08/01/2018

Radio : la Révolution ou la Mort

 

Sur le vif - Lundi 08.01.18 - 06.24h

 

Avec mes collègues du Palais fédéral, j'ai lancé en février 1991 la revue de presse alémanique, tous les matins en direct 07.20h et 08.20h, à la RSR. Auparavant, elle était diffusée à 18.20h, et n'était pas en direct : une revue de presse, le soir !

 

C'était un autre monde, internet n'existait pas, notre lieu de travail était le studio RSR du Palais fédéral, au troisième étage, directement sous la Coupole. Nous adorions ce minuscule espace, vétuste, où régnait une odeur de "cheval mort". J'y ai pris le micro des milliers de fois, construit ma passion du direct, laissé certains de mes plus beaux souvenirs radiophoniques. Nous vivions en consanguinité avec les élus fédéraux, c'est vrai. Les uns sur les autres.

 

J'habitais près du Palais. Le matin, lever un peu avant 5 heures. Je devais passer prendre physiquement un gros paquet ficelé de journaux alémaniques, au sous-sol de la gare de Berne, puis trimbaler le colis au Palais fédéral, à travers les rues désertes et magnifiques de la Vieille Ville de Berne. Souvent, j'entrais au Palais en même temps que Jean-Pascal Delamuraz, Adolf Ogi ou Flavio Cotti, le plus matinal de tous. Nous nous adressions toujours un cordial salut.

 

Et puis, dans le studio encore désert, seul avec la machine à café, pour décortiquer le Bund, la NZZ, le Tages Anzeiger, le Blick, la Basler Zeitung, etc. A 07.20h et 08.20h, le direct antenne, en duplex avec Lausanne.

 

De Berne, le revuiste de presse assumait lui-même la régie, avant l'arrivée de Renato, notre technicien, d'une humanité et d'une gentillesse que je n'oublierai jamais. Mes collègues s'appelaient Romaine Jean, cheffe d'équipe à mon arrivée, Alain Hertig et André Beaud, trois remarquables journalistes. C'était une très belle époque, fructueuse, imaginative. Nous avons bossé comme des cinglés, beaucoup ri, tellement appris.

 

J'aimais passionnément l'exercice de la revue de presse alémanique. Il s'agissait de parler aux Romands de journaux dont ils n'avaient qu'une idée très lointaine. Jeter des ponts, entre des visions différentes du pays. Oui, cela, ainsi que tout notre boulot au Palais, c'était du service public. Oui, là, on pouvait parler de petit coup de main à la cohésion nationale.

 

27 ans après, à quoi rime encore une pure "revue de presse" des seuls journaux ? Pourquoi pas les blogs ? Pourquoi pas une plus grande ouverture aux réseaux sociaux ? Ces derniers recèlent des trésors : il suffit d'aller les chercher. Ne privilégier que les bons vieux quotidiens papier, ou ce qu'il en reste, les mettre encore exagérément en exergue par rapport aux nouveaux vecteurs d'idées, donne l'impression d'un corporatisme de l'archaïque. Pour faire tenir, encore un peu (comme dans la chanson de Piaf), un château de cartes dont on feindrait d'ignorer l'effondrement.

 

L'exercice radiophonique majeur de la revue de presse doit être repensé de fond en comble. Moins corporatiste, plus ouvert, plus audacieux, plus de transgression.

 

La radio, dans ses modes d'action, doit être révolutionnaire, ou n'être pas. Elle doit être debout, fière, tonique, réveillée. Elle ne doit jamais donner l'impression de se reposer sur ses lauriers. Là, dans cet enthousiasme et cette passion, gisent les enjeux fondamentaux de ce média magique et troublant, vif comme l'éclair, bouleversant comme l'éclat d'une première rencontre. Allez, disons celle de Julien Sorel, tôt dans le roman, avec la femme de son destin.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

Bonjour Pascal et bonne année à vous!
Mes vœux, les plus chers: que vos deux projets prennent vite forme en 2018.
Nous direz-vous comment on peut vous aider.

Si j'ai bien compris, mélomane mais sans doute aussi musicien, vous avez à cœur de former un petit conservatoire.
Ce sera donc pour le plus grand bonheur de tous les mélomanes et musiciens qui seraient animés par d'autres passions que la seule exécution des notes et de la mélodie: une lecture révolutionnaire, une lecture sensible, une profonde respiration aux œuvres et approcher leurs créateurs... Rouvrir à ces occasions, le livre des siècles, des régions, les pages d'histoire, la géographie de l'activité humaine etc.

Votre deuxième projet: faire revivre le journalisme. Le vrai. Celui du chercheur, du penseur...Du témoin de l'instant... Celui qui cultive le jardin des doutes et non de mensonges ou du fabriqué composant les certitudes modernistes.
Vous le relevez si bien ici-même. Le pluralisme n'est pas mort, il se réincarne et réapparaît. Ne le laissez pas flétrir ou se faner.

Dans ce lien URL ci-dessous J-M Bourget l'explique tellement bien lui aussi: "la résistance ne suffit plus". Vos projets, Pascal, me semblent en donner la réponse: la créativité est le meilleur outil pour concentrer les talents, les bonnes volontés. Les contre-propositions comblent par essence, elles feront reculer les contempteurs...

De la créativité, vous n'en avez jamais manquée, dégainez à nouveau, même par ce temps difficile, et les pessimistes retrouveront le sourire. Les jeunes qui piaffent de pouvoir produire, sont à quai, ils ont besoin de la confiance réciproque. Parce que vous faites front, droit debout, ils vous suivront.

"Là-bas si j'y suis" est une création radiophonique itinérante rien qu'avec des auditeurs passionnés qui avaient soutenu Daniel Mermet lorsqu'il avait été licencié de France Info en 2010 pour avoir eu, en 2005, dans la grille des programmes une émission très suivie sur le référendum sur le Traité pour une Constitution Européenne (TCE). Daniel Mermet avait récidivé avec des émissions sociales et politique en duo avec Jacques Cotta de France2. lui-aussi, viré. Daniel Mermet vient fraîchement de gagner son procès aux prudhommes.

Vos deux projets:
Tout cela demande soutien et adhésion. Donc, n'oubliez pas de faire appel à vos lecteurs dont j'en suis et nombre de blogueurs d'ici et de Navarre sur la toile qui disposent de réseaux d'abonnés exigeants aux informations de qualité, ils vous rejoindront. Il faut multiplier les pôles de diffusion et les Hubs d'informations brutes et documentées, des reportages et interviewes des rencontres et débats à travers nos pays.

Dans son billet ici, Jacques-Marie Bourget illustre, à un moment donné, un exemple de musellement du confrère Guy Mettan. Un procédé méprisable qui doit cesser si on est nombreux, en temps que lecteurs, à s'en indigner.
Critiquer, Oui! Faire taire, Non!
https://www.les-crises.fr/le-president-jupi-taire-invente-la-censure-liberale-par-jacques-marie-bourget/

Écrit par : Beatrix | 08/01/2018

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