24/03/2018

Mai 68 : Cantique de la Nostalgie

 

Sur le vif - Samedi 24.03.18 - 11.18h

 

La complaisance avec laquelle les médias, un demi-siècle après, nous parlent de Mai 68, sans la moindre dimension critique face à ce mouvement, nous prouve, mieux que tout, à quel point les ultimes reliques de l'esprit de Mai s'accrochent encore à ceux qui détiennent le pouvoir dans nos journaux.

 

L'idée même que puisse exister une lecture critique de Mai 68 (qui, de son côté, nous aboyait son droit à la critique universelle), semble totalement échapper à ces éternels nostalgiques d'une jeunesse déjà si lointaine.

 

Personne pour parler de l'échec politique immédiat du mouvement de Mai, qui prétendait pourtant au statut révolutionnaire, mais n'aura été que l'incantation éruptive - et rêvée - d'un printemps.

 

Une Révolution, ce n'est pas cela. C'est le renversement, confirmé sur la durée, des forces sociales. Au final, pour des années, Mai 68 n'a fait, au contraire, que renforcer la droite économique et patronale en France : ce furent, de 69 à 74, les très tranquilles années Pompidou, l'ex-banquier de chez Rothschild, s'empressant de jeter aux orties les remarquables projets gaullistes de participation dans les entreprises (Louis Vallon, René Capitant, etc.).

 

Ces choses-là, dans les rétrospectives du demi-centenaire, qui les dit ? Aurons-nous droit, jusqu'à l'éternité, à l'interminable Cantique de la Nostalgie, celui d'une génération désespérément agrippée aux illusions perdues de sa jeunesse ?

 

Pascal Décaillet

 

16:32 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

C'est comme pour Napoléon qui amis a feu et à sang la moitié de l'Europe et qu'on encense aujourd’hui. Ne nous impatientons pas bientôt Hitler aussi aura son Parthénon et Stauffer sa statue devant la coop d'Onex.

Écrit par : norbert maendly | 24/03/2018

Que vous le vouliez ou non, et quelles qu'en soient les conclusions que vous en avez tiré, ces années ont contribué à faire de vous l'homme que vous êtes aujourd'hui.
Dommage de vouloir l'expurger comme un bouton purulent, effacer un bout de vous.
Et moi qui suis presque la caricature de tout ce que vous abhorrez de cet héritage, je puis vous assurer que je n'éprouve pas la moindre nostalgie. Au contraire, je ressens tous les jours le revival de cet état d'esprit si frais, si créatif et joyeux sans la naïveté de l'époque.
Je suis reconnaissant d'être un enfant de ce mouvement qui a profondément imprégné toute mon existence. Je me suis construit sur ces bases.

Écrit par : Pierre Jenni | 24/03/2018

M. Décaillet,

Vous voyez Mai 68 sous l'angle de la politique. Mais tout n'est pas politique, au contraire, la plupart des gens ne se passionnent guère pour la politique. Moi qui n'étais pas né durant cette période, je vois tout de même une avancée majeure de cette période, ou du moins un renforcement de la situation, plus intime, qui consistait pour ces jeunes à déclarer : Mon destin m'appartient. Je suis une personne et je veux choisir ma vie. Se soustraire de l'opinion parentale à la maison, professorale à l'école, patronale au travail, cléricale dans les mœurs. Certes, aujourd'hui, tout le monde n'est pas libre, tout le monde n'a pas vécu ce qu'il a rêvé, mais les jeunes s'expriment plus ouvertement et ils décident plus pour eux même. Il y a des pays qui n'ont pas connu de mai 68, et on voit ce que cela donne dans ces pays, la plupart au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie, des jeunesses gâchées. La jeunesse, elle ne dure qu'une période, et au moins, en mai 68, dans bien des pays, ils se sont amusés, ils se sont un peu plus libéré, liberté qui s'est transmise, pour la plupart à leurs enfants, c'est déjà ça.

