31/01/2018

Le journalisme sera local, ou ne sera pas

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 31.01.18

 

Rendre compte de ce qui se passe autour de nous. Pas au Japon. Pas en Papouasie. Non, juste là, quelque part entre Salève et Jura. Dans la géométrique beauté de ce triangle, entre jet d’eau et Fort de l’Écluse. Là où nous respirons. Là où nous vivons. Là où on peut nous voir, nous toucher, nous entendre. Critiquer des gens, des hommes de pouvoir par exemple, qu’on peut être amené à rencontrer, dans la rue, le jour de parution de l’article. Se faire des ennemis, non au Paraguay, mais ici, bien visibles, avec pignon sur rue, pouvoir de vengeance et de nuisance, capacité à vous dégommer, vous déboulonner, avoir votre peau. Mais aussi, reconnaître le talent, les vertus, les bienfaits de ceux qui sont là, autour de vous, tiens les artistes par exemple. Connaître le terrain, dans ses moindres aspérités. Cela se fait dans ce journal. Et chez d’autres aussi, parmi nos confrères. Cela porte un très beau nom : cela s’appelle le journalisme local.

 

Lorsque j’ai commencé au Journal de Genève, il y a très longtemps, la rubrique reine était l’Internationale. Elle ouvrait systématiquement la une, faisait l’objet du plus grand nombre d’analyses ou d’éditos. On y pénétrait comme dans un sanctuaire, sur la pointe des pieds. Il y régnait un parfum de chancelleries, avec son bruissement de nouvelles pour initiés. Plus éloignés se tenaient les horizons du discours, plus noble était réputé le commentaire. Trois décennies après, ou même quatre, cette hiérarchie a complètement changé. Faire du journalisme local, au plus proche des préoccupations des gens, est aujourd’hui reconnu comme vital, apprécié. Cette proximité est encore plus puissante dans un théâtre d’opérations comme celui de Genève : dans ce bassin d’un demi-million d’habitants, tant de gens se connaissent, cela crée le sentiment d’appartenir à une famille, ou tout au moins à une communauté dramaturgique où chaque personnage serait identifiable. Seule une ville-canton permet ce genre de petit miracle.

 

En vieillissant dans le métier, je me suis rendu compte que la seule vraie richesse était celle des hommes et des femmes que nous avons autour de nous. Chaque individu est un univers. Tendez-lui un micro, en prenant la peine de l’écouter, il en sortira toujours quelque chose de précieux. Point besoin de lointaine Amazonie, la rencontre commence ici et maintenant. C’est aussi cela l’approche locale, comme le pratique le journal que vous avez entre les mains : parole et visibilité pour tous, visage aux anonymes, micro tendu aux sans-voix. Plus que d’autres, le journalisme local permet la dimension humaniste du métier, celle qui restitue l’intrinsèque puissance de l’individu, chacun unique face à la masse de l’univers. Alors oui, je dis « Vivent les localiers ! », vivent ceux qui vont voir, au plus près de nos préoccupations. Le public nous en est reconnaissant : il apprécie la compétence sur le terrain, la connaissance des hommes et des femmes, la cartographie au quotidien de ce qui nous entoure, et détermine le champ de nos consciences.

 

Pascal Décaillet

 

12:47 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Beau plaidoyer. Il est vrai que vous avez su donner des lettres de noblesse à ce journalisme là.

Écrit par : Le renquilleur | 01/02/2018

< Critiquer des gens, des hommes de pouvoir par exemple, qu’on peut être amené à rencontrer, dans la rue, le jour de parution de l’article >. A lire l'article de Pierre Rütschi sur Luc Barthassat dans la Tribune du 1er février, on dirait que vous êtes suivi !

Écrit par : Daniel | 02/02/2018

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