31/01/2018

Le journalisme sera local, ou ne sera pas

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 31.01.18

 

Rendre compte de ce qui se passe autour de nous. Pas au Japon. Pas en Papouasie. Non, juste là, quelque part entre Salève et Jura. Dans la géométrique beauté de ce triangle, entre jet d’eau et Fort de l’Écluse. Là où nous respirons. Là où nous vivons. Là où on peut nous voir, nous toucher, nous entendre. Critiquer des gens, des hommes de pouvoir par exemple, qu’on peut être amené à rencontrer, dans la rue, le jour de parution de l’article. Se faire des ennemis, non au Paraguay, mais ici, bien visibles, avec pignon sur rue, pouvoir de vengeance et de nuisance, capacité à vous dégommer, vous déboulonner, avoir votre peau. Mais aussi, reconnaître le talent, les vertus, les bienfaits de ceux qui sont là, autour de vous, tiens les artistes par exemple. Connaître le terrain, dans ses moindres aspérités. Cela se fait dans ce journal. Et chez d’autres aussi, parmi nos confrères. Cela porte un très beau nom : cela s’appelle le journalisme local.

 

Lorsque j’ai commencé au Journal de Genève, il y a très longtemps, la rubrique reine était l’Internationale. Elle ouvrait systématiquement la une, faisait l’objet du plus grand nombre d’analyses ou d’éditos. On y pénétrait comme dans un sanctuaire, sur la pointe des pieds. Il y régnait un parfum de chancelleries, avec son bruissement de nouvelles pour initiés. Plus éloignés se tenaient les horizons du discours, plus noble était réputé le commentaire. Trois décennies après, ou même quatre, cette hiérarchie a complètement changé. Faire du journalisme local, au plus proche des préoccupations des gens, est aujourd’hui reconnu comme vital, apprécié. Cette proximité est encore plus puissante dans un théâtre d’opérations comme celui de Genève : dans ce bassin d’un demi-million d’habitants, tant de gens se connaissent, cela crée le sentiment d’appartenir à une famille, ou tout au moins à une communauté dramaturgique où chaque personnage serait identifiable. Seule une ville-canton permet ce genre de petit miracle.

 

En vieillissant dans le métier, je me suis rendu compte que la seule vraie richesse était celle des hommes et des femmes que nous avons autour de nous. Chaque individu est un univers. Tendez-lui un micro, en prenant la peine de l’écouter, il en sortira toujours quelque chose de précieux. Point besoin de lointaine Amazonie, la rencontre commence ici et maintenant. C’est aussi cela l’approche locale, comme le pratique le journal que vous avez entre les mains : parole et visibilité pour tous, visage aux anonymes, micro tendu aux sans-voix. Plus que d’autres, le journalisme local permet la dimension humaniste du métier, celle qui restitue l’intrinsèque puissance de l’individu, chacun unique face à la masse de l’univers. Alors oui, je dis « Vivent les localiers ! », vivent ceux qui vont voir, au plus près de nos préoccupations. Le public nous en est reconnaissant : il apprécie la compétence sur le terrain, la connaissance des hommes et des femmes, la cartographie au quotidien de ce qui nous entoure, et détermine le champ de nos consciences.

 

Pascal Décaillet

 

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25/01/2018

Occasion ratée

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Commentaire publié dans GHI - 24.01.18

 

La Suisse, à ma connaissance n’est pas le 51ème État américain. Elle ne fait pas, non plus, partie du Royaume-Uni. Ni du Commonwealth. On y parle quatre magnifique langues, surgies de notre Histoire : le français, l’allemand, l’italien, le romanche. C’est dans ces langues que le génie suisse s’exprime. Si vous êtes un personnage officiel de notre pays, vous avez de la chance : vous avez le choix, où que vous soyez en Suisse, entre quatre langues pour prendre la parole.

 

Bref, je n’ai pas aimé du tout entendre notre Président de la Confédération (contre lequel je n’ai rien, loin de là) s’exprimer en anglais dans son discours à Davos. Oh, il le parle fort bien. Mais il parle encore mieux le français, sa langue maternelle, ou l’allemand, qu’il maîtrise parfaitement, sans doute aussi a-t-il d’excellentes notions d’italien. Plus que tout autre, par sa culture personnelle, et sa richesse de connaissances sur ce qui touche la Suisse, Alain Berset avait, à Davos, une occasion : celle de délivrer, dans l’une de nos langues nationales, un message puissant face à l’aréopage cosmopolite de ce Forum.

 

Si j’avais été à sa place, j’aurais même dit quelques mots en romanche, cette langue superbe jaillie des entrailles rhétiques des Grisons. Histoire de bien leur montrer, à tous ces anglophones planétaires, à quel point la Suisse est belle et variée, respectueuse de ce qui est petit. Ancrée dans ses traditions, aussi, pour justement se projeter vers l’Autre. Oui, une occasion ratée. Au profit, hélas, d’une allégeance.

 

Pascal Décaillet

 

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24/01/2018

La politique, ça s'apprend dès l'école !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.01.18

 

En Suisse, c’est à partir de l’âge de 18 ans qu’on peut voter. Mais c’est bien en amont qu’il faut initier les jeunes à décortiquer le langage politique ! Comment imaginer, en 2018, dans un monde envahi par les messages, submergé d’invitations à voter pour X ou Y, que subitement, un jeune soit irradié, le jour de ses 18 ans, par les lumières de la compréhension politique ? Comment le serait-il, à moins d’un parcours personnel (ce qui est rare), si, dans les années précédentes, il n’a pas été initié à une lecture critique de ce que le monde politique pourra lui délivrer, toute sa vie, comme propagande ? Ce travail passionnant, aux confins de l’Histoire et de la linguistique, le seul acteur qui peut l’entreprendre à une grande échelle, de façon égalitaire, citoyenne, c’est l’école. Quelle école ? Mais celle de la République, l’école pour tous, celle qui est réputée nous donner des clefs pour nous aider à affronter la vie.

