31/03/2018

Quatre raisons de rejeter Mai 68

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.03.18

 

Mon opposition à Mai 68 est totale. Elle date des événements (j’allais sur mes dix ans, et les ai suivis de près), n’a cessé de se renforcer en un demi-siècle. Elle est non-négociable. Au moment où les nostalgiques nous agitent, une nouvelle fois, le caléidoscope de la rétrospective, il m’apparaît nécessaire de rappeler les raisons qui m’amènent à un rejet sans appel de ce mouvement, et surtout de l’idéologie qu’il a portée, ensuite, pendant des décennies. Je pourrais en recenser des dizaines, il me faudrait écrire un livre, qui serait un pamphlet d’une rare violence. En attendant, en voici déjà quatre.

 

1)  Mai 68 n’est pas une Révolution

 

Les étudiants, dans les rues, prétendaient explicitement à une Révolution politique, soit au remplacement d’un ordre social par un autre. Ils n’y sont absolument pas parvenus. Dès que les ouvriers ont obtenu, grâce aux Accords de Grenelle, une augmentation inespérée (35%) du salaire minimum, ils ont aussitôt laissé tomber les petits-bourgeois du Quartier latin. Pire : aux élections de juin, un mois plus tard, la France, qui avait pris peur, a envoyé à la Chambre la majorité la plus conservatrice depuis 1919. Ce furent les très tranquilles années Pompidou. Comme Révolution, on fait mieux.

 

 

2) Le désordre libertaire, ça n’est pas la République

 

Je suis fondamentalement républicain, très attaché aux valeurs de la Révolution française. Mais la République, pour atteindre ses idéaux d’égalité des chances, a besoin de l’ordre social. La dialectique entre pensées adverses, excellente en soi, c’est dans les espaces institutionnels prévus à cet effet qu’elle doit s’exercer. Pas dans la rue. Pas en incendiant des voitures. Pas en paralysant le pays.

 

 

3) Mai 68 n’a rien à voir avec la gauche

 

Rien, ou très peu. Les vociférations de rue des étudiants ne sont pas l’expression du vieil antagonisme gauche-droite, porté par la Convention, avec ses Jacobins, ses Montagnards et ses Girondins. D’ailleurs, la gauche ouvrière détestait ces éruptions de petits révoltés. Le reste de la gauche (Mitterrand, et même Mendès France) est passé à côté des événements, tout comme d’ailleurs les droites. Mai 68, c’est un épisode, joyeux et printanier, du vieux mythe parisien des Barricades, celles de 1830, 1848, 1870 et 1944 (Libération de Paris). Beaucoup des leaders de Mai sont devenus, par la suite, des patrons libéraux, fort peu soucieux, pour certains, du bonheur social de leurs employés.

 

 

4) Mai 68 a détruit l’Ecole

 

Que certaines chaires parisiennes fussent, en 1968, aux mains de mandarins tout puissants, c’est exact, et les étudiants n’avaient pas tort de le dénoncer. Mais, au-delà des événements de ce printemps-là, l’esprit de Mai a colporté, pendant des décennies, tout le charivari idéologique qui a fait tant de mal à l’Ecole, et pas seulement en France : méthodes « globales » plutôt qu’analytiques dans l’enseignement des langues, abandon des repères chronologiques en Histoire, obsession des structures, etc. Je pourrais multiplier les exemples. Tout cela est bien court, j’en suis conscient. Il me faudrait écrire un livre, oui. Un pamphlet. En aurai-je l’énergie ? A tous, excellentes Fêtes de Pâques !

 

 

Pascal Décaillet

 

15:50 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

S'opposer totalement à mai 1968 comme vous l'écrivez, une suite d'évènements entrés dans l'histoire, c'est un peu comme dire que l'on serait contre la création de l'empire napoléonien...

Il paraît indéniable, dans une perspective historique, que mai 1968 était effectivement une révolution avortée en ce sens qu'elle n'a pas renversé les structures et le système existant.

Pour le reste, vos opinions vous appartiennent et le lecteur aura bien compris votre position.

Écrit par : David Gabriel | 31/03/2018

Effectivement si on pense que Dani le rouge, l'un des leaders de ce mouvement révolutionnaire "anti-système" n'a cessé depuis 50 ans de vivre aux crochets et de profiter du système on est en droit de se poser quelques questions...

