à mes yeux, tant qu’il n’y a pas condamnation, la personne peut rester. Je me sais minoritaire à penser cela, mais l’exprime néanmoins.

 

Et puis, il y a les réseaux sociaux. Le poids, de plus en plus insupportable, de la délation. Pour un rien, on dénonce. On jette l’anathème. On confond l’information avec la rumeur. On salit. Jusque dans la presse, on donne crédit à des accusation anonymes. On va jusqu’à sanctifier la catégorie « victime », sans que la justice, seule habilitée à statuer, n’ait été saisie, sans qu’une affaire ait simplement été instruite, sans qu’il y ait eu procès, encore moins condamnation. Alors, on juge, à l’emporte-pièce. En fonction de la morale ambiante, celle du moment. Sous la pression de groupes, lobbys ou corporatismes qui font régner une véritable terreur, et vouent à la damnation ceux qui ne vont pas dans leur sens. Je suis peut-être un homme d’une autre époque, mais cette dérive-là, je la rejette, de toutes mes forces.

 

Pascal Décaillet

 

 

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07/12/2017

La meute

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.12.17

 

L’une des fonctions essentielles du journalisme, c’est de faire apparaître, au mieux de ce qu’on peut, quelques parcelles de vérité. Contre quoi ? Mais contre le mensonge, pardi ! Ou, tout au moins, la dissimulation, l’omission, les petites cachotteries, pratiquées par le pouvoir.

 

Le pouvoir politique, seulement ? Non : tous les pouvoirs du monde ! Dès qu’une personne commence à en disposer, elle est naturellement amenée à en abuser. Et à dissimuler ces abus, sous le tapis. Face à cela, dire les choses, telles qu’elles sont, est salutaire. C’est l’une des missions de la presse.

 

Mais cela, en aucun cas, ne justifie l’esprit de meute. L’acharnement. Le piétinement d’un élu, pour des motifs externes à son action politique, pour le faire craquer. C’est, hélas, exactement ce qui se produit dans l’affaire Buttet.

 

Du côté de certains médias, dits de « service public », il y a eu un moment où on a cessé d’informer, pour pratiquer la chasse. En sonnant l’hallali. Contre un élu, on a lancé la meute. Une fois lâchée, plus possible de l’arrêter. Elle se nourrit de ses propres hurlements. Tant qu’elle n’a pas sa proie, elle est incontrôlable.

 

Avec le recul, en analysant cette affaire, on établira la façon dont elle aura été montée en épingle. Scénarisée. Comme une partie de chasse, oui. Je ne suis pas sûr que cette conception du journalisme rende service à ses auteurs. Dans une période, si j’ai bien compris, où on s’apprête à leur demander des comptes sur leur pratique du métier.

 

Pascal Décaillet

 

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06/12/2017

Ne faites pas cela, M. Trump !

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Sur le vif - Mercredi 06.12.17 - 13.50h

 

En s'apprêtant, d'ici quelques heures, à reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, Donald Trump va commettre une faute politique de tout premier plan, depuis qu'il est aux affaires.

 

Une faute, par rapport aux autres acteurs du Proche et du Moyen Orient. Le monde arabe. Mais aussi le monde perse. Faut-il rappeler que la Mosquée al-Aqsa est l'un des quatre lieux saints de l'Islam ?

 

Ville "trois fois sainte", confluent du judaïsme, du christianisme et de l'Islam, Jérusalem appartient, par sa nature incomparable, au patrimoine de toute l'humanité. Ces trois religions doivent pouvoir s'y exercer en paix, l'une à côté de l'autre. Il faudrait idéalement, pour atteindre cela, une zone démilitarisée. Le moins qu'on puisse dire est qu'on en est assez loin.

 

A Jérusalem, Israël a sa place, qui est grande et ne saurait être niée. Mais la Palestine aussi, en tant qu’État, libre, souverain, indépendant, dans des frontières antérieures à celle de 1967, donc avec autorité sur la partie orientale de la ville. Et les couvents chrétiens, principalement là-bas de rite oriental, syriaque, arménien, géorgien, copte, doivent pouvoir y exercer toute la richesse de leur spiritualité.