 

Ce travail d’initiation, il faut qu’il soit vivant, plaisant, excitant. Il doit faire de l’élève un acteur, et non juste un récepteur à qui on inculquerait, comme à une oie gavée, les notions de base sur le Grand Conseil, le Conseil d’Etat, le National, les Etats, le Conseil fédéral, etc. Beaucoup d’enseignants le font déjà, avec des débats citoyens, comme dans les parlements de jeunes, sur des thèmes d’actualité. Les élèves y tiennent des rôles, prennent position, apprennent à argumenter en écoutant l’adversaire, ce qui est loin d’être si facile.

 

Tout cela, c’est très bien. Mais il faut aller beaucoup plus loin : la parole médiatique, celle des journaux, des sites, des radios, des TV, doit être abordée de façon critique. Pour cela, il faut prendre le temps d’écouter des émissions, ou les visionner, démonter les mécanismes du langage, analyser le discours. Non pour condamner tel intervenant, mais simplement pour comprendre comment le langage, notamment l’oralité, fonctionne. Ces ateliers, qui existent déjà, doivent se multiplier : ça n’est pas un luxe, mais une absolue priorité pour former les citoyens de demain.

 

Il se n’agit pas de « faire de la politique à l’école ». Mais de faire de l’école le lieu privilégié où l’on acquiert les outils de compréhension du langage politique. Le sens critique, ça s’apprend. Ça s’aiguise. Et cet apprentissage, mené par des profs enthousiastes et éveillés, dans des ateliers et surtout pas dans des cours, doit avoir les vertus d’une mise en appétit. Ces lieux de vie, autour du langage, où la parole se capte avec un micro, puis s’écoute à plusieurs, doivent mettre en jeu le rapport de chacun avec l’expression orale. Chacun doit y être respecté. La formation doit se faire dans l’esprit d’un humanisme révélateur des qualités individuelles. Il faut qu’on s’y engage, qu’on y mette du sien, qu’on s’y engueule un peu, qu’on y éclate parfois de rire. Comme dans la vie. Oui, je rêve que l’école consacre beaucoup plus de temps à former des citoyennes et des citoyens. Et pas seulement des consommateurs. Ou des clients.

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/01/2018

En être, ou ne pas être

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Commentaire publié dans GHI - 17.01.18

 

Il y a, dans le Forum de Davos, quelque chose de fascinant. Non qu’il existe, il en a bien sûr le droit. Non qu’il concentre, l’espace de quelques jours, une galaxie de pointures rappelant les plus étincelants bottiers de Milan. Non qu’il rayonne, depuis tant d’années, par une singulière légitimité auto-proclamée, dépassant de loin celle de toute réunion privée, ou mondaine, sur la planète. Rien de tout cela, non, non, non.

 

Ce qui stupéfie, c’est l’empressement des politiques, au plus haut niveau de la Confédération, à vouloir à tout prix paraître dans ce cliquetis qui brille et virevolte. En être, ou ne pas être ! A cet égard, il était particulièrement choquant d’entendre, sur une onde publique, un confrère déclarer que notre Président, Alain Berset, allait tout faire pour obtenir un entretien avec Donald Trump.

 

Choquant, parce que le Président des Etats-Unis a choisi de venir sur territoire suisse. A ce titre, c’est à lui, comme n’importe quel autre chef d’Etat, d’annoncer sa venue à M. Berset, et de solliciter un entretien, même de simple courtoisie, avec lui.

 

Mais l’inverse, Alain Berset accourant vers Donald Trump au milieu des pingouins dans les cocktails, voilà qui confirme Davos comme un îlot entre ploutocrates, indifférents aux nations et aux convenances, agissant, partout sur la planète, comme bon leur semble. Parce qu’ils seraient au-dessus des lois. Nous, les Suisses, sommes citoyennes et citoyens d’un tout petit pays. Mais tous, nous tenons à son honneur, surtout face aux géants, dans le concert des nations.

 

Pascal Décaillet

 

 

19:06 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/01/2018

Être conservateur

 

Sur le vif - Jeudi 18.01.18 - 15.03h

 

Être conservateur, pour moi, ça n'est pas revenir au passé. Je l'ai déjà écrit ici : j'étais enfant dans les années soixante, elles me laissent certes une profonde nostalgie, mais je ne prétends pas pour autant qu'elles aient été meilleures qu'aujourd'hui.

 

Sur ce qui me passionne, en tout cas, l'acquisition des connaissances, les passerelles entre les différents domaines, il n'y a pas photo : enfant, puis ado, je passais mes jeudis et samedis à la Bibliothèque municipale, je dévorais les journaux et les encyclopédies. Aujourd'hui, tout cela, chacun d'entre nous l'accomplit face à son écran : internet est une invention absolument géniale pour tout esprit un peu curieux ! A cet égard, par exemple, pas question de refuser le progrès.

 

Non. Être conservateur, pour moi, ça n'est pas une marche arrière vers le passé. Mais, assurément, c'est le connaître. Dans toute sa complexité. En écoutant toutes les voix de nos ancêtres, celles des vaincus comme celles des vainqueurs, celles des maudits comme celles des sanctifiés. Rien de moins idéologique que la démarche historique : comprendre les événements d'Algérie (1954-1962), par exemple, en se passionnant tout autant pour la vision des générations de colons, entre 1830 et 1962, que pour celle des différentes factions de la Résistance algérienne, depuis l'Emir Abdel Kader jusqu'aux Accords d'Evian, en passant par les grandes figures de Messali Hadj et de Ferhat Abbas.

