21/04/2018

Déconnexion, non merci !

 

Sur le vif - Samedi 21.04.18 - 18.07h

 

"Droit à la déconnexion" : non merci, ça ne m'intéresse pas ! Je puis comprendre que des employés le revendiquent, mais un petit entrepreneur indépendant, qui fait tout lui-même et est toujours en très grande inquiétude que tout se passe bien, n'a strictement aucune envie d'être "déconnecté".

 

Entrepreneur depuis douze ans, avec des locaux à moi, une comptabilité d'indépendant à tenir avec précision, le souci d'accomplir impeccablement les mandats qu'on veut bien me confier, comment voulez-vous que je "déconnecte" ?

 

Au contraire : rester connecté, toujours et partout, me convient parfaitement. Être en relation, par mail, avec les futurs invités de mes émissions, à toute heure et tous les jours de la semaine. Avec mes innombrables contacts aussi, qui sont pour moi de précieuses sources de renseignements. Puiser sur la toile dans la documentation pour préparer les interviews. Avoir en permanence un œil sur l'agenda. Lire des centaines d'articles sur internet, visionner tout autant d'émissions ou d'archives historiques. Pouvoir à tout moment décocher, comme avec une sarbacane, un commentaire ou un édito sur l'actu. Vivre intensément en état de journalisme. Tout cela me sied. Je n'ai aucune envie de "déconnecter".

 

Être indépendant, c'est avoir toujours un peu la trouille au bide. C'est avoir choisi, un jour, une situation sociale, statutaire, professionnelle, et au fond humaine, qui à la fois vous ravit et vous déstabilise. Parce qu'on ne sait absolument pas de quoi l'avenir sera fait. J'aime passionnément ma petite entreprise, mon indépendance, j'aime me faire du souci pour tout cela. Ca ronge, de l'intérieur, c'est le prix à payer. Comment voulez-vous, dans ces conditions de constante inquiétude, impliquant la vivacité demeurée d'un état d'hyper-conscience sur les événements, qu'on accepte le principe de "déconnexion" ?

 

Des circonstances extérieures se chargeront bien, un jour, de nous "déconnecter". Mais, tant qu'on est vivant, en état (et surtout en désir) de livrer bataille, il faut demeurer sur le terrain. Et combattre.

 

Pascal Décaillet

 

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18/04/2018

Le MCG n'est pas mort

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.04.18

 

C’est assez incroyable, tout de même, cette jouissance des médias à constater, lors des élections cantonales de ce dimanche 15 avril, un « retour aux partis traditionnels ». On pense principalement au PLR, mais aussi aux socialistes et leurs alliés Verts, grands vainqueurs, c’est vrai, de ce scrutin.

 

Bravo à ces partis, c’est sûr. Mais d’où vient cette fascination des observateurs pour les « partis traditionnels » ? D’où, si ce n’est d’un indécrottable conformisme de pensée, qui voudrait qu’existent, pour l’éternité, toujours les mêmes. Comme si le champ politique n’évoluait pas.

 

La vérité est un peu différente. Si le vote protestataire, émergé depuis 2005, a été réduit cette année, c’est pour deux raisons, bien précises : d’abord, il a été frontalement attaqué par les siens, en suicidaire dissidence ; et puis surtout, le concept amiral de « préférence cantonale » a été, ces dernières années, gentiment récupéré par tous, jusqu’au sein du PLR. On avait déjà piqué l’environnement aux Verts, on a piqué la préférence au MCG.

 

Reste qu’avec onze députés, retrouvant ainsi une taille plus juste, ce parti demeurera, entre 2018 et 2023, la charnière entre la droite et la gauche. Clairement orienté sur des objectifs sociaux et populaires, proches des gens les plus défavorisés et non au service de nababs, le MCG est loin d’être mort. S’il arrive à retrouver sa combativité d’antan, dans la rue et loin des cocktails, il peut même encore avoir de belles années devant lui.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Bienvenue en Maudétie !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.04.18

 

Réélu au premier tour ! Avec un résultat canon : 50'180 voix ! Creusant un écart géant avec le deuxième, Mauro Poggia (43'728) et le troisième, Serge Dal Busco (40'836). La victoire de Pierre Maudet, dimanche 15 avril, est évidemment sans appel. Elle détermine l’homme fort du futur gouvernement genevois, comme nos amis vaudois avaient, assez naturellement, déterminé Pascal Broulis, puis Pierre-Yves Maillard. Reste à savoir, justement, si le principe « d’homme fort » est bien conforme à nos traditions suisses, s’il est viable, en attendant la disgrâce, sur une longue période. Et surtout, s’il est souhaitable. Ces questions-là, et d’autres sur le risque de dérive autoritaire, doivent être posées dès maintenant. Et tant pis si ça froisse l’état de grâce, la passion inconditionnelle des groupies, et tous ceux qui se frottent les mains de voir advenir un Etat PLR, pour y prospérer, entre initiés.