 

Comment pouvez-vous atteindre un tel but, en reconnaissant cette ville unique au monde comme la capitale de l'un des États en conflit ? La gifle, pour le monde arabe et musulman, tout autour, mais aussi pour un monde persan en pleine renaissance de ses capacités, serait dévastatrice.

 

Aucun amoureux du Proche-Orient (j'en fais partie) ne peut souhaiter une telle décision américaine. Au demeurant, d'aucuns se demanderaient si, dans ces conditions d'obédience à certains groupes de pression, il n'eût pas été plus simple de voter pour l'original. Entendez pour Mme Clinton.

 

Pascal Décaillet

 

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25 ans après : je vous raconte mon 6 décembre

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.12.17

 

6 décembre 1992 : il y a juste 25 ans, le peuple et les cantons disaient non à l’Espace économique européen (EEE). Du côté du peuple, un non de justesse, avec un clivage ville-campagne, très marqué. Du côté des cantons, une Suisse alémanique qui disait non, ainsi que le Tessin. Une Suisse romande, avec les deux Bâle, donc pour être précis une Suisse occidentale, qui disait oui, mais se trouvait minorisée. En 32 ans de journalisme politique, la campagne EEE a été la plus importante que j’aie eue à traiter, celle où les enjeux apparaissaient comme les plus vitaux. Correspondant, à l’époque, au Palais fédéral, je l’ai couverte à fond, dans toutes les régions du pays, suivant à la trace un homme d’Etat inoubliable, Jean-Pascal Delamuraz, ainsi que le valeureux combattant Adolf Ogi. Et voyant poindre, de l’autre côté, l’ombre d’un Commandeur qui allait dicter la politique suisse pendant le quart de siècle à venir : un certain Christoph Blocher. Que je connaissais déjà, depuis 1986.

 

Je le dis tout net : j’étais partisan de l’EEE. Dans mes commentaires, je défendais cette position, très franchement. Etais-je, comme beaucoup de correspondants parlementaires, sous l’emprise de Jean-Pascal Delamuraz, de son verbe, de son charme, de ses formules, de son humour ? La réponse, sans doute, est oui. Un quart de siècle plus tard, je mesure, non sans dimension critique à mon propre égard, à quel point nous, les Romands, avions tendance à reproduire le discours de ce diable d’homme, et… à sous-estimer la verticalité tellurique du non. Nous avons eu tort, c’est certain. Nous allions, en quelque sorte, à Waterloo, sans nous imaginer pouvoir y rencontrer Blücher, le redoutable Maréchal Vorwärts, ce Prussien de 73 ans qui allait décider de la victoire, au soir du 18 juin 1815. Blücher, Blocher, ça sonne un peu la même chose, non ?

 

Oui, nous étions partis la fleur au fusil, comme de jeunes soldats qui sifflotent, dans l’innocence de ce qui les attend. Le 1er mai 1992, sept mois avant, j’avais couvert, à Porto, la cérémonie de signature de l’Accord EEE, en présence de toutes les huiles de la Communauté européenne et de l’AELE (Association européenne de libre-échange). Il faisait beau. La délégation suisse était de bonne humeur. Il nous semblait, à tous, que la ratification par le peuple et les cantons, quelques mois plus tard, ne serait qu’une formalité. Pauvres de nous ! Epris de modernisme continental, nous avions juste totalement sous-estimé le poids de la Vieille Suisse, mais aussi la volonté inébranlable d’une majorité de nos compatriotes de demeurer un pays souverain, même si l’Accord EEE ne mettait pas, officiellement, en cause ce point. Bref, Berne était allé trop vite, le taureau Delamuraz en tête. Plus vite que la musique !

 

25 ans après, beaucoup me disent qu’au fond, les Suisses ont eu raison, le 6 décembre 1992, de voter non. C’est peut-être vrai. Mais cette campagne hors-normes a été celle de toutes les énergies de ma jeunesse. En suivant, à la trace, un homme que je ne suis pas prêt d’oublier, parce qu’il incarnait la passion joyeuse de l’Etat, frémissante comme le souffle de la vie : Jean-Pascal Delamuraz.