 

Être conservateur, c'est prendre acte du passé. Le monde n'a pas commencé avec nous. Il existe de puissants antécédents à notre irruption, il y a des chaînes de causes et de conséquences : tout cela, il faut l'étudier, en profondeur.

 

Lorsque les guerres des Balkans ont éclaté, en 1990, il y avait ceux, très rares, qui avaient étudié de près l'Histoire complexe et passionnante de cette région. Et puis, en face, la masse de ceux qui n' y connaissaient rien, et n'ont jugé ces guerres que sur les présupposés moraux que nous balançaient les intellectuels parisiens à chemise blanche, immaculée. Celui qui connaît l'Histoire se méfiera des jugements moraux. Il usera d'autres clefs de lecture.

 

Être conservateur, ça n'est pas refuser le présent : ce serait folie. Mais vouloir le vivre en respectant certaines valeurs qui vous semblent essentielles. L'humain, au centre de tout. Son épanouissement. La définition, par les communautés humaines, de projets collectifs, la seule réussite individuelle n'étant qu'un leurre. Le refus de l'économie spéculative, de casino. La présence de frontières, non pour isoler ni pour couper, mais pour définir les lieux d'appartenance. Le respect de l'environnement et des paysages. L'accès à la culture, pour tous. La lecture, à voix haute, dès les petites classes de l'école, des grands textes, avec la ponctuation bien marquée par la respiration. Avec le rythme, les silences, la mise en valeur de chaque syllabe, au bon endroit. Des lieux pour la musique, qui est au fond ma passion première : n'appelle-t-on pas cela un "Conservatoire" ?

 

Le Conservatoire, tiens musical par exemple, que doit-il nous transmettre ? Les compositeurs du passé, certes. Mais aussi, ceux d'aujourd'hui ! Toute musique est contemporaine. Et là, dans cet exemple, il s'agit tout autant de faire connaître, en les "conservant", les créations les plus audacieuses, les plus récentes, avec ce qu'elles impliquent de transgression pour nos oreilles, que les chefs d’œuvre de Brahms ou de Haendel.

 

Être conservateur, ça n'est pas aimer la poussière. C'est prendre la peine, délicatement, de souffler sur elle pour partager l'éclat de vie que les modernistes voudraient donner pour mort. Être conservateur, c'est cheminer vers l'idée, totalement révolutionnaire en soi, transgressive, insensée, de résurrection.

 

Pascal Décaillet

 

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17/01/2018

Cyril Aellen, meilleur élu : amplement mérité !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.01.18

 

Nous l’avons, ici même, il y a près de sept ans, repéré comme l’un des plus grands espoirs de la politique genevoise. Après avoir été, fort jeune, le dernier président du parti libéral genevois, il a traversé le désert, nous l’avons soutenu. Et puis, à la fin de la précédente législature, il a accédé au Grand Conseil. Immédiatement, il y a montré des qualités reconnues par tous, ceux de son bord comme ses adversaires : intelligence, clairvoyance, lisibilité. Sur le fond, un libéral plutôt dur. Sur la forme, un immense respect dans le dialogue, une écoute des arguments adverses, ne serait-ce que pour mieux les démonter. Bref, Cyril Aellen est le meilleur. Ce que nous affirmons, dans ces colonnes, depuis des années, ce sont maintenant ses pairs qui l’établissent : le député PLR, spécialiste notamment des Finances, est élu, par les siens, meilleur député de la législature 2013-2018, dans un classement annoncé lundi 15 janvier par la Tribune de Genève.

 

J’ai la chance de bien connaître Cyril Aellen. L’homme impressionne par son côté direct, franc et loyal, soutenu par la rectitude du regard, la clarté du verbe. Dans l’exercice de l’interview, la réponse est courte, charpentée sur l’essentiel, sans langue de bois, ni fioritures. Cela signifie que notre homme croit à la valeur intrinsèque de l’argument, parie sur l’intelligence du récepteur, sans chercher à l’entourlouper dans d’inutiles circonvolutions. A cet égard, il rappelle un autre député PLR, le philosophe Jean Romain, sans doute aussi un certain Pascal Couchepin, lui-même disciple de Mendès France. Cette mise en valeur, sobre et simple, de la démonstration, constitue un atout majeur de la méthode Aellen. Jamais la moindre attaque personnelle. Jamais d’écart. Juste la précision ciselée du propos.

 

Cyril Aellen est, profondément, un libéral. Au sens de la responsabilité individuelle. Cela m’a maintes fois amené, dans des discussions passionnantes avec lui, à l’affronter sur le rôle de l’Etat (capital à mes yeux, moindre aux siens), l’étendue de ce qui doit être régulé. Sur ce point, oui, nous divergeons. Mais quel plaisir, toujours, de confronter ses arguments aux siens, dans une recherche commune de l’intérêt public. Car cet avocat, à cet égard entrepreneur, ne saurait en aucune manière réduire la réussite humaine à l’aventure individuelle : il croit en la politique, en sa capacité de changer les choses. Nous sommes, avec lui, à des années-lumière du capitalisme de casino, avec ses boursicoteurs allumés comme des cigales par le cours de l’action. Dans le rapport de Cyril Aellen à la responsabilité individuelle, il y a toute la profondeur d’une origine rurale, on oserait presque dire « agrarienne ». Il y a, aussi, les lumières de l’héritage protestant. Bref, voilà un homme sur qui Genève peut compter. Sa première place, comme la deuxième de Jocelyne Haller et la troisième de Sophie Forster Carbonnier, est totalement méritée. Il est bon, parfois en politique, de parler aussi de ce qui se porte bien. En l’espèce, l’excellence, au service du bien commun.