 

Pierre Maudet, je l’ai dit maintes fois ici et ailleurs, est un surdoué de la politique. Intelligent, vif, rapide, malicieux, doté d’un sens aigu de la synthèse, il capte tout, très vite. En plus, en privé, l’homme ne manque pas d’humour, ni d’ailleurs de culture historique, ce qui en fait un interlocuteur très agréable. Mais toute médaille a son revers : très tôt dans sa carrière (que je suis depuis vingt ans), l’homme a compris que le pouvoir ne pouvait s’exercer à moitié. Il l’a compris pour sauver, avec François Longchamp, le parti radical de la déroute, puis conquérir les sièges, à tous les postes de la Ville et du Canton. Cette aptitude au pouvoir fort ne saurait, en soi, lui être reprochée, nous n’allons tout de même pas faire ici l’éloge des mous. Mais elle a ses effets collatéraux : volonté de tout contrôler jusqu’au détail, pratique du fusible jusqu’à l’extase électrique, relais dans la presse genevoise – et lausannoise – avec sa batterie de perroquets et de perruches, toujours prêts à s’extasier des faits et gestes du Prince.

 

L’essentiel, vous le voyez, n’est pas à reprocher à Pierre Maudet, qui connaît à fond les règles de la communication en temps de guerre, mais à l’incroyable obédience qu’il a réussi à susciter dans certaines rédactions. Le problème no 1 de la presse lémanique, aujourd’hui, n’est pas d’être de gauche, ni de droite, mais de s’aligner systématiquement sur les positions du PLR, à commencer par celles de Pierre Maudet. Notre vitalité démocratique à Genève passera, dans les cinq ans qui viennent, par un contre-pouvoir. Il ne s’agit évidemment pas de démolir tout ce qu’entreprendra le ministre, loin de là, mais de garder la tête froide, comme face à n’importe qui, sur le sens politique de ses actions. Et, bien sûr, de se refuser à tout culte de la personnalité, ni attraper des lumbagos à force de prosternations devant l’éclat solaire du souverain. S’il fait de bonnes choses pour Genève, nous le dirons. S’il abuse de son pouvoir pour établir, telle l’universelle araigne (Louis XI), ses réseaux tentaculaires au service de son seul pouvoir, nous le dirons aussi. Excellente législature à tous !

 

Pascal Décaillet

 

 

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17/04/2018

Du vent et des illusions

 

Sur le vif - Mardi 17.04.18 - 09.39h

 

L'esprit de normalisation qui règne chez les éditorialistes, depuis l'élection de dimanche à Genève, n'est rien d'autre qu'un trompe-l'œil.

 

D'abord, étonnant, tout de même, cette jouissance des observateurs à l'idée qu'après une parenthèse de fébrilité, tout rentrerait enfin dans l'ordre. Comme si la politique, délivrée des antagonismes et des questions qui fâchent, ne devait être que l'équilibre paisible d'un château de cartes.

 

Surtout, c'est un leurre. Les questions cruellement posées en 2005, 2009 et 2013 demeurent. Flux transfrontaliers. Emploi local précarisé. Les coûts pour accéder aux soins médicaux. Le manque de logements. La difficulté de circuler.

 

Pour s'attaquer à tout cela, le corps électoral a choisi de donner une nouvelle chance aux "partis traditionnels". Mais comment la TG ose-t-elle clamer que la frange protestataire "mord la poussière", alors que le MCG, avec ses onze députés, fera clairement office de parti charnière au Parlement ? L'UDC, Ensemble à Gauche, jusqu'à nouvel ordre, ont décroché le quorum.

 

Le MCG a été attaqué de l'intérieur par une dissidence qui lui a fait perdre plusieurs sièges. Quant à ses thèmes de prédilection, comme la préférence cantonale, ils ont purement et simplement été récupérés par les autres partis. La puissance des "partis traditionnels", depuis la fin du 19ème siècle, c'est de se nourrir doucement des oppositions, en les intégrant.

 

Le MCG, s'il sait gérer sa défaite et se concentrer sur l'essentiel, peut faire beaucoup mieux avec onze députés cohérents et en ordre de bataille, qu'avec un groupe pléthorique de vingt personnes, où les ferments de dispersion étaient visibles - pour qui sait lire - dès le premier jour de la législature.

 

Reste que le canton ne veut pas étouffer. Les rêves délirants de croissance, avec flux migratoires, gains faciles pour le patronat, agrandissement démesuré de l'aéroport, ne sont sûrement pas ceux de la population.