Écrit par : Lucignolo | 24/03/2018

Le mal provient de la "longue marche à travers les institutions" des anciens gauchistes durs de la LMR (Ligue Marxiste Révolutionnaires) et autres mouvements subversifs issus de 68. Si mai 68 avait été une tentative de prise de pouvoir par l'extrême gauche, alors elle a avorté. C'est certain. Nous avons vécu de bonnes années en Suisse, après mai 68. On sentait bien cette agitation gauchiste irritante, qui se faisait sentir d'abord dans les medias, un milieu perméable à ces idées, et dans divers mouvements de contestation. Mais on avait le sentiment que ce n'était pas dangereux. On se trompait sur ce point mais on vivait dans un certaine quiétude. C'était encore la guerre froide. L'anticommunisme n'était guère contesté par les gens sérieux. L'armée de milice conservait sa place centrale dans la vie du pays. Nous avions des notables radicaux, démo-chrétiens, libéraux, vigilants, qui étaient presque tous gradés à l'armée, très souvent colonels. Un conservatisme bon teint dominait encore. C'est l'inverse aujourd'hui. Les dirigeants des grandes entreprises suisses, contrairement à ce qui est le cas aujourd'hui hélas, étaient suisses, et le plus souvent, officiers dans l'armée. Et il y avait une acceptation générale de la mise à l'écart des brebis galeuses gauchistes, ce que personnifiait un colonel Cincera en Suisse allemande, qui tenait des listes d'éléments subversifs et les diffusait dans les entreprises et les administrations. Cincera était la bête noire de soixante-huitards, mais il pouvait continuer ses activités et compter sur un fort soutien dans les milieux dirigeants "bourgeois", politiques et économiques. A l'époque un type de gauche comme Pierre Maudet n'aurait pas pu faire carrière au parti radical et il n'aurait pas osé prôner une armée de 10'000 hommes, ce qui fait de lui un danger encore pire que le GSSA. La mise à l'écart des gauchistes était réelle et officielle. C'était le bon temps. Des militants politiques mouillés dans l'activisme gauchiste étaient frappés d'interdictions professionnelles (Berufsverbot). Ils ne pouvaient pas devenir enseignants, fonctionnaires, etc. Certains en ont vraiment souffert et ont dû parfois s'expatrier. La plupart sont devenus journalistes, ou alors historiens, comme Hans-Ulrich Jost et quelques autres. La scène d'extrême gauche s'est organisée et a commencé à s'infiltrer partout où elle a pu. Cela a été une politique délibérée, pilotée par les trotskistes. Il y a eu les POCH, Progressistische Organisationen CH, qui regroupaient ces marxistes dont la LMR susmentionnée (c'est la 4ème internationale trotskiste). Ils se sont sont auto-dissous et ont rejoint le parti des Verts qui s'est créé à cette époque. Beaucoup de ces trotskistes ont aussi rejoint le PS. Puis il y a eu la chute du mur de Berlin et, en Suisse, l'affaire des fiches. Tout le monde a été horrifié d'apprendre que la police accumulait des fiches sur toutes sortes de suspects pour cause de gauchisme. On a eu raison de critiquer l'état fouineur mais il n'en reste pas moins que la dramatisation de cette affaire des fiches a été exploitée à fond par les réseaux gauchistes pour se pousser à tous les niveaux de l'administration. Alors que pendant des décennies des fonctionnaires faisaient leur devoir en tenant à l'écart des éléments dangereux, désormais ces éléments ont pu s'engouffrer partout sans rencontrer aucune résistance. Et aujourd'hui ils ont fait carrière au point qu'on peut dire que toute la haute administration fédérale, et cantonale dans bien des cantons, est infestée de cette ex-racaille gauchiste. Leur longue marche à travers les institutions est donc un succès complet. Et ils se vengent maintenant. Ce sont eux désormais qui ont la capacité de blacklister les gens de droite, d'accepter ou refuser les nominations de fonctionnaires, l'attribution de bourses, etc. Ils ont pratiqué l'exclusion de leurs adversaires de manière plus sectaire que ne l'avaient fait les radicaux du temps de la guerre froide. C'est ainsi que désormais les élites de l'état ont complètement exclu de leurs rangs ceux qui pourraient encore tenir un langage droitier et conservateur proche des sentiments populaires, comme l'exprimaient encore les gens en place il y a 25 ans. Le conformisme gauchiste coule a plein bords. Et les nouveaux cerbères disposent de techniques de flicage beaucoup plus modernes que celles du temps de Cincera. A l'époque on travaillait à l'ancienne avec des fiches en carton. Aujourd'hui l'état fouineur utilise des moyens high tech pour espionner même les communications internet des gens. Il s'agit d'un état dont la haute administration est composée de gauchistes ou anciens gauchistes. Sont-ils encore communistes? Non. Le marxisme a changé comme un caméléon. Maintenant ils sont pour l'Union Européenne, pour la gouvernance globale, pour le processus de Bologne (imposé par le super gauchiste Charles Kleiber, ce système empêche les étudiants issus de milieux modestes de faire des études supérieures), le multilatéralisme, le multiculturalisme, l'immigration massive, le métissage, la diversité, pour les droits de l'homme contre la souveraineté populaire, ils sont pour le droit international contre le populisme, ils sont pour les études genre et l'agenda LGBT, etc., etc. Ils se drapent dans une posture morale politiquement correcte pour miner l'indépendance de la Suisse et se permettent de ne pas appliquer la constitution fédérale quand elle est modifiée par des initiatives de l'UDC (art 121 a). Et c'est ainsi que les soixante-huitards, vaincus politiquement, ont gagné à la longue, par leur entrisme au sein du pouvoir et leur infiltration partout. Cela donne une gauche caviar, grassement payée par l'état et qui a péjoré les conditions de vie des Suissesses et des Suisses. Vous pensez que ce ne sont que des nostalgiques. Ce n'est pas le cas. Ils ont le pouvoir. Et ils s'en servent contre le peuple, qui les déteste. Ils mènent la guerre contre le peuple et contre la démocratie, qu'ils ont rebaptisée populisme. Par les moyens du pouvoir ils entendent imposer aux abrutis populistes qui composent le peuple suisse, les utopies insensées de leur jeunesse. Ils poussent des réformes post modernes issues du marxisme culturel, et font régresser les acquis sociaux. Voila la situation.

Écrit par : Mallet du Pan | 24/03/2018

A force de tensions accumulées Mai 68 fut un accident, une explosion.
En prenant l'image d'un aspirateur il y a deux ouvertures dans lesquelles placer un tuyau.

D'un côté de l'aspirateur, aspiration, rassemblement.
De l'autre, dispersion.

On observera qu'une fois "branché" d'un côté de l'aspirateur comme de l'autre l'énergie est la même.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 25/03/2018

Entendre sur France culture 2 extraits de discours: l'un de "de Gaule" et l'autre de "cohn bendit", le premier digne et très prémonitoire sur ce que nous vivons aujourd'hui, et l'autre de ce pauvre "cohn bendit" qui en moins de 10 ans se trahis en empruntant pour près de 40 ans, l'habit de celui qu'il désigne comme son pire ennemi!

Écrit par : Dominique Degoumois | 27/03/2018

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