 

Pascal Décaillet

 

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14/01/2018

Vanité des étendards

 

Sur le vif - Dimanche 14.01.18 - 18.22h

 

Longtemps passionné par l'Histoire des partis politiques (en Suisse, en France, en Allemagne), illuminé par les études d'Olivier Meuwly sur les sources et l'évolution du radicalisme en Suisse, je crois de moins en moins aux bons vieux partis, avec leurs fidèles membres, leurs grands-messes, leurs assemblées de délégués, comme relais du débat démocratique.

 

Oh, pour quelques décennies, ils seront sans doute encore là. Mais la politique change ! La démocratie directe, à commencer par la pratique de l'initiative populaire, fonctionne beaucoup plus par regroupements d'énergies autour d'un objectif, que par l'adhésion de toute une vie à telle paroisse, telle chapelle, avec ses médailles reconnaissantes pour trente, quarante ans de sociétariat.

 

Et puis, il y a les réseaux sociaux. Aujourd'hui, ile ne remplacent pas les partis. Mais demain ? Après-demain ? Sortis de l'âge du poste à galène (cf mon dernier texte sur le sujet), ils vont constituer, dans les années qui viennent, un mode de partage et d'acquisition des connaissances, de fédération des énergies dans tel ou tel combat ponctuel, qui pourrait bien rendre caduques les bonnes vieilles réunions hebdomadaires de comitards, avec leurs banderoles qu'on sort dans les grandes occasions, comme d'autres sortent la Madone pour la Fête-Dieu, leurs Cènes de la vie partisane, leurs petites trahisons, leurs Judas, leurs Passions à la petite semaine.

 

De quoi sont nés les partis ? De la liberté de réunion et d'association issue de la Révolution française. De la nécessité, aux aurores de la République, de se fédérer sous une bannière, la Gironde ou la Montagne, le Club des Jacobins. Dans les villages, défiler dans une même fanfare, avec son lieu de répétition à quelques dizaines de mètres de la fanfare rivale. Et puis, se réunir, boire des verres, monter des coups. Héroïque époque, avec ses grognards, sa geste et sa légende.

 

Tout cela, oui. Mais aujourd'hui ? Demain ?

 

Les partis ne sont pas morts, loin de là. Mais déjà, j'entrevois le temps où la politique se fera autrement que par batailles rangées sous la couleur des étendards. Gestion par objectifs, comme dans les initiatives ! Il n'est, au fond, exigé de personne, sauf dans un surmoi où le rêve le dispute à la folie, de passer sa vie dans le même parti, privilégiant ainsi la cimentation paroissiale, et la permanence du clan, à l'intérêt supérieur d'une communauté humaine.

 

Un jour, la politique se fera sans les partis. Mais rassurez-vous, pas tout de suite. Je vous laisse. J'ai mon Stamm.

 

Pascal Décaillet

 

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L'intérêt supérieur du public

 

Sur le vif - Dimanche 14.01.18 - 10.05h

 

Pendant mes premières années au Journal de Genève, puis mes 17 ans à la RSR, puis mes 12 ans comme entrepreneur indépendant, je n'ai jamais varié d'un iota dans ma manière de faire du journalisme. Selon que je travaille pour un média public ou privé.

 

Dans les deux cas de figure, j'ai toujours exercé mon métier en m'adressant à des citoyennes et des citoyens, sur des sujets jugés par moi comme relevant de l'intérêt collectif. La politique. Mais aussi la culture. A des citoyens, et jamais à des "clients" !

 

À GAC, ces derniers mois, nous avons fait des émissions spéciales sur le soufisme en Égypte suite aux attentats du Sinaï, sur Boko Haram et les horreurs commises dans le Sahel, sur l'islamisme meurtrier dans la corne de l'Afrique (suite aux attentats de Mogadiscio), sur les multiples visages du Liban, sur l'Iran, sur la politique américaine au Moyen Orient, sur l'indépendantisme catalan. Sur la crise de l'industrie lourde à Genève. Nous avons présenté des artistes, des musiciens, des chefs d'orchestre, des metteurs en scène, de passage à Genève. Tout cela, en plus de la couverture intensive de l'actualité politique genevoise, et fédérale aussi.

 

Où est la berlusconisation ?

 

Mes confrères et consœurs de Léman Bleu, œuvrant pour d'autres émissions de la chaîne, travaillent tous, avec passion, dans le même état d'esprit : au service du public, de l'information, de la proximité. Je pense pouvoir dire la même chose des gens de La Télé, de Canal 9, etc.

 

En quoi, parce que c'est privé, est-ce de moindre exigence, dans l'ordre de l'intérêt supérieur du public et de l'ouverture à l'autre, que si c'était public ?

 

Pascal Décaillet

 

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12/01/2018

Eloge des réseaux sociaux

 

Sur le vif - Vendredi 12.01.18 - 12.55h

 

Les réseaux sociaux, j'y crois dur comme fer. Ils peuvent devenir le vecteur d'informations et de partage citoyen de demain. La possibilité, pour chacun, de contribuer à une forme d'intelligence collective, constitue une avancée majeure. Je plaide ici contre la cléricature longuement détenue par ma profession, c'est ainsi, c'est le sens de l'Histoire.

 

Seulement voilà. Pour que les réseaux accèdent au stade de médias, il faudrait qu'ils s'activent à sortir de leur maladie infantile : mélange total entre vie privée et publique, fausses nouvelles (ne le nions pas, tout de même), primat de l'éruptif sur le réflexif, etc.

 

Maladie infantile : je fais souvent la comparaison avec les premiers postes à galène, apparus au début du vingtième siècle, ancêtres de la radio.

 

Quelques originaux avaient chez eux un émetteur TSF. Ils s'en servaient pour des conversations privées, entre eux, sans le moindre intérêt collectif. Et puis, un jour, avec exactement la même technique, on a commencé à inventer la radio, au tout début des années 1920. Et puis, un autre jour encore, ces radios ont commencé à faire de l'information.