 

Le Grand Conseil 2018-2023, nous dit-on, sera "plus clair". Mais en quoi, je vous prie, un Parlement doit-il être "clair" ? Le gouvernement doit l'être, c'est sûr, mais la députation, c'est la représentation populaire, dans sa diversité, ses contradictions, sa richesse. Que des confrères, journalistes politiques, se réjouissent de l'avènement d'une Chambre d'enregistrement, toute aux ordres d'un Pierre Maudet, est de nature à surprendre.

 

Dans cinq ans, nos enfants auront-ils des logements, du travail, du pouvoir d'achat ? Seront-ils, comme nous aujourd'hui, étranglés par les primes maladie ? Pourront-ils se déplacer convenablement dans l'espace urbain ? Les Lyonnais viendront-ils embarquer, pour leurs vols à bas coût, à Cointrin ? Cette législature aura-t-elle un peu permis d'avancer ? Ou n'aura-a-t-elle, comme celle qui se meurt, levé que du vent et des illusions ?

 

Pascal Décaillet

 

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Rhinocéros

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Sur le vif - Mardi 17.04.18 - 12.48h

 

A Genève, c'est le patronat qui pousse à fond, depuis des semaines, pour sécuriser l'élection des quatre candidats de l'Entente. Il lui est égal de savoir qui sera le quatrième élu, ce qui compte c'est de sauver le soldat, à tout prix. Si ce quatrième de l'Entente était un rhinocéros, le patronat le soutiendrait.

 

L'enjeu, c'est la réforme de l'imposition des entreprises. Garder le taux promis aux multinationales. Pour cela, il faut évidemment une majorité de l'Entente au Conseil d'Etat. Le reste passe loin derrière, jusqu'à la longueur de la corne du rhinocéros.

 

Rétrospectivement, on comprend mieux certaines attaques contre des magistrat(e)s sortant(e)s, dans la campagne du premier tour. L'enjeu n'a jamais été M. Ramadan, ni les affaires de plaintes contre lui, ni même l'histoire de la secrétaire du DIP. Tout cela est aussi indifférent que la peau épaisse du rhinocéros.

 

Non. Ce qui comptait, dans ces attaques, n'a jamais été le DIP. Mais affaiblir à tout prix la gauche, en tentant de faire tomber une sortante. Pour que l'Entente conserve la majorité. A cause de l'imposition des entreprises.

 

Même, au besoin, avec un rhinocéros.

 

Pascal Décaillet

 

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14/04/2018

La France que nous aimons

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Sur le vif - Samedi 14.04.18 - 07.57h

 

La France n'a strictement rien à faire dans cette aventure. Deux siècles de politique arabe, intelligente et complexe, reposant sur la connaissance et le dialogue, ruinés par l'obédience atlantiste de Macron.

 

La politique étrangère de la France doit se décider à Paris, pas à Washington, encore moins à New York. Que Mme May joue les caniches de la Maison Blanche, comme en 2003 Tony Blair, est une chose. Mais Paris !

 

La France que nous aimons est fière et souveraine, elle n'a ni maître ni suzerain, elle détermine et conduit seule sa politique étrangère. Elle entretient avec le monde arabe, au-delà des idéologies, des rapports profonds de connaissance et d'amitié.

 

Ce matin, l'ombre de quelques hommes s'en vient aiguiser notre noire colère : Bonaparte et Champollion en 1798, Mendès France, les grands négociateurs français des Accord d'Evian (1962), de Gaulle bien sûr, et même encore MM Chirac et Villepin, en 2003.

 

Sans compter Jean Lacouture, génial biographe de Nasser, prodigieux connaisseur de deux siècles d'Histoire et de réseaux franco-arabes, en Afrique du Nord comme au Proche-Orient. Jean Lacouture, que j'ai eu si souvent l'honneur d'interviewer.

 

Ce matin, je repense à mon article "Ma Colère", publié dans la Revue Choisir, chez mes amis jésuites, au printemps 2003, le jour de la catastrophique expédition américaine sur l'Irak, mère de tant de malheurs.

 

La France que nous aimons ne s'aligne pas servilement sur la cause des puissants. Elle a sa voix propre. M. Macron, en emboîtant le pas des faucons américains et de leur 51ème Etat, vous venez de commettre une faute politique. Avoir été l'assistant d'un philosophe ne saurait vous dispenser d'ouvrir des livres d'Histoire.

 

Pascal Décaillet

 

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13/04/2018

Le destin de Genève, c'est la République !