Bonnes fêtes de Pâques à vous, M. Décaillet ainsi qu'à tous les lecteurs !

Écrit par : A. Piller | 31/03/2018

Mai 68 vu autrement, "La liberté de ma mère, mai 68 au Pays Basque" de JM Aphatie - Hachette

Écrit par : jm | 01/04/2018

Désolé, Monsieur Gabriel, contester une idéologie ne veut pas dire qu'on voudrait effacer ce qui a eu lieu. Mr Décaillet ne conteste pas que mai 68 a eu lieu ni que l'idéologie dont ce mouvement était porteur a eu des conséquences. Simplement il dit que cette idéologie ne lui convient pas et que certaines des conséquences sont délétères. C'est tout de même son droit.

A part ça, permettez moi juste de vous raconter ceci: j'ai travaillé plus de 20 ans comme conseiller à la clientèle dans diverses banques et sociétés financières. J'ai recueilli les confidences de beaucoup de gens tres divers qui avaient un compte, petit ou grand, dans les banques suisses au temps où existait encore cette institution merveilleuse: le secret bancaire. Ainsi j'ai eu un client grec, qui avait un tout petit compte. Ce monsieur avait été un haut gradé dans la police grecque au temps des colonels (vous vous rappelez, ce régime mis en place en 1967 par la CIA, Nixon et Kissinger). Je peux en parler parce que ce monsieur et mort et enterré depuis longtemps. Il m'a raconté comment il avait été affecté pendant toute l'année 1967 et 1968 à Paris, travaillant sous les ordres de la CIA, uniquement pour organiser mai 68.

Il m'a dit ceci: "mai 68 est la plus grande opération de déstabilisation d'un chef d'état organisée par la CIA dans l'après guerre.".

En effet, il s'agissait de faire tomber de Gaulle qui était allé trop loin dans la contestation de l'impérialisme US. Dany le Rouge Cohn Bendit, Alain Geismar, Krivine, & Co n'ont été que des agents d'influence, choisis pour leur savoir faire subversif, et conscients d'agir avec l'appui d'une grande puissance. D'où leur arrogance inouïe dans la contestation.

De Gaulle devait s'en aller, aux yeux de la CIA, parce que:

A.) il avait fait payer aux USA en or l'argent qu'il devait à la France.
B.) il etait sorti de l'OTAN
C.) il avait fait son discours de Pnomh Pen, contestant l'intervention US au Vietnam.
D.) il avait la prétention d'être un allié et non un vassal d'oncle Sam.
E?) il n'avait pas appuyé l'action d'Israël en 1967 (ce point devrait peut-être etre mis en haut de la liste)
F.) etc...

Ce vieux monsieur grec à la retraite m'a donc révélé un secret (depuis celà n'en est plus un, les documents de la CIA ont été de classifiés, mais curieusement on m'en parle pas beaucoup).

Cela nous permet de juger avec mépris la naïveté de ceux qui croient que mai 68 était un mouvement spontané de jeunes idéalistes qui voulaient se libérer de certaines contraintes de la société d'après guerre. Bien sûr il y avait un malaise diffus et un désir d'émancipation. Comme toutes les révolutions colorées, les organisateurs ont su exploiter un besoin réel, mais pour le manipuler et le diriger dans des directions que les participants sincères aux manifs n'avaient pas voulues.

Il y a eu plus: pour se débarrasser de de Gaulle, les agents de la puissance US ont utilisé des méthodes techniques de décomposition sociale issus des recherches de gens comme Adorno et Marcuse. C'est le début de la tyrannie du politiquement correct et la dictature de la pensée gauchiste. Mai 68 a dépassé l'objectif initial qui était de dégommer un chef d'état qui déplaisait à la plus grande puissance du moment, et les éléments intellectuels gauchistes ont transformé l'essai en une expérimentation subversive à grande échelle visant à atteindre des résultats irréversibles. C'a été de l'ingénierie sociale sophistiquée, jouant sur tous les claviers possibles et imaginables de la subversion, et celà s'est prolongé jusqu'à aujourd'hui. Ce n'était une révolution avortée. Avortée seulement au plan social, mais au plan de la subversion sociétale, sapant les fondements de toute vie civilisée, c'est une révolution parfaitement réussie.