 

Comme les structures coûtaient très cher, et que l'enjeu était une aubaine pour toutes sortes de propagandes (et pas seulement dans les régimes totalitaires), ce sont les Etats qui ont géré les radios, puis (dès le début des années 50) les TV. Cela s'est appelé l'ORTF. Cela s'est appelé la BBC. Cela s'est appelé la RAI. Cela s'est appelé la SSR. Elle était loin, très loin, l'époque individualiste des conversations farfelues, sur les postes à galène.

 

Les réseaux sociaux, comme les premiers postes à galène, doivent évoluer vers les notions d'intérêt collectif et de service public. Ils doivent à tout prix conserver le génie de liberté d'expression et d'universalité des auteurs qui constitue, aujourd'hui, leur puissance d'attraction. Oui, un média pour tous, et non pour les seuls clercs. Mais cheminant, au fil des ans, de la carte postale purement privée, vers une aventure plus collective, plus orientée sur la recherche de l'intérêt commun. Cela, tout en laissant la parole à tous.

 

Les médias traditionnels peuvent se contorsionner tant qu'ils le veulent, se draper dans leur rôle de gardiens du Temple, ils ne freineront pas l'émergence des réseaux. Pas plus que les journaux, il y a un siècle, n'ont empêché l'avènement de la radio. Ni la radio, celui de la TV. Ni tout cela, l'arrivée d'Internet en 1995.

 

Nous en sommes encore au poste à galène. À l'ère infantile. Mais les réseaux vont évoluer, dans les années qui viennent. A cet égard, la responsabilité individuelle de chaque contributeur est en cause. A chacun d'entre nous de décider quelle pierre - ou quelle fenêtre - il entend apporter à cette passionnante architecture collective.

 

Pascal Décaillet

 

 

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11/01/2018

Ecrire pour tous

 

Sur le vif - Jeudi 11.01.18 - 10.49h

 

Lorsque je m'exprime, dans un commentaire politique, ici ou ailleurs, je ne le fais JAMAIS à l'attention de mes seuls pairs. Ni d'un parti. Ni de la droite. Ni de la gauche. Ni d'une quelconque faction.

 

Lorsque j'écris, c'est pour tous. Toutes les citoyennes. Tous les citoyens. Toutes les tranches d'âge. Toutes les nationalités. Toutes les conditions sociales, avec un grand respect pour les plus modestes, les plus délaissées. Toutes les religions, ou absences de religion, sans JAMAIS en stigmatiser aucune.

 

Toutes les personnes qui veulent bien - et je les en remercie - prendre deux ou trois minutes pour me lire.

 

Trop de journalistes, tétanisés par l'ambiance de Jugement dernier de certaines séances de rédaction, n'écrivent, ou ne prennent la parole, que pour plaire à leurs pairs. Ou à l'armée de séraphins de leurs hiérarchies.

 

Cette forme d'angoisse face aux semblables ne produit que de l'autocensure et de la complaisance. Elle est négatrice de liberté, castratrice , étouffante. Elle suinte le cercle fermé, sans la moindre fenêtre ouverte sur la vraie vie, celle qui palpite en-dehors de nos consciences.

 

Pascal Décaillet

 

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Prends garde à toi !

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Commentaire publié dans GHI - 10.01.18

 

Celui qui veut monter Carmen est libre. Tout créateur est libre. Il a le droit de faire de Carmen un homme, d’en faire à la fin la tueuse plutôt que la victime, de placer l’action en Norvège plutôt qu’en Espagne, aucun problème. Ainsi fonctionnent les variantes : tout étudiant s’étant frotté aux mythes grecs, avec leur infinité de possibles, le sait bien.

 

Simplement, si on touche la moindre virgule au texte de Mérimée, ou la moindre note à la musique de Bizet, ça n’est plus ce Carmen-là. Mais une autre, qui a parfaitement le droit d’être. Toute œuvre est adaptation, toute nouvelle lecture passe par une forme de transgression. Toute nouvelle variante passe par la petite mort de l’auteur initial, ou tout au moins du précédent.

 

D’ailleurs, qu’est-ce qu’un auteur initial ? Ni Molière ni Mozart ne sont celui de Dom Juan, ni Hölderlin ni Brecht ne sont ceux d’Antigone, et sans doute pas même Sophocle. Versions antérieures, orales, perdues, retrouvées dans des légendes balkaniques. Infinité du prisme : c’est cela, la troublante fragilité du mythe.

 

Donc, oui, on peut revisiter la fin de Carmen comme on l’entend. Il ne faut juste plus la présenter comme celle créée le 3 mars 1875 à l’Opéra-Comique. Et, il faut, surtout, se montrer artistiquement à la hauteur de la dénaturation. En l’assumant. En lui donnant du sens. Et pas seulement, pour faire plaisir au vent des modes. Et là, toi le metteur en scène, si tu transgresses cela, alors oui, prends garde à toi !

 

Pascal Décaillet

 

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10/01/2018

Météo : Davos coupé du monde !

 

Sur le vif - Mercredi 10.01.18 - 12.33h

 

Il est très choquant d'entendre, à la radio, qu'Alain Berset va tout faire pour "décrocher un entretien, à Davos, avec Donald Trump".

 

On espère bien que le Président américain, s'il vient à Davos, rencontre le Président de la Confédération !

 

C'est bien la moindre des choses que tout chef d'Etat étranger, se rendant en Suisse, prenne soin d'annoncer sa venue à son homologue helvétique. Et sollicite, lui (et pas le contraire !), un entretien, même bref, même de simple courtoisie. Ca n'est pas à M. Berset d'aller, sur son propre territoire, mendier une telle rencontre.

 

Toute solution contraire accréditerait Davos comme une sorte d'aréopage ploutocratique, au-dessus des lois, des convenances et des nations, où une arrogance cosmopolite mondialisée n'en ferait qu'à sa guise.