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Commentaire publié dans GHI - 11.04.18

 

Cette fois, nous arrivons au bout : ce dimanche 15 avril, après des mois de campagne, ce sera enfin l’heure de vérité pour les candidats au Grand Conseil, et le premier tour de l’élection au Conseil d’Etat (second tour le 6 mai). Comme vous le savez, je me suis impliqué à fond dans ces élections, en me frottant à un très grand nombre de candidats. Cette expérience m’a enrichi, et m’amène à rendre hommage à toute fibre militante, d’où qu’elle vienne. Car notre trésor commun, à Genève, ça n’est pas la gauche, ni la droite, ni un quelconque parti. Non. Notre bien le plus précieux, c’est la République. Prenez ce mot, je vous prie, au sens premier : celui de chose commune. Oui, je crois à la nécessité, au cœur du tumulte de nos vies, d’un espace commun, celui où tous, riches ou pauvres, bien portants ou malades, seuls ou entourés, se sentiraient chez eux. C’est ainsi, depuis l’enfance, que je vois la République, comme une mère souriante, qui nous invite et nous accueille.

 

Pour se représenter la République, il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’aux monuments de la Guerre de 14, ces « Lieux de mémoire » dont parle si remarquablement l’historien Pierre Nora, marmoréens, granitiques, en hommage aux morts. Plus simplement, la République, c’est une bibliothèque municipale, ou cantonale. Que vous ayez ou non les moyens de vous acheter des livres, voilà un espace qui vous les met, par milliers, à disposition. La République, c’est le sourire d’une infirmière, dans un hôpital cantonal, lors d’une veille de nuit. C’est l’amabilité d’un agent de police, qui vous signale de mettre votre ceinture, sans immédiatement vous amender. C’est ce professeur de français, ou d’allemand, ou de maths, qui vous initie si bien à sa matière qu’il crée chez vous une vocation. Car la République, c’est la transmission, la mémoire, la fidélité à des valeurs. La République habite le temps, elle s’inscrit dans la durée, propose des modèles, rappelle le souvenir de ceux qui l’ont servie. En cela, elle est l’exacte antithèse de la table rase dont se prévalait Mai 68.

 

Surtout, la République, ce sont des hommes et des femmes. Sans incarnation, par eux, dans la temporalité du présent, elle ne serait qu’un lointain concept. Les profs, oui. Le personnel hospitalier. Les employés de voirie. Les policiers. Les pompiers. Sans ses serviteurs, l’Etat ne serait rien. Sans hommage à leur action, nulle politique durable ne peut se fonder. Pour ma part, c’est la préservation, et surtout l’amélioration de ce lien entre les humains que je souhaite pour Genève, dans la législature qui va s’ouvrir (2018-2023). C’est autrement plus important, à mes yeux, que de savoir combien le PLR va gagner de sièges, ou (par hypothèse) combien le MCG va en perdre. Ce que l’avenir d’une communauté humaine exige, c’est le souci de l’espace commun, et la volonté inébranlable de le faire passer avant les intérêts privés ou corporatistes. A partir de là, votez comme vous voulez. Vive Genève !

 

Pascal Décaillet

 

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12/04/2018

Amitiés aux Hongrois de Genève !

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Commentaire publié dans GHI - 11.04.18

 

Les Hongrois ont voté, dimanche 8 avril, pour leurs élections législatives. Au parti du Premier ministre Viktor Orban, ils ont très largement accordé leur confiance. L’homme fort de Budapest part donc pour un troisième mandat.

 

Orban gagne les élections, et immédiatement, chez nos éditorialistes de Suisse romande, que se passe-t-il ? On essaye d’abord de minimiser l’ampleur de la victoire, dans la soirée de dimanche. La nuit passée, les chiffres étant là, on nous dit que les Hongrois ont mal voté, qu’ils n’étaient pas informés des vrais enjeux, que ce scrutin éloigne encore un peu plus leur pays de l’Union européenne.

 

Bref, on traite les citoyennes et citoyens de Hongrie, qui sont pourtant adultes et vaccinés, vivent sur place, et connaissent autrement mieux que nous les problèmes de leur pays, comme de parfaits demeurés. Des êtres qui n’auraient rien compris aux intérêts supérieurs de leur propre nation.

 

Quelle arrogance ! Quelle morgue ! Quel mépris ! Qui sommes-nous, pour oser venir faire la leçon au corps électoral souverain d’une nation libre d’Europe ? Quelle connaissance aurions-nous de leurs problèmes, qui seraient meilleure que celle des Hongrois eux-mêmes ? A cette méthode, détestable, j’en propose une autre : j’adresse ici mon amical, mon fraternel salut à tous les Hongrois de Genève, auxquels nous lient 62 ans d’une amitié indéfectible. Je leur dis que leur pays est souverain. Et que, dans tous les cas, nous respectons ses choix.

 

Pascal Décaillet

 

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Les tweets et l'Orient compliqué

 

Sur le vif - Jeudi 12.04.18 - 08.13h

 

Les États-Unis d'Amérique n'ont strictement rien à faire dans un Orient compliqué auquel ils n'entendent rien, si ce n'est soutenir inconditionnellement le même acteur, depuis exactement 70 ans.

