21/02/2018

Elections : le quorum de 7% est trop élevé !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.02.18

 

Notre démocratie suisse passe, entre autres, par des Parlements. Nous avons, à Berne, les Chambres fédérales (Conseil national, Conseil des Etats). Dans nos cantons, des Grands Conseils. Au niveau communal, des délibératifs. Je vous entretiens ici de l’élection du dimanche 15 avril prochain au Grand Conseil : 621 candidats, pour 100 sièges ! Cette élection est régie par une règle appelée « quorum » : pour qu’un parti puisse siéger au Parlement, il doit obtenir 7% des voix. C’est loin d’être si facile ! L’idée de ce quorum élevé est d’éviter l’éparpillement. On cite souvent l’exemple de la Knesset, le Parlement israélien, où une multitude de partis rendent la prise de décision très difficile.

 

Soit. Mais à Genève, il faut le dire, ce quorum de 7% est trop élevé : il favorise les bons vieux partis issus du 19ème siècle, bien ancrés, bien horizontaux dans leurs alliances, et ne laisse quasiment aucune chance aux nouvelles listes. Ça n’est pas exactement le but d’une élection démocratique ! Cette dernière, désormais tous les cinq ans pour le Grand Conseil genevois, présuppose qu’on mette à zéro tous les compteurs, qu’on accorde la même attention à toutes les listes, sans se croire obligé de ricaner (je le précisais ici la semaine dernière) face aux nouveaux. Pour qu’il y ait renouvellement, ce qui est indispensable pour avoir un peu d’air frais, il faut que les partis ne siégeant pas encore au Parlement aient exactement les mêmes chances que les vieux briscards, qui blanchissent sous le harnais. On en est loin.

 

Car briscards il y a. Des super-malins, croyez-moi. Implantés jusqu’à la moelle dans le réseau des conseils d’administration des grandes régies (Services industriels, HUG, Aéroport, etc.), dans l’appareil de leur parti, et – pour les plus impayables d’entre eux – dans le Bureau du Grand Conseil, calculant l’année où ils accéderont enfin à la Présidence. Ceux-là, tous partis confondus, se tiennent par la barbichette. Oui, il existe une amicale des anciens, du moins certains d’entre eux, les vieux routards, roublards, rusés, madrés, consacrant l’essentiel de leur énergie à se maintenir sous les lambris du pouvoir. Quand on voit cela, on a juste une envie : ouvrir la fenêtre. Laisser siffler le vent du changement, à gauche comme à droite. Donner leur chance à des partis, certes candides et jouvenceaux, mais qui arrivent avec d’autres visions, d’autres paramètres.

 

Pour cela, la seule solution, c’est un quorum plus bas. Je plaide, pour ma part, pour une barre placée entre 3% et 5%. Sinon, rien ne changera, jamais. Et on aura toujours les mêmes comitards, avec leur obsession des réseaux et des chapelles, leur incrustation dans tout ce que Genève compte de fondations et d’associations, sur les bancs du Parlement. Cette Genève des copains et des compagnons, des amicales et de la consanguinité, il est temps qu’elle cède la place à une Genève plus ouverte, plus audacieuse, plus surprenante. Pour cela, il faut laisser une chance aux nouveaux. Il faut, pour l’élection de 2023, abaisser le quorum.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

Avec un quorum à 3% un parti islamiste pourrait entrer sans problème au GC et avec lui à terme la charia. J'espère que nos législateurs fédéraux freineront l’immigration d'origine musulmane sinon même les 7% ne seront plus un obstacle à leur accession au pouvoir.

Écrit par : norbert maendly | 21/02/2018

Cher Monsieur,
Merci pour cette prise de position roborative. Avec "la Liste pour Genève" que je mène avec ma collègue Magali Orsini et qui s'est ouverte aux forces vives du "grand" Genève, l'objectif d'être élu et de participer activement à la vie de la Cité est effectivement rendu fort difficile par ce quorum.
C'est une barrière qui, à l'instar d'un rideau de fer local, sépare deux mondes celui des assoiffés de liberté et de renouveau et celui des nantis assis sur des privilèges et des baronnies aux relents féodaux et nauséabonds.
Lors de ma présidence de la Commission des Droits politiques de la "Constituante" et durant mon mandat de Constituant, je n'ai eu de cesse avec mes collègues de l'AVIVO (dont Messieurs Grobet et Mouhanna) de militer (!) pour un abaissement de ce quorum à 3 voire à 5%... En deuxième lecture, l'assemblée avait même admis de descendre la barre à 5%...
Mais, c'était sans compter avec ceux que vous brocardez à raison, "les vieux routards, roublards, rusés, madrés, consacrant l’essentiel de leur énergie à se maintenir sous les lambris du pouvoir".
L'alliance - il vaudrait mieux dire la trahison - des Verts, des Socialistes, des Libéraux et des restes cacochymes de quelques Radicaux (embourgeoisés et infidèles à leur histoire révolutionnaire) a eu raison de toute avancée démocratique dans la charte fondamentale.
Or, en plus de sa nécessité démocratique, un quorum abaissé c'est aussi la fin des alliances et des coalitions d'occasion formées dans un seul but utilitaire et mercantile...
Il est selon moi temps d'ouvrir grandes les portes de la représentation populaire aux forces émergentes, neuves et vives qui, sans cela, se détourneront définitivement de la vie républicaine laissant le champ libre aux populismes les plus ravageurs.
Avec mes amies et amis de la Liste pour Genève, nous y travaillons et je souhaite que l'électrice ou l'électeur genevois donne une chance à notre engagement républicain et démocratique. Merci, par votre travail journalistique, d'y contribuer également avec vos forces et vos moyens.
Bien à vous.
Pierre Gauthier

Écrit par : Pierre Gauthier | 22/02/2018

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