 

Mais, rassurez-moi : Davos, ça n'est pas cela ? Hmmm ?

 

Pascal Décaillet

 

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Les fausses nouvelles ? Mais elles sont partout !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.01.18

 

D’abord, efforçons-nous de parler français. On nous permettra donc de préférer les mots « fausses nouvelles » à « fake news ». Et puis surtout, conservons toujours un œil critique sur le pouvoir, toutes les formes de puissance en ce monde, leurs outils de manipulation de l’opinion. C’est l’une des fonctions du journalisme politique que d’exercer cette vigilance, inviter au décryptage, pour mieux comprendre. Depuis quelque mois, les mots « fake news » se multiplient dans le monde comme des petits pains. Alors parlons-en oui, mais avec la distance de ceux qui refusent d’être dupes.

 

L’homme qui a fait déborder le vase, c’est Emmanuel Macron. En annonçant sa volonté de légiférer sur les fausses nouvelles, le jeune Président français laisse entendre qu’il appartiendrait au pouvoir politique, donc à lui et ses affidés, de statuer sur ce qui est vrai ou faux, juste ou exagéré, digne d’être publié, ou jeté à la poubelle. Tout cela, en invoquant la foison de mensonges sur les réseaux sociaux, qui en effet constitue un problème. « ll y a des choses fausses, donc nous allons faire une loi », nous assène-t-il en substance. D’aucuns applaudissent, parmi les plus candides, comme si on n’avait jamais vu un texte législatif, dans l’Histoire, avoir raison de la bonne ou de la mauvaise foi, de la vérité sur l’invention, de l’intérêt public sur la manipulation.

 

Que nous devions, tous ensemble, pas seulement les journalistes mais toute la société civile, lutter contre les fausses nouvelles, est une certitude. Mais pas comme cela. Pas par une loi, décidée par la majorité de pouvoir d’un moment. Seule l’auto-régulation de chaque espace d’expression (journal, chaîne radio ou TV, blog, site internet) doit exercer la responsabilité éditoriale de ce qui est publié. Si, dans ces espaces, il est contrevenu à la loi, chacun est libre de saisir le juge. Si une contre-vérité est proférée, chacun doit être libre de le souligner. Mais de grâce, pas avec la loi, pas avec des juges ! Ou alors, en ultime ressort, en cas d’attaques à la personnalité. Mais pas sur la base d’un simple désaccord politique. Nous avons besoin d’une société du respect et de la confiance mutuelle (qui n’exclut nullement l’affrontement, même vif), et non d’une République des juges.

 

Enfin, il convient de rappeler que les fausses nouvelles, dans l’Histoire humaine, n’ont rien de… nouveau ! Toujours et partout, là où il y a un Prince et ses vassaux, là où s’affrontent des intérêts, là où il y a de quoi s’enrichir, elles ont existé. Dans les communiqués du pouvoir, dans les conférences de presse, dans l’amabilité feinte des puissants, dans la presse écrite, dans les bons vieux quotidiens papier, à la radio, à la TV, sur les sites, et en effet (parmi tout cela), sur les réseaux sociaux. Une vraie vigilance citoyenne s’appliquera en effet à ces derniers. Mais pas plus, au fond, qu’aux médias traditionnels, aux circulaires ou directives d’un ministre, ou à tout acte de parole émanant de celui – ou celle – qui détient une parcelle de pouvoir. Excellente Année à tous !

 

Pascal Décaillet

 

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08/01/2018

Radio : la Révolution ou la Mort

 

Sur le vif - Lundi 08.01.18 - 06.24h

 

Avec mes collègues du Palais fédéral, j'ai lancé en février 1991 la revue de presse alémanique, tous les matins en direct 07.20h et 08.20h, à la RSR. Auparavant, elle était diffusée à 18.20h, et n'était pas en direct : une revue de presse, le soir !

 

C'était un autre monde, internet n'existait pas, notre lieu de travail était le studio RSR du Palais fédéral, au troisième étage, directement sous la Coupole. Nous adorions ce minuscule espace, vétuste, où régnait une odeur de "cheval mort". J'y ai pris le micro des milliers de fois, construit ma passion du direct, laissé certains de mes plus beaux souvenirs radiophoniques. Nous vivions en consanguinité avec les élus fédéraux, c'est vrai. Les uns sur les autres.

 

J'habitais près du Palais. Le matin, lever un peu avant 5 heures. Je devais passer prendre physiquement un gros paquet ficelé de journaux alémaniques, au sous-sol de la gare de Berne, puis trimbaler le colis au Palais fédéral, à travers les rues désertes et magnifiques de la Vieille Ville de Berne. Souvent, j'entrais au Palais en même temps que Jean-Pascal Delamuraz, Adolf Ogi ou Flavio Cotti, le plus matinal de tous. Nous nous adressions toujours un cordial salut.

 

Et puis, dans le studio encore désert, seul avec la machine à café, pour décortiquer le Bund, la NZZ, le Tages Anzeiger, le Blick, la Basler Zeitung, etc. A 07.20h et 08.20h, le direct antenne, en duplex avec Lausanne.

 

De Berne, le revuiste de presse assumait lui-même la régie, avant l'arrivée de Renato, notre technicien, d'une humanité et d'une gentillesse que je n'oublierai jamais. Mes collègues s'appelaient Romaine Jean, cheffe d'équipe à mon arrivée, Alain Hertig et André Beaud, trois remarquables journalistes. C'était une très belle époque, fructueuse, imaginative. Nous avons bossé comme des cinglés, beaucoup ri, tellement appris.