 

Si l'Europe existait, c'est cela qu'elle devrait leur dire, avec une fermeté d'acier. Dans cette Europe, il y a une nation, qui s'appelle la France. Sous Mendès France, sous de Gaulle, sous Chirac encore, elle entretenait avec le monde arabe une longue et fidèle tradition de relations, avec une vraie diplomatie, reposant sur l'intelligence, la connaissance historique et la culture. Une relation vieille de plus de deux siècles : j'en parlais avec M. Boutros-Ghali, que j'ai eu plusieurs fois l'honneur d'interviewer, on peut la remonter à l'expédition d’Égypte de Bonaparte, en 1798.

 

Puisse la France ne pas suivre aveuglément Washington et ses faucons, toujours les mêmes, toujours au service du même lobby, dans l'aventure militaire qui se profile hélas comme imminente.

 

Quant à la Russie, elle entretient avec le Proche-Orient des liens autrement plus fondés et séculaires que ceux des États-Unis, puissance transatlantique, située à des milliers de kilomètres d'un théâtre d'opérations dont elle méconnaît crassement les équations historiques et culturelles.

 

Washington - ou plutôt New York - ne s'intéresse à cette région du monde que pour soutenir sans faille le 51ème État américain. C'est un peu juste, comme vision, au milieu d'un monde arabe aux mille racines, avec son infinité de feuillages entremêlés, auxquels les missiles ne changeront rien.

 

Pascal Décaillet

 

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11/04/2018

Soixante-huitards, passez votre chemin !

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Sur le vif - Mercredi 11.04.18 - 09.23h

 

C'était à prévoir, mais déjà ça dépasse tout : à l'approche du cinquantenaire de Mai 68, la vieille garde - encore vivante - des nostalgiques remplace évocation par célébration, substitue le panégyrique à l'Histoire, bref elle fait ce qu'elle a toujours fait : elle rêve à voix haute.

 

Profitez bien, mes agneaux : c'est la dernière fois. Dans dix ans, pour le soixantième, le vent de l'Histoire aura passé. Ces leviers de pouvoir, pour régir les consciences, auxquels vous vous accrochez avec tant de véhémence, désespérée, vous les aurez lâchés. On ne pourra pas, indéfiniment, nous balancer l'infâme Cohn-Bendit sur les plateaux TV, comme cela, avec tant de mielleuse complaisance, se fait encore aujourd'hui.

 

Soixante-huitards, passez enfin votre chemin. Laissez-nous, sans vous, renouer, par la culture, le lien avec les ancêtres, et le transmettre à nos enfants. Laissez-nous, face à nos monuments aux morts, la mémoire de nos aïeux, la part meurtrie de nos rêves à nous, qui ne sont simplement pas les vôtres. Laissez-nous avec la Grèce antique, l'Allemagne du Sturm und Drang, le Dictionnaire des Frères Grimm, la Bible de Luther, le Lübeck de Thomas Mann, les inflexions souabes de Hölderlin et Brecht, lorsqu'ils s'attaquent à Sophocle.

 

Laissez-nous face au mystère de la musique. Laissez-nous, pétris de vie et de mort, face à Haendel, Rameau, Beethoven, Brahms, Wagner ou Bartók.

 

Laissez-nous, dans l'usage de la grammaire, la connaissance des repères, l'exercice et l'empire de la mémoire.

 

Et vous, soixante-huitards, passez votre chemin. Célébrez, entre vous, ce demi-siècle, dans l'encens de vos illusions. Vous, qui avez voulu casser toute transmission, faire table rase du passé, laissez-nous transmettre, laissez-nous communier dans l'universelle mémoire des hommes et des femmes.

 

Et surtout, s'il vous plaît, passez votre chemin.

 

Pascal Décaillet

 

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09/04/2018

Jamais la moindre frite

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Sur le vif - Lundi 09.04.18 - 15.49h

 

Bien évidemment, les Hongrois sont des brutes épaisses. Ils ont mal voté, n'ont rien compris aux enjeux de leur propre nation. Oui, il faut se faire à cette pénible idée : les Hongrois n'entendent rien aux affaires hongroises !

 

Pour ces gens, incapables de se déterminer dans le sens qui conviendrait à Bruxelles et aux médias d'Europe occidentale, ne faudrait-il pas envisager une forme - pédagogique, mais ferme - de rééducation ?

 

Par exemple, chaque citoyen magyar ayant commis l'incroyable faute de goût de voter Orban pourrait être astreint à un stage bénévole d'un an, au stand frites du Bâtiment des Communautés Européennes, à Bruxelles.

 

Ou comme grille-saucisses au Parlement européen, à Strasbourg.

 

Au retour, chacun de ces êtres métamorphosés viendrait colporter la Bonne Nouvelle européenne, sur les rivages hirsutes du Danube. Dans un pays qui n'a produit que Liszt et Bartók. Et jamais la moindre frite.

