11/04/2018

Soixante-huitards, passez votre chemin !

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Sur le vif - Mercredi 11.04.18 - 09.23h

 

C'était à prévoir, mais déjà ça dépasse tout : à l'approche du cinquantenaire de Mai 68, la vieille garde - encore vivante - des nostalgiques remplace évocation par célébration, substitue le panégyrique à l'Histoire, bref elle fait ce qu'elle a toujours fait : elle rêve à voix haute.

 

Profitez bien, mes agneaux : c'est la dernière fois. Dans dix ans, pour le soixantième, le vent de l'Histoire aura passé. Ces leviers de pouvoir, pour régir les consciences, auxquels vous vous accrochez avec tant de véhémence, désespérée, vous les aurez lâchés. On ne pourra pas, indéfiniment, nous balancer l'infâme Cohn-Bendit sur les plateaux TV, comme cela, avec tant de mielleuse complaisance, se fait encore aujourd'hui.

 

Soixante-huitards, passez enfin votre chemin. Laissez-nous, sans vous, renouer, par la culture, le lien avec les ancêtres, et le transmettre à nos enfants. Laissez-nous, face à nos monuments aux morts, la mémoire de nos aïeux, la part meurtrie de nos rêves à nous, qui ne sont simplement pas les vôtres. Laissez-nous avec la Grèce antique, l'Allemagne du Sturm und Drang, le Dictionnaire des Frères Grimm, la Bible de Luther, le Lübeck de Thomas Mann, les inflexions souabes de Hölderlin et Brecht, lorsqu'ils s'attaquent à Sophocle.

 

Laissez-nous face au mystère de la musique. Laissez-nous, pétris de vie et de mort, face à Haendel, Rameau, Beethoven, Brahms, Wagner ou Bartók.

 

Laissez-nous, dans l'usage de la grammaire, la connaissance des repères, l'exercice et l'empire de la mémoire.

 

Et vous, soixante-huitards, passez votre chemin. Célébrez, entre vous, ce demi-siècle, dans l'encens de vos illusions. Vous, qui avez voulu casser toute transmission, faire table rase du passé, laissez-nous transmettre, laissez-nous communier dans l'universelle mémoire des hommes et des femmes.

 

Et surtout, s'il vous plaît, passez votre chemin.

 

Pascal Décaillet

 

12:20 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Merci Mr Décaillet. Tout est dit! Il y a beaucoup de politiciens et politiciennes genevois qui devraient se sentir concernés!

Écrit par : Arthur V. | 11/04/2018

Cher Pascal, certes je suis encore vivant mais rassurez-vous, ce n'est qu'un état passager! Bonne soirée JNC

Écrit par : Jean-Noël Cuénod | 11/04/2018

Parmi vos commentaire souvent pertinents, cette vision apocalyptique des événements de mai 68 m'étonne à chaque fois. On peut admettre qu'on leur donne souvent (et en particulier à chaque commémoration) une importance exagérée, mais l'ambiance de fin de civilisation de votre billet est surprenante. On regrettera surtout que ces commémorations (comme votre commentaire malheureusement...) fassent une nouvelle fois l'impasse sur l'importance du mouvement ouvrier, puisque le mois de mai 1968 connaît la plus grande grève générale de l'après-guerre. La connaissance historique passe aussi par cela.

Écrit par : Christophe M. | 11/04/2018

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