 

J'aimais passionnément l'exercice de la revue de presse alémanique. Il s'agissait de parler aux Romands de journaux dont ils n'avaient qu'une idée très lointaine. Jeter des ponts, entre des visions différentes du pays. Oui, cela, ainsi que tout notre boulot au Palais, c'était du service public. Oui, là, on pouvait parler de petit coup de main à la cohésion nationale.

 

27 ans après, à quoi rime encore une pure "revue de presse" des seuls journaux ? Pourquoi pas les blogs ? Pourquoi pas une plus grande ouverture aux réseaux sociaux ? Ces derniers recèlent des trésors : il suffit d'aller les chercher. Ne privilégier que les bons vieux quotidiens papier, ou ce qu'il en reste, les mettre encore exagérément en exergue par rapport aux nouveaux vecteurs d'idées, donne l'impression d'un corporatisme de l'archaïque. Pour faire tenir, encore un peu (comme dans la chanson de Piaf), un château de cartes dont on feindrait d'ignorer l'effondrement.

 

L'exercice radiophonique majeur de la revue de presse doit être repensé de fond en comble. Moins corporatiste, plus ouvert, plus audacieux, plus de transgression.

 

La radio, dans ses modes d'action, doit être révolutionnaire, ou n'être pas. Elle doit être debout, fière, tonique, réveillée. Elle ne doit jamais donner l'impression de se reposer sur ses lauriers. Là, dans cet enthousiasme et cette passion, gisent les enjeux fondamentaux de ce média magique et troublant, vif comme l'éclair, bouleversant comme l'éclat d'une première rencontre. Allez, disons celle de Julien Sorel, tôt dans le roman, avec la femme de son destin.

 

Pascal Décaillet

 

 

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07/01/2018

La Vérité du dimanche a parlé

 

Sur le vif - Dimanche 07.01.18 - 11.50h

 

L'éditorialiste de la Bible hebdomadaire nommée Matin dimanche nous gratifie d'une vive condamnation des "fake news", qui infestent les réseaux sociaux.

 

Il est vrai que dans son journal, vérité unique et révélée du Septième Jour, tout est, tout a toujours été, parfaitement exact.

 

Jamais manipulés par un conseiller d'Etat genevois expert en communication. Jamais versé dans l'hystérie au sujet de thèmes de société à la mode, tiens le harcèlement, par exemple. Jamais de foi aveugle dans des "témoignages anonymes". Jamais collaboré à l'entreprise de démolition d'un magistrat valaisan, UDC, ou PDC bien conservateur.

 

Des fausses nouvelles sur les réseaux ? Assurément. Comment dire le contraire ? Mais surtout, des fausses nouvelles partout. Et toujours. Dans la communication politique. Dans tout acte de pouvoir. Dans les conférences de presse, qui ne sont que mise en scène de la vérité imposée par les puissants. Dans l'usage de "témoignages anonymes" pour détruire la carrière et la réputation d'un homme. Dans la foi aveugle accordée, au printemps 2003, par une majorité de la presse romande, à la théorie des "armes de destruction massive", pour justifier l'invasion de l'Irak. Dans la reprise fidèle de l'actuelle doxa américaine, sur l'Iran. Dans la manière dont ont été couverts les évènements des Balkans, dans les années 1990.

 

Faut-il ici rappeler les gentils reportages de gentils envoyés spéciaux auprès des gentils combattants de l'UÇK, la si gentille Armée de libération du Kosovo, en 1999 ?

 

Que les réseaux soient encore bien peu crédibles à cause de la possibilité de ces abus, c'est une certitude. C'est leur maladie infantile, comme le bavardage privé, dénué de tout intérêt, était celui des premiers postes à galène, ancêtres de la radio, juste au lendemain de la Grande Guerre. Oui, les réseaux doivent s'auto-réguler (mais pas avec des lois imposées par le pouvoir politique !), s'ils veulent devenir - ce que je crois possible - le mode de communication fédérateur et informateur de demain.

 

Mais les médias d'aujourd'hui ? Nos bons vieux journaux ? Tiens, la presse dominicale, par exemple ? En quoi leur nature de papier les préserverait-elle d'une immense fragilité face au risque de fausse nouvelle ? Ou, tout au moins, de nouvelle sous influence, de manipulation par les puissants, de collaboration à des vagues d'hystérie de l'opinion publique, à des chasses aux sorcières ?

 

Dans cet édito du Matin dimanche, perle une volonté désespérée de sauver la peau du papier, celle des bonnes vieilles rédactions hiérarchisées, avec leurs armées d'archanges et leurs légions de séraphins, en discréditant par nature les modes de communication et d'information qui montent. Et qui leur font de l'ombre.

 

Pascal Décaillet

 

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05/01/2018

Expert et orfèvre

 

Sur le vif - Vendredi 05.01.18 - 09.00h

 

Le pouvoir - tous les pouvoirs du monde - passe son temps à jouer avec la véracité du réel.

 

Le principe même d'une campagne électorale, où s'entrechoquent les promesses les plus folles et les attaques les plus immondes, est tissé d'intox et de torréfaction de la vérité.

 

Une fois au pouvoir, le détenteur manipule l'information comme il l'entend, organise la vérité officielle en l'arrangeant, promène les journalistes dans des conférences de presse, fait circuler les fausses nouvelles par ses commis de basses œuvres.

 

C'est cela, le rapport du pouvoir avec la vérité. Tous les pouvoirs du monde, toujours et partout. C'est ainsi que ça fonctionne. C'est une donnée.

 

Le détenteur du pouvoir, a fortiori le président de la République française, qui cumule le plus de pouvoirs dans un pays européen, est donc bien le dernier à pouvoir s'exprimer sur le principe des fausses nouvelles. Sur le principe de la vérité manipulée, contorsionnée, arrangée, retouchée.

 

Et le plus fou, c'est qu'il se trouve des journalistes, comme l'éditorialiste du Temps ce matin, pour considérer benoîtement qu'il va dans la bonne direction.