 

Pascal Décaillet

 

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08/04/2018

Le dogme libéral mérite des contrepoids

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Sur le vif - Dimanche 08.04.18 - 16.33h
 
 
Il est totalement faux d'affirmer que tous les médias, en Suisse, sont de gauche. Friand d'un pensée de gauche bien articulée, républicaine et avec le sens de l'Etat, je serais très heureux d'avoir des journaux qui colporteraient avec fougue et talent ces positions.
 
 
Il est tout aussi faux de prétendre que la presse suisse serait aux mains de l'UDC. Quelques journaux, dans la galaxie Blocher, représentent cette tendance, mais ils sont largement minoritaires.
 
 
Non. L'immense majorité des médias suisses véhiculent la pensée libérale. Ils défendent mordicus la libre circulation des personnes, ont tout fait pour que l'initiative du 9 février 2014 ne soit pas appliquée, ont vécu huit années de pâmoison face à Obama, n'ont cessé de vomir sur Trump, encensent Macron. A Genève, il sont les fidèles relais du PLR, principalement de Pierre Maudet. Toutes choses dont ils ont, je tiens à le souligner, le droit le plus pur : la presse est libre, une fois pour toutes, et il est très bien que chacun affiche la couleur, plutôt que de jouer les eunuques.
 
 
Souhaiter plus de diversité dans la presse suisse, c'est parvenir à équilibrer, dans les années qui viennent, ces innombrables journaux libéraux. Soit en créant de nouveaux supports d'information et de commentaires sur leur gauche. Soit, sur leur droite, côté national et conservateur.
 
 
A Genève, par exemple, le délire pro-croissance, pro-extension de l'aéroport, qui ne cesse de nous faire miroiter un canton à un million d'habitants sous prétexte que cette inflation démographique serait inéluctable, tous ces rêves où l'ultra-libéralisme se mêle à l'appétit du gain pour une toute petite minorité, tout cela, ardemment véhiculé par nos principaux journaux, doit impérativement être équilibré par l'exposition d'une autre vision.
 
 
Cette vision, cette autre pensée pour Genève, passe par un retour à la raison et au bon sens. Un respect absolu des zones agricoles et du métier de paysan. Un développement harmonieux, qui maintienne l'excellente qualité de vie entre Rade, Jura et Salève. Une attention aiguë à l'environnement, aux services publics, aux hôpitaux, aux écoles, à la qualité des relations entre les gens. En économie, un peu plus de soutien au statut d'indépendant, aux PME, un peu moins d’obsession servile pour les seules multinationales.
 
 
Ces idées-là, vous ne les lisez guère dans les éditos de vos grands journaux, chez M. Ruetschi ou son homologue du Temps. A gauche comme à droite, pourtant (oui, une autre droite que libérale, une droite à la fois conservatrice, fraternelle et sociale, ça existe, et depuis la Révolution !), elles gagnent du terrain. Quand auront-elles enfin une plate-forme visible et ambitieuse, pour les défendre et les illustrer ?
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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07/04/2018

La Galerie des Glaces

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Sur le vif - Samedi 07.04.18 - 10.58h

 

Dès qu'un humain dispose de pouvoir, il a tendance à en abuser. C'est valable pour tous, y compris pour un Président du Conseil d'Etat.

 

A propos du titulaire sortant de cette fonction, une remarque : c'est quand il émerge, et qu'il est en phase ascendante de son appétit de pouvoir, qu'il faut signaler publiquement l'arrogance d'un puissant, plutôt que de trottiner derrière lui comme des lapereaux.

 

En clair, je trouve assez lamentable de voir tant d'âmes critiques de la 25ème heure se lâcher aujourd'hui sur François Longchamp, alors qu'ils avaient douze ans et demi pour le faire. Dès la fin de sa première législature, en 2009, et assurément pendant toute la détestable année 2010, les signaux, flagrants, étaient là. A cette époque, les plumes incendiaires d'aujourd'hui faisaient la roue, dans la Cour du Prince.

 

Aujourd'hui, je vais le dire franco de port, un autre personnage s'en vient poindre avec, pour la législature à venir, de véritables risques d'autocratie et de pouvoir personnel : il s'agit de Pierre Maudet.

 

Oh, il sera brillamment réélu, et se taillera une belle part dans la répartition des Départements. Osera-t-il briguer l'Instruction publique ? L'homme est très intelligent, vif, rapide, malicieux, il a de l'humour, c'est toujours un plaisir de discuter avec lui. Il a tout pour réussir. Tout, sauf qu'il a cette démesure dans l'appétit de pouvoir.

