25/02/2018

Le Diable de Moscou

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Commentaire publié dans GHI - 21.02.18

 

« Le Président de la Douma (Parlement russe) est persona non grata dans l’Union européenne. Alors, que vient-il faire en Suisse ? ». Cette phrase hallucinante, notamment ce « alors », a été prononcée ce lundi 19 février dans les titres du Journal de 12.30h, sur la Première.

 

Hallucinant, oui. D’abord, la Suisse, à notre connaissance, n’est pas membre de l’Union européenne, et nous doutons qu’elle soit amenée à y adhérer dans les dix ou quinze années qui viennent. Donc, au nom de quoi Berne devrait-elle se sentir liée par une fatwa de Bruxelles frappant l’un des personnages les plus importants de Russie ? Soyons clairs : la Suisse est un pays souverain, elle reçoit qui elle veut, quand elle veut.

 

Et puis, il y a cette perpétuelle diabolisation, dans les milieux bien-pensants de l’Union européenne, de tout ce qui touche, peu ou prou, à la Russie. Parce que le Président de la Douma serait « un proche de Poutine », il incarnerait le camp du Mal. Il ne faudrait surtout pas le recevoir, avoir le moindre contact avec lui, le toucher.

 

Candide vision. Qui rappelle les heures les plus blêmes de la Guerre froide. Propagande orchestrée non seulement par l’UE, mais par l’OTAN. Comme sur les Serbes pendant les années 1990, on jette l’anathème sur un camp, toujours le même. Là, c’est la Russie. Que les propagandistes professionnels agissent ainsi, c’est ma foi leur métier. Mais peut-être, de la part de journalistes suisses, pourrait-on espérer un peu de nuances, de clairvoyance, et d’arrière-pays historique.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

J'apprécie votre fermeté à dire des choses évidentes.
Ce qui m'interpelle, c'est pourquoi autant de médias se laissent porter par un courant unique et que leurs collaborateurs n'aient pas plus la volonté et la dignité de respecter la mission de leurs tâches.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25/02/2018

Je n'ose imaginer les contorsions du CF qui doit trouver la formule de la quadrature du cercle en développant des relations économiques avec d'autres pays que ceux de l'Europe qui nous tient par les couilles tout en rassurant nos partenaires historiques.
En fait être conseiller fédéral implique des qualités rares qui impliquent d'être parfaitement dépourvue de conscience comme nous pouvons le vérifier dans le cadre du négoce des matières premières et de la réponse à l'initiative des jeunesses socialistes pour des multinationales responsables.
Etre conseiller fédéral c'est avant tout être un faux cul qui ne brille pas trop et qui donne l'impression d'être honnête.

Écrit par : Pierre Jenni | 25/02/2018

Il n'empêche que l'on reste très méfiant envers la Russie de Poutine ; en témoigne l'emprisonnement pendant plus d'un an, sous de fausses accusations, de l'historien russe Iouri Dmitriev, libéré sous contrôle judiciaire, le 27 janvier 2018, faute de preuves.
Iouri Dmitriev dérange le Kremlin parce qu'il a, en 1997, découvert le charnier de Sandormokh, en Carélie et y a établi la liste de 6214 noms de victimes de la Grande Terreur qui y sont enfouies.
Iouri Dmitriev a aussi le tort, aux yeux du pouvoir russe, d'être membre de Memorial.
Sources :
– Le Temps du 15 août 2017 « Le Kremlin réduit au silence les pourfendeurs de Staline »
– La Grande Terreur, éditions Noir sur Blanc, 2013, p. 384
Iouri Alekseïevitch Dmitriev : « Un homme ne devrait pas disparaître sans laisser de traces. Il devrait avoir une tombe. Les êtres humains se distinguent en cela des papillons. Les papillons vivent brièvement et n'ont pas de mémoire, les hommes vivent longtemps et se souviennent. Ils devraient se souvenir. La mémoire, c'est une des choses qui fait qu'un homme est un homme, qu'un peuple est un peuple, et pas uniquement une population ».

Écrit par : Pierre-Alain Tissot | 26/02/2018

Humain, trop humain.

Écrit par : Pierre Jenni | 26/02/2018

Realpolitik.

Écrit par : Mère-Grand | 26/02/2018

ah si nos journalistes des media publics étaient de 'vrais' journalistes, cel se saurait, non ?

Écrit par : uranus2011 | 26/02/2018

Cher Pascal Décaillet,
Vous avez parfaitement raison, comme souvent : la Suisse n'est pas dans l'Union européenne et elle reçoit qui elle veut. Par ailleurs, la Suisse est neutre et indépendante, ou est-ce une légende ? Dans ce cas, que l'on m'explique pourquoi, le 21 février 2018 (la semaine passée), la Suisse, notre cher pays indépendant et neutre, a étendu les sanctions à l'encontre de la République du Congo, "rejoignant ainsi les mesures adoptées par l'Union européenne". Veuillez noter que je ne dis pas cela pour défendre ce régime congolais mais bien pour montrer que la Suisse N'EST PAS indépendante DE FACTO dans ses décisions. De même, la Suisse a décidé en 2014 de tout faire pour éviter que notre pays serve à contourner les sanctions de l'Union européenne contre la Russie, ce qui est inacceptable de la part d'un pays indépendant. En vérité, cher Monsieur Décaillet, le jour où la Suisse aura signé un accord institutionnel avec l'UE comprenant une reprise automatique du droit européen, je propose tout simplement de supprimer le Conseil National et le Conseil des Etats, devenus obsolètes, car il ne nous restera plus que la liberté de voter sur des sujets locaux (faut-il rénover la fontaine de la place de la mairie ? par exemple) sans importance nationale... et que voudront bien nous laisser M. Juncker et son "team"...
Bien à vous,
Gilles Champoud

Écrit par : Gilles Champoud | 28/02/2018

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