 

Il faut assurément lutter contre les fausses nouvelles, et déjà commencer par les nommer en français. Mais ce combat ne relève en aucune manière du pouvoir exécutif. Qui en est, par essence, expert et orfèvre.

 

Pascal Décaillet

 

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04/01/2018

Des diamants moins éternels

 

Sur le vif - Jeudi 04.01.18 - 16.02h

 

Chaque fois qu'Emmanuel Macron s'exprime sur le métier de journaliste, dont il ne connaît rien, il sort une énormité.

 

La vérité, c'est que cet autocrate aux parfums orléanistes cultive fort peu le sens de la contradiction. Et ne souffre pas que son image, dûment mise au point, soit écornée par la moindre lecture critique. On a connu cela à Genève, au plus haut niveau.

 

Ce qu'il appelle "fake news", ce sont en fait les nouvelles qui le dérangent. Ou qui nuisent à la vision qu'il voudrait imposer, comme tout pouvoir tente de le faire.

 

Le prince charmant du printemps 2017 commence à laisser la place à la réalité des choses, parfaitement prévisible dès le début : un narcissisme solaire, autoritaire et galactique, en auto-pâmoison dans la galerie des glaces.

 

Imbu de perfection dans l'image qu'il veut donner.

 

Giscard. Avec des diamants moins éternels.

 

Pascal Décaillet

 

 

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02/01/2018

2018 : le journalisme vivra !

 

Sur le vif - Lundi 01.01.18 - 23.43h

 

Il y a juste 24 ans, janvier 1994, après des mois de chantier et de maquettes, nous lancions les nouvelles Matinales, sur la RSR. J'en étais, avec William Heinzer et Georges Pop, l'un des trois producteurs. Je revenais de Berne pour me lancer dans cette aventure. C'était un immense travail de rénovation radiophonique, de toute la rédaction. Un changement de génération. L'information prenait le pouvoir sur le continuum. Ce principe d'action, un quart de siècle après, est toujours en vigueur. Le virage était bien historique.

 

Il y a juste 17 ans, janvier 2001, nous lancions Forum, dont j'étais le producteur. Là aussi, parce qu'il fallait absolument réinventer la tranche du soir, nous avions travaillé sur des maquettes pendant des semaines, avant le grand jour. J'ai tenu cette production pendant des années. Nous avons remporté de grandes victoires, des Prix radiophoniques, nous avons vécu ensemble de grandes heures. Dans cette aventure folle, j'ai laissé une partie de ma santé. Je ne regrette rien.

 

Il y aura bientôt 12 ans, septembre 2006, je lançais Genève à chaud, sur Léman Bleu. Je suis très heureux et très fier de contribuer, au côté d'autres, au développement de cette chaîne pleine de promesses et de talents. Une chaîne où soufflent l'enthousiasme et la créativité. Le lieu le plus stimulant pour le journalisme audiovisuel à Genève.

 

Trois chantiers. Trois émissions, qui existent encore aujourd'hui. Soit avec d'autres, dont je salue l'engagement. Soit, pour GAC, toujours avec moi.

 

Je suis fier d'avoir créé, ou contribué à créer, des émissions qui existent encore, de longues années après leur lancement. C'est le plus dur : tenir, jour après jour, sur la durée. Tant d'émissions se cassent la figure après deux, trois, quatre ans.

 

Je fais de la TV comme on fait de la radio. Avec le rythme, le souffle, l'énergie. Je ne sais pas faire autrement. Je ne suis qu'un homme viscéralement radiophonique, égaré au milieu des projecteurs.

 

Nous autres, journalistes, allons au-devant d'une année très difficile, tout le monde le sait, le dit. Dans tous les cas, quoi que décide le corps électoral le 4 mars, nous devrons nous adapter, anticiper, inventer de nouvelles formes, nous battre comme des lions. Rien n'est acquis. Mais rien n'est perdu, j'en ai l'intime conviction. Pour ma part, je réfléchis déjà à des scénarios d'avenir pour le métier, des plans B, des plans C, et d'autres encore. Nous n'allons tout de même pas attendre le dimanche 4 mars, 17h, pour y songer !

 

Tout entrepreneur doit avoir un plan B, et d'autres plans, sur plusieurs lettres de l'alphabet. Sinon, il n'est pas vraiment entrepreneur, mais juste administrateur de rentes acquises.

 

À toutes mes consœurs, tous mes confrères, dont l'inquiétude est légitime, j'adresse mon salut, et affirme ma foi intacte dans l'avenir de notre métier. Quitte à complètement le renouveler, si les circonstances l'exigent. Ne nous cramponnons pas aux acquis, inventons du neuf.

 

De mon côté, j'attaque 2018 comme une année de combat intense, sans doute d'une extrême difficulté. Là où je suis, je ne resterai pas inerte. Quelles que soient les circonstances, j'agirai en entrepreneur, ce que je suis depuis douze ans. Je n'attendrai pas passivement les caprices du destin. Je n'agirai pas seulement pour moi, mais en faisant tout mon possible, à mon modeste niveau, pour aider les autres. Pour parler franc, je suis déjà à fond, dans ma tête, dans l'après-4-mars.

 

Le métier n'est pas mort. Sa survie dépend de la capacité de chacun d'entre nous à se réinventer. C'est très angoissant, passablement vertigineux même. Mais c'est passionnant. Galvanisant.

 

Je n'ai plus l'énergie phénoménale de mes années au Palais fédéral. Ni celle de 1994. Encore moins celle de Forum. J'ai besoin de deux fois plus de sommeil qu'il y a dix ans. Mais je prends ici l'engagement de me battre pour la survie du métier, quel que soit le vote du souverain, le 4 mars. Soyons ACTEURS de notre destin.

 

Pascal Décaillet

 

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