 

Et puis, il y a cette hyper-communication. Cette volonté de tout contrôler, au millimètre, dans l'image qu'on donne de soi. Ces relais, dans les médias, où le jeu de sources et de révélations est tellement facile, quand on connaît un peu la musique, à reconstituer. Oui, dans certaines rédactions, à Genève et à Lausanne, Pierre Maudet dispose d'une aimable batterie de perroquets et de perruches pour reproduire son discours.

 

Ceux qui, aujourd'hui, tombent sur François Longchamp après l'avoir encensé dans les heures de gloire, lâcheront aussi, le jour venu, Pierre Maudet. Mais pour l'heure, ils se taisent. Parce que le Phénix est encore dans sa phase ascendante, voire tout en haut. Parce qu'il se profile comme l'homme fort de la prochaine législature. Et parce qu'il est plus confortable de critiquer un astre en déclin que le Roi Soleil en majesté, au milieu de la Galerie des Glaces.

 

Pour ma part, je suis un homme seul. Je dis les choses telles que je les analyse et les pense, telles que je les perçois. Et je puis déjà vous affirmer que la voracité démesurée de pouvoir de Pierre Maudet constituera le problème no 1 de la future équipe gouvernementale. Après quelques mois d'état de grâce, les signaux de pouvoir autocratique resurgiront. En allant vers 2023, ils ne feront que croître.

 

Pascal Décaillet

 

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06/04/2018

A voté !

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Sur le vif - Vendredi 06.04.18 - 15.45j

 

Bon, ben voilà. J'ai pris la liste du Conseil d'Etat, et j'ai coché sept noms, sur les 31 proposés. Parmi ces sept, il y a les trois qui ont été le plus attaqués dans des campagnes de presse dont je repère parfaitement les sources.

 

Puis, j'ai pris la liste du Grand Conseil. Feuille vierge. J'ai inscrit, à la main, au crayon, cinquante noms, de sept partis différents. Comme il me reste cinquante suffrages, et que je ne veux pas les jeter au Rhône, j'ai inscrit en haut le nom d'un parti.

 

C'est l'une des manières de faire, parmi des dizaines d'autres. Chacun est libre. Inscrire ces 57 noms, sans me presser, en réfléchissant bien, m'a pris moins de quarante minutes.

 

Quarante minutes, une fois tous les cinq ans. Chacun de nous peut bien donner cela à notre démocratie, non ?

 

Pascal Décaillet

 

16:29 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

La fermentation des esprits

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Commentaire publié dans GHI - 04.04.18

 

Une campagne électorale, c’est un univers qui rappelle le monde de la fermentation. Celle d’un vin, par exemple. Il y a comme un moment où les choses ne sont plus ce qu’elles sont, se mettent à décoller vers un ailleurs. Une forme de métamorphose.

 

Une campagne électorale a quelque chose d’un Carnaval. On sort, on se presse dans la rue, on passe son temps dehors, jamais chez soi. Au milieu de la foule, on s’oublie soi-même. On tutoie, on fraternise, on rit beaucoup, on boit des verres.

 

Dit comme ça, c’est plutôt sympa. Mais sachons nous méfier des illusions. Les meutes qui se mélangent, en quémandant des voix, seront les premières à se reconstituer, le jour venu, pour s’affronter. On se redira « vous », on s’écharpera. Les uns contre les autres, on se remettra à ourdir.

 

Journaliste, j’aime le temps de la campagne. Mais déjà, je vois les temps futurs, où les masques tomberont. Ceux qui, du peuple, auront reçu une parcelle de pouvoir, commenceront à croire en leur puissance. Ceux qui vous cajolaient se mettront à vous ignorer. Ceux qui nous avaient promis monts et merveilles sombreront dans l’amnésie.

 

A quelques jours du scrutin, je veux ici convoquer la mémoire d’un homme. Il s’appelait Pierre Mendès France (1907-1982), il n’est resté au pouvoir que sept mois, en 1954-55. Il a dit ce qu’il ferait. Et il a fait ce qu’il a dit. Autour de cette parole, si précieuse, s’articule la seule chose qui vaille : la confiance.

 

Pascal Décaillet

 

11:20 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

05/04/2018

Lausanne et les requins du microcosme

 

Sur le vif - Jeudi 05.04.18 - 18.02h

 

Hallucinant d'entendre la titreuse de Forum nous raconter que la campagne électorale genevoise "a plus mis en avant les attaques personnelles que le débat d'idées" !

 

Qui nous relate, nous décrit et nous met en scène une campagne électorale ? Qui, d'autres que les médias ? C'est leur rôle, leur responsabilité.

 

Que la RSR, avec d'autres, ait choisi - ELLE - de mettre en avant les attaques personnelles, ou de matraquer à répétition tel(le) magistrat(e), faisant servilement le jeu d'officines adverses, c'est son affaire.

 

D'autres médias, au contraire, ont constamment, depuis Noël, fait le choix de parler - et faire parler leurs invités - de la seule chose qui vaille en politique : le débat de fond ! Santé, logement, mobilité, fiscalité, etc.

 

Une campagne, c'est ce qu'on en fait ! Si certains médias, notamment du côté de Lausanne, ont passé leur temps à se précipiter sur des "affaires", relayant bien fidèlement des sources tellement faciles (croyez-moi) à identifier, qu'ils ne viennent pas prétendre que cette basse vision de la chose publique fût prédominante sur les grands sujets qui, manifestement, touchent et concernent au plus près la population genevoise.

 

C'est LEUR choix, LEUR responsabilité, d'avoir couvert la campagne ainsi. Ca n'est pas de la faute du monde politique qui, de mon point de vue, s'est dans les grandes lignes correctement comporté.

 

C'est mon deuxième coup de colère en quatre jours contre la couverture lausanno-centrée du débat électoral genevois. Il existe, Dieu merci, des journalistes, à Genève, notamment à Léman Bleu (mais aussi, entre autres, à Radio Lac, GHI, ou Tout l'Immobilier) pour qui les soucis du grand nombre l'emportent largement sur les règlements de comptes de quelques requins du microcosme.

 

Je commence à en avoir assez de cette manière de faire du journalisme. Je veux, pour ma part, pratiquer mon métier dans la Cité, au milieu de la Cité, dans la perspective historique, culturelle et sociale de la Cité. Et, à ma manière, comme à celle des quelques confrères et consœurs que j'apprécie, au service de la Cité.

 

Ces quelques lignes vont me valoir des ennemis supplémentaires ? Si vous saviez comme je m'en fous !

 

Pascal Décaillet

 

 

18:50 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

La politique : une noble affaire !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 04.04.18

 

A quelques jours de l’élection (dimanche 15 avril) du Parlement genevois, et du premier tour du Conseil d’Etat, donc du renouvellement pour cinq ans de nos autorités cantonales, je prends ici, une nouvelle fois, la défense acharnée de la politique. Pas la défense de la droite. Ni celle de la gauche. Non, la politique en tant que telle, celle qui place la citoyenne, le citoyen, au centre de tout. La politique, comme espace commun de nos antagonismes. Comme lieu d’explications et, pourquoi pas, d’engueulades bien sonores. Comme langage commun pour la résolution de nos problèmes. La politique, oui, avec des institutions, dont fait intégralement partie la démocratie directe. La politique, pour dessiner ensemble les contours de l’Etat. La politique, pour faire équilibre aux puissances de l’Argent, à la spéculation, aux corporatismes, à l’arrogance des puissants. La politique, au service de la justice sociale et de la redistribution. La politique, contre la loi du plus fort, la jungle.

 

Au fond, le fossé n’est pas entre la droite et la gauche, même si la géographie de la Convention, la représentation populaire sous la Révolution française, détermine puissamment, depuis plus de deux siècles, notre imaginaire du champ de combat. Non, le vrai gouffre est celui qui sépare ceux qui veulent croire en l’action publique, et ceux qui hélas n’y croient plus. Soit par cynisme, parce que la jungle leur convient. Soit par déception, désillusion : il n’y aurait plus, dans ceux qui aspirent à l’élection, que des arrivistes ou des voyous. Cette thèse du « tous pourris », je la déteste et la récuse de toutes mes forces. Il y a certes, en politique comme ailleurs, des brebis galeuses, mais l’immense majorité sont de braves gens, soucieux d’être utiles, qui sacrifient beaucoup de leur temps à la chose publique. Et je sais de quoi je parle : je viens de donner la parole à 104 d’entre eux, sans compter tous les autres, rencontrés au quotidien depuis plus de trente ans !

 

La politique a toujours existé, mais il y a tout de même un moment de l’Histoire humaine, tellurique, où tout a basculé, du moins dans la représentation de l’exercice du pouvoir : cette série de séismes, sur plusieurs années, c’est évidemment la Révolution française. Si je devais, parmi les milliers de livres qui lui ont été consacrés, ne vous en recommander qu’un, c’est l’Histoire que nous en lègue l’immense Jules Michelet (1798-1874). Oui, un ordre du monde, dans la symbolique, a laissé la place à un autre, même s’il faudra attendre encore près d’un siècle pour que la République s’installe durablement. Lire l’Histoire politique, se renseigner sur la longue conquête du pouvoir par le corps des citoyens, c’est déjà intellectuellement faire de la politique. Suivre une campagne électorale, voter, lancer des initiatives et des référendums (nous avons en Suisse ce rare privilège), participer, donner son avis, c’en est encore un autre mode. Tout cela, la part du cerveau et celle de l’instinct, constitue ce mot magnifique, qui s’appelle l’engagement. N’oubliez pas d’aller voter !

 

Pascal Décaillet

 

 

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