 

Pascal Décaillet

 

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05/12/2017

La lyre d'Orphée

 

Sur le vif - Mardi 05.12.17 - 14.30h

 

Il y avait tout de même, avec Jean d'Ormesson, quelque chose de singulier.

 

Tout le monde le connaissait. Tout le monde l'adorait. Tout le monde l'écoutait - je dis bien "l'écoutait" - avec enchantement. Il faut dire qu'il parlait merveilleusement. Je dis bien "il parlait".

 

Bref, tout le monde reconnaît comme "écrivain" (et je ne nie pas, une seule seconde, qu'il le fût), un homme que l'on connaissait principalement pour... le son de sa voix.

 

Sur tous ces gens, combien ont-ils vraiment lu ses livres ?

 

Certains, bien sûr. Ou même beaucoup, je veux bien. Mais évidemment pas tous.

 

Voilà donc un diable d'homme qui écrivait des livres. Et auquel tous donnaient quittance d'être "un grand écrivain". Non pour avoir lu ses ouvrages... Mais pour avoir été envoûtés par le son de sa voix.

 

Il y a, dans ce destin, comme un hommage lointain à la lyre d'Orphée.

 

Pascal Décaillet

 

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02/12/2017

Le Roi du Bar

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 Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.11.17

 

Vous passez chez votre tailleur, vous lui commandez deux ou trois costumes. Sur mesure. Idem, chez votre bottier. Un saut chez le parfumeur. Une fois que tout est prêt, vous vous pointez au premier cocktail venu, si possible dans le monde de la finance. Et, au moment où s’entrechoquent les coupes de champagne, le regard tourné vers l’Ouest, vous prononcez, de l’extrême Finistère de vos lèvres, le mot « innovation ».

 

L’effet, vous verrez, sera garanti. Les plus belles invitées se presseront vers vous, les journalistes économiques et financiers vous prêteront une oreille attentive, les chroniqueurs mondains noteront chacune de vos paroles, les paparazzi vous mitrailleront. Vous serez le roi du bar, le King du cocktail. Elvis, à Memphis.

 

Le lendemain, la presse financière proposera votre portrait, sous le titre délicieux : « Innovation : Arthur Dupont se lance ! ». Votre téléphone se mettra à sonner, en continu. Vous n’arriverez plus à répondre à votre courrier électronique. Sur les réseaux sociaux, on saura tout des choix d’Arthur, la vie privée d’Arthur, les petits plats d’Arthur. Le Temps vous appellera, pour un portrait « décalé ». La presse dominicale orangée vous consacrera une triple page, « L’homme qui pense autrement ».

 

Vous n’aurez rien eu à faire. Vous n’aurez créé aucun emploi, encore. Vous aurez juste, au bon moment, murmuré, dans le couchant, le mot suprême. Celui qui blanchit le désir et sanctifie les âmes.

 

Pascal Décaillet

 

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01/12/2017

Le feu

 

Sur le vif - Vendredi 01.12.17 - 06.42h

 

Dans quelques années, des spécialistes de l'Histoire des médias examineront la manière dont la presse aura traité les questions dites de "harcèlement", aujourd'hui.

 

Ils y verront un phénomène de brasier. Une étincelle. Un bidon d'essence. Le feu, qui emporte tout sur son passage, pendant quelques jours. Les médias qui perdent toute distance, se nourrissent les uns les autres, se transmettent le feu, prêchent, moralisent, appellent à la démission. Remplacent le sens critique par l'esprit de meute.

 

Au final, un conformisme. Face à la mode de pensée d'un moment. Avec ses chasses aux sorcières, ses ayatollahs, ses procureurs, exigeant des têtes.

 

L'information, dans notre pays, mérite mieux que ce feu propagé, pulsionnel, mimétique, grégaire. Elle exige distance, recul, exercice de la critique, lucidité face à la facilité des modes. Solitude, loin des chapelles rédactionnelles, où règnent les obligations d'adhérer. Nous en sommes très loin.

 

Je le disais hier, déjà : la presse romande secrète elle-même le poison qui finira par l'emporter.

 

Pascal Décaillet

 

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