21/04/2018

Déconnexion, non merci !

 

Sur le vif - Samedi 21.04.18 - 18.07h

 

"Droit à la déconnexion" : non merci, ça ne m'intéresse pas ! Je puis comprendre que des employés le revendiquent, mais un petit entrepreneur indépendant, qui fait tout lui-même et est toujours en très grande inquiétude que tout se passe bien, n'a strictement aucune envie d'être "déconnecté".

 

Entrepreneur depuis douze ans, avec des locaux à moi, une comptabilité d'indépendant à tenir avec précision, le souci d'accomplir impeccablement les mandats qu'on veut bien me confier, comment voulez-vous que je "déconnecte" ?

 

Au contraire : rester connecté, toujours et partout, me convient parfaitement. Être en relation, par mail, avec les futurs invités de mes émissions, à toute heure et tous les jours de la semaine. Avec mes innombrables contacts aussi, qui sont pour moi de précieuses sources de renseignements. Puiser sur la toile dans la documentation pour préparer les interviews. Avoir en permanence un œil sur l'agenda. Lire des centaines d'articles sur internet, visionner tout autant d'émissions ou d'archives historiques. Pouvoir à tout moment décocher, comme avec une sarbacane, un commentaire ou un édito sur l'actu. Vivre intensément en état de journalisme. Tout cela me sied. Je n'ai aucune envie de "déconnecter".

 

Être indépendant, c'est avoir toujours un peu la trouille au bide. C'est avoir choisi, un jour, une situation sociale, statutaire, professionnelle, et au fond humaine, qui à la fois vous ravit et vous déstabilise. Parce qu'on ne sait absolument pas de quoi l'avenir sera fait. J'aime passionnément ma petite entreprise, mon indépendance, j'aime me faire du souci pour tout cela. Ca ronge, de l'intérieur, c'est le prix à payer. Comment voulez-vous, dans ces conditions de constante inquiétude, impliquant la vivacité demeurée d'un état d'hyper-conscience sur les événements, qu'on accepte le principe de "déconnexion" ?

 

Des circonstances extérieures se chargeront bien, un jour, de nous "déconnecter". Mais, tant qu'on est vivant, en état (et surtout en désir) de livrer bataille, il faut demeurer sur le terrain. Et combattre.

 

Pascal Décaillet

 

18:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

J'apprécie vivement votre ardeur à nous faire sentir votre animation intérieur et votre engagement à l'extérieur.
Profitez bien du printemps pour que sa sève montante vous accompagne pleinement!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 21/04/2018

Konrad Lorenz aurait dit : "La survie d'une espèce dépend de sa capacité à s'adapter au milieu et d'une sélection naturelle de ses individus." Par votre attitude vous ne faites que perpétuer l'espèce. Cela étant vous le faites avec un certain brio. Les gens de votre trempe se font de plus en plus rares et je crains que notre civilisation ne disparaisse faute d'individus capables de la défendre comme vous, mais aussi à cause des assauts incessants d'une mondialisation qui va finir par l'achever.

Écrit par : norbert maendly | 21/04/2018

La déconnexion est un luxe. Un peu comme d'avoir un chauffeur ou un secrétaire pour répondre au téléphone.
Je mesure et rend grâce de l'immense privilège de pouvoir déconnecter à ma guise.

Écrit par : Pierre Jenni | 21/04/2018

Vous avez oublié de nous donner l'avis de la femme de l'entrepreneur...

Écrit par : Un pensée pour madame | 22/04/2018

@Norbert Maendly Bravo pour votre commentaire que je rejoins à cent pour cent
Nombre de gens ne sont pas connectés et vivent tout aussi bien
L'éducation Amish reçue mes 10 premières années de vie me permet de mieux cerner ce qui est prioritaire pour moi et je laisse les autres vivre comme ils en ont envie
Internet est une nouvelle forme d'esclavage et le plus dégradant à ....une machine
Faut vraiment avoir perdu le sens même du mot Social !

Écrit par : lovejoie | 22/04/2018

@ Pierre Jenni,
Dans le monde "postmoderne", je recense trois luxes : le temps, l'espace et le plus précieux, le silence. Ceux qui en jouissent sont des gens "riches".
Bien cordialement

Écrit par : Malentraide | 22/04/2018

Ben je dois être plein aux as Malentraide, parce que je dispose de ces trois richesses indéfiniment.

Écrit par : Pierre Jenni | 22/04/2018

@ Pierre Jenni,

Je ne suis pas riche mais je jouis des trois. Il faut les défendre même âprement car ils sont les garants d'une forme enviable de liberté et dans un monde en crise, cette liberté-là civilise.

Écrit par : Malentraide | 25/04/2018

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