En effet on peut bien faire le procès de mai 68 et de tout ce que ce mouvement à causé comme dégradation profonde de l'existence des peuples européens en semant une confusion insensée. Je félicite Pascal Décaillet d'avoir eu le courage de faire le procès de mai 68. Mais cet épisode révolutionnaire était en un certain sens encore pire que les épisodes précédents comme la révolution française, 1848, et la révolution bolchevique de 1917. C'était un phénomène profondément toxique dont le but était de mettre à genoux notre civilisation dans son ensemble, une fois pour toutes, en allant plus en profondeur, dans les mentalités, que n'avaient pu le faire les mouvements précédents.

Je partage tout à fait les critiques de Pascal Décaillet mais j'irais sans doute plus loin que lui pour dire tout le mépris et l'indignation que méritent ce genre de mouvements. Notre civilisation pourra-t-elle encore s'en remettre ou, définitivement débilitée par mai 68 et ses suites sera-t-elle submergée et engloutie complètement par les barbares comme l'ont été diverses civilisations dont nous ne voyons plus que des vestiges?

Écrit par : Mallet du Pan | 01/04/2018

Oui, il y aurait beaucoup à dire. Un pamphlet n'en serait que le prélude aux répliques qui ne manqueront pas.
Je passe brièvement sur les théories complotistes de Mallet du Pan qui relaie les fantasmes d'un client en mal de reconnaissance.
Pour rappeler que le mouvement a débuté aux US dans la foulée de la contestation contre la guerre du Vietnam qui a enflammé les universités.

Mais surtout, je perçois l'angoisse de ceux qui résistent aux tendances libertaires et le chaos qu'elles promettent en ratissant large. Car les libertariens ne sont plus de gauche ou de droite mais ils reflètent bien la tendance de l'époque qui consiste à élire un Trump pour mieux dénoncer la corruption d'un système partisan et distraire le bon peuple de ses véritables et profondes aspirations.

Pascal Décaillet se dit républicain et fier de l'être. Il fait confiance dans nos institutions et participe à leur maintien, respect et promotion dans sa vie professionnelle. C'est tout à son honneur.

Mais c'est aussi un manque de lucidité et de vision face à ce qui vient bouleverser le monde avec la 4ème révolution industrielle qui fait exploser les cadres et les structures d'une manière autrement plus violente et libertaire que n'importe quelle révolution, réussie ou ratée peu importe. Et tout cela dans un silence assourdissant qui promet, non pas une autre révolution, mais une révolte des laissés pour compte dont nos institutions ne savent plus que faire comme tente un peu vainement de le rappeler PYM dans son dernier appel aux patrons de l'économie de notre pays.

Écrit par : Pierre Jenni | 06/04/2018

Je reviens un instant sur les institutions.
Plus aucun service de l'Etat ne fonctionne et je vous encourage à le vérifier.
Ce n'est pas seulement une question de budget même si le problème est important puisque tous les Etats sont sérieusement endettés.
Que ce soit l'admnistration fiscale, la police, les poursuites et faillites, l'office cantonal de l'emploi, les HUG, plus personne ne vous répond et lorsqu'ils le font, c'est pour vous dire qu'ils ne peuvent rien faire pour vous.
Je pourrais vous proposer des dizaines d'exemples, mais je sais que vous en avez autant et que vous savez de quoi je parle.

Écrit par : Pierre Jenni | 06/04/2018

Pour en revenir à Mai 68, entièrement d'accord avec Monsieur Pascal Décaillet.

Mais 68, à force de contraintes, sans aucun doute, avec manque de dialogue fut un accident, une explosion.

A nos descendants reviendrait le soin de réparer comme de restaurer ce désastre absolu.

Mais la mentalité de nos élus leur en laissera-t-elle la possibilité tout en leur accordant les moyens?

Vu le narcissisme ambiant, l'avidité et l'égoïsme forcené difficile d'entrevoir fût-ce une lueur d'espoir

demeurent certaines recherches et découvertes sur le cerveau poussant soudain un peu de côté les neurones pour éventuellement contre toute attente changer la redoutée donne à venir IA devenant hi han!?

Écrit par : MB | 06